L’information du mardi : Avis aux amateurs

Les Editions Edilivre organisent la 3e édition du concours d’écriture « 48 heures pour écrire« . Il s’agit du 1er concours d’écriture francophone ! Une thématique est donnée le vendredi à 19H00 et vous avez 48 heures pour envoyer votre nouvelle.

Ce concours est gratuit et ouvert à tous. Plus de 2 100 auteurs ont participé à la 2e édition l’année dernière.

Les 4 lauréats se partageront des milliers d’euros de lots à gagner.

Ce concours est organisé en partenariat avec Post-it, Studyrama, Didactibook, Youscribe et le magazine Books.

Pour participer, envoyez votre nouvelle par mail à nouvelles@edilivre.com.

Pour être acceptée, votre nouvelle devra :
– être au format Word ou PDF
– respecter la thématique imposée qui sera dévoilée le vendredi 20 novembre 2015 à 19h sur cette page
– ne pas dépasser les 10 000 caractères, espaces compris, soit environ 2 pages A4
– être écrite en police Times New Roman de taille 12 avec interligne simple
– être anonyme : votre nom, prénom ou pseudo ne doivent pas y figurer
– ne pas contenir d’illustrations, images ou photos, uniquement du texte
– les textes sous forme de poème sont acceptés

Le mail accompagnant votre nouvelle devra obligatoirement contenir les informations suivantes :
– nom et prénom du participant
– pseudo du participant s’il souhaite être mis en avant sous un autre nom et conserver l’anonymat
– titre de la nouvelle
– préciser en toutes lettres : « En participant à ce concours, j’accepte pleinement son règlement disponible sur le site Edilivre.com »

Chaque participant ne pourra présenter qu’une seule et unique nouvelle dont il garantira être l’auteur et le détenteur des droits.
Ce concours est gratuit, aucun frais d’inscription ne sera demandé.

Block 46 de Johana Gustawsson (Bragelonne)

Pour parler de ce roman, j’ai décidé, pardon, nous avons décidé d’innover. Comme nous sommes deux à l’avoir lu, nous avons donc décidé d’en parler à deux. Voici donc la chronique à deux.

Moi : Bonjour Suzie. Je suis heureux de t’accueillir à nouveau chez moi.

Suzie : Bonjour Pierre et amis lecteurs. Merci de me recevoir une nouvelle fois sur Black Novel. Je sens qu’on va bien s’amuser.

Moi : Bon alors, on commence comment ?

Suzie : Par le commencement, je présume c’est à dire par l’auteur et la quatrième de couverture. Je peux juste dire que c’est un livre comme je les aime : sanglant. Que peux tu nous dire sur ces deux sujets?

Moi : Sanglant, sanglant, faut pas exagérer quand même. J’ai connu pire ! Alors, l’auteure, justement. C’est son premier roman, en solo du moins puisqu’elle a écrit avec Laetitia Milot On se retrouvera, que j’ai lu d’ailleurs et chroniqué. On y retrouve d’ailleurs des similitudes à la fois dans le style très imagé mais aussi dans la force des sujets. Dans On se retrouvera, le sujet abordait la violence faite aux femmes. Dans Block 46, on prend la destination des camps de concentration. Est-ce que ça te va, comme intro ?

Suzie : Bon, je reconnais que c’est juste un peu ensanglanté avec quelques mutilations. Mais, ce que tu as oublié dans ton introduction, c’est qu’on suit une double histoire, à deux périodes différentes : dans les années 2000 et dans les années 40. Ce parallèle peut être déconcertant au début mais il intrigue. Et, toi, qu’en as tu pensé ?

Moi : Effectivement, on va alterner entre 2014 et 1943. En 2014, une styliste de bijoux retourne dans sa Suède natale et est horriblement mutilée. En 1943, Erich Ebner arrive en tant que déporté dans le camp de Buchenwald. Pour en revenir à ta question, cette alternance entre passé et présent ne m’a pas gêné. Le principe est plutôt classique et le fait de faire avancer les deux histoires en parallèles m’a fait penser à Reflex de Maud Mayeras. Il faut reconnaitre que Block 46 est redoutablement efficace, dans sa forme et dans son fond. Les phrases fusent, les chapitres sont courts et le mystère est … mystérieux. Et pour compléter mon avis, c’est plutôt au début du roman que j’ai eu un peu de mal, car j’avais un peu de mal à retrouver les personnages. Puis tout s’installe et là, c’est parti ! Qu’as-tu pensé des personnages, toi ?

Suzie : En ce qui concerne les personnages, on peut dire que notre duo de choc est vraiment de choc, s’affinant au fur et à mesure que l’intrigue avance. Cela me rappelle la complémentarité qui existe entre les deux héroïnes de Tess Gerritsen. Mais, contrairement à ces dernières, le duo sera constitué d’une profiler énigmatique et d’un écrivain français spécialisé sur les serial-killers, enfin certains. Toutes les deux sont gouvernées par leurs démons qu’on va voir apparaître plus ou moins pour l’une et pas du tout pour l’autre excepté à un moment très bref du roman. Les personnages secondaires, aussi bien du coté suédois que du coté anglais voire du coté catalan, regroupent un certain nombre de stéréotypes sans lesquels il n’y a pas d’histoire. On a le petit ami actuel voir le mari, l’ex, les amis et les personnes qui vont donner des indices voire des personnages qu’on aimerait bien sortir car ils sont extrêmement énervants. Tout ce petit monde ressemble, du moins au début, à de la glaise ou à des statues de cire vierges de tous traits. Ces derniers vont apparaître au fur et à mesure que l’histoire avance, comme si cette dernière les forgeait en plein soleil jusqu’à atteindre la nuance et les traits les plus représentatifs. En ce qui concerne Erich Ebner, il est tout en contraste. Pour ce qui est d’Erich Ebner, il est tout en contraste. Ce personnage est de mon point de vue, complètement déconcertant. Je ne sais que croire à son sujet. Mais qu’en penses-tu, toi?

Moi : Contrairement à toi, j’aurais aimé en savoir plus, un peu plus sur ces deux enquêtrices. On sent que Johana en garde sous la pédale pour les prochains numéros. Du coup, j’ai l’impression que ces deux personnages sont juste esquissés. Quant à Erich Ebner, comme tu le dis, c’est un personnage que je trouve formidablement mystérieux. Il est tout en retenue, ne pensant qu’à sauver sa peau dans ce camp de la mort. Peut-être est-ce le contexte dans lequel il survit qui me fait l’adorer. Je dois dire que ces passages à Buchenwald sont d’une rare justesse, sans descriptions gore, du moins pas trop, mais avec une vraie épaisseur. C’est terrible de vérité. Ce sont vraiment des passages qui m’ont fait vibrer, tant ils sont forts. Et si on parlait de l’écriture, justement ?

Suzie : Faut pas croire très cher que je ne veux pas en savoir plus. Au contraire, oserais-je dire. L’auteur nous en dit suffisamment pour calmer la faim tout en laissant sous-entendre des traits cachés. D’ailleurs, pour le profiler, on apprendra à un moment du roman qu’il faut se méfier des apparences car elles sont trompeuses. C’est ainsi que l’auteur m’a promené tout au long de son intrigue. De plus, au vu du sous-titre de ce roman « Une enquête d’Emily Roy et Alexis Castells », on peut se douter qu’on va avoir d’autres surprises. Et, si je répondais enfin à ta question sur l’écriture de l’auteur. Son écriture est très fluide et concise utilisant plutôt un langage assez soutenu bien qu’on ait des incursions d’un langage un peu plus familier, circonstances obligent. Pour ceux que cela insupporte, le récit n’est pas à la première personne du singulier. Cela change de certains récits. L’intrigue est racontée à la troisième personne du singulier et cela fait du bien. Bien qu’on alterne les points des personnages, à chaque moment, on sait face à qui on se trouve et ce que pense le personnage comme si on se trouvait dans sa tête. Le récit est peint à touche rapide pour donner rapidement une atmosphère et un contexte sur lequel on s’appuie an tant que lecteur. Cela est accentué par le fait que les chapitres soient courts. Ainsi, on ne perd pas de vue l’action. Les phases sont également plutôt courtes, percutantes. On est dans la fluidité de l’intrigue. Cette dernière se forme sans accrocs dans notre esprit. Et toi, qu’en penses-tu???

Moi : Je tenais à te poser cette question. Car pour ma part, je suis très tatillon sur le style. Et je suis d’accord avec toi, le tout est fluide. Je trouve juste qu’il y a un écart entre les passages du passé en 1943 avec les passages contemporains. Je m’explique : Dans les scènes qui se déroulent aujourd’hui, c’est bien écrit mais pour autant pas extraordinaire. Par contre, dans les scènes au camp de concentration, on sent que c’est plus travaillé, que l’auteure y a mis toute sa passion. C’est cette passion qui a rendu ma lecture passionnante. Du coup, d’un coté j’ai trouvé ça pas mal, et de l’autre impressionnant. Cela n’enlève rien à la valeur du roman et à cette histoire qui est tout de même fort bien construite. Tout cela me fait dire que Johana Gustawsson va nous offrir de formidables polars dans les années à venir. Car on sent qu’elle a la fibre, la volonté et le talent pour nous écrire des histoires inoubliables. Mais je m’avance un peu vite. L’intrigue, Suzie, parlons enfin de l’intrigue, nom de dieu ! Tu attaques ?

Suzie : Pour revenir sur l’écriture, on pourrait décrire cette dernière comme deux bulles de savon qui se rencontrent pour n’en former plus qu’une. Une, celle de l’histoire des camps, est un peu comme un rêve que ferait un des personnages. Lequel? Mystère. Alors que la vie ordinaire, l’époque contemporaine n’a pas besoin de cette recherche. Elle semble juste plus simple, ce qui va s’avérer trompeur. Il y a quelque chose que j’ai bien apprécié dans l’écriture de l’auteur, c’est l’utilisation d’expressions étrangères. Cela dépayse radicalement et on se sent toit de suite dans l’ambiance. Même si on peut avoir des difficultés en terme de lecture. Bon, revenons aux choses sérieuses. Après avoir discuté du contexte et des personnages, le coeur de ce roman reste l’intrigue. Comme beaucoup d’entre vous, chers lecteurs, le savent, je suis une addicte des histoires avec des serial killers. Plus c’est sanglant et complexe, plus ça me plaît. Dans cette histoire, je suis en manque d’hémoglobine. Je dirais plutôt s’il n’y a pas de sang, c’est qu’on la fait disparaître, ce qui revient au même. Contrairement à ce que l’on trouve le plus souvent, l’intrigue principale se localise dans deux pays : la Suède et l’Angleterre. Le lien se fait à la base par la disparition d’une jeune styliste en joaillerie qui ne revient pas à la date prévue d’un séjour en Suède. Mais, dès le premier chapitre, on attaque par le biais d’un enterrement un peu bizarre. De plus, on va apprendre que des meurtres d’enfants ont lieu en Angleterre dans le même lapse de temps. La question qu’on va finir par se poser est quelle est la corrélation entre une disparition et ces meurtres. Tout ce que je peux dire, c’est qu’on va avoir droit à un casse tête chinois. Et en plus, on rajoute une histoire qui se passe à la fin de la seconde guerre, il y a de quoi avoir mal à la tête. Mais, tout se fait en douceur. Je vous ai encore plus embrouillée? C’est le but. Tout ce que je peux dire sur l’intrigue, c’est qu’elle vous prend dans ses filets pour vous relâcher qu’à la fin du livre. Et, encore, pas vraiment car l’auteur donne un aperçu d’un des personnages qui va vous faire criser jusqu’à sa prochaine histoire. J’en grince des dents. Alors ce résumé, plutôt énigmatique, non? Et si on donnait notre avis sur ce roman, très cher?

Moi : Ne va pas si vite ! De mon coté, pour l’intrigue, je trouve que l’auteure y met beaucoup d’application. Il y a un peu la même méthode de déroulement de l’intrigue dans Reflex de Maud Mayeras. Pour un premier roman, c’est impressionnant. L’auteure a une façon bien à elle de nous donner quelques bribes avant de nous laisser impatients à la fin d’un chapitre. Il y a un peu de perversité dans cette construction. Pour ma part, j’ai trouvé cela un peu linéaire, pour ce qui concerne l’enquête des deux femmes. Et puis, le retournement de situation final est tout de même un grand moment. Totalement bluffant. Et effectivement, il va nous falloir conclure, chère Suzie, sinon, on va y passer des heures … enfin, des pages ! Ce que je te propose, c’est de donner envie de lire ce roman en UNE phrase. D’accord ?

Suzie : En une phrase, ça risque d’être dur. Il me faut au moins un paragraphe voire deux. Mais, bon, je veux bien essayer. Si vous voulez un très bon thriller qui vous prend aux tripes avec des homicides (condition sine qua none), du mystère, un duo de choc, un voyage dans le temps, un style percutant et une fin à prendre l’auteur en otage pour qu’elle nous livre la suite, lisez Block 46 et vous comprendrez pourquoi ce livre porte ce titre. A toi, maintenant, même exercice.

Moi : Bien vu ! Moi je dirai : voici un premier roman qui balaie large, et qui va plaire à tout le monde, les fans de thriller ou de serial killers, les fans de mystère à résoudre, les fans de roman historique, et tous ceux qui font un travail de mémoire pour que les camps de concentration ne voient plus le jour, à tous les humanistes, à tous ceux qui cherchent des personnages attachants, ce livre est pour vous et comme je n’ai droit qu’à une phrase, ma foi, ce livre est pour vous tous, c’est un très bon divertissement voire plus, qui vous oblige à prendre conscience des autres, c’est un livre passionnant parce qu’écrit avec passion. Bon comme tu le vois, j’ai mis beaucoup de virgules pour que ça tienne en une phrase. Je te remercie Suzie pour cette passionnante petite discussion et à bientôt sur Black Novel.

Suzie : Merci Pierre pour cette invitation et cet échange très intéressant. Bonne lecture à ceux qui liront ce roman, je pense qu’ils ne seront pas déçus et à bientôt.

Moi : Merci à toi Suzie. Tu es ici chez toi. Chiche qu’on en refait une autre ?

Suzie : Ça serait avec plaisir, Pierre. Merci pour l’accueil toujours aussi enthousiaste. Je me suis bien amusée dans ce challenge littéraire. A bientôt amis lecteurs.

Moi : Merci à toi Suzie et à bientôt

Les gravats de la rade de Marek Corbel (Wartberg)

Sur Black Novel, je suis les publications de Marek Corbel, car je crois que c’est un grand auteur en devenir. Il a cette ambition d’écrire de grandes histoires implantées dans la Grande Histoire. Il a la volonté d’implanter dans ses intrigues de la politique, comme le fait idéalement la grande Dominique Manotti. Une nouvelle fois, ce roman fait preuve d’une belle ambition, à la fois dans le fonds et dans la forme.

26 octobre 2011, à Plougonvelin. Un incendie vient de ravager la résidence Le Moign. La résidente de cette demeure est une vieille dame agée de 88 ans et se déplaçant en fauteuil roulant. L’issue est fatale pour la vieille dame. On retrouve son corps. Mais ce n’est pas seulement un accident. L’autopsie montre qu’elle a été abattue d’une balle dans la tête. La gendarmerie est la première sur les lieux et le capitaine Laurent Gourmelon est chargé de l’enquête.

29 octobre 2011, à Brest. Le lieutenant adjudant chef Lefort appelle le lieutenant Sahliah Oudjani de la brigade maritime de Brest. Un patrouilleur vient de prendre dans ses filets le corps d’un noyé. Il s’avère qu’il s’agit d’un vieil homme à l’identité inconnue. Puis, le mystère se lève sur cet homme, ancien de la Fraction Armée Rouge et membre de la Bande à Baader. Mais pourquoi un vieux terroriste décide-t-il de se donner la mort à Brest ?

Nous allons suivre ces deux affaires en parallèle, puisque ces deux enquêtes vont être menées par deux services qui n’ont aucune relation a priori. Les mystères de l’administration française sont ainsi faits qu’il faudra attendre la moitié du roman pour voir Gourmelon et Salilah se rencontrer et s’entraider.

Je parlais d’ambition chez ce jeune auteur, et une nouvelle fois, nous sommes bien en présence d’un roman mêlant la Grande et la Petite histoire. Car la mort de la vieille Le Moign pourrait impliquer de nombreux membres de sa famille, et celle du vieil Allemand pourrait nous emmener vers des contrées sombres du terrorisme. Il n’en est rien, et la résolution de ces morts trouvera sa solution vers la deuxième guerre mondiale.

Et on est guidé du bout des doigts d’écrivain par ces allers-retours entre 2011 et 1943. Nous allons assister à l’enfermement et à la torture d’Yves, un prisonnier victime des nazis. Il faudra de la volonté et quelques efforts pour suivre cette intrigue emberlificotée, surtout pour ma part à cause d’un manque de présence des personnages principaux. Du coup, les chapitres courts de ce roman nous obligent à nous remettre en mémoire la place de chacun. Un peu plus de psychologie, de présence des personnages aurait facilité la lecture.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude ici

Voici donc une intrigue touffue dont la résolution laissera tout de même pantois, illustrant la bêtise humaine et l’aveuglement de certains imbéciles qui croient à des idéologies qui ne peuvent justifier les meurtres et autres lâchetés. Mais pour comprendre ce que je viens de dire, il vous faudra lire Les gravats de la rade …

Un temps de chien de Pascal Jahouel (Éditions Lajouanie)

Un nouveau roman de chez Lajouanie est l’occasion de lire un roman original, qui se démarque des autres par son style. Une fois de plus, c’est le cas, et ce roman fait preuve d’une verve jouissive.

Si vous étiez dans la région de Rouen, et que vous avez raté cela au mois de janvier (de je ne sais quelle année), alors c’est un spectacle que vous allez regretter. Une vieille dame arpente les rues, en soufflant comme un bœuf … pas qu’elle soit essoufflée, c’est surtout qu’il fait un froid de canard. Le plus dur, quand on est grimé comme une vieille peau, c’est quand on entre dans un bar pour commander une boisson chaude. Le patron vous prend alors pour une vieille pédale sur le retour !

En fait, la vieille dame, c’est BHL. Non, pas le célèbre philosophe, le lieutenant de police Bertrand-Hilaire Lejeune ! Dun autre coté, ce n’est pas de sa faute si son chef, le commissaire Chassevent lui a donné comme priorité de trouver le voleur de sacs de vieilles dames qui sévit dans le quartier. Quand il chope un jeune qui s’intéresse de trop près à son sac, il l’engueule vertement mais le laisse partir. Faut pas enfoncer la jeunesse, nom de Dieu !

Dans le genre enquêtes passionnantes, voilà qu’on lui confie celle d’un accident domestique. Comprenez que ce n’est pas une bonne qui est morte, mais bien un pauvre quidam qui a succombé à un empoisonnement au monoxyde de carbone. Si l’autopsie ne lui montre que la présence de somnifères, quelques indices titillent l’oreille de cet emmerdeur en chef. Tudor Lupu (c’est le nom de la victime), roumain d’origine fut champion de handball dans son pays, avant de devenir entraineur de seconde zone à mi-temps, et encore, entre deux bouteilles d’alcool fort. Alors, comment un demi-smicard peut-il se retrouver avec un compte en banque à faire rêver n’importe quel quidam ? Quand un deuxième Roumain d’origine se retrouve avec du plomb dans la tête, l’affaire s’avère effectivement un peu plus corsée que prévu.

Ce roman est une vraie découverte pour moi. Je ne connaissais pas Pascal Jahouel. Je ne connaissais pas BHL. Ce fut une vraie bonne surprise. Mais venant des éditions Lajouanie, ce n’est pas étonnant. Depuis leur création, ils ont l’art de nous trouver des auteurs qui soit par leur sujet, soit par leur style, écrivent des romans pas comme les autres, des auteurs avec une vraie passion, un vrai style.

Ce roman, que j’ai lu en deux jours, sous la pluie, porte bien son nom à tous égards. Et pour comprendre le titre, il vous faudra aller jusqu’au bout. A chaque page que vous tournerez, à chaque ligne que vous lirez, vous aurez droit à un cynisme comme on en lit rarement, mâtiné d’humour argotique qui va forcément vous tirer des sourires. C’est aussi et surtout un vrai plaisir de lecture … pour qui aime le politiquement incorrect. Car BHL assassine son prochain à coups de pierres, assénant des remarques sur les attitudes, les défauts de la société ou juste à travers la description imagée des personnages.

On peut toujours craindre que l’auteur ne tienne pas la distance, qu’il s’essouffle au long du roman et que le soufflé retombe parfois plus lentement qu’il est monté. N’en croyez rien, le style reste alerte, le ton humoristique et plein de verve et cette lecture est tout simplement fendarde, jouissive. Si on ajoute que l’enquête est très bien suivie, qu’elle se tient et que le dénouement est surprenant, cela fait de ce roman un très bon divertissement.

Ne ratez pas les avis des amis Claude et Oncle Paul

L’information du mardi : Des idées de polars …

Voici une nouvelle sélection tout personnelle parmi les polars qui viennent de sortir, alors n’hésitez pas à piocher dedans …

Des garçons bien élevés

Des garçons bien élevés de Tony Parsons (La Martinière)

Un riche banquier est retrouvé la tranchée coupée dans son bureau. Quelques jours plus tard un SDF est également retrouvé mort de la même façon. À chaque fois ces messages inscrits sur le mur mort aux porcs. Qu’est ce qui relie ces deux crimes? Un secret qui vient du passé sans doute puisque les deux victimes faisaient partie du même groupe d’amis dans la riche école privée Potter’s Field.

Le détective Max Wolfe, faisant lui-même face à ses propres fantômes du passé, va suivre la piste sanglante, depuis les bas-fonds de la ville de Londres jusqu’au lumières les plus brillantes des hautes sphères du pouvoir.

Baie des morts

La baie des morts de Azel Bury (Librinova)

Lecture électronique

Cruden Bay, 1012 : Olderik meurt, trahi par les siens.

Mille ans plus tard, Irma et Adriel, journalistes dans une émission TV sur les phénomènes paranormaux, débarquent dans la petite ville du nord de l’Ecosse pour élucider les phénomènes étranges: un petit garçon est hanté par le fantôme d’une petite fille, Betty, et par l’esprit d’un Viking. Ils ont quinze jours pour faire une émission et élucider bien des mystères.

Car Cruden Bay, c’est la Baie des morts, autrefois le lieu d’une terrible bataille entre Viking et Ecossais, c’est aussi là qu’un avion s’est crashé, il y a trente ans, faisant des victimes parmi les enfants du village.

Betty, le petit spectre qui cherche sa peluche, est-il l’un d’eux?

Entre poltergeist et disparitions, Yggdrasil et légendes vikings, personne ne sortira indemne de cet étrange voyage.

Designer

Le designer de Sylvie Bardet

Lecture électronique

Un tueur en série, surnommé Le Designer, travestit depuis 20 ans ses scènes de crime

de façon particulièrement dérangeante.

Il reste introuvable à ce jour.

Henry, un profileur discret marqué par un passé difficile, se débat entre cette affaire

et son attirance irraisonnée et dangereuse pour la femme de son ami d’enfance.

Jusqu’au jour où tout va basculer…

Le Designer est un thriller psychologique haletant qui va plonger Henry, le personnage principal, dans un enfer sans issue. Il devra lutter contre sa nature et ses sentiments pour arriver à sortir vivant du piège terrible dans lequel il vient de tomber.

Hommage : Une main encombrante de Henning Mankell (Points)

Je ne pouvais décemment pas passer sous silence la disparition le mois dernier de ce grand auteur suédois, connu et reconnu dans le monde littéraire et adulé chez les polardeux pour la création de son personnage de Wallander.

L’auteur :

Henning Mankell, né le 3 février 1948 à Stockholm et mort le 5 octobre 2015 à Göteborg, est un romancier et dramaturge suédois, tout particulièrement connu comme auteur d’une série policière ayant pour héros l’inspecteur Kurt Wallander du commissariat d’Ystad, une ville de Scanie, près de Malmö, dans le sud de la Suède.

Henning Mankell grandit à Härjedalen, au centre de la Suède. Ses parents ont divorcé alors qu’il avait un an. Sa mère partie, il est élevé par son père, juge d’instance. À seize ans, il part en stop pour Paris. Il intègre ensuite la marine marchande, vit à Paris puis en Norvège. En 1972, il découvre l’Afrique, d’abord en Guinée-Bissau puis en Zambie.

Il partage ensuite sa vie entre la Suède et le Mozambique où il a monté une troupe de théâtre, le « Teatro Avenida ». Après quelques romans, il développe sa carrière d’écrivain pour « se consacrer au théâtre en signant de nombreuses pièces » pour la scène et pour la radio. Dès 1990, il se lance en parallèle dans l’écriture d’ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse. Selon le spécialiste des littératures nordiques Philippe Bouquet cité par Claude Mesplède dans le Dictionnaire des littératures policières : « Mankell a toujours eu un faible pour les petites gens, […] cela se remarque dès ses premières œuvres romanesques [dans les années 1980 centrés sur des ouvriers] qui se lancent à la poursuite d’un patron indélicat [ou] traitent de la situation de la femme par le biais de la maternité ».

Mankell ne connaît toutefois une renommée internationale que grâce à la série policière des enquêtes de Kurt Wallander, homme en « perpétuelle interrogation sur le pourquoi des souffrances humaines [et dont la devise est] : « Les êtres sont rarement ce qu’on croit qu’ils sont » ». Ce commissaire, qui mène ses enquêtes de façon désabusée, est entouré par une équipe de policiers où chacun possède une personnalité soigneusement décrite. Les meurtres sanglants auxquels il est confronté le plongent au fil des romans dans un état de plus en plus dépressif, car le développement de l’aspect psychologique est tout aussi important pour Mankell que l’intrigue policière elle-même. Toutes les aventures de Wallander se déroulent dans la petite ville d’Ystad, en Scanie, dans le sud de la Suède, même si le détective se déplace une fois en Lettonie (Les Chiens de Riga) et enquête sur un meurtre dont les origines remontent en Afrique du Sud (La Lionne blanche). En outre, le sol du proche Danemark est souvent foulé.

Henning Mankell reçoit le prix Nils Holgersson en 1991. Il devient le premier lauréat du prix Clé de verre en 1992 avec le roman Meurtriers sans visage. En 2000, il reçoit le prix Mystère de la critique pour le roman Le Guerrier solitaire. Mankell est également double lauréat du prix du meilleur roman policier suédois. En 2007, il préside le jury du Prix du Livre européen qui sera remis cette année-là à Guy Verhofstadt pour son livre Les États-Unis d’Europe.

En 2010, il participe à l’expédition organisée par des groupes activistes en faveur de Gaza, qui donne lieu à un abordage israélien qui causa une dizaine de victimes. Il tire de cette expérience un récit publié le 5 juin 2010 dans plusieurs grands journaux dont Libération (France) 6, The Guardian7 (Angleterre), El País (Espagne), Dagbladet (Suède), La Repubblica (Italie) ou The Toronto Star (Canada). En janvier 2010, le classement de plusieurs magazines dédiés à l’édition, dont Livres-Hebdo en France et The Bookseller (en) en Grande-Bretagne, le place à la neuvième place des écrivains de fiction les plus vendus en Europe en 2009.

Le 29 janvier 2014, il révèle publiquement qu’il est touché par un cancer détecté au cou et dans un poumon à un stade avancé. Et il précise « J’ai tout de suite décidé d’écrire à propos de cette maladie, parce que c’est finalement une douleur et une souffrance qui affectent beaucoup de gens. Mais je vais écrire avec la perspective de la vie, pas de la mort.»

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

C’est l’automne en Scanie avec son lot de pluie et de vent. Désabusé, Wallander aspire à une retraite paisible et rêve d’avoir une maison à la campagne et un chien. Il visite une ancienne ferme, s’enthousiasme pour les lieux, pense avoir trouvé son bonheur. Pourtant, lors d’une dernière déambulation dans le jardin à l’abandon, il trébuche sur ce qu’il croit être les débris d’un râteau. Ce sont en fait les os d’une main affleurant le sol. Les recherches aboutissent à une découverte encore plus macabre.

Au lieu d’une maison, Wallander récolte une enquête. Jusqu’où devra-t-il remonter le temps, et à quel prix, pour identifier cette main ?

Mon avis :

Le cas de Henning Mankell et de Kurt Wallander est vraiment à part. Et tous ceux qui ont ouvert au moins un des romans de cette série ne peuvent qu’être touchés par la disparition de M.Mankell. Car même si il était annoncé que L’homme Inquiet était la dernière enquête de Wallander, il n’en reste pas moins que les fans espéraient toujours une enquête de plus. C’est assez incroyable que Kurt Wallander ait acquis une telle popularité auprès du public, et si je ne veux pas juger la valeur littéraire de cette série, je vais vous expliquer pourquoi j’ai adoré ce personnage.

Je pense que Henning Mankell a créé un style qui laisse la vie s’écouler, qui prend le temps de regarder les gens, qui prend le temps d’analyser les choses. Il prend le temps de montrer des gens normaux, avec des réactions normales. On n’y trouvera pas de scènes extraordinaires, si ce n’est qu’elles le sont car elles sont ordinaires et tellement vivantes. Et Henning Mankell a su écrire pour parler au plus grand nombre.

Il nous a montré un inspecteur bourru et intelligent, toujours aux manettes de sa vie, essayant toujours de s’adapter aux changements de la vie, aux changements de la société. En cela, le public a tout de suite reconnu un des siens. Dans mon cas, j’avais l’impression de côtoyer un proche, quelqu’un que j’avais toujours connu. Quand j’ai appris la mort de Henning Mankell, je me suis brutalement rendu compte que c’est aussi Kurt Wallander qui venait de mourir.

Henning Mankell aura donc, avec son inspecteur, parlé de sujets graves tels l’assassinat de Olof Palme, la perte de l’innocence de son pays, l’évolution de cette société, mais aussi les dessous cachés d’une démocratie qui veut à tout prix paraitre irréprochable aux yeux du reste du monde. Pour autant, Wallander n’est pas un revendicateur, il ne va pas s’élever contre cette évolution, mais juste servir de témoin et laisser le lecteur à son livre-arbitre. Le principe n’en est que plus marquant pour le lecteur.

A tous ceux qui ne connaissent pas Kurt Wallander, cet ami, je ne peux que vous conseiller de les lire dans l’ordre d’écriture et non de parution en France. Moi-même, je ne les ai pas tous lus, mais je peux vous assurer que les premiers sont fantastiques. Et vous prendrez un livre de temps en temps, comme si vous alliez à la rencontre d’un ami dont vous n’aviez plus de nouvelles depuis longtemps.

Le cycle Wallander se termine avec L’homme inquiet, qui clôt la vie de cet inspecteur, puisque, atteint de la maladie d’Alzheimer, il doit prendre une retraite bien méritée. Une main encombrante se situe juste avant, et c’est un court roman qui prépare le lecteur à la santé fragile de Wallander. Dans Une main encombrante, l’enquête est classique, et on voit un inspecteur confronté à la vieillesse, ou du moins à des personnes âgées. Et il se rend compte que cela va bientôt être son tour … Entre envisager d’acheter une maison pour sa retraite et être confronté à la réalité de la déchéance physique, il y a un pas qui est évoqué avec beaucoup de subtilité ici.

Voilà, Henning Mankell est mort, Kurt Wallander est mort. Le monde littéraire vient de perdre un grand auteur. Et moi, je viens de perdre un ami.