Chronique virtuelle : L’été chez Ska

Avant de partir en vacances, n’oubliez pas vos lectures. Et pour alléger les bagages, quoi de mieux que la lecture électronique ? Voici quelques nouvelles en provenance de chez Ska, des nouvelles noires, très noires …

 

Ballon de Catherine Fradier :Ballon

Note de l’éditeur :

Un ballon perdu sur la plage, la cruauté de la guerre comme horizon…

Un cercle jaune illumine soudain un rideau de fer arraché, une porte défoncée, effleure brièvement sa burka. Razan se jette derrière des sacs de sable empilés et attend. Un pick-up chargé de quatre hommes en treillis, la barbe broussailleuse, roule au ralenti. Elle se tasse, la souffrance anesthésiée par la terreur, et ne relève la tête que lorsque le bruit du moteur s’est évanoui, puis elle cavale le long des ruelles, se fondant dans l’ombre des façades éventrées.

Mon avis :

Moyen Orient, dans un pays en guerre. Un jeune enfant a oublié son ballon. Sa mère sort pour le récupérer. Cela parait simple, comme histoire, mais elle est pleine de sentiments et surtout effroyablement noire. Et plus on s’enfonce dans l’histoire, plus on a du mal à respirer, car on retient sa respiration. Il n’y a pas d’espoir à attendre, pas de lumière apparente, pas d’issue heureuse. Une dizaine de pages qui, finalement, nous rappelle la chance que nous avons, de vivre dans ce pays, et notre inhumanité à ignorer les autres. Terrible ! Un pur joyau noir, brutal !

Bad Trip de Gaetan BrixtelBad Trip

Note de l’éditeur :

Une nouvelle noire aux allures de thriller habilement surprenante

Les champignons hallucinogènes en guise de pâtée pour toutou ont un effet dévastateur…

« J’arrive pas à croire que Totor soit mort. »

Hélène a lancé ça à table.

Au milieu d’un apéritif dînatoire, évoquer notre chien, ça fait bizarre. Ca jette un froid sur les invités, sur les parents et moi : on dirait que même les bulles du champagne s’arrêtent de pétiller.

  1. Vaudry se permet tout de même de lui rendre hommage : « C’était une brave bête », dit-il avec une gêne profonde.

Mon avis :

La mère d’Emeric se plaint, lors d’un repas où ils ont invité M.Baudry : elle n’en revient pas que Totor, le chien de la famille, soit mort. C’est sur qu’Emeric se sent mal, c’est lui qui a promené Totor pour la dernière fois. Tout aurait du bien se passer mais il a rencontré son copain Antonin …

On peut tout imaginer … et je peux dire que Gaetan Brixtel a l’imagination fertile et un sacré talent pour conter une histoire … de routine puis drôle puis méchante puis noire puis noire. Je ne connaissais pas cet auteur mais il m’a emballé dès les premières lignes et a su planter le décor avant de faire partir son histoire en vrille dans le bon sens du terme. Bad Trip, je vous garantis un sacré bad trip, avec en guise de conclusion une belle pirouette noire, comme je les aime.

Echouée de Jérémy BouquinEchouée

Note de l’éditeur :

Échouée sur une aire d’autoroute, elle soulage les hommes jusqu’au jour où la femme-épave se rebiffe…

Myriam se tord un moment, la gamine, elle a vingt et un ans, tout au plus. Elle apprend la vie. C’est un peu un bébé. Pour elle, je suis « Mammy Branlette » ! Rien de plus, rien de mieux. Une putain de l’autoroute, un personnage burlesque, pittoresque du coin. Une permanente du secteur. Un fantôme un peu glauque de la route droite.

« Qu’il repose en paix ! » laisse alors échapper la gamine.

Elle ressasse la phrase de la nécrologie : « Qu’il repose en paix ! »

Là, je me bloque. Je me braque, même !

« Non ! »

Le pouvoir suggestif de la prose de Bouquin, le bien nommé, est efficace comme un uppercut au menton. Ça galope, ça cogne ! Le comble? Comme un maso, on en redemande.

Mon avis :

Elle se fait appeler Mona et vit depuis 15 ans sur un parking d’autoroute en masturbant les conducteurs qui passent. Jusqu’à ce qu’elle voit dans le journal une annonce nécrologique annonçant la mort de Thierry Parturel. L’heure de la vengeance a sonné …

En prenant des gens comme vous et moi, et en les plaçant dans une situation décalée, Jérémy Bouquin nous conte une histoire avec ce petit zeste d’humour qui rend la lecture très agréable … mais ce n’est que pour mieux nous endormir car la fin de cette nouvelle est bien noire ; et de ce voyage en absurdie, il transforme l’essai avec une fin bien noire. Avec son style fluide, ses remarques justes, toujours, on ressent beaucoup de sympathie pour ce personnage et beaucoup de haire pour les autres.

Un clou chassant l’autre de Damien Ruzé :Clou chassant autreElect

Note de l’éditeur :

Entre Raqqa et Bruxelles, les âmes perdues du djihad vont châtier les kouffar (mécréants)…

Un dernier doigt d’honneur à cette putain de Belgique qu’ils haïssent, ses pétasses blondes et grasses refusant de se faire basculer, sa jeunesse hystérique et dépravée, américanisée. Farid a juré sur le Coran. Si Djellal tombe, il mettra le plan à exécution. Leur plan. Asymétrique. Fulgurant. Imprévisible. Une œuvre d’art. Une installation. Djellal se bidonnera au paradis, matant l’hécatombe sur écran géant entre deux coups de chibre dans une vierge céleste. Farid se marre tout seul comme un con, ouvre la fenêtre, propulse la cigarette d’une pichenette dans la cour pavée. Rira bien qui rira le dernier.

« La vengeance est un plat qui se mange halal. Entre Raqqa et Bruxelles, les âmes perdues du djihad vont châtier les kouffar sans verser une goutte de sang, frappant au hasard, utilisant les points faibles de l’Occident : son insatiable soif de plaisir et sa létale propension au désespoir. »

Damien Ruzé : un ton, un rythme, une prosodie si noirs qu’on pourrait s’y égarer à jamais. À lire de toute urgence, ce texte écrit en janvier 2016, violemment prémonitoire.

Mon avis :

Du Pakistan à la Belgique, Damien Ruzé nous fait suivre une intrigue complète en peu de pages au travers de plusieurs personnages. Cela ressemble à un jeu de dominos que l’on assemble en posant les pions les uns par-dessus les autres. Cette nouvelle est surtout l’occasion pour moi de retrouver ce style que j’aime tant, si simple, si fluide, si facile en apparence, et qui nous balade dans différentes ambiances jusqu’à un final dramatique. Normal, c’est publié dans la collection Noire Sœur ! Damien Ruzé se montre aussi à l’aise dans les nouvelles que dans les romans, ce que j’ai déjà dit. Car, vous en connaissez beaucoup des auteurs capables de présenter des personnages en 3 ou 4 phrases ? Comme j’attends avec impatience son troisième roman !

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11 réflexions sur “ Chronique virtuelle : L’été chez Ska ”

    1. Et j’ajouterai qu’avec Gaetan Brixtel, c’est une nouvelle voix très prometteuse ! Quant à Ballon de Catherine Fradier, personne ne l’aurait édité en papier alors que c’est une bombe noire ! Merci d’être passée ! BIZ

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