Ainsi vint la nuit d’Estelle Surbranche

Editeur : La Tengo

Un premier roman permet de montrer le talent d’un auteur, ses passions, ses centres d’intérêt … mais aussi ses ambitions. Estelle Surbranche n’en manque pas, loin de là. Et je dis : Vivement le prochain !

Quatrième de couverture :

Romain Le Roux et Matthieu Manjeois mènent une vie d’étudiants normale et passent des vacances ordinaires à Biarritz… Jusqu’à ce jour de septembre où ils trouvent 7 kilos de cocaïne en surfant et gardent la marchandise. La première erreur d’une série de décisions hasardeuses qui s’avéreront fatales.

Et vous, que feriez-vous si 7 kilos de cocaïne atterrissaient entre vos mains? Matthieu et Romain, deux surfeurs étudiants, ne mettent pas longtemps à répondre à la question : monter un bizness qui rapporte une montagne de fric. Tout semble si facile… Sauf que la marchandise appartient à un gang serbe, particulièrement à cheval sur la notion de propriété et peu sourcilleux sur les méthodes de leur tueuse favorite, Nathalie. Plus dangereuse encore, Paris la nuit, ses fêtes, les paillettes des clubs et ses amours illusoires, qui corrompent l’amitié, les corps et la raison. Une seule personne peut encore arrêter le massacre : la capitaine Gabrielle Levasseur… si elle arrive à s’affranchir des fantômes qui la hantent.

Inspiré librement de faits réels qui se sont déroulés dans le sud-ouest de la France au début des années 2000, Ainsi vint la nuit raconte l’histoire de quatre vies entremêlées, des existences qui ne se rencontrent (presque) pas, mais ont chacune une influence mortelle sur les trois autres. Tout cela par la faute d’un grand big-bang provoqué par la déesse Cocaïne ! La mystérieuse Nathalie, formée à tuer pendant la guerre des Balkans – omniprésente en toile de fond – chasse férocement les deux apprentis dealers, et trouve l’impensable sur son chemin sanglant, une forme de résilience. Les péchés passés et le besoin maladif d’être aimée menacent d’engloutir la raison de Gabrielle Levasseur et lui interdisent la rédemption. Romain et Matthieu courent après le plaisir, de soirées techno en nuits de défonce, se moquant d’y laisser une part d’humanité. La noirceur gagne inexorablement les destins de chacun des personnages, recouvre leurs peurs et les pousse à se découvrir… Et le monstre le plus abject qui en surgira ne se révèlera pas forcément celui qu’on croit.

L’écriture énergique et syncopée d’Estelle Surbranche donne le rythme de ce polar en forme de tragédie moderne, s’accélérant au fur et à mesure des pages jusqu’à la délivrance finale, explosive, à l’image d’un morceau de musique techno. Apre et moite, l’ambiance de ce premier roman est aussi jouissive et dangereuse qu’une soirée en club sous MDMA.

Ainsi vint la Nuit est le premier acte d’une trilogie aux personnages récurrents.

Mon avis :

Il semblerait que les éditions La Tengo soient douées pour dénicher des auteurs de talent. Car ce roman foisonnant est une vraie réussite. Car ce roman en forme de course-poursuite enquête nous offre beaucoup de péripéties et surtout une galerie de personnages que l’on va suivre par chapitres interposés, tous aussi intéressants les uns que les autres :

Nathalie, tueuse à gages est chargée de retrouver la cargaison de drogue et c’est une tueuse sans sentiment, sans remords qui tue ses victimes en leur crevant les yeux. Romain et Mathieu sont des étudiants en vacances à Biarritz qui, en surfant, vont tomber sur deux paquets qui vont changer leur vie. Gabrielle est flic, mutée de Marseille après une affaire qui a mal tourné et qui l’a marquée à vie ; cette affaire pourrait bien être celle de la rédemption.

C’est très bien écrit, très fluide, et surtout, nous avons affaire à des personnages passionnants. De Biarritz à Paris, les rebondissements s’enchainent avec logique, les trois parties vont progresser vers un final étonnant, laissant derrière eux des cadavres sanglants. Surtout, on va avoir droit à une descente en enfer des deux jeunes, dont l’un tombe dans la paranoïa de la cocaïne, et je dois dire que ces passages sont fort bien faits.

Je vous engage donc à découvrir ce premier roman, sachant que la fin nous laisse augurer une suite haletante, en nous surprenant et en étant très loin du happy end que l’on aurait pu craindre. Ce qui est sur, en tous cas, c’est que je serai au rendez-vous du prochain roman d’Estelle Surbranche !

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