Luc Mandoline, épisodes 5 et 6

Je vous avais déjà parlé de Luc Mandoline, ce personnage récurrent édité aux Ateliers Mosesu. Ce personnage, ancien légionnaire, rompu aux enquêtes et sports de combat, se retrouve toujours mêlé dans de drôles d’affaires. Chaque épisode est écrit par un nouvel auteur, comme le Poulpe par exemple, ce qui donne à chaque fois un ton particulier et original. Les quatre titres passés en revue sont :

Harpicide de Michel Vigneron

Ainsi fut-il d’Hervé Sard

Concerto en lingots d’os de Claude Vasseur

Deadline à Ouessant de Stéphane Pajot

Voici donc les épisodes 5 et 6 :

 Anvers et damnation

Anvers et damnation de Maxime Gillio :

Quatrième de couverture :

Et si DSK avait été tué dans une chambre d’hôtel ? Et si cet hôtel se trouvait en Belgique et non à New York ? Et si ce n’était pas le FBI qui enquêtait, mais Luc Mandoline, alias l’Embaumeur, le thanatopracteur préféré de ces dames ? Et si les pages de ce roman dégoulinaient de sueur, de sang et d’humour noir, vous le liriez, vous ? Oui ? Alors qu’est-ce que vous attendez ?

« En Belgique, il n’y a pas que les canaux que l’on retrouve pendus »

Mon avis :

Alors que cela démarre sur des chapeaux de roue, avec beaucoup d’humour à la clé, cette enquête qui prend comme prétexte l’assassinat d’un candidat aux présidentielles, se transforme rapidement en excellent polar musclé. Mandoline et son compère Sullivan vont se retrouver en Belgique aux prises avec un mystère bien sombre, et faire une incursion dans le monde de la prostitution.

Avec un mélange savamment dosé d’action, de sexe et de violence, Maxime Gillio que je découvre pour l’occasion s’avère être un auteur de grand talent, sachant poser ses mines pour mieux nous surprendre à la fin. Avec ce polar formidablement bien mené, Maxime Gillio a écrit un des meilleurs numéros de cette série avec Ainsi fut-il d’Hervé Sard. En tous cas, c’est un polar immanquable, du divertissement haut de gamme.

Label N

Le label N de Jess Kaan :

Quatrième de couverture :

Quand Luc Mandoline est appelé pour un remplacement dans le Pas-de-Calais, il ne se doute pas que ce qui l’attend est encore plus noir que le charbon des houillères d’Auchel.

Ce n’est pas au fond de la mine qu’il va descendre, mais dans les arcanes d’une organisation secrète aux vieux relents de race supérieure.

Manipulation génétique, lavage de cerveau, sexe et trahisons… Pour sa première incursion dans le milieu du polar, Jess Kaan réunit tous les ingrédients d’un vrai tour de force.

« Terril en la demeure »

Mon avis :

Pourtant, Luc Mandoline, en débarquant dans le Nord, avait décidé de rester calme. Pourtant, il n’y avait rien, dans cet accident de voiture, qui augurerait qu’il allait être confronté à des hommes plus ignobles les uns que les autres. Et pourtant, nous voici aux commandes d’un livre qui mêle action et suspense et qui se lit comme on monte les œufs en neige : ça démarre doucement, les personnages se mettent en place ; puis le blanc commence à apparaitre et Luc et Sullivan entrent en scène ; Puis ça commence à avoir de la consistance et Arlock arrive. Enfin, feu d’artifice final, les œufs sont bien durs et ils s’en sortent … comme d’habitude.

Plongé dans le monde du Sadisme, Luc va avoir à faire avec un personnage terrible, probablement le plus terrible qu’il ait eu à rencontrer à ce jour. On va trouver dans ce roman de l’action et du sexe cru, violent. Et si la place est donnée au suspense plus qu’à la psychologie, cela donne un polar sympathique à ne pas mettre entre toutes les mains tout de même. Un polar pour adultes quoi !

Amnésie de Serge Radochévitch (Editions Territoires Témoins)

Le sujet de l’amnésie a été maintes fois traité dans le polar, et dans la littérature en général. Quoi de mieux, en effet, que de partir d’un personnage qui a tout oublié et qui se retrouve vierge, sans passé. Le roman de Serge Radochévitch en est une déclinaison.

Pierre-Julien Renouard est un jeune homme de 29 ans qui a un poste de commercial. Alors qu’il revient d’un rendez-vous d’affaires, il a un accident de voiture. Le traumatisme crânien n’est pas grave au point d’intenter à sa vie, mais il passe tout de même un mois dans le coma. Quand il se réveille, il s’avère qu’il est amnésique.

Cet événement dramatique va surtout marquer ses proches. Si lui se laisse aller, presque bercer par le temps qui passe, ce sont ses parents, ses amis qui vont vouloir le retrouver comme il était avant. Alors, ils vont lui rappeler des souvenirs qu’il a perdus, et qu’il n’a pas forcément envie de retrouver. En particulier, il apprend qu’il est divorcé parce qu’il était violent envers sa femme. Le fait qu’il se fasse virer de son travail va lui donner l’occasion de disposer de la liberté qu’il recherche.

Après avoir décidé de tirer un trait sur son passé et d’avoir amputé son prénom (il devient dorénavant Julien), il passe ses journées à se promener et ses soirées dans des bars. Il fait la connaissance d’un jeune homme qui habite dans un camping. Daniel lui montre un roman qu’il a écrit et Julien lui propose de le lire pour lui donner son avis. Comme il a rencontré Michelle, une journaliste, il a la possibilité de lui donner un coup de pouce. Sauf que … il décide de dire à Michelle que c’est lui l’auteur de ce roman.

Voilà une variation sur le thème de l’amnésie qui présente des aspects très positifs et d’autres qui me laissent sur ma faim. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce roman est globalement construit selon trois actes, comme une pièce de théâtre. La première concerne la sortie de Pierre-Julien de l’hôpital ; La deuxième parle du vol du roman et la troisième de l’enquête d’un journaliste … mais je ne peux vous en dire plus sans dévoiler complètement l’intrigue, et ce serait dommage.

Si la construction est très carrée, je dois dire que cela donne un roman avec une intrigue efficace. D’ailleurs, le format relativement court du roman le prouve. Ensuite, les dialogues sont très bien faits. Il y a une vraie recherche pour en dire le juste nécessaire. Enfin, le thème abordé, l’air de rien, est bien : est-on foncièrement mauvais ou devient-on mauvais ? Quelle part le hasard tient-il dans la trajectoire du commun des mortels ? Et il est presque dommage que le roman soit si explicite à la fin. J’aurais aimé qu’il y reste une part de mystère … mais bon !

Sinon, je suis resté surpris et dubitatif devant certains effets de style qui m’ont laissé pantois. Passer dans une scène d’une narration à la troisième personne puis, sans prévenir à la première personne, est très surprenant. A tel point que l’on se demande qui parle. De même, j’ai trouvé la première partie peu passionnante, la faute peut-être à certains manques de développement de certaines scènes, alors que dès que Julien rencontre Daniel, le roman prend son envol.

Voilà donc un nouvel auteur épinglé sur Black Novel dont le roman aborde le thème de l’amnésie … mais pas seulement. En tous cas, je suis curieux d’avoir votre avis.

Train d’enfer de Jérémy Bouquin (Wartberg)

Cela fait un certain temps que j’essaie de suivre les publications de Jérémy Bouquin. Je dis que j’essaie, car c’est un auteur prolifique. Pour autant, je n’ai jamais été déçu par ce qu’il écrit, et c’est encore le cas avec ce voyage dans un train d’enfer.

Abel Jackal est un détective privé ultra select. En fait, personne ne le connait, il n’est répertorié nulle part, et n’est jamais connecté à Internet. Il utilise de faux papier, des téléphones jetables, et prend en charge des enquêtes sensibles, grâce à un bouche-à-oreille sans faille et efficace. Il faut dire qu’Abel Jackal ne connait pas l’échec. Sa dernière affaire en date va pourtant lui donner du fil à retordre …

Abel Jackal vient de boucler une affaire et amène donc son salaire (en liquide) à un propriétaire de boite de nuit, vers Toulon, spécialiste de blanchiment en tous genre. Ils se connaissent et se font confiance. Quand le patron d’une start-up l’appelle, c’est pour lui demander de filer son responsable commercial et de démontrer qu’il vole des données de son entreprise. Il faut dire que cette start-up gère des transfert de données ultra-confidentielles, venant même de l’état lui-même.

Abel Jackal va donc suivre pendant plusieurs semaines Christophe Sellard, sans rien trouver. Il semblerait que ce dernier ne vive que pour sa boite, étant célibataire et ne sortant jamais. Il prend le TER entre Tours et Blois toujours tôt le matin et tard le soir. Alors que rien ne laissait présager un quelconque rebondissement, le train s’arrête en pleine campagne, victime d’une panne d’électricité. Abel Jackal n’est pas au bout de ses surprises !

Ce roman (j’allais dire ce Bouquin !) est l’illustration même du pourquoi j’adore cet auteur. Il n’est pas besoin de passer des pages et des pages pour présenter un personnage. Jérémy Bouquin nous démontre qu’avec une ou deux scènes, des phrases courtes qui percutent, quelques réactions qui remplacent de longues descriptions suffisent à brosser la psychologie d’un personnage.

Outre un premier chapitre dont on comprend difficilement l’intérêt, on entre tout de suite dans le vif du sujet. Le style est vif, acéré mais pour autant, l’auteur prend le temps d’installer son intrigue proprement dite, puisque celle-ci ne démarrera qu’une cinquantaine de pages plus loin. Par contre, les scènes sont génialement mises en valeur, et Abel Jackal un personnage incroyable. En fait, dans notre monde fliqué où nos moindres gestes sont suivis, lui passe au travers des mailles du filet en utilisant la technologie mise à sa disposition : Une belle résistance à ce système, en somme.

Et puis, à partir de ce voyage en TER, l’intrigue bascule. A partir de là, Jérémy Bouquin va nous surprendre avec de grands coups de théâtre. Et comme on est pris par Jackal, on marche à fond. Ça va toujours aussi vite, sauf que ça fait de plus en plus mal. Ce passage dans le TER, qui prend une moitié du livre est angoissant au possible, tout en étant parfaitement maitrisé. Puis, le ton change à nouveau, on a droit à quelques petites surprises avant la conclusion magistrale.

Clairement, avec ce livre, Jérémy Bouquin nous montre l’étendue de son talent, capable de nous angoisser dans un huis clos infernal et violent, à l’aise dans les dialogues intimistes de la suite, et il nous épate avec l’imagination dont il est capable pour nous offrir autant de rebondissements en aussi peu de pages. J’adore ce roman, j’adore cet auteur. Je souhaite que vous l’adoriez aussi.

Temps glaciaires de Fred Vargas (Flammarion)

Tout d’abord, un grand merci à Emilie pour le prêt … elle se reconnaitra. Passe de bonnes vacances !

Quand on est fan de polar, on est forcément fan de Fred Vargas. Car l’air de rien, elle s’est imposée dans ce registre avec ses propres personnages, son propre style et un petit coté décalé, aussi bien dans les dialogues que dans les situations qui porte à sourire. Et puis, Fred Vargas a cette faculté, ce talent de vous raconter une histoire que nous n’avons pas envie de finir. La dernière enquête en date de Adamsberg, son personnage récurrent, est un bon cru, pas le meilleur, mais franchement : C’est quand même du divertissement haut de gamme, non ?

Alice Gauthier est une vieille dame qui quitte sa maison pour aller poster une lettre. Elle est si importante, cette lettre, pour elle. Elle a tenu tête à Noémie, sa garde malade, et a voulu aller la poster elle-même. Vingt mètres, dix mètres, finalement, c’est bien plus dur qu’elle se l’imaginait. A proximité de la boite aux lettres, elle chute. Marie France, qui passe par là, la retient et évite que la vieille dame se cogne la tête. Puis, elle trouve la lettre par terre. Elle réfléchit, hésite, puis glisse la lettre dans la fente.

C’était le vendredi. Le mardi suivant, le commissaire Bourlin doit se rendre à l’évidence : ce suicide ne ressemble pas à un suicide. Pourquoi une vieille dame se laverait, se mettrait sur son 31, puis déciderait de se faire couler un bain, pour y entrer habillée et se tailler les veines ? Le voisin se rappelle à peine qu’un homme était venu la voir … Bourlin hésite avant de demander conseil à Adrien Danglard de la criminelle.

Adamsberg débarque chez Alice Gauthier et voit à coté de la baignoire un H majuscule, formé d’une barre oblique et d’une barre courbe. C’est Marie France qui va leur donner le premier indice. Ayant lu la rubrique nécrologique, elle se présente à la brigade criminelle et donne à Danglard l’adresse inscrite sur l’enveloppe qu’elle a retenu. Adamsberg va donc aller à l’adresse indiquée, le Haras de la Madeleine et tomber sur un deuxième « suicide » : Henri Masfauré, le propriétaire s’est suicidé d’une balle dans la tête. Il retrouve gravé sur une plinthe le fameux H.

Le problème avec Fred Vargas, c’est que c’est toujours bien. Mais il n’y a pas de mal à se faire du bien, n’est-ce pas ? On retrouve dans ce roman les ingrédients classiques qui font que le grand public aime Fred Vargas. A commencer par les personnages dont les traits de caractère sont brossés de façon fort juste. D’ailleurs, si vous n’avez lu aucun roman de Fred Vargas, vous ne serez pas perdu : elle ne fait aucune référence à ses précédents romans et celui-ci, comme les autres, peut s’apprécier indépendamment des autres.

Ce qui est incroyable, c’est cette façon qu’elle a de démarrer sur un fait divers simple, avec de petits détails qui clochent. Puis elle va compliquer l’intrigue, tout en gardant ce coté un peu décalé, aussi bien dans les scènes que dans les dialogues. Et surtout, elle a une façon d’écrire qui est hypnotique ; elle est capable de nous raconter n’importe quoi et nous, lecteurs, nous sommes prêts à la croire.

Dans cette enquête, nous allons nous apercevoir que les deux morts ont en commun un voyage en Islande il y a plus de dix ans. Puis, cela va partir dans une autre direction, avec une association qui reproduit sous forme de morceaux théâtraux les plus célèbres moments des réunions ayant eu lieu lors de la révolution française … avec les costumes, s’il vous plait. Et ces passages dans l’assemblée révolutionnaire sont tout simplement géniaux : on y croit à fond. C’est du pur génie.

Alors, est-ce le meilleur Fred Vargas ? Non. Mais doit-on pour autant bouder ce roman ? Assurément non ! Car, c’est du pur plaisir, c’est maitrisé, imaginatif, débridé, très bien dialogué, drôle, décalé, divertissant. Bref, ce roman est du bon divertissement, du très bon divertissement.

Le pouvoir des ténèbres de John Connoly (Pocket)

Après Tout ce qui meurt et … Laissez toute espérance, voici la troisième aventure de Charlie Parker. Cet ancien policier qui a connu la douloureuse disparition de sa femme et de sa fille, tuées par un psychopathe, a ouvert son cabinet de détective privé, et est revenu dans sa ville natale. Ne s’occupant que de petites affaires de mœurs, il essaie tant bien que mal d’oublier son drame personnel.

Au nord du Maine, sur les rives du lac Saint-Froid, des ouvriers se déplacent dans le froid et le brouillard pour continuer leur travail d’installation de lignes téléphoniques. La pelleteuse fait son travail, creusant des ornières pour préparer les tranchées. Lyall Dobbs remarque quelque chose et demande au contremaitre

  • Y a un cimetière dans le coin ?
  • Non
  • Ben, y en a un, maintenant.

Ils viennent de découvrir un grand nombre de squelettes.

Un homme se présente chez Charlie Parker. Il se nomme Quentin Harrold et travaille pour Jack Mercier, ancien sénateur. Il lui demande d’élucider la mort de Grace Peltier, la fille de son meilleur ami Curtis Peltier. Grace et Charlie s’étaient connus au lycée. La police s’accorde à conclure à un suicide, mais Jack Mercier n’y croit pas. Charlie, non plus. Grace travaillait sur la disparition d’une secte, les Baptistes d’Aroostock. Malgré ses réticences, Charlie va enquêter et être confronté à un de ses pires ennemis.

Avec une intrigue qui se rapproche de la deuxième enquête de Charlie Parker, celle-ci est indéniablement plus musclée et costaude. John Connoly joue sur nos peurs ancestrales, celles des araignées, pour bâtir des scènes visuelles tout simplement géniales. Le principe est toujours le même : il prend une de nos habitudes quotidiennes et créé des passages angoissants au possible. J’en prends pour exemple ce passage où Charlie Parker va relever son courrier dans sa boite aux lettres et découvre une araignée … génial !

En centrant son sujet sur les sectes, John Connoly nous construit une nouvelle fois une intrigue fouillée, complexe avec un super méchant, répugnant au possible. Celle-ci avance doucement, à coup de scènes marquantes. Mais là où Charlie Parker subissait son chemin dans les précédents, j’ai eu l’impression qu’il retardait le moment de la confrontation finale … et quelle confrontation !

N’oublions pas les deux amis tueurs et gays de Charlie Parker, qui nous permet de mettre à la fois de l’action et de l’humour avec des dialogues truculents. Eux aussi vont souffrir dans cette aventure où la violence va se déchainer. Avec ce roman, John Connoly nous offre un pur thriller noir où il donne libre cours à son imagination débridée et son talent de conteur. C’est du pur divertissement et du pur plaisir de lecture.

A bientôt donc pour Le baiser de Caïn !

Une contrée paisible et froide et Clayton Lindemuth (Seuil)

Attention, accrochez-vous ! Car ce roman que l’on pourrait qualifier de rural est en fait un sacré roman noir comme savent nous les offrir les Américains. Ils ont en effet pour eux les grands espaces, ces petites bourgades perdues au fin fond de nulle part, et ce système juridique qui permet aux sheriffs d’être élus et ensuite, de pouvoir faire ce qu’ils veulent, étant des sortes de rois dans leur petit royaume. Poussant à l’extrême sans jamais tomber dans la caricature, Clayton nous donne un roman à la tension incroyable.

Avant de parler du sujet du roman et des premières pages, il faut juste que je vous prévienne d’un aspect du livre qui m’a désarçonné au début. Ce livre est un roman choral, ou du moins un roman à plusieurs voix. En effet, chaque chapitre montre un personnage ou plusieurs. Pour autant, il n’y a pas d’indication ni en tête de chapitre, ni dans la narration, ce qui fait qu’au début de la lecture, il faut accepter ce fonctionnement. Pour autant, ce n’est pas un roman choral puisque l’écriture n’est pas à la première personne pour tout le monde. Par contre, elle l’est pour les deux personnages principaux …

L’action se situe dans Wyoming, dans un village perdu au fin fond de la campagne. Le village s’appelle Bittersmith, du nom de son créateur. Aujourd’hui, le sheriff se nomme aussi Bittesmith. C’est son arrière grand père qui a créé le village et depuis, dans la famille, on est sheriff de grand-père en père en fils. Bittersmith a maintenant 72 ans. Les conseillers municipaux ont décidé de ne pas renouveler son mandat. Ils ont osé le virer comme un malpropre ! Lui qui a donné sa vie pour ce village ! Il lui reste donc une journée de travail, demain il deviendra un citoyen comme un autre … sauf que cela fait 40 ans qu’il n’est pas un citoyen comme les autres.

C’est une sale journée, la tempête de neige menace, le temps aussi a décidé de pourrir la vie de Bittersmith. Quand Fay Haudesert appelle au bureau pour signaler la mort de son mari, le sheriff décide d’aller voir sur place, et rejoint la ferme qui est isolée à la sortie du village. Son mari Burt a été assassiné, une fourche est plantée dans son cou. Pour sur, l’assassin se nomme Gale G’Wain, un jeune issu de l’orphelinat que la famille a recueilli. D’ailleurs, Il a du prendre en otage Gwen, la fille Haudesert de 16 ans, puisqu’elle a disparu.

C’est donc une course poursuite qui s’engage dans cette contrée perdue, recroquevillée sur elle-même, une course poursuite sous haute tension. Car en donnant le point de vue de chacun eu fur et à mesure que l’action avance, cela instaure une incertitude sur ce qui se passe pour les autres personnages. Et comme nous sommes face à un drame, avec des personnages hors de tout contrôle, on est pendant toute la lecture sur le qui-vive.

Car cette histoire est étayée par de sacrés personnages. Ils sont bien une dizaine, et chacun à sa façon est marquant, difficile à oublier, même si Bittersmith et Gale tiennent le haut du pavé. D’autant plus que d’une situation simple, Clayton Lindemuth va la compliquer en faisant entrer en jeu une sorte de société parallèle telle que le Klu Klux Klan qui domine la gestion du village. Gale va donc se retrouver avec les flics, les frères de Gwen, cette pseudo-secte et le sheriff aux trousses …

Si tout cela va déboucher sur un final de haute volée, qui va s’étaler sur plus de 100 pages, c’est aussi et surtout le style qui retient l’attention. On est sur un sujet bien noir, avec des personnages clairs dans leurs motivations et le style en est tout simplement brillant. De la beauté des paysages aux dialogues excellents, j’ai eu l’impression que tout le roman page par page est juste inoubliable. On ne peut que louer le talent de cet auteur, dans ce premier roman à nous raconter cette histoire avec des personnages tous plus horribles les uns que les autres. Nom de Dieu ! on dit que la nature est sans pitié ! Mais ce n’est rien comparé aux hommes quand ils sont des bêtes.

Ce roman est tout simplement incroyable, d’une force rare, d’une noirceur éclatante.

Ne ratez pas les avis des amis Claude et Petite Souris

Tant de chiens de Boris Quercia (Asphalte)

Attention coup de cœur !

Pour son précédent roman, Les rues de Santiago, je lui avais déjà donné un coup de cœur, ici. Ce roman reprend le même personnage de flic, Santiago Quiñones, et Boris Quercia en profite pour continuer son autopsie de la société chilienne. Bienvenue dans du pur Hard-boiled dans la plus pure tradition du genre.

Santiago Quiñones est au cœur d’une fusillade, comme dans le premier roman. Sauf qu’il est avec son collègue et ami Jimenez. Ce dernier n’a pas de chance, une balle lui transperce la cuisse. Quand les forcenés lâchent des chiens, quatre énormes Rottweilers, Jiménez ne peut se défendre. Les bêtes le prennent à la gorge. Jiménez ne s’en sortira pas.

Santiago Quiñones passera quelques jours à l’hôpital, puis retournera à son poste. Il a à peine le temps de se remettre de cette descente de folie, contre des trafiquants que les bœufs-carottes lui tombent dessus. Ils sont deux, persuadés que Jiménez était un pourri. Si Santiago pouvait tomber aussi, cela améliorerait leur compteur.

Et puis, il y a Yesenia. Elle est belle comme le jour, connait Santiago ; ils habitaient le même quartier. Il est le seul à pouvoir l’aider. Elle veut tuer son beau-père. Elle lui raconte comment il a abusé d’elle, comment sa mère n’a jamais rien fait pour l’aider, comment la police n’a rien fait, comment la justice l’a innocenté. Comment faire autrement sinon le tuer comme un chien ? Santiago accepte de voir ce qu’il peut faire. Mais cela va s’avérer être une bien mauvaise idée.

Si vous pensez, comme moi, avoir déjà tout vu, tout lu dans le domaine du polar, comme cela m’arrive (rarement, heureusement), détrompez vous et jetez vous sur ce roman noir immédiatement. Nous sommes dans le domaine du hard-boiled, le pur, le dur, le vrai. Nous sommes dans une société qui n’en a rien à faire des gens, dans une société où seuls l’argent et le pouvoir importent. Et, parfois, il existe des gens qui aident les autres, ceux qui ne cherchent qu’à survivre.

Boris Quercia dégaine son revolver pour écrire ce roman. Les chapitres sont courts, les phrases claquent comme des coups de feu, et le suspense est haletant, presque intenable. Il nous montre la vie des gens, au Chili, obligés de vivre dans un contexte ultra-violent, obligés de subir les agressions, les meurtres, les drogués, les obsédés sexuels. Il nous montre une société où la morale n’existe plus, où même la vie humaine n’a plus de valeur.

Et Boris Quercia nous construit cette intrigue en la complexifiant au fur et à mesure. D’une simple affaire de vengeance pour dépanner une ancienne voisine, Santiago va s’enfoncer dans des affaires tout simplement incroyables. Et comme cela va à une vitesse de folie, je n’ai pas relevé la tête, mais plutôt encaissé les coups que Boris Quercia m’a distribué, sans aucune pitié, sans aucun remords (clin d’œil, au passage, à M. Nicolas Lebel).

Ce roman est d’autant plus exceptionnel qu’il n’est pas dépourvu d’émotions. Ecrit à la première personne du singulier, nous avons droit à tous les états d’âme de Santiago. Mais nous avons aussi des chapitres racontés par les gens qu’il rencontre ou interrogent. Ceux-là sont d’une puissance émotionnelle incroyable (c’est la deuxième fois que je le dis), d’une violence à la limite du soutenable (sans effusion de sang). Dans ces chapitres, on y montre des atteintes à la dignité humaine qui m’ont révolté. Et pourtant, j’en ai lu, des romans de tous genres, je peux vous le dire.

Avec son personnage humaniste, obligé de courir pour sauver sa peau, Boris Quercia nous montre une société inhumaine, animale, peuplée de chiens assoiffés de sang, d’argent, de pouvoir. Il nous construit un roman d’une puissance d’évocation incroyable (et de trois !), qui ne pourra que vous toucher dans ce que vous avez de plus cher. Vous l’aurez compris, c’est un roman inoubliable, un coup de cœur !

Ne ratez pas les avis unanimes de BMR-MAM, des amis Yan, et Jean-Marc.