Le printemps des corbeaux de Maurice Gouiran

Editeur : Jigal

Pour les habitués de ce blog, ce ne sera pas une surprise si je vous dis que je suis un fan de Maurice Gouiran. Parce qu’il a le talent de mêler dans ses intrigues des sujets d’Histoire que beaucoup aimeraient voir tus. Ce roman prend comme base à la fois mai 1981 et l’élection de François Mitterrand, et les lettres de dénonciations qui ont été envoyées par de bons Français. Ce roman est une formidable réussite, et rien moins que l’un des meilleurs Gouiran que j’ai lus, avec Train bleu, Train noir.

C’est l’effervescence en ce début du mois de mai 1981. La gauche n’a jamais été aussi proche d’une élection aux présidentielles, et les affaires ressortent. On parle aussi beaucoup de Papon et de sa vie en tant que secrétaire général de la préfecture de Gironde pendant le gouvernement de Vichy. C’est le Canard Enchaîné qui lance les hostilités en publiant plusieurs articles sur son passé de collabo puis sur son action de préfet de police de Paris en 1961.

Louka n’en a rien à faire. Ayant perdu ses parents tôt, il est passé par des familles d’accueil et vit maintenant chez sa grand-mère, Mamété. Celle-ci est une vieille dame qui regarde la télé, écoute de vieilles chansons et ne pose pas beaucoup de questions. Louka est un garçon intelligent. Il a vite compris qu’avec une petite astuce, il pouvait détourner des chèques à son bénéfice. C’est ainsi qu’il a plusieurs dizaines de milliers de francs sur son compte.

Avec son oncle, « l’Ouncle », il assiste parfois à des parties de poker clandestines. En fait, ce n’est pas son oncle mais un complice de son père quand ce dernier était truand, et il passe beaucoup de temps avec lui. Louka, ce soir là, joue une partie et croit gagner avec son full. Hélas, son adversaire a une quinte flush royale. Il doit rapidement trouver 200 000 francs pour rembourser le mafieux. Hélas, son astuce de vol à la banque a été découverte. Louka va trouver un autre moyen de se faire de l’argent, mais rien n’est jamais aussi simple qu’on le croit.

S’il prend le temps d’installer ses personnages, Maurice Gouiran sait aussi que c’est grâce à sa première moitié de roman qu’il y insère toute la valeur de son intrigue. Car c’est bien parce que l’on suit les pérégrinations de Louka que l’on se retrouve pris dans cette toile d’araignée et que l’on va être pris par cette intrigue, à mi-chemin entre machination et manipulation. Bref, on a entre les mains un vrai bon polar, un excellent polar !

Car Louka va toujours trouver des solutions à ses problèmes, même quand nous, lecteurs, croyons qu’il est foutu, adossé au mur, dans une merde incroyable. Alors, il a ce soupçon de chance, cette volonté de se débattre tout en ayant l’impression de maitriser la situation, qui par moments flirte avec le danger. Et c’est bien parce que cette intrigue ne fait appel à aucun artifice, parce qu’elle est bigrement bien menée et bigrement prenante qu’on la dévore en tremblant pour Louka, mais aussi en souriant devant les traits d’humour qui sont parsemés dans le récit.

Car en plus de cette intrigue haut de gamme, on y trouve des frissons, des sentiments (on ne peut s’empêcher d’adorer Mamété), de l’amour et du sexe (à plusieurs étages) de l’humour (et j’ai adoré le clin d’œil à propos des Dupond et Dupont) et enfin le contexte historique. Maurice Gouiran nous montre, en insérant des lettres de dénonciation datant de la deuxième guerre mondiale, comment de bons Français n’avaient aucun scrupule pour annoncer que leurs voisins ou concurrents étaient des juifs ou aidaient des juifs !

Ces passages donnent un aspect plus grave dans un contexte et une intrigue plutôt légère mais ajoutent aussi une valeur de mémoire envers ces enfoirés qui ont fait envoyer des innocents à la mort. Et c’est là toute la valeur de ce roman qui allie une excellente intrigue à un fond historique, qui donne une prise de conscience sur ce que l’Homme est capable de faire, sur ces petits actes de lâcheté qui ont de grandes conséquences.

Quant au fait que l’accession de la gauche au pouvoir a permis de mettre à jour un certain nombre d’exactions, la fin du roman nous ouvrira les yeux quant aux petits arrangements entre amis, qu’ils soient d’un bord ou de l’autre et l’actualité n’arrangera rien de ce point de vue là. Avec ce roman, Maurice Gouiran a écrit un grand polar, mon préféré de cet auteur avec Train bleu, Train noir.

L’ami Claude a donné un coup de cœur mérité à ce polar

 

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13 réflexions sur “ Le printemps des corbeaux de Maurice Gouiran ”

    1. Salut Claude. On s’est levé ce matin avec une douche froide (mais on le sentait venir !). Il faudrait qu’en France, on arrête de se moquer des Américains et qu’on se concentre sur nos échéances tout aussi dangereuses. Sinon, ce polar ne parle pas que de ça, loin de là. Et cette narration, ajoutée à la créativité des rebondissements en font un régal ! Amitiés

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  1. Bonne nuit PIerre,
    Ah ! Cet auteur, c’est grâce à toi que j’ai pu le découvrir dans un excellent livre : L’hiver des enfants volés.
    Merci pour cette chronique. La délation me dégoûte, et le mot est faible. D’autant plus que ces trahisons envoyaient des êtres à la mort ou à des tortures. Le genre humain pfff !!!! Dans ces cas là.
    Nous sortons d’une nuit d’élections, et pourquoi un petit coup arrière sur d’autres faits. Jigal une excellente maison d’édition, où je devrais m’arrêter plus souvent. Merci pour le rappel.
    A bientôt, suis actuellement plongée dans ce que tu m’avais conseillé : La nuit la plus longue de James Lee Burker. Assez génial ! Et je suis sortie enthousiaste et c’est faible du livre Cartel. Il m’en a ouvert les mirettes même si c’est un livre mi-docu, mi-fiction. J’adore ce genre de livres, comme celui de cité à la seconde ligne.
    Excellent auteur, vraiment. Cela donne envie. A bientôt Pierre. Et un grand merci pour tes excellents conseils.
    Amicalement. Geneviève

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  2. Bonjour Pierre,
    Comme toi, je suis un inconditionnel de Maurice Gouiran, un auteur qui a le chic pour mettre l’accent sur les maux de notre société, et de gratter là où ça démange… Ta chronique m’incite à rajouter ce livre à ma (longue) liste… C’est le Père Noël qui va râler… 😉
    Amitiés.

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