Oldies : La bête qui sommeille de Don Tracy

Editeur : Gallimard (1951) ; Folio (Format poche)

Traduction : Marcel Duhamel & Jacques-Laurent Bost

C’est dans le remarquable essai de Jean-Bernard Pouy, Une brève histoire du roman noir que j’ai pioché cette idée de lecture. Ce roman, édité aux Etats Unis en 1937, ne fut publié en France qu’en 1951. Heureusement, il est encore disponible chez Folio et je vous conseille très fortement de le lire !

L’auteur :

Après ses études, en 1926, il collabore un temps au journal local, le New Britain Herald. Il se rend ensuite à Baltimore et exerce divers métiers : garde du corps, agent immobilier, modèle pour des publicités, vendeur. Il revient finalement au journalisme de reportage au Baltimore Post, puis devient rédacteur au Trans Radio News à New York de 1928 à 1934. Après cette date, il est surtout rewriter pour de nombreux quotidiens et, entre 1955 et 1960, il enseigne également pendant la session d’été à l’Université de Syracuse.

Sa première publication date de 1928, une nouvelle dans la revue The Ten-Story Book. Il en écrira plusieurs centaines sous de multiples pseudonymes (Tom Tucker, Tracy Mason, Don Keane, Anne Leggitt, Jeanne Leggitt, Marion Small, Loraine Evans) dans la plupart des « pulps » de l’époque (Thrilling Sports, Popular Sports, Black Book Detective, Exciting Love…).

Son premier roman, Round Trip (Flash!) est publié en 1934, suivi en 1935 de Criss-Cross (Tous des vendus). Dans ce dernier roman, il décrit la descente aux enfers d’un ancien boxeur, devenu convoyeur de fonds, qui se lance dans un cambriolage pour séduire une femme. Criss-Cross sera porté à l’écran en 1949 par Robert Siodmak (titre français : Pour toi j’ai tué) avec Burt Lancaster dans une composition mémorable.

Dans ses récits policiers, Don Tracy explore souvent des zones peu fréquentées. Ainsi, La Bête qui sommeille (How Sleeps The Beast, 1938), l’un de ses romans noirs d’avant la guerre, traite avec acuité du racisme, un thème rarement abordé à cette époque par le genre.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Tracy appartient à un détachement de la Military Police. De cette expérience, il tirera dans les années 1960 une série de romans d’enquête ayant pour héros le sergent-chef Giff Speer.

Démobilisé, et tout en poursuivant la publication de romans noirs, dont les thèmes récurrents demeurent la recherche d’identité, l’alcoolisme et ses dérives, le racisme et la violence qu’il engendre, Don Tracy signe de son nom, ou des pseudonymes Barnaby Ross ou Carolyn Mac Donald, des romans historiques qui lui valent une certaine notoriété. Il emploie aussi sa plume à de nombreux travaux alimentaires : il rédige, sous le pseudonyme de Roger Fuller, plusieurs romans et recueils de nouvelles, ainsi que des novélisations du feuilleton Peyton Place, agit comme nègre littéraire pour Van Wyck Mason et Ellery Queen, et compose sous divers noms des novélisations de films et de séries télévisées, notamment des épisodes des séries Le Fugitif, L’Homme à la Rolls et Les Accusés.

Il meurt d’un cancer en 1976.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Un petit port avec ses pêcheurs d’huîtres, son débit de boissons, ses marins, sa putain locale, et Jim, le pauvre nègre transi. Et tout à coup la brutalité, le sadisme collectif se déchaînent et l’on assiste – sous couvert de moralisation – à un spectacle abominable, écœurant. Les atermoiements de la police locale, la lâcheté, la veulerie, la sauvagerie des uns, l’impuissance désespérée des autres font de ce livre un témoignage impitoyable.

Mon avis :

Dans un petit port des Etats Unis, tout le monde se retrouve au bar après le travail, pour boire, et oublier son quotidien. Jim, un jeune noir, vient acheter une bouteille d’alcool local. Fin saoul, il va tuer et violer une jeune blanche, avant de perdre connaissance dans une grange. Lors de la battue, on le retrouve et on l’enferme en prison. La population demande justice et va se diriger vers la prison pour un lynchage.

Ce qui frappe d’emblée, c’est bien la modernité de ce texte qui date de 1937 et qui n’a pas pris une ride. Il n’est fait aucune mention de détails qui pourrait placer ce texte à cette époque là, ce qui en fait un roman intemporel important. Et il l’est bien, important par les thèmes évoqués ici. Car au delà de la dénonciation du racisme, on y trouve pêle-mêle une accusation de la police, de la justice, des politiques, et des journalistes. Car Don Tracy va placer des personnages représentant chacun leur métier et montrer leur réaction face à ce drame.

Au milieu de cette cohue, il y a Al, l’adjoint du sheriff, qui représente la bonne conscience de la société, qui est un ami d’enfance de Jim, mais qui va basculer aussi dans l’horreur. Et puis il y a ce déclic, cette étincelle qui va faire éclater tout ce petit monde, qui va créer une folie collective jusqu’à créer une scène d’horreur (non écrite mais que le lecteur peut imaginer) qui va faire réagie le lecteur. Il y a du bruit et de la fureur, de la folie et de l’hystérie, de la passion et de la déraison, il y a surtout le génie d’un auteur qui a su recréer une foule en délire, dénuée de toute morale alors que c’est ce qu’elle demande.

En un peu plus de 200 pages, Don Tracy réussit le challenge de montrer une foule devenue folle demandant justice, là où toutes les instances ont oublié leur rôle, instances qui se dédouanent de leur rôle en essayant de se rassurer sur le fait qu’ils n’y sont pour rien. C’est un grand, roman, un roman important, un roman à lire et à relire … et à faire lire.

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8 réflexions sur “ Oldies : La bête qui sommeille de Don Tracy ”

  1. Merci Pierre de m’avoir « Fait Lire » ce bouquin . En effet ces faits sont intemporel hélas et mettent en évidence une fois de plus le caractère animal de l’homme quand il est fondu dans la masse de ses semblables.
    Il suffit d’un ou deux meneurs pour entraîner une foule vers les pires extrémités .
    L’actualité aux States, nous rappelle également que ce racisme perdure toujours, les flics liquident des noirs sans la moindre vergogne.
    Un grand merci encore pour tes chroniques que je lis avec grand interêt

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    1. Salut Robert. Je n’ai jamais lu un livre qui fasse ressentir à ce point la fureur d’une foule. En si peu de pages, c’est impressionnant. Et comme tu le dis, le sujet est grave et important. Un grand roman tout court. Et merci pour le compliment

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