Mauvaise compagnie de Laura Lippman

Editeur : Toucan

Traducteur : Thierry Arson

Les romans, c’est souvent une rencontre avec le lecteur, réussie ou ratée. Ce roman purement psychologique est tombé au bon moment, c’est ce dont j’avais besoin. Même s’il n’est pas parfait, il pose des questions importantes sur la présomption d’innocence.

Baltimore. Ça commence comme un drame qui n’aurait jamais du avoir lieu. Ronnie et Alice sont deux jeunes filles de 11 ans qui sont à la fois voisines et copines. La proximité de leur maison fait qu’on les voit souvent ensemble. Lors d’un anniversaire d’une fille de leur classe, la mère organisatrice reprend Alice, quand celle-ci jette une poupée Barbie dans une flaque de boue. Elle refuse de la ramasser, alors la mère prend le bras de la jeune fille … peut-être serre-t-elle trop ? Alice se dégage, mais ce faisant, elle met un coup de poing à la mère. Résultat : Alice et Ronnie sont gentiment priées de rentrer chez elle et elles insistent pour faire le trajet à pied. Errant dans un quartier qu’elles n’auraient pas du arpenter, elles voient un landau avec un bébé dedans. Elles frappent à la maison pour le signaler, d’autant plus qu’il fait soleil et très chaud. Personne ne répond, alors les deux filles emmènent le bébé. Quelques jours plus tard, le corps du bébé est retrouvé …

Sept ans plus tard, Ronnie et Alice ont purgé leur peine. Elles ont été enfermées dans des centres de délinquance juvénile différents. Elles vont revenir dans leur ville de Baltimore, chacune de leur coté, chacune avec ses propres moyens. Alice est devenue une jeune femme grassouillette, Ronnie est grande et maigre. La mère d’Alice retrouve son enfant, et cherche à la protéger. Ronnie se débrouille pour trouver un travail de vendeuse.

Cynthia Barnes, qui a perdu son bébé est excitée par le retour des deux jeunes femmes. Pour elle, c’est une aberration. Et elle a peur car elle a eu depuis un autre enfant. Sharon, l’avocate qui a défendu Alice, a un sentiment de culpabilité vis-à-vis de son échec et de la condamnation de sa cliente. Quant à la police, dont Diane Porter, elle ne s’occupe pas de cette situation … jusqu’à ce qu’un nouveau bébé disparaisse …

Si mon résumé est si long, c’est bien parce que le contexte est important dans cette histoire, et que l’auteure prend d’ailleurs son temps pour placer les différents personnages. Il existe des romans qui racontent le retour après un séjour en prison, et ce sont plutôt des romans noirs, durs. Ici, Laura Lippman nous livre plutôt un roman purement psychologique, et se permet de détailler, par chapitres alternés les réactions de chacun.

Donc il faut s’attendre à un rythme lent, et à une description fort judicieuse de chaque attitude, même si par moments, j’ai trouvé que les réactions étaient exagérées. Mais dans l’ensemble, le traitement du sujet, ou des sujets abordés est brillant, et très maitrisé. Car le sujet du roman est bien la présomption d’innocence, la dette payée à la société qui vous poursuit toute votre vie. Je parle de sujets au pluriel, car je dois ajouter que le bébé mort est noir alors que les deux jeunes filles Ronnie et Alice sont blanches ; qu’il faut condamner ces jeunes filles à une lourde peine, pour le calme de la ville, d’autant plus qu’elles sont issues de familles pauvres alors que la petite Barnes est issue d’une famille aisée.

Tous ces sujets forment les questions que pose l’auteure dans la première moitié de ce roman. Puis, après la disparition du deuxième bébé, on retrouve les mêmes thèmes avec, en plus, les a priori de la police lors de leur enquête, et les harcèlements de la presse. Du coup, l’enquête passe clairement au second plan pour mettre en lumière les réactions exacerbées des uns et des autres, comme une sorte de meute de loups qui s’acharnent sur deux jeunes filles innocentes … mais sont-elles innocentes ? Je ne vais quand même pas tout vous dire ! Vous l’aurez compris, les fans de romans psychologiques vont être ravis. Quant aux autres, posez-vous la question : Un criminel qui a purgé sa peine est-il dans l’esprit de tous innocenté ?

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7 réflexions sur “ Mauvaise compagnie de Laura Lippman ”

  1. Un criminel qui a purgé sa peine est-il dans l’esprit de tous innocenté ? Pour répondre à ta question, je dirais que non, pour la société, il n’a jamais payé sa dette… il ne sera jamais innocent, même s’il l’était réellement ! Des hommes accusés de pédophilie, même innocenté par les accusateurs n’en sortent jamais blanchis. 😦

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    1. Et si ce sont deux jeunes enfants de 11 ans qui ont purgé 7 années de prison ? Et si je suis ton raisonnement, à quoi sert la prison ? Et qu’en est-il de ceux qui tuent sans avoir intention de le faire ? Voilà de quoi te faire réflechir, Belette. Sache que ces questions ne reflètent pas mon avis, que je garde pour moi. Mais j’aime le débat ! BIZ

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      1. Pierre, je réfléchis à un tas de choses tous les jours, tout le temps, je me prend même la tête souvent parce qu’il n’existe AUCUNE solution qui serait, à priori, juste et équitable. Les morts ne reviennent pas, les membres perdus ne repoussent pas, les traumatismes sont à vie.

        Voilà pourquoi la Justice se doit d’examiner chaque cas au cas par cas et modifier ses sentences. Plus facile à dire qu’à faire, je sais.

        Les prisons ne servent pas à ce qu’elles devraient servir, c’est à dire à remettre ces gens dans le bon chemin, elle en fait souvent des criminels plus endurcis qu’avant ou plus malin, surtout si on met un voleur à la petite semaine avec des mecs comme des Hammers.

        On devrait mettre l’accent sur la prévention plutôt que sur la punition, protéger pour ne pas devoir soigner, éduquer pour ne pas devoir sévir. Tout en gardant à l’esprit que certains ne changeront jamais et que certains aiment dévier du droit chemin. Et les salauds sont dans toutes les classes sociales, voleurs en cuir ou en col blanc.

        L’homme a tout essayé en matière de prison et c’est comme avec l’enseignement, ça foire toujours malgré les méthodes !

        Mais ceci n’est que mon petit avis qui n’engage que moi, ce n’est même pas un avis tranché, plus une réflexion à voix haute… kiss 😉

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  2. Le sujet me paraît intéressant, à traiter… Je rajouterai mon opinion qui est que le criminel qui a purgé sa peine, fut-il un enfant, n’est pas innocenté: il a payé pour la faute qu’il a commise, mais cela ne l’exonère en rien de sa culpabilité. Ensuite on peut débattre longuement de l’intention de nuire ou non… Amitiés.

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