La ville des brumes de Sara Gran

Editeur : Editions du Masque

Traduction : Claire Breton

L’année dernière, nous avions fait la connaissance de Claire DeWitt, le nouveau personnage récurrent de Sara Gran, dans La ville des morts. La voici dans sa deuxième enquête, où nous allons en savoir plus sur cette jeune femme.

Il y a quelques années, Claire DeWitt a eu un amant, Paul Casablancas, avec qui elle a vécu quelques mois. Pour autant, cette période reste un excellent souvenir, au point que Claire pense à Paul comme étant l’amour de sa vie. Ils se sont séparés et Paul est parti vivre à San Francisco où il a épousé Lydia Nunes, une guitariste. Paul étant lui-même l’un des guitaristes les plus doués de sa génération, ils se sont mariés et Claire a repris sa vie …

Quand Claire reçoit un coup de téléphone, c’est pour apprendre que Paul a été assassiné. Il a reçu plusieurs balles chez lui, et plusieurs de ses guitares ont disparues. La police pense à un cambriolage qui a mal tourné et Claire décide d’aller à San Francisco pour se faire sa propre idée. Même si elle est d’accord avec l’hypothèse de la police, il est tout de même étrange que la porte d’entrée ait été fermée. Comme si le cambrioleur était entré, avait tué Paul et était parti en refermant derrière lui.

C’est une affaire bien compliquée qui commence pour Claire. Comme celle de son adolescence, quand Chloé, Tracy et elle avaient décidé de devenir détectives. Elles étaient inséparables et formaient ce qu’elles croyaient être les meilleures détectives du pays. Quand un jour, Tracy disparait dans le New York des années 80, elles sont parties à sa recherche et ont découvert un pan de la vraie vie …

J’avais tant aimé sa précédente enquête, parce que c’est un portrait de femme qui, à lui seul, mérite le détour. Allez, pour être honnête, on ne peut que tomber sous le charme de Claire DeWitt. Je suis amoureux de Claire DeWitt. Parce qu’il y a dans cette écriture une honnêteté, une véracité qui en font un personnage vivant. C’est aussi un personnage moderne, qui baise quand elle en a envie, qui vit vite, usant de tous les expédients qu’elle a à sa disposition pour accélérer son rythme de vie, éviter de dormir, oublier …

Dans cette enquête, on en découvre plus sur le passé de Claire DeWitt, à travers la recherche de son amie Tracy. Il y a dans ces passages, faits de chapitres insérés dans l’intrigue principale, des portraits d’adolescentes qui découvrent la vraie vie, celle des adultes. Elles passent d’un jeu, celui de détective, à la découverte d’un paysage fait de violence, de sexe et de drogues. Ce n’est jamais démonstratif, juste montré avec beaucoup de justesse en même temps que Sara Gran nous montre la perte d’innocence, d’espoir et d’illusions de ces jeunes filles.

Et puis, même si l’enquête n’avance pas vite, voire est accessoire, la résolution du meurtre de Paul nous donne droit à des beaux passages, si simples, sur la perception qu’a Claire De Witt de la vie. Usant et abusant de cocaïne, on découvre toujours d’autres facettes de ce personnage si complexe. On la croyait forte, sans limites, résolue, tenace. On la découvre fragile, à la recherche de soutiens, que ce soit Constance qui l’a formée au métier de détective, à Silette, ce grand détective qui a écrit le B-A-BA du détective. Mais aussi ceux qui l’entourent et qui la soutiennent, ses amies qui la récupèrent en morceaux ou bien Claude, son assistant qui lui sert de repère dans un monde perdu.

C’est un roman fondant, attachant, moderne, qui nous montre à la fois le mal-être mais aussi la réalité que l’on ne veut pas voir. A travers le personnage de Claire DeWitt qui veut vivre vite et espérer, on voit la vraie vie qui, elle, est sans espoir. Car comme disait Pierre Desproges : « La vie est dramatique, elle se termine toujours mal ». Si La ville des brumes enfonce le clou du précédent, il est, à mon avis, un cran au dessus par tous ces aspects qui rendent ce roman indispensable, comme une sorte de témoin de notre société actuelle.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Racoon

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12 réflexions sur “ La ville des brumes de Sara Gran ”

  1. Punaise moi qui ne lis pas les chros .. Celle là elle est d’enfer … je comprends que tu aies fondu … hihi
    Bon me v’la rassurée .. tu es en bonnes mains …

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  2. je t’avoue j’ai lu le premier roman, mais je ne l’ai pas chroniqué n’ayant pas su par quel bout le prendre. Sans doute aussi parce que si le bouquin m’avait globalement plu, il ne m’avait pas non plus emballé. Je sais pas, un rendez vous manqué peut être vu la passion que tu mets à nous dire le bonheur qui est le tiens à lire cette auteure ! va guetter sa sortie en poche histoire de lui redonner une chance.Amitiés

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  3. Mon ami, bonjour,
    Chronique de feu, comme le lit notre souriceau, l’amour rend aveugle mais moi, je vais me laisser tenter par cette ville des brumes, juste pour voir et si j’aime, le souriceau devra revoir sa copie. Amitiés.

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    1. Un conseil, mon ami : commence par le premier qui est La ville des morts. Il est paru en format poche chez Points. C’est l’occasion de découvrir ce personnage hors norme (clin d’oeil à ton dernier billet en date) à moindre frais. Amitiés

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