Ubac de Elisa Vix (Rouergue)

Depuis La nuit de l’accident et L’hexamètre du Quintilien, je dois dire que j’adore les petits polars de Elisa Vix, par sa façon de créer des intrigues simples, et pour autant stressantes au possible. Ubac est un excellent cru !

Estelle n’aime pas trop parler de son passé. C’est un peu pour cela qu’elle est venue se perdre dans une petite station des Alpes, Val Plaisir, située au pied du mont Ubac. Il faut dire qu’elle ne tient pas trop à évoquer sa jeunesse à la DDASS, abandonnée qu’elle fût par des parents alcooliques. Préparatrice de pharmacie, elle aurait pu passer inaperçue, jusqu’à ce que Jérémy, un jeune lyonnais, ne débarque pour reprendre le bowling du village.

Jérémy est le genre à plaire à tout le monde, toujours souriant, charmeur. Estelle qui n’a rien d’extraordinaire, va pourtant le séduire par sa retenue. Ils vont se plaire, s’aimer, se marier et avoir un enfant, une petite Lilas. Jérémy non plus ne parle pas de son passé, et Estelle, tout à son amour, ne lui pose pas de questions. Jusqu’à ce qu’il lui apprenne qu’il a une sœur jumelle nommée Nadia, et qu’elle va venir les voir après quatre années d’exil aux Etats Unis.

Nadia s’avère une jeune femme méfiante, timide, très proche de son frère. Au début, Estelle va faire des efforts, mais petit à petit, des faits étranges vont l’amener à se méfier de la nouvelle venue. Tout d’abord, alors qu’elle laisse Nadia donner le bain à Lilas, Estelle entend sa fille pleurer ; elle se précipite et trouve sa fille avec les cheveux mouillés et Nadia nie tout problème. Puis, ce sont tous les moments que Jérémy passe avec sa sœur plutôt qu’avec sa femme, allant même lui offrir une améthyste superbe. L’angoisse est à son summum quand lors du repas de Noel, Estelle voit sa fille jouer avec un coureau alors qu’elle était sure de l’avoir éloigné de sa main.

Quelle réussite que ce roman où Elisa Vix s’approprie le trio amoureux, en y mettant sa propre patte, celle d’une tension, d’une angoisse croissante. Et quoi de plus efficace que de prendre pour victime une petite fille de quelques mois, innocente, entre les mains d’une femme qui vient d’arriver et que l’on ne connait finalement pas si bien que cela ? Racontée à la première personne du singulier par Estelle elle-même, Elisa Vix se permet de faire monter le suspense doucement mais surement.

Malgré le fait que la scène soit occupée par les trois personnes du couple, les personnages secondaires, Claudine la pharmacienne et Fabien, l’ami et voisin, sont là pour à la fois faire relâcher un peu la pression mais aussi pour rajouter une pincée de suspense. Car une fois planté le décor, Elisa Vix passe à une guerre ouverte entre les deux femmes, Estelle et Nadia, mais elle insuffle aussi une once d’incertitude. Car à chaque chapitre, on se demande ce que cette auteure de grand talent va bien pouvoir nous inventer. Et on finit par douter de tout le monde. Car tout est moins simple qu’il n’y parait !

Avec son format court, 180 pages, le style est évidemment très efficace, mais pour autant il n’est pas dénué de sensibilité, d’émotion. On finit par vibrer avec Estelle, serrer les dents, sursauter lors des tempêtes, puis devenir froide comme la glace. Car, évidemment, cela se passe en hiver, dans un décor de neige immaculé, où seules se trouvent des traces de pas de loups. Car c’est bien une histoire de loups, de louves que nous offre Elisa Vix, acérées comme des canines.

Tout cela peut paraitre simple, facile à faire, mais c’est bien là tout le talent de cette auteure : savoir s’effacer derrière la force de son histoire, la véracité de ses personnages, la puissance des émotions véhiculées. Elisa Vix a écrit avec ce roman un roman fort, très fort, dont certaines scènes sont inoubliables, un excellent suspense.

Ne ratez pas les avis de l’ami Claude, de Smallthings, et Quatresansquatre

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9 réflexions sur “ Ubac de Elisa Vix (Rouergue) ”

  1. je ne sais plus si je vous l’ai déjà dit, mais : bonne année! et bons polars!!!!!!!!!!!!!
    A cause de vous j’ai craqué pour ce livre à la librairie l’autre jour!
    j’avais déja lu et aimé son L’hexamètre du Quintilien….

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      1. oups .. le vous m’a encore échappé… En tout cas j’ai lu ( mais pas encore blogué) ce petit opus. Diablement oppressant et super !
        J’ai adoré. La fin m’a un peu fait penser au livre de Mme Neuser :  » je tue les enfants français dans les jardins »

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