Le verger de marbre de Alex Taylor

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons

Une nouvelle fois, la collection NéoNoir des éditions Gallmeister fait fort, en dénichant le premier roman d’un auteur à la plume si rare que je n’ai pas honte à la comparer à celle de Donald ray Pollock. D’ailleurs, celui-ci écrit en exergue sur ce roman : « L’une des proses les plus belles et brillantes que j’ai jamais lues. Ce livre est un incroyable tour de force. »

Dans le Kentucky, Clem Sheetmire conduit une embarcation permettant de faire traverser la Gasping River à ses passagers. Cela lui permet de faire vivre sa famille, Derna sa femme et Beam son fils. Depuis qu’il était adolescent, Beam assurait la relève de son père pour les traversées de nuit. Ce matin là, un homme l’appela de l’autre coté de la rivière. Beam négocia la traversée à 5 dollars.

« Des spasmes de clair de lune traversaient la cime des arbres. La lune elle-même se reflétait dans la rivière, son double tremblant dans les eaux noires, et partout flottait une sérénité qui semblait permanente, un calme qui donnait forme à l’immensité de la nuit. »

Au milieu de la rivière, l’homme de forte corpulence annonça à Beam qu’il n’avait pas 5 dollars à lui donner. Alors qu’il faisait demi-tour, l’autre lui dit qu’il plaisantait. La discussion s’engagea. L’autre semblait connaitre le coin et ses gens, il trouvait que Beam ne ressemblait pas à un Sheetmire. Puis l’autre le menaça de prendre la caisse. Alors, Beam le frappa au front avec une clé à griffe. L’autre tomba, mort. Au port, le bateau emboutit l’embarcadère car Beam n’avait plus sa tête à lui.

Beam alla chercher Clem. En voyant le corps, Clem lui demanda de fouiller le corps. Beam trouva 20 dollars dans le portefeuille. Clem regarda l’homme, annonça à Beam qu’ils n’appelleraient pas la police, mais que Beam devait faire ses bagages et partir, sans plus d’explications. Car Clem avait reconnu en l’homme le fils de Loat Duncan, le plus grand truand du coin.

Le lendemain, le sheriff Elvis Dunne se dirigeait avec ses deux adjoints vers la Gasping River. Un corps a été retrouvé dans les chaines de bucheron. Le coroner annonça qu’il avait été jeté à l’eau hier. Les bucherons le reconnurent, il s’agissait de Paul Duncan, le fils de Loat. Ne restait plus qu’à Elvis à aller voir le père …

Les auteurs américains ne cesseront pas de me surprendre. Il faut dire que ce pays regorge de paysages qui donnent des possibilités infinies pour des intrigues les plus noires dans des décors les plus enchanteurs. Dès les premières lignes de ce premier roman, hormis le prologue qui m’a paru de trop, la plume d’Alex Taylor remplit les yeux, éclate de beauté devant l’évocation de cette nature à la fois belle et mystérieuse, enchanteresse et menaçante. Dans ce décor sauvage, l’auteur y a placé des personnages, tous forts et impressionnants et ayant autant d’importance les uns que les autres.

Clem est un homme effacé, un dur au mal, un pauvre gars qui veut faire vivre sa famille. Derna est une ancienne prostituée qui a travaillé pour Loat Duncan, un tueur implacable. Beam dans sa fuite rencontrera un homme qui vit dans les bois, un propriétaire de bar sans bras. Dans cette galerie, on peut y rajouter un sheriff qui essaie de ménager tout le monde pour rendre la justice la plus équitable possible et un curieux homme toujours habillé en costume.

Le clou de cette intrigue est que Paul Duncan s’avère être le frère de Beam, alors que celui-ci ne le sait pas. Et les relations entre les différents personnages vont nous être dévoilées petit à petit, entrecoupées de scènes très violentes mais jamais démonstratives. Si l’on ajoute à cela des dialogues formidables, des digressions basées sur des histoires du cru racontées par les personnages eux-mêmes qui sont toutes plus géniales les unes que les autres, on tient là un grand livre, de ceux qu’on n’oublie pas. Même si j’ai trouvé sur la fin (surtout après la scène de bataille dans la maison perdue au fond des bois) que ça tournait un peu en rond, le dernier chapitre est tout simplement génial !

Dans cette histoire en forme de métaphore, on devine l’intention de l’auteur de faire revivre le mythe d’Abel et Caïn, mais aussi celui de Sisyphe, avec Beam dans le rôle titre ; sauf qu’au lieu de pousser un rocher, il cherche à partir mais se retrouve toujours dans le même coin. On peut aussi voir dans le personnage de l’homme au costume l’image du Diable, avec qui chacun va passer un pacte pour leur plus grand malheur.

C’est donc un roman avec plusieurs lectures que nous propose Alex Taylor, un roman d’une noirceur infinie dans un paysage à la fois idyllique et mystérieux, écrit avec un style imagé et presque poétique. C’est un grand et beau premier roman, l’une des lectures à ne pas rater pour cette rentrée littéraire 2016. Et je tire mon chapeau au traducteur !

 

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22 réflexions sur « Le verger de marbre de Alex Taylor »

  1. Bonne fin de dimanche Pierre,
    Je ne reste pas de marbre devant autant d’éloges 🙂
    Je viens de finir Am Stram Gram, noir de chez noir.
    A propos de mes lectures, je vais tout remettre sur brindille33 et supprimer brindillelit. Cela n’a pas de sens. Je centralise. 🙂 Ce sera mieux. Sauf que mes chroniques ne suivent pas.
    Amitiés
    Geneviève

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      1. Bonne semaine Pierre,
        Pour les lectures, il y a effectivement des bons ou de mauvais moments, je comprends très bien. 🙂
        Pour le verger de marbre, j’ai vu le prix. J’aimerais tant lire un bon livre ! Ces derniers temps, sauf « Un sac » de Hélène Bakowski, un livre qui m’a beaucoup touchée, même si c’est vraiment noir. L’histoire d’une enfant qui grandit chez une dame qui l’a « kidnappée ». Lien pervers, psychologie, noirceur des sentiments et meurtres qui dénoncent pour moi comment peut se créer la psychologie d’un psychopathe. Un autre livre que j’ai bien aimé aussi de Sonia Delzongle, Quand la neige danse. Excellent pour moi-même. 🙂 Pour l’instant je lis la Note du Loup qui est d’une facture totalement classique. Ce qui veut dire que lorsque j’aurai terminé celui-là, j’ai le deuxième tome de Jérome Bosch, mais bon, je ne suis pas très emballée. Comme tu es de bon conseil, j’aimerais lire un excellent livre qui sorte un peu des sentiers battus. J’ai noté celui que tu avais chroniqué avec le prénom d’une femme. Ce livre est dans ma liste d’envies, j’ai pas trop la mémoire 🙂 En attendant, j’aimerais bien me plonger dans quelque chose de neuf.
        Pour le livre que tu viens de chroniquer, c’est tentant. Le prix l’est un peu moins. Je puis me l’offrir bien entendu 🙂 Je verrai. Encore merci pour le retour. J’aimerais avoir ton avis sur « Un Sac » si jamais tu te laisses tenter ?
        Amicalement. Geneviève

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      1. J’ai du retard, Pierre !!

        Oui, il a sans doute des mythes cachés dedans que seuls l’auteur sait !

        Oui, pour un premier roman, chapeau ! Problème c’est qu’il sera attendu au tournant avec le suivant 😀

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