Méfaits d’hiver de Philippe Georget (Jigal)

Que de chemin parcouru, depuis ma découverte de cet auteur. A l’époque, j’avais découvert Philippe Georget grâce au Prix Polar SNCF avec L’été tous les chats s’ennuient. Déjà, j’avais adoré ce personnage de Gilles Sebag, et j’avais adoré cette façon de fouiller le quotidien d’un flic comme les autres, de parler des gens communs avec un style si juste et si simple à la fois.

Après l’été, nous avions droit à un deuxième épisode, Les violents de l’automne. Là encore, sur un sujet difficile comme la guerre d’Algérie, je me rappelle encore de certaines scènes, de celles que l’on n’oubliera jamais. Il faut voir, ou plutôt lire, comment, en décrivant un simple repas, Philippe Georget nous montre avec une justesse et une sensibilité rare, la situation des anciens d’Algérie, revenus au pays, et délaissés comme de vieilles chaussettes. Avec de tels moments de lecture, comment peut-on ne pas tomber amoureux de sa prose ?

Gilles Sebag est réveillé par le bruit d’un SMS, reçu sur le portable de sa femme. Quelle idée de réveiller les gens, en pleines vacances scolaires. Le naturel curieux de son travail de lieutenant de police le pousse à aller chercher l’appareil dans le sac de sa femme. Il y voit un abime, sa perte : deux messages émanant d’un prénom qu’il ne connait pas sont arrivés. Le contenu ne laisse la place à aucun doute : elle le trompe.

Le même jour, dans un hôtel du centre ville de Perpignan. Christine vient de laisser partir Eric, son amant attentionné. Comme à chaque fois qu’elle a pris du plaisir, elle veut fumer une cigarette. Elle ouvre la fenêtre, et se délecte de ce plaisir de nicotine. Elle n’est même pas habillée, quand un homme débarque dans la chambre, et tire un coup de feu à bout portant.

Molina et Ménard attendent Gilles devant l’hôtel. Il est en retard et n’a prévenu personne. A l’Hôtel du Gecko, Le vieil homme faisant office de gardien leur indique la chambre 34, au troisième étage. Après avoir entendu le coup de feu, il a vu un homme descendre les escaliers et s’enfuir. Les deux lieutenants montent les escaliers et y retrouvent Elsa Moulin, la nouvelle responsable de la police scientifique. Pour eux trois, la piste du mari jaloux ne fait aucun doute.

C’est un sujet casse-gueule qu’a choisi Philippe Georget pour la troisième enquête de Gilles Sebag : tenir 340 pages avec un homme jaloux qui se rend compte que sa femme l’a trompé. Et je dois dire que le défi est bien relevé, et très bien réussi. Quand l’amour devient compagnie, quand compagnie devient routine, quand routine devient confiance, le couple s’ébrèche, se fissure, se casse, et s’éparpille. Quand la confiance se transforme en tromperie, en trahison, c’est bien la fierté du cocu (ou de la cocue) qui est en jeu. Et c’est ce drame que nous montre Philippe Georget dans une première partie de son roman.

Car malgré tous les dialogues, malgré toutes les assurances, Gilles Sebag ne peut plus, ne veut plus y croire. Et lui que l’on connait tenace dans ses enquêtes, jamais satisfait par des solutions trop faciles, on le retrouve incapable de faire face, de faire preuve de psychologie dans son couple, alors qu’il est si doué dans ses enquêtes. Peut-être est-ce aussi parce que l’enjeu est d’une autre taille ! Alors, nous regardons Gilles Sebag s’enfoncer, plonger dans l’alcool, incapable qu’il est à faire face à cette situation d’autant plus que les affaires dont le commissariat est chargé sont toutes liées à des maris trompés.

A part quelques passages que j’ai trouvés répétitifs, je ne peux qu’être époustouflé par la justesse, par la sensibilité dont fait preuve Philippe Georget pour décrire une situation à la fois difficile et réaliste. Tous les passages semblent vrais, vécus, ce qui montre aussi combien l’auteur a du observer, analyser ses prochains pour en tirer la quintessence et l’inspiration. Quand en plus, il nous offre une intrigue qui, petit à petit, se développe, se ramifie, jusqu’à nous proposer un dénouement d’une originalité impressionnante, cela donne un roman que beaucoup d’auteurs vont lui envier. C’est un véritable coup de force, un pari osé, un pari réussi, une fois de plus. Quel auteur, quel roman !

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul

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22 réflexions sur “ Méfaits d’hiver de Philippe Georget (Jigal) ”

      1. Le but n’est pas de mettre la pression. Cela montre au contraire que tu fais partie intégrante du paysage littéraire et que beaucoup de lecteurs t’adorent. Et, entre nous, écrire un roman de cette force là, il fallait oser ! Chapeau ! A bientôt pour le prochain. Amitiés

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    1. Mon préfér de Philippe Georget est Le paradoxe du cerf-volant qui n’est pas une enquête de Sebag mais un livre seul. En effet, l’auteur alterne entre une enquête de Sebag et des livres « stand alone ». Pour les enquêtes de Sebag, toutes peuvent se lire indépendamment. L’auteur a le talent pour planter ses personnages indépendamment des enquêtes précédentes. A toi de choisir … A bientôt pour en parler.

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  1. Coucou Pierre! Et bonne année !
    Je vais attaquer le prochain opus dès que je me le serai procuré, comme toi je suis tombée dedans et je ne peux plus en sortir…(Vive Philippe Georget!) Moi qui avait enfin trouvé LE flic « normal » en Sebag…arrgg…bon je le lis et on en reparle après! 😉
    bises

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      1. Non, je t’aurais informé de mon changement d adresse! J’ai juste plus le temps ni l’envie de donner mon avis mais je lis toujours bien sûr – et je pioche toujours mes idées sur les meilleurs blogs;)

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      2. Mince, j’ai répondu de mon téléphone (en réunion…:) ) mais ça n’a pas marché.
        Non je n’ai pas changé de plateforme, j’ai juste perdu l’envie (et le temps!). Mais je continue à piocher mes idées sur les meilleurs blogs 😉
        bises

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    1. Nous sommes totalement en phase. En fait, j’avais déjà utilisé une expression que je voulais mettre pour illustrer mon avis (Il faut avoir des couilles pour écrire un roman policier sur ce sujet). Alors, j’ai essayer d’écrire quelque chose de différent. Mais c’est vrai que ce roman est excellent par sa justesse et sa sensibilité. Amitiés

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