Le chouchou du mois d’octobre 2016

Si je devais donner un titre à ce billet, ce serait Octobre 2016, le mois des découvertes. Car rarement je n’aurais chroniqué autant de nouveaux auteurs, autant de découvertes en ce qui me concerne.

Alors, bien sur, il y a tout de même les auteurs que j’aime, suit et adore. Parmi eux, Dominique Sylvain, dont le dernier roman en date Kabukicho (Viviane Hamy), nous invite à visiter le quartier sulfureux de Tokyo, visite réalisée par de formidables personnages. C’est un roman parfait, maîtrisé de bout en bout.

Et que dire de Nozze Nere [2] de Jérome Sublon (Editions du Caiman), si ce n’est que c’est la suite du premier et que c’est un véritable labyrinthe, avec nombre de morts qui se termine en feu d’artifice. Jérôme Sublon a du s’éclater à écrire ce roman et cela se sent à la lecture.

Et puis, il y a Luc Mandoline, ce thanatopracteur, ancien légionnaire, qui se retrouve toujours à enquêter sur des morts suspectes. Dans Na Zdrowie de Didier Fossey et Le manchot à peau noire de Philippe Declerck, respectivement les épisodes 7 & 8, ce sont ses qualités de légionnaire qui sont mises à l »honneur pour deux romans de pure action, avec lesquels on passe un très bon moment.

Du coté des découvertes, c’est un roman noir, je dirais même glauque qui m’a le plus surpris. Metropol : Corps à corps de Martin Holmén (Hugo & Cie), premier tome d’une trilogie à venir, surprend par son ambiance et son personnage violent qui utilise ses poings (c’est un ancien boxeur) pour survivre. Un roman coup de poing qui décrit une ville de Stockholm dans un état de misère en 1932.

Là où les lumières se perdent de David Joy (Sonatine) est plutôt à classer dans les romans noirs ruraux américains. Une nouvelle fois, les Etats Unis nous surprennent avec cet auteur à l’écriture fine et imagée, sur le thème de la destinée et l’émancipation.

Pour ma rubrique Oldies, l’association 813 a attiré mon attention sur Fausse route de Pierre Merindol (Le Dilettante). C’est un faux polar, une chronique sur la vie d’un chauffeur routier dans les années 50, qui se termine comme un roman noir. Tout en ambiance, tout en subtilité, on parcourt ces pages au rythme du camion qui roule sur des routes départementales cabossées, comme ses personnages.

Les infâmes de Jax Miller (Pocket) vient de sortir en format poche, et c’est une sacrée découverte. Bien que la forme (une mère cherche à sauver ses enfants) soit classique, le style et la façon de mener l’intrigue en font un très bon roman à lire.

Les anges sans visage de Tony Parsons (La Martinière) fut pour moi un véritable coup de poing. Tout tient dans son personnage, balancé entre son métier ultra violent et sa vie de famille où il élève sa fille seul. Un roman direct, frappant, marquant.

Bleu blanc sang de Bertrand Puard (Hachette) est plutôt un roman pour adolescents, un roman à suspense qui prend le pari de vous faire perdre haleine. Et ça marche très bien, on suit différents personnages et on court comme des malades. Premier tome d’une trilogie, il se pourrait bien qu’on parle de la suite très prochainement. Et finalement, les adultes y prendront autant de plaisir que leurs enfants.

Il est des romans qui abordent le sujet de la prison différemment. Le hasard a voulu que je lise deux romans sur ce thème, qui ne sont pas comparables. Sur l’île, une prison de Maurizio Torchio (Denoel) nous montre un prisonnier qui lutte pour rester humain dans un univers où on le traite comme une bête. Un roman d’une originalité rare, dur à lire, et qui vaut le détour. Dans Dernier virage avant l’enfer d’Emmanuel Varle (Presses littéraires), l’auteur nous propose une biographie d’un truand qui a tout fait, comme d’autres vont au boulot. C’est un pari risqué de créer une biographie imaginaire, mais dans ce cas là, c’est un pari réussi, car on prend un plaisir fou à suivre les digressions et les histoires de son personnage principal.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Le fleuve des brumes de Valerio Varesi (Agullo), pour cette histoire formidablement liée au paysage parmesan, alors que le Pô sort de son lit. Dans une ambiance embrumée, l’auteur, avec sa plume toute en image et subtilité, nous décrit les plaines, les gens, l’Histoire, avec pour métaphore cette brume qui petit à petit se lève sur les secrets et les mystères de cette Italie du Nord.

J’espère que vous trouverez votre bonheur dans ces suggestions de lecture. Je vous donne rendez vous le mois prochain. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Dernier virage avant l’enfer d’Emmanuel Varle

Editeur : Les Presses Littéraires

Voilà un roman que j’ai lu par hasard, au sens où je n’en avais pas entendu parler. Heureusement, l’auteur m’a contacté et m’a donné envie de le lire. Et ce roman se révèle une excellente surprise, venant d’un auteur dont ce n’est que le troisième roman. Le meilleur est à venir, je vous le dis.

L’auteur :

Né à Paris en 1960, Emmanuel Varle a toujours été passionné, dès sa plus tendre enfance, par les faits divers. Il est donc logiquement entré dans la police dont il est sorti avec le grade de Commandant Fonctionnel. Retraité depuis quelques mois, il consacre désormais l’essentiel de son temps à l’écriture de romans. Il entend mettre sa riche expérience professionnelle conjuguée à son amour de la littérature, des arts, du monde animal, de l’histoire, des faits de société et de tant d’autres domaines au service de ses lecteurs. Dernier virage avant l’enfer est son troisième roman.

Mon avis :

Installez-vous dans votre fauteuil, en face de Roland Mertonnier, dit le Baron, enfermé dans sa cellule. Il aura passé autant de temps dehors à faire son boulot de truand qu’en prison. Il va vous raconter sa vie, car il sent qu’il est dans la dernière ligne droite. Il va vous décrire sa vie actuelle, sa vie passée, ses rencontres, ses réussites, ses échecs … Emmanuel Varle nous convie à une biographie d’un truand totalement inventée.

Ce qui est assez saisissant, c’est cette facilité de rentrer dans la peau de ce personnage et de nous faire vivre sa vie. On a vraiment l’impression de suivre une discussion en tête à tête avec quelqu’un. Alors, il nous interpelle, nous prend à témoin et fait défiler les événements qui ont ponctué sa vie selon son bon vouloir, selon ce qu’il pense et part dans des digressions qui ne suivent que le fil de cet esprit brillant et fatigué.

Car cet homme de plus de 70 ans va nous parler de sa jeunesse, de la façon dont il va découvrir que la violence le rend plus respectable aux yeux des autres, du choix qu’il fait de refuser la normalité de sa famille bourgeoise pour embrasser volontairement la carrière de truand, du drame de la mort de sa sœur, de la volonté de devenir le nouveau Clyde, d’éviter la routine, de rechercher l’action, le stress, de se sentir vivant.

De façon totalement non chronologique, et c’est bien une des grosses qualités de ce livre, il va parler des grands noms du banditisme, ceux qu’il n’a jamais rencontrés mais dont il a entendu parler, des cavales, des putes, des amis vrais et faux, de la liberté et de la prison. Il ne cherche pas l’absolution ni aucune justification, c’est juste un témoignage d’un homme qui a choisi de faire ce boulot (et il emploie ce terme plusieurs fois dans le roman), en changeant de branche, passant du racket au vol, du braquage au proxénétisme en fonction de ce qui rapporte le plus d’argent, comme d’autres changent de métier.

Roland ne cherche pas non plus le pardon. D’ailleurs, il se fout des autres et de ce qu’ils ont pu devenir, de ses parents comme de ses enfants (il en a deux reconnus et il en a peut-être un troisième tant il lui ressemble). Il témoigne aussi des nouvelles formes de banditisme, sans foi, ni loi, ni respect, et embraille sur le fait que cela vient des noirs et des arabes, car il est raciste ; il le dit et le clame haut et fort.

Roland dit beaucoup de choses, sur sa vie actuelle, en prison, où il connait par cœur les codes. Il raconte comment il doit se plier aux exigences, comment on paie pour se procurer de petits extras. Il raconte aussi les flics, les ripoux, les rusés, les matons pourris, les gardiens violents. Il narre les autres prisonniers et préfère définitivement être seul, sous menace de se suicider.

Roland nous parle de ce jeune homme, Timothée, qui vient le voir et lui offre des choses à manger. Mais Roland ne nous dit pas tout. Il nous raconte son dernier casse (à 64 ans, un record !) mais il ne nous dit pas combien de gens il a tués, ni combien de femmes il a frappée. C’est aussi cette part d’ombre qui construit le personnage. Ce sont autant les paroles que les non-dits qui construisent son histoire.

Ce roman est une incontestable réussite car l’auteur arrive à nous faire croire à ce personnage bavard qui nous parle de sa vie ; et comme bien souvent, c’est débridé, les digressions sont nombreuses mais à chaque fois justifiées, et on a plaisir à retrouver Roland pour un nouveau monologue, à chaque fois qu’on ouvre le livre. Allez, vous aussi, installez-vous dans ce fauteuil en face du Baron, et écoutez, apprenez !

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Metropol : Corps à corps de Martin Holmén

Editeur : Hugo & Cie

Collection : Thriller

Traducteur : Marina Heide

Je vous l’ai probablement dit : l’une de mes passions est d’errer dans les linéaires des libraires, et de feuilleter quelques pages de romans dont je n’ai pas entendu parler. La couverture m’a fait penser à un livre futuriste, à la Blade Runner, alors que la quatrième de couverture situait l’intrigue dans le Stockholm des années 1930. Après avoir lu le premier chapitre, il fallait que je sache si l’atmosphère sombre allait se poursuivre. Ce roman est une vraie belle découverte.

Stockholm, lundi 12 décembre 1932. Harry Kvist est un ancien boxeur qui s’est reconverti dans le recouvrement de dettes, ce qui lui permet d’utiliser son art d’utiliser ses poings. Son travail du jour consiste à récupérer l’argent chez un certain Zetterberg. Celui-ci n’a pas payé une Opel d’occasion à un vieil homme du nom d’Elofsson Ovanaker. Après être entré dans l’immeuble, Harry trouve l’appartement de Zetterberg luxueux, et le passe à tabac en lui donnant une journée pour réunir l’argent.

En ressortant, il rencontre une prostituée, Sonja et discute un peu avec elle. Son travail est difficile, dit-elle, depuis que tout le monde vend son corps pour acheter de quoi se nourrir. Il est vrai qu’il n’est pas rare de voir des garçons ou des filles proposer une passe. C’est en allumant son cigare qu’il rencontre un gamin, et qu’il décide de l’emmener dans un parc. Harry et le garçon font l’amour sur le capot de la voiture, puis pris d’une rage, Harry le dérouille à tel point qu’il le laisse KO.

Harry vit chez Lundin, un croque mort. Lundin sous-loue sa cave à de pauvres hères, et fait aussi du trafic d’alcool, ce qui est le seul moyen pour lui de survivre. Ce matin de mardi 13 décembre, Harry va retourner chez Zetterberg. La police bloque la rue et Harry apprend que Zetterberg a été assassiné. Harry a été vu sur place, il est naturellement suspect et se fait arrêter. Mais faute de preuves, les flics le relâchent. Harry va devoir mener l’enquête pour découvrir la vérité, car il sait bien que sa vie ne tient qu’à un fil.

C’est une vraie surprise que ce roman, qui frappe d’emblée par la description d’une ville en perdition. Nous sommes en effet en 1932 et la crise économique fait rage. Les gens sont en perdition, cherchant avant tout à manger. A travers le personnage de Harry Kvist, Martin Holmén nous décrit des gens qui trainent dans les rues, buvant l’eau du caniveau et vendant tout ce qui leur reste pour s’acheter à manger.

On trouve des gens qui récupèrent le moindre centime de couronne pour s’acheter la seule drogue accessible qui leur fasse oublier leur quotidien : l’alcool. On y voit de jeunes gens, garçons ou filles, prêts à vendre leur corps pour quelque menue monnaie. L’atmosphère est d’un glauque très réussi et aussi assez difficile à supporter. Surtout, Harry Kvist cherche aussi à survivre, et, comme les autres, cherche à s’en sortir, et navigue à vue dans ce monde totalement détruit. Il ne juge pas mais utilise cette situation à son avantage.

Dans ce cadre, Harry Kvist vit toujours avec son cigare vissé au bec, sodomise garçon ou fille quand l’envie lui en prend, car cela lui permet de calmer ses nerfs et d’oublier le quotidien. Je tiens d’ailleurs à souligner que certaines scènes sont crues et peuvent choquer des âmes sensibles. Puis après cette première partie dans les bas-fonds de Stockholm, Harry Kvist va basculer dans le monde des riches.

En effet, ce roman est divisé en deux parties, et son enquête va l’entrainer aux antipodes du monde dans lequel il vit, en rencontrant une actrice, mariée à un homme immensément riche. Et l’atmosphère glauque de la première partie se retrouve changée pour un monde où la boisson de base est le champagne. Et la drogue qui était l’alcool dans la première partie est échangée contre de la morphine que l »on s’injecte consciencieusement dans une veine du pied.

Alors que l’atmosphère devient moins glauque, l’apparence de ce monde de riches, bien séparé des pauvres, s’avère tout aussi malsain. Si l’auteur, comme Harry Kvist, n’est pas du genre à revendiquer, on nous montre quand même une société clivée entre ceux qui bouffent du caviar et ceux qui meurent de faim, tout cela sur un fond d’intrigue qui aboutira à un coupable que l’on aurait eu du mal à deviner.

Martin Holmén signe là avec Corps à corps un premier tome d’une trilogie bien intéressante, tout en laissant des zones d’ombre sur son personnage qui laissent augurer de futurs épisodes bien passionnants. Avec son style direct, il a bien assimilé les codes du roman de détective en y apposant sa patte, et je dois dire que ce premier roman m’a totalement séduit. A suivre donc … j’attends la suite avec impatience.

Kabukicho de Dominique Sylvain

Editeur : Viviane Hamy

Le dernier roman en date de Dominique Sylvain nous emmène au Japon, dans la ville de Tokyo et plus exactement dans un quartier peu visité par les touristes. Le quartier de Kabukicho est en effet un quartier « mal famé » où l’on trouve des bars à hôtesses, joliment appelés Love Hôtels. Dans ces bars, les clients viennent surtout pour parler avec de jolies femmes. Elles sont d’ailleurs là pour pousser à la consommation. Elles peuvent avoir des relations sexuelles avec leur client, mais cela est laissé à la discrétion de l’hôtesse.

Yudai est un jeune homme très séduisant, qui a débarqué à Kabukicho parce qu’il trouvait ce lieu à la fois beau la nuit et amusant. Puis il est devenu le patron du Café Château et dirige le bar d’hôtes le plus prisé de ce quartier de Tokyo. Son quotidien est de jouer la comédie de l’amour avec des femmes qui ne demandent qu’à y croire. Après avoir passé du bon temps avec Akiko, il s’inquiète que Kate ne lui ait pas envoyé de mail. Kate avait débarqué au Café Château et l’avait séduit car elle parlait un Japonais parfait, ce qui est étonnant pour une étrangère et aussi très attirant.

Marie est la colocataire de Kate, et travaille dans le bar Club Gaïa. Depuis que Kate ne donne plus de nouvelles, elle s’est rapprochée de la patronne Sanae. Sanae s’inquiète du silence de Kate, car c’était la plus belle et la plus demandée de ses hôtesses. Marie adore Kate, lui envie son aisance, sa bonne humeur, sa beauté, son succès. Rentrée chez elle, elle se met au travail et continue à écrire son roman, La Cité Des Mensonges. Quand le téléphone sonne, c’est un homme s’exprimant en Anglais qui lui parle. Jason Sanders est le père de Kate. Il vient de recevoir une photo de Kate endormie sur son portable, avec un simple message en Japonais : « Elle dort ici ». Sur l’insistance de Jason, Marie va au commissariat pour signaler la disparition de Kate au capitaine Kentaro Yamada, avant que Jason ne débarque au Japon.

Dominique Sylvain nous entraine dans le quartier sulfureux de Tokyo avec beaucoup de subtilité, de respect et de tendresse. Elle arrive à nous faire ressentir cet esprit asiatique de retenue, de secret, de mystère à travers trois personnages principaux qui auront chacun leurs chapitres, en forme de roman choral ; en forme seulement puisque l’écriture est à la troisième personne du singulier.

Dominique Sylvain arrive à nous montrer ce quartier si paisible le jour, qui se transforme en monde des rêves et des lumières la nuit. Elle nous parle d’un monde où les gens viennent parler avec des inconnus, payés pour les écouter, et nous montre les envies de ces hôtes et hôtesses derrière leur masque. Elle nous montre aussi, derrière ce voile de secrets, leurs rêves, leur vie au quotidien.

Dominique Sylvain évite les scènes de sexe, préférant s’intéresser à la psychologie de ses personnages, à travers une histoire de disparition qui se terminera par une belle surprise, maitrisant de bout en bout son intrigue, laissant son écriture au service de son histoire. Et petit à petit, elle va lever le voile, révéler la violence sous-jacente, les rackets, la présence de la mafia, les envies et jalousies qui polluent la vie.

Dominique Sylvain nous livre un roman abouti, passionnant à plusieurs égards, pour une visite guidée dans une ville peu connue des occidentaux. Elle nous dévoile des pans particuliers sur la façon de penser et de vivre des Japonais. Avec ce roman, Dominique Sylvain nous partage son amour pour ce pays où elle y a vécu plusieurs années. Elle y a mis sa passion, son amour, son respect. Cité des mensonges ? Cité des secrets ? Cité des passions déçues. Superbe !

Je vous mets un lien vers deux billets que j’ai trouvé excellents : celui de Genevieve et celui de Polar Noir & Blanc , ainsi que l’interview du Concierge Masqué.

Les infâmes de Jax Miller

Editeur : Ombres Noires en grand format – J’ai lu en format poche

Traducteur : Claire-Marie Clévy

Ce roman a reçu de nombreux éloges lors de la sortie, et comme je lis beaucoup de blogs, je l’avais mis sur ma liste de lecture. C’est sa sélection en finale des trophées 813 qui m’a décidé à le lire. Je dois dire que pour un premier roman, c’est assez impressionnant de maitrise, même s’il y a quelques petits défauts à noter.

Au fin fond de l’Oregon, dans une petite ville nommée Painter, Freedom Oliver est serveuse dans un bar miteux, le Whammy Bar. Faisant preuve d’un caractère d’acier, surtout quand les clients avinés cherchent à la peloter, elle finit en général ses journées, ronde comme une queue de pelle. Ce soir là, Deux flics débarquent dans le bar. Assurément, ce n’est pas pour annoncer de bonnes nouvelles.

Gumm et Howe, les deux flics viennent lui annoncer que Matthew Delaney vient d’être relâché après 18 ans de prison. Freedom Oliver, qui s’appelle en réalité Vanessa Delaney, bénéficie du Programme de Traitement et d’Information pour la Protection des Témoins Exceptionnels. Vanessa était mariée à Mark Delaney flic et Matthew a été accusé du meurtre.

Vanessa ne craint pas pour sa vie, mais plutôt pour celle de ses enfants, qui sont au nombre de deux : Ethan et Layla. Ils ont été adoptés par le Révérend Virgil Paul et sa femme Carol, qui dirigent une église. Quand elle apprend que sa fille, renommée Rebekah par le couple Paul, a disparu, Freedom décide de prendre la route pour la retrouver. Le début de sa quête commence.

Pour un premier roman, je dois dire que j’ai été bluffé par la maitrise, à la fois de l’intrigue mais aussi du style direct et même de la forme employée. Car c’est un roman complexe, faisant intervenir de nombreux personnages, appartenant à différents camps, qui vont intervenir dans cette histoire à tour de rôle. A coté de Vanessa qui va se faire aider de Mattley, le policier de Painter, on trouve la famille de cinglés, les flics chargés de protéger Vanessa, la famille Paul qui est aussi cinglée, et Ethan, qui s’appelle maintenant Mason Paul, avocat talentueux.

Ces courses poursuites, dans différents lieux, font avancer cette intrigue dans une ambiance noire, mais surtout décalée et carrément cinglée. Car tout va aboutir à une fin apocalyptique dans l’église du Révérend Paul, au bout des 340 pages qui nous auront fait frémir par la force des personnages décrits.

Si la forme est impressionnante, avec cette maitrise de passer d’un personnage à l’autre sans que l’on s’y perde, le sujet du livre se concentre vers la moitié du livre sur cette « église », sorte de secte qui devient le véritable but du livre, à mon avis. Dans un monde sans limite, Jax Miller nous montre ce que l’homme peut engendrer de pire sur cette terre. Et c’est aussi le petit reproche que je ferai à ce livre : celui de nous avoir fait attendre si longtemps pour aborder le véritable sujet. Il n’empêche que l’on a droit à une sacrée galerie de personnages tous plus barrés les uns que les autres, et que, rien que pour ça, ce livre vaut sacrément le détour. Et Jax Miller en devient une auteure à suivre.

Le fleuve des brumes de Valerio Varesi

Editeur : Agullo

Traduction : Sarah Amrani

Une nouvelle maison d’édition a vu le jour en 2016, et Le fleuve des brumes de Valerio Varesi, qui est sorti en mai 2016, en est une des premières parutions. Il serait dommage de ne considérer ce roman que comme un roman policier, tant l’ambiance y est glauque à souhait et la plume d’une beauté édifiante.

Dans le Nord de l’Italie, aux environs de Parme, sur les bords du Pô. En ce mois de décembre, cela fait plusieurs semaines que la pluie tombe sans discontinuer, à tel point que le Pô déborde. Au club nautique, les anciens devisent, essayant de se rappeler quand la dernière crue a bien pu inonder la plaine. Quand une péniche leur passe devant, ils pensent que le matelot est un cinglé de naviguer avec ce courant qu’il est difficile de maitriser. Les autres clubs nautiques leur téléphonent, et il semble que la péniche n’ait pas de pilote à son bord, alors qu’il est impossible de passer sans encombre quatre ponts de suite. Quand la péniche s’ensable, le vieux Tonna, son propriétaire, est introuvable.

A l’hôpital de Parme, on vient de signaler un suicide. Un homme s’est jeté du troisième étage. L’inspecteur Soneri est appelé sur place et trouve bizarre qu’un homme qui veut se suicider passe à travers une fenêtre : habituellement, les suicidés ouvrent les fenêtres avant de sauter. L’identité du « suicidé » est Decimo Tonna. Quand Soneri va au club nautique, il apprend que la péniche du frère de Decimo a dérivé sans conducteur. Et les membres du club nautique ont bien des rancœurs envers les Tonna, qui ont fait partie des fascistes pendant la guerre.

Je pourrais commencer mon avis de mille façons, je finirais toujours par la même phrase : Magnifique ! Sous des dehors de roman policier classique, Valerio Varesi nous livre là un roman abouti, le genre de roman écrit par une homme amoureux de son pays, de sa région, de ses habitants. C’est probablement pour cela que j’ai adoré ce roman : l’auteur laisse ses personnages mener son intrigue, en étant toujours à l’écoute d’eux, toujours respectueux de leur vie.

Et pourtant, il aborde des sujets sombres de l’Italie, en abordant aussi bien son histoire chargée que sa situation contemporaine. La mort des deux frères dans la même journée rappelle en effet cette période de la deuxième guerre mondiale où les résistants étaient majoritairement communistes. Il rappelle aussi la rancune tenace d’un camp envers l’autre (les rouges contre les chemises brunes) et énonce froidement comment l’Italie a vite oublié les horreurs perpétrées par les deux camps. L’auteur en profite aussi pour aborder des sujets plus contemporains comme l’esclavagisme moderne, au travers de transports d’émigrés à travers le pays sans qu’aucun contrôle ne soit effectué, et cela dans des conditions tout simplement inhumaines.

Quant à la raison ultime qui doit vous faire craquer, c’est son ambiance et ce parallèle que fait l’auteur entre sa région en plein mois de décembre avec l’enquête de l’inspecteur Soneri. Il semble que le Pô en soit l’acteur principal, inondant la région quand il s’agit de planter le décor et de cacher les raisons du (ou des) meurtres ; puis il se couvre de brume quand Soneri hésite entre plusieurs pistes, avec de balayer doucement le brouillard vers une vérité glaçante dans le dernier chapitre … quand le Pô commence à geler.

Magnifique ! Ce parallèle, cette métaphore est magnifique, de même que cette plume si subtile, si légère, qui laisse la part belle à la nature, restant toujours au second plan pour laisser ses personnages soit raconter leurs histoires, ou les anecdotes que l’on se passe de génération en génération, ou bien les secrets tus, les plus anciens respectant la loi de l’omerta avant tout … pour mieux nourrir leur rancune. Magnifique !

 

Nozze Nere [2] de Jérôme Sublon

Editeur : Les éditions du Caïman

Mais pourquoi donc ai-je attendu si longtemps avant de lire la deuxième partie de Nozze Nere ? Je vais vous le dire pourquoi : Je suis un pur imbécile ! Si dans le premier épisode, nous avions droit à une enquête palpitante et bien écrite, cette deuxième partie est un véritable feu d’artifice. Inutile de vous préciser que je vous conseille très fortement de lire le premier avant d’attaquer le deuxième. Car même si on a droit à une liste des personnages du premier tome, ce que vous n’êtes pas obligé de lire, les deux personnages de flics Francesco Falcone et Aglaëe Boulu sont de retour et l’auteur part du principe que les lecteurs les connaissent déjà. Bref, achetez directement les deux romans, et de préférence sur le site de l’éditeur.

Dans le premier épisode, la mort du plus jeune sénateur de France pendant son mariage a fait grand bruit. Francesco Falcone et Aglaëe Boulu ont fait équipe pour trouver un coupable … qui a réussi à s’évader. Aglaëe retourne donc en métropole, amère, mais supervisera la traque. Mais elle est obligée de revenir sur l’île.

Pendant ce temps là, Séréna Mandiloni discute avec son témoin et meilleure amie Solène pendant le mariage de celle-ci. Georges Durou est chargé de surveiller Séréna mais se laisse distraire par une jeune femme. Soudain, il s’aperçoit qu’elle a disparu et la retrouve dans le parc, morte. Sur son corps, on découvre une montre à gousset. Peu de temps après, on découvre qu’elle a été empoisonnée avec le même poison que le défunt sénateur.

Lors de la fouille de l’appartement, Falcone et Aglaëe découvrent un dossier épais et une photo. Séréna était la fille de Francis Mandiloni, un célèbre flic qui avait réussi à déjouer le casse des frères Nonni au casino de Cannes. Les jumeaux Nonni étaient recherchés pour de nombreux casses et Francis avait une information en or. Malheureusement, lors du casse, l’un des frères est tué, et le deuxième se vengea en abattant Francis Mandiloni dans un parking.

Retenez bien ce que je vais dire. Ce résumé couvre les 30 premières pages, seulement. C’est vous dire la vitesse à laquelle va se dérouler ce roman, avec sans arrêt, des événements, des retournements de situation, des morts à tous les coins de rue, sans aucune logique apparente, jusqu’à ce que la solution se dévoile avec une logique implacable qui fait froid dans le dos.

Mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus !

J’ai retrouvé toutes les qualités que j’avais aimé dans le premier : une maitrise totale de l’intrigue … et pourtant elle est compliquée et il y a des dizaines de personnages dans cette histoire. Des dialogues percutants et d’une efficacité incroyable. Et une histoire qui, si elle n’est pas vraie, nous montre un pan de cette île et du code d’honneur et de fierté des Corses. Ajoutez à cela des paysages magnifiques qui servent de décor et vous aurez un cocktail non seulement détonnant mais explosif !

Je tiens juste à signaler que l’auteur a pris le parti dans son roman de laisser la parole à des personnages secondaires, racontant des événements du passé et que je suis resté ébahi de la maitrise et de la facilité avec laquelle ces « mini nouvelles » étaient insérées dans l’histoire globale mais aussi du fait qu’elles pouvaient former une histoire à part entière. Bref, c’est de la belle ouvrage et un roman bigrement passionnant !

Espace Jeunesse : Bleu Blanc Sang de Bertrand Puard

Editeur : Hachette Jeunesse

Il y a plein de raisons pour lesquelles je vous présente ce roman. Et ce n’est pas parce qu’il est estampillé Jeunesse que vous devez passer votre chemin. D’ailleurs, la raison pour laquelle il est arrivé dans mes mains est presqu’une histoire à elle-seule. Les éditions Hachette me contactent pour me signaler leur sortie. J’aurais pu n’y jeter qu’un œil distrait. Sauf que le titre m’a attiré, a éveillé ma curiosité. Quel titre ! Et puis, la couverture, à la fois sobre mais énigmatique m’a beaucoup plu. Ensuite j’ai lu le résumé et cela rentrait bien dans mes critères … alors allons y !

5 juin 2018, 15H50, Paris. Dans la cathédrale Notre Dame, l’enterrement du Président de la République Jean-Baptiste Tourre va démarrer. Il a succombé à une tumeur au cerveau. C’est son frère et ministre Patrice Tourre qui va faire son éloge.

5 juin 2018, 16H05, Châteauroux. Deux hommes arrivent au musée Bertrand de Châteauroux, pour assurer le transport d’un tableau de Justine Latour-Maupaz vers New York. Le Métropolitan Muséum a en effet demandé son prêt pour une exposition sur les artistes femmes. Lors du trajet sur l’autoroute, la camionnette se fait attaquer au lance-roquette.

5 juin 2018, 10H10, New York. Dans la salle des enchères de Christie’s, Andrew Jackson le commissaire priseur s’apprête à passer une journée ennuyeuse. En effet, rien de ce qu’il propose ne va enflammer les foules a priori. Sa surprise est énorme quand il propose un tableau de Justine Latour-Maupaz, qui atteint la somme de 53 millions de dollars alors que la mise à prix n’était que de 10 000 dollars.

17 juillet 2018. Patrice Tourre a obtenu ce qu’il voulait : il est devenu Président de la République à la place de son maudit frère. Il doit faire face à une grave crise économique : la possible faillite de l’Italie. Eva Brunante, conseillère de banque, reçoit en rendez vous M .Collet. Il Actionveut soi-disant ouvrir un compte pour une tierce personne. Il aligne un chèque de 100 000 euros au nom d’Eva Brunante. Le client de M.Collet veut rencontrer Eva au sujet de Justine Latour-Maupaz. En effet, son père Richard et elle ont longuement étudié cette jeune peintre française. Eva refuse … mais décide d’appeler son père, avec qui elle n’a plus de contact depuis 10 ans, qui ne répond pas. Alors elle va aller le voir.

Je vais vous dire : Les adolescents ont de la chance !

Voici commence démarre ce roman, puisque je viens de vous résumer les 50 premières pages de ce premier tome d’une trilogie. Vous l’aurez compris, cela va vite, très vite, et il y a beaucoup de rebondissements. En fait, nous avons là un roman à suspense, qui va multiplier les personnages et les situations.

Pour résumer, il y a Patrice Tourre le Président de la République issu d’une famille immensément riche. Son père, le patriarche Jean Christophe ne voit que par Jean Baptiste et déteste son autre fils. Patrice avait une fille Clarissa qui est atteinte d’une maladie orpheline et à qui on ne prédit que quelques mois à vivre. Voilà pour le clan politique.

Du coté des Brunante, nous avons Eva, banquière, qui s’est brouillée avec son père Richard. La belle-mère d’Eva, puisque Richard est veuf et remarié, est un personnage que l’on verra peu, contrairement à Tiphaine, sa demi-sœur. Mais je ne vous en dis pas plus.

Enfin, on va voir apparaitre un groupuscule, nommé Riposte, qui a des tendances anarchistes, et qui veut faire tomber le gouvernement, tout détruire pour tout reconstruire ! Hugo en est un des fondateurs avec Charlotte Dugain. Il va être plongé dans ce maelstrom et se retrouver à enquêter avec Eva et Tiphaine.

Si je passe si longtemps à vous parler des personnages, et il y en a encore quelques autres, c’est bien parce qu’ils sont au centre de l’intrigue, qu’ils ont droit chacun à des chapitres, et surtout parce qu’ils sont très bien décrits, vivants. Si bien que le lecteur que je suis n’a pas eu de mal à reconnaitre. C’est un des gros points forts de ce livre. C’est aussi leur nombre qui me fait dire que ce livre s’adresse plutôt à des adolescents de 16 ans.

Si le style est fluide et simple, je n’ai pas eu l’impression que l’on prenait les jeunes pour des imbéciles. On y parle politique, business, argent, lutte de pouvoirs, mais aussi famille, quête et Histoire. Et pour tout vous dire, je pense que cela va ouvrir beaucoup de jeunes cerveaux à la complexité du monde tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Car l’autre grande force de ce roman, c’est le nombre de rebondissements, et cette faculté, après avoir planté le décor, de montrer que personne n’est ni blanc, ni noir, ou pour reprendre le titre, ni bleu, ni blanc ni rouge sang. Et comme c’est le premier tome d’une trilogie, j’ai hâte de lire la suite car il y a bien une explication à la fin, mais tant de questions en suspens.

Avis aux adolescents : courez acheter ce livre. Ça bouge, c’est prenant, et les personnages sont fantastiquement humains. Avis à leurs parents : N’hésitez pas à emprunter ce livre à vos enfants, car vous allez y prendre du plaisir. Pour ma part, je l’ai lu en 2 jours. C’est un signe, non ?

Sur l’île, une prison de Maurizio Torchio

Editeur : Denoel

Traducteur : Anais Bouteille-bokobza

Si j’ai lu ce roman, que j’ai eu bien du mal à dénicher alors qu’il est sorti en Août de cette année, c’est bien parce que mon ami Richard le Concierge Masqué me l’a conseillé. D’ailleurs, je vous conseille de lire l’interview de l’auteur ici.

Des romans sur la vie en prison, on trouve dans le polar surtout des histoires ultra-violentes qui se terminent (en général) par une évasion. Ceux qui, pour moi, sort du lot est indéniablement La bête contre les murs d’Edward Bunker et dans sa première partie On the brinks de Sam Millar. Dans le roman de Maurizio Torchio, le parti-pris est différent. C’est un détenu qui parle, qui raconte sa vie en cellule.

C’est une prison située sur une île, à quelques kilomètres de la terre ferme. Cela rassure les honnêtes gens de savoir que les criminels sont loin et que la mer les empêche de s’évader. La prison est organisée comme une micro-société. Il y a les puissants et les faibles. Les puissants, ce sont les Enne, que l’on reconnait aisément grâce à leur tatouage de la lettre N. Ils occupent tout un étage et personne ne les embêtent. Les faibles doivent rentrer dans le rang, sinon c’est la mort. Et puis autour, il y a les gardiens.

Quand on arrive à la prison, les condamnés sont mis au pli. Les gardiens ne leur donnent rien à manger et rien à boire. Affamés, assoiffés, même le plus méchant d’entre eux finit par se plier à la discipline. Et puis, on confisque les dentiers, on casse les dents. Quelqu’un sans dent est plus facile à nourrir et il ne risque pas de se blesser ou se suicider.

Très vite le panorama devient monotone. Mais cela va être leur paysage pendant plusieurs années. Il y a les murs de la cellule. On ne parle pas, si ce n’est dans sa tête. Parfois, il y a des sorties dans la cour. Là aussi, on ne voit que des murs. Au-delà, il n’y a rien, si ce n’est de l’eau, et après il n’y a plus rien. Pas d’avenir, pas d’espoir, juste la petite voix qui parle dans la tête.

Alors le narrateur parle, raconte, se raconte. Il raconte comment il est arrivé là, comment il a participé à un enlèvement d’une jeune fille. Très difficile à organiser, un enlèvement. Il faut un chef, un financeur, des conducteurs et des gardiens. Lui était chargé de la garder. Il raconte comment il a fait son boulot, sans violence, sans lui faire peur, juste côtoyer quelqu’un avec une cagoule sur la tête. Quand il s’est fait prendre, il n’a rien dit, car ce n’est pas une balance. Donc il a pris 20 ans.

Les kidnappeurs ne sont pas bien vus en prison. Ils sont considérés comme des faibles. Le narrateur a du subir et survivre. Jusqu’à ce qu’il tue un gardien. Passé au rang d’assassin, son statut a changé et depuis, on le respecte. Pour autant, il ne fait pas partie des Enne, il ne cherche pas non plus à monter dans la société. Il parle, se parle, se rappelle les petits gestes de la vie de tous les jours, qu’il ne peut faire en prison.

C’est une sorte de discours intérieur auquel nous convie l’auteur, celui d’un homme enfermé dans une cage comme un animal, qui lutte pour rester un humain. Ce qui frappe, c’est ce manque de sentiment, cette façon de rester dans la description, en ajoutant tellement de petits détails que cela parait totalement réaliste. Sans jamais se répéter, écrit avec de courts chapitres, c’est un roman pas comme les autres, un roman bigrement original qui vous fait entrer dans la peau d’un homme enfermé entre des murs, et enfermé dans sa tête. C’est une curiosité à laquelle je vous convie, à un voyage vers le néant.

Les anges sans visage de Tony Parsons

Editeur : La Martinière

Traducteur : Pierre Brévignon

J’étais passé au travers de la première enquête de Max Wolfe, Des garçons bien élevés, dont j’avais lu et entendu beaucoup de bien. La sortie de ce roman est l’occasion de tester un nouvel auteur mais aussi un nouveau personnage récurrent. Eh bien, le seul conseil que je peux vous donner, c’est : Accrochez vous !

En ce réveillon de la Saint Sylvestre, les festivités vont bon train. Dans un quartier riche de Londres, le petit Marlon Wood est réveillé par du bruit dans la maison. Quand il entend son père hurler de douleur, il pense à sauver sa sœur puis il s’enfuit. Il cherche à alerter les voisins mais peu de maisons sont allumées. Alors qu’il se dirige vers l’une d’elles, une voiture lui passe dessus et le conducteur sort de sa voiture pour le ramener chez lui, en le trainant par le pied.

La brigade des homicides est appelée sur le lieu du crime. La famille Wood vient d’être massacrée chez elle. Il semblerait que la mère ait connue une mort rapide, le père a été torturé et les deux enfants tués. La famille Wood a connu son heure de gloire : Le père Brad est agent sportif. Il a épousé Mary, une sportive accomplie qui a participé aux Jeux Olympiques de Lillehammer. Si elle n’a pas remporté de médaille, elle a défrayée la chronique en annonçant publiquement qu’elle était vierge et se réservait pour son futur mari, d’où son surnom de « La Vierge de Glace ». Depuis, le couple est resté présent dans la presse people, affichant son bonheur sur tous les réseaux sociaux.

Mary étant issue de la riche famille Gatling, les media font pression sur la police pour trouver l’auteur de ces meurtres. Puis, on s’aperçoit que les Wood avaient un troisième enfant, Bradley, âgé de 4 ans. Puisque son corps n’a pas été retrouvé, c’est donc qu’il a été enlevé. Une véritable course contre la montre débute alors pour Max Wolfe.

Quand j’ai commencé cette lecture, je m’attendais à un roman policier tranquille peinard. Et au bout du compte, j’ai pris une belle claque. Car ce roman se rapproche plus d’un roman d’action que d’un roman d’énigme à la Agatha Christie. Et de la première à la dernière page, les événements s’enchainent et se déchainent contre notre personnage principal … à propos duquel je vais revenir plus tard.

Action au programme donc, mais aussi et surtout une peinture bien noire de la société même si ce n’est pas forcément le sujet principal du livre. On navigue dans un Londres séparé en deux, avec d’un coté les riches enfermés dans leurs quartiers sécurisés, dans leurs maisons emplies d’alarmes anti-vol et de l’autre coté les Gens du voyage, montrés du doigt par les gens, accusés de tous les maux. Au milieu de tout cela, les flics qui essaient de faire leur boulot … dans un monde ultra violent.

Et même si la violence n’est pas décrite explicitement, elle est bien là dans toutes les lignes. Elle est bien là  par la tension que font naitre toutes les scènes imaginées par Tony Parsons. Elle est là dans les dialogues tranchants et les menaces sous-jacentes et voilées que l’on ressent derrière chaque mot. D’ailleurs, je tire un coup de chapeau au traducteur, même si l’abus d’acronyme et leur traduction a ralenti ma lecture et m’a un peu énervé si bien que je les ai sautés. Et ne croyez pas que la violence ne touche que certaines personnes : même les flics sont pris à parti, les enfants sont soumis à des souffrances inimaginables, nous sommes en plein dans le domaine du no limit révoltant.

Et à coté de cette violence, l’argument définitif qui doit vous décider à lire ce roman, c’est la vie de famille de Max Wolfe. Max est séparé de sa femme et se retrouve à élever sa fille de 5 ans tout seul. Cela nous donne des scènes d’une grande sensibilité, et montre la façon dont Max Wolfe arrive à séparer le domaine professionnel du monde personnel. Et puis, avec tous ces personnages si bien écrits, cela offre plein de possibilités à venir !

Et puis, il y a ce style fantastique. Tout est écrit en précision et concision, tout en étant parfaitement explicite, compréhensible. Il y a une vraie fusion entre l’auteur et son personnage, on ressent en tous cas son plaisir à faire évoluer Max. Pour tout vous dire, quand j’ai fini le livre, j’ai regardé la nationalité de l’auteur, car tout au long du livre, j’ai cru qu’il était Irlandais. Mais non, il est bel et bien Anglais ! Bref, voilà un roman que je vous recommande très chaudement sachant que le premier tome vient de sortir en format poche et que vous allez bientôt en entendre parler sur Black Novel.

En tous cas, ne ratez pas les avis de l’ami Claude et Polar noir et blanc