Alice change d’adresse de Michel Moatti

Editeur : HC éditions

C’est à un roman indéniablement original que nous convie Michel Moatti, et pour ce faire, je me suis permis une petite illustration en guise de résumé, que voici :

« Bonjour, je m’appelle … euh … je ne sais plus, ou devrais-je dire, je ne sais pas. Je suis allongée. L’ambiance est calme, l’air est ouaté. J’ouvre les yeux, difficilement. Les murs sont blancs, la pièce petite et carrée. Une femme vient me voir, dans sa blouse blanche, immaculée. Elle dit que je m’appelle Alice Hoffman. Je ne sais pas. Il semblerait que je sois dans un hopital, mais je ne peux pas parler.

Puis, des images me viennent, font irruption dans ma tête. Un canal, avec quelques maisons autour, un ciel bleu, mais avec des nuages menaçants, une écluse et une petite main serrée dans la mienne. Ces images me fatiguent … le bruit de l’orage me déchire les oreilles, l’eau monte, les gens crient, mais je ne savais pas qu’il y avait des gens … et la petite main disparait dans les flots. Alors je crie : « Franck ! ». Mon fils …

La femme revient, voit mon état agité. Un homme vient après qu’elle l’ait appelé. Il doit être docteur. Il me dit que les souvenirs vont être douloureux. J’ai du mal à articuler, mais je peux prononcer son nom, Franck. Ils me donnent des médicaments et je repars dans une atmosphère cotonneuse où les cauchemars ne peuvent pas me réveiller. Je me persuade : « Je m’appelle Alice, et j’ai perdu mon fils, Franck ».

Entre les images et les souvenirs, entre les sensations et les impressions, je reprends pied. L’homme, qui est bien docteur, me dit que je n’ai pu supporter la perte de mon fils, que j’ai fait une tentative de suicide, en avalant une boite de Noctran. Je ne connais pas ce nom, mais je deviens compréhensive envers mon geste. Comment peut-on vivre après la perte de son propre fils ?

Un matin, j’ouvre les yeux. Un autre homme se tient là. Qui est-il ? Il me prononce une phrase, une phrase qui peut changer ma vie : « Votre fils n’est peut-être pas mort ». J’ai le droit de sortir dans le parc, et je revois cet homme. C’est un ancien flic, qui récupère dans cette clinique après une blessure à la tête. Il a le droit de sortir, passe ses week-end à enquêter sur mon affaire … quel drôle de terme ! Est-ce vraiment une affaire ? Mais je dois tout faire pour retrouver la chair de ma chair, mon fils, Franck. »

C’est donc à un voyage à l’intérieur de la tête d’une femme malade auquel nous convie Michel Moatti, après nous avoir fait voyager à Londres lors de ses deux premiers romans Retour à Whitechappel et Black-out baby. Le fait d’avoir écrit ce roman à la première personne est une sacrée gageure, et un sacré casse-gueule car il faut être crédible pour parler à la place d’une femme et qui plus est d’une femme malade.

Nous allons donc nous réveiller avec cette femme, qui renait à la vie. Il y a peu de dialogue et elle cherche à tout ce à quoi elle peut se raccrocher : les bruits et les odeurs tout d’abord, puis les lieux et les couleurs quand elle ouvre les yeux. Il faut un peu de persévérance pour lire les premiers chapitres, qui présentent le personnage, sa situation, sans aucun dialogue puisqu’elle ne parle pas.  Puis, l’intrigue démarre … et on ne sait à quoi se fier, ni qui est qui … et c’est redoutablement bien fait.

Et nous entrons alors dans un roman étrange, où Alice détaille les endroits où elle va, les personnes qu’elle rencontre comme si elle se raccrochait à ce qu’elle voit, ce qu’elle entend, ce qu’elle respire, ce qui est un problème pour quelqu’un qui ne ressent rien. On a alors affaire à une atmosphère feutrée, clinique faite essentiellement de fits et pas de sentiments. Et de la même façon, quand Alice va s’échapper avec le flic, VanDern, on a aussi l’impression de flotter dans un rêve, dans une atmosphère cotonneuse.

Ce roman n’a pas fini de surprendre puisque l’on a droit à une fin surprenante, car je me suis laissé prendre au jeu de cette atmosphère à la fois extrêmement précise et floue à la fois. Alice va changer d’adresse, et me surprendre jusqu’au bout, et après avoir tourné la dernière page, on a à la fois l’impression de sortir d’un rêve et à la fois la sensation que l’auteur nous a bien eu. Finalement, ce roman demande un peu d’effort, mais on est récompensé !

 

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9 réflexions sur “ Alice change d’adresse de Michel Moatti ”

    1. Je te rassure, les 2 précédents se situent à Londres, l’un à propos de Jack l’éventreur, et l’autre pendant la 2ème guerre mondiale. Celui ci n’a rien à voir du tout. Un roman psychologique haut de gamme.

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