Pukhtu – Primo de DOA (Gallimard Série Noire)

DOA est un auteur qui écrit des romans à forte consonance politique. Je dois dire que je ne suis pas un fan de cet auteur, mais je reconnais qu’il écrit bien et que ses livres sont intéressants, costauds. Pukhtu m’a fait changer d’avis, Pukhtu est un grand livre. Pukhtu veut dire fierté en pachtoune. Pukhtu prend ses racines en Afghanistan en 2008, pays où eut lieu une succession de guerres, soutenues d’un coté par les Etats Unis, de l’autre par les Russes. Entre les forces de l’Alliance du Nord, les Talibans, les Pakistanais, et les divers groupuscules islamiques, la situation est complexe, violente, meurtrière.

Un peu d’histoire : De décembre 1979 à février 1989, la guerre d’Afghanistan opposa les moudjahiddins, soutenus par les États-Unis et des pays à majorité musulmane, au régime communiste afghan, soutenu par l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Après le retrait de l’Armée rouge, la guerre civile entre diverses factions n’a jamais cessé. La première partie de la guerre civile, qui se déroula de 1989 à 1992, aboutit à la chute du régime communiste en 1992. Le second épisode de la guerre civile vit la chute de l’Alliance du Nord en 1996 et la prise du pouvoir par les Talibans. Une troisième phase de la guerre civile eut lieu de 1996 à 2001. De 2001 à 2014, la guerre d’Afghanistan fut menée par la coalition occidentale et l’Alliance du Nord contre les Talibans, dans la campagne d’Afghanistan à partir d’octobre 2001, en représailles aux attentats du 11 septembre 2001. (Source Wikipedia)

Sher Ali Khan est pachtoune et petit trafiquant dans sa tribu. Il place au premier rang de ses valeurs la famille et l’honneur, celui de son village, celui de son clan. Quand un missile téléguidé par cible électronique vient détruire sa maison, quand dans l’explosion, il perd sa fille adorée, il bascule dans la résistance, dans la guérilla du coté des Talibans et emmène son clan dans la lutte contre l’envahisseur, les Etats Unis.

De l’autre coté, on trouve un groupuscule de mercenaires, travaillant pour une entreprise privée Longhouse, qui est un sous-traitant de la CIA. Fox, Ghost, Voodoo, Tiny, ils ont tous des surnoms puisqu’ils n’ont plus d’identité officielle. Ils sont chargés de préparer les frappes dites chirurgicales, poser des cibles électroniques, donner des renseignements sur les mouvements de troupes, réaliser des assauts contre les ennemis, ou même gérer des camps d’entrainement. Ils ont bien compris qu’ils ont la possibilité de faire leur propre trafic de drogue afin d’assurer leur retraite, car leur métier ne peut durer éternellement.

Il y a aussi Amel, une jeune reporter française, ou Peter Dang le canadien, qui récupère des informations pour faire un compte-rendu le plus proche possible du terrain, mais qui se doutent que ce conflit cache autre chose. Il y a aussi beaucoup d’autres personnages situés aux Etats Unis, en Chine, en France, qui sont tous impliqués dans un conflit qui peut leur rapporter beaucoup. Et dans le désert de roches, il y a des hommes et des femmes qui subissent, qui tentent de survivre ou qui meurent …

Dans ce roman foisonnant, on va trouver de tout. Et il serait faux de croire que c’est un foutoir sans nom. C’est tout l’inverse. D’une situation à haut risque, d’un pays en complète anarchie, où personne ne sait qui est qui, DOA prend une multitude de personnages et déroule neuf mois de cette année 2008 pour nous décrire la trajectoire de deux axes parallèles qui malgré tout vont se rejoindre. Ce roman va tout nous montrer, des scènes de guerre pure, violente, ahurissantes de bruit et de lumières, de sang et de pleurs. On y trouve aussi des scènes intimes, des scènes d’amour, de sexe, de famille, de tradition. On y trouve des extraits de journaux, des rapports militaires, des drones qui survolent au dessus de vos têtes, des cocktails dans des salons confortables à Paris, des politiques qui ferment leurs yeux, de fausses informations, des vraies …

C’est un véritable feu d’artifice, qui mérite aussi que l’on fasse un effort. Car avec tous ces personnages, tous ces villages, toutes ces familles, on a parfois tendance à s’y perdre. Reste que l’auteur nous ramène rapidement dans l’action, dans le message qu’il nous assène à coups de poing vicieux. Je n’ai jamais rencontré une telle sensation d’être plongé en plein cœur d’une guérilla, j’ai rarement lu des scènes intimes aussi justes, j’ai rarement pris autant de plaisir à lire un roman aussi long, prenant du début à la fin. 650 pages de fureur, de cris … Nom de dieu !

Le seul roman qui puisse se rapprocher de ce roman, parmi ceux que je connais, c’est le gigantesque La griffe du chien de Don Winslow. Eh bien, je vais vous dire que ce roman tient la comparaison par moments. Impressionnant. A ne rater sous aucun prétexte

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21 réflexions sur « Pukhtu – Primo de DOA (Gallimard Série Noire) »

    1. C’est Yan et Jean Marc qui m’ont donné envie. Et ils ont raison. Il y a des scènes proprement hallucinantes, qu’elles soient de guerre ou intimes. Il y a du coeur dans ce qu’il a écrit, sans prendre parti, et je le répète, ce roman est tout simplement époustouflant ! Amitiés

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  1. J’avais trouvé que « citoyens clandestins » pas mal , mais « L’honorable société » ne méritait pas de se relever la nuit. Donc j’étais très perplexe et partagé compte tenu du volume ( je sais c’est moche les a-priori) ..mais si tu le compare à La griffe du chien….je vais te suivre les yeux fermés …au pire ce ne sera pas que ta bagnole qui se fera piquer la prochaine fois 😉

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    1. Comme toi, je n’étais pas plus fan que cela. Là il n’a pas monté une marche, il a sauté plusieurs étages. J’attends avec impatience la suite prévue pour le deuxième semestre. Et je vois qu’on a les mêmes lectures ! 😉

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  2.  » La ligne de sang  » m’est un peu tombé des mains. J’ai commencé, depuis pfiouuuuu, qq mois,  » citoyens clandestins « . Un livre sur le quel je reviens régulièrement, qui me plait sans me plaire, pas facile mais quand même intéressant !
    J’ai assisté à une rencontre en librairie avec DOA à la sortie de Pukhtu et l’auteur est passionnant.
    Et comme  » la petite souris « , il est sur ma pile (le livre, pas l’auteur ! ) Alors, un jour, c’est certain, je le lirai ! … Vais de ce pas chercher une branche de noisetier et je vais faire comme la souris et la belette (quel bestiaire) 🙂

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  3. Ce que vous ne dites pas dans votre critique (et qui est le seul véritable problème de ce roman) est qu’il n’y a pas de fin. Tout simplement parce qu’il s’agit du premier tome d’un diptyque.

    Par contre, je suis totalement en phase avec vous : il y a quelque chose de la « griffe du chien » dans ce roman…

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  4. Ah, mon ami, quelle belle chronique que celle-ci ! En toute franchise, je n’ai pas encore lu DOA dont j’ai deux titres dans ma bibliothèque. Sans doute un peu refroidi par l’épaisseur de l’objet. Mais là, tu me donnes le feu vert pour découvrir l’auteur, je m’exécuterai donc. Amitiés.

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  5. Bonjour Pierre, je viens de tomber par hasard sur un article très intéressant paru dans libération, un très long « Interview de DOA » qui explique la genèse de son bouquin PUKHTU dont tu fais une chronique élogieuse . Maintenant que le deuxième tome est paru je vais me mettre à sa lecture ;
    Voici les référence
    Interview
    DOA «J’ai testé toutes les armes citées dans mon roman»
    Par Alexandra Schwartzbrod — 6 mai 2015 à 17:46
    Entretien avec DOA
    http://next.liberation.fr/livres/2015/05/06/j-ai-teste-toutes-les-armes-citees-dans-mon-roman_1294553

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