Seules les bêtes de Colin Niel

Editeur : Rouergue

Après avoir lu et grandement apprécié Les hamacs de carton, et Ce qui reste en forêt, et être passé à coté d’Obia (que j’ai mais pas encore ouvert), le quatrième roman de Colin Niel se passe chez nous, en France, alors que les précédents nous montraient un visage de la Guyane que nous n’avions pas l’habitude de voir. Pari risqué, pari réussi, ce roman est tout simplement fantastique.

Alice vit dans le causse, zone aride du Massif Central. Elle est mariée avec Michel et exerce le métier d’assistante sociale. Il faut dire qu’il y a de quoi faire, puisqu’elles sont cinq pour deux mille éleveurs, principalement de brebis. Tous les jours, elle arpente les routes pour visiter ces fermiers qui vivent isolés au milieu de leurs terres. Cela lui permet de leur prodiguer des conseils de tous ordres et surtout de leur apporter une présence humaine à ces hommes qui bien souvent habitent seuls.

Serait-ce l’habitude d’être seule toute la journée ? Ou bien, le fait que son mari s’éloigne d’elle ? Ou bien, est-ce la chaleur ? Alors qu’elle rend visite à Joseph, elle se jette sur lui et ils font l’amour. Petit à petit ils deviennent amants à tel point qu’Alice se retrouve comme inéluctablement attirée par ces étreintes aux odeurs animales.

Jusqu’au 18 janvier de cette année là. Ce jour là, Evelyne Ducat disparait. Elle est la femme d’un grand propriétaire terrien qui a tâté de la politique. A partir de ce jour, Joseph lui a refusé l’accès à sa ferme. Entre sa culpabilité de tromper son mari et sa certitude que Joseph a tué Evelyne, elle va s’enfermer dans ces certitudes tout en sachant à en savoir plus, pour aider Joseph mais aussi pour retrouver son amant.

C’est à un roman choral que nous convie Colin Niel, et Dieu sait que c’est un exercice difficile. Il va donc y avoir cinq personnages qui vont nous raconter leur quotidien et pas forcément celui que l’on croit. Car la force d’un roman choral, c’est bien de nous montrer toute la subjectivité dont peuvent faire preuve les narrateurs, et cela marche à fond. Parce que le lecteur que je suis s’est fait embarquer comme un amateur dans cette histoire bien surprenante, jusqu’à la dernière ligne !

Si la première partie, racontée par Alice, se révèle la plus imprégnée de social, car Colin Niel nous montre comment les éleveurs vivent au jour le jour, c’est aussi l’une des parties les plus sensibles de ce roman. Car c’est dans cette partie que l’auteur va nous raconter toute l’histoire dramatique qui se déroule dans le causse, et nous allons avoir affaire à un formidable portrait de femme délaissée, abandonnée, seule et recherchant une étreinte, une raison de penser qu’elle est encore en vie.

Puis vient la partie de Joseph et toutes les certitudes que nous pouvions avoir auparavant tombent en miettes. La description du travail des éleveurs est minutieuse, rigoureuse et pour ce que j’en connais, réaliste. Le style s’adapte aussi au personnage, ce qui m’a permis de rentrer littéralement dans le personnage … mais c’est après que cela devient remarquablement vicieux.

Car on ne peut faire pendant plus de 220 pages un roman tournant autour de la disparition d’une jeune femme. Et c’est là que le talent de l’auteur déploie toute sa créativité pour nous balancer d’un autre coté qui n’a rien à voir avec les paysages désolés que nous avions arpentés auparavant. C’est la partie de Maribé, jeune femme citadine esseulée elle aussi. Puis re-changement de décor et nous partons pour l’Afrique avec Armand avant de clore de belle façon, de géniale façon avec Michel.

Entre polar social et polar psychologique, Colin Niel nous a concocté une intrigue à la fois surprenante et humaine, où chaque personnage souffre de solitude dans un monde qui se déshumanise et qui se virtualise, où chacun ne cherche finalement que l’amour, ou le regard de son prochain. Et en y ayant ajouté une intrigue tortueuse et surprenante, en ayant utilisé le format du roman choral pour mieux manipuler le lecteur, Colin Niel a fait de sa démonstration un grand moment, une grande réussite. On n’est pas près d’oublier ces personnages, ce qui est la preuve d’un grand roman.

Ne ratez pas ce billet publié chez Unwalkers et chez Jean Marc

Publicités

22 réflexions sur « Seules les bêtes de Colin Niel »

  1. Mon ami,
    Un auteur que je n’ai pas encore découvert et à te lire, j’ai le sentiment désagréable de passer à côté de quelqu’un de bien et d’une belle écriture. Commencer par lequel, telle est ma question. Bises.

    J'aime

    1. Salut mon ami. Soit tu commences par ses polars se déroulant en Guyanne, et autant commencer par Les hamacs de carton (qui existe en poche chez Babel noir), puis Ce qui reste en forêt (Babel noir aussi) et enfin Obia (que je n’ai pas lu). Soit tu lis celui ci qui vient de sortir et qui est génial. Ce qui ne veut pas dire que les autres ne sont pas géniaux. Les hamacs de carton est un premier roman qui met l’accent sur les paysages et ambiances, et sur la vie des Guyannais. A toi de choisir ! Amitiés

      J'aime

  2. Encore un auteur que je DOIS lie depuis un bon moment … malheureusement le temps n’étant pas extensible, je remets sans cesse ! Cette fois, tu m’as convaincue et « Obia » est dans mon ‘planning’ de février. 😉
    Merci pour tes chroniques que je lis avec grand plaisir à chaque fois !

    J'aime

  3. Bon w.e. Pierre,

    Je vais l’acheter à l’instant, il me tente beaucoup ce chouchou là 🙂
    Cela me changera d’ambiance. Je sors d’avoir lu deux livres d’affilée de René Manzor dont le dernier « Dans les brumes du mal » époustouflant et te retourne comme une crêpe à la fin. Dans l’horreur il réussit dans les dernières pages à m’avoir tiré une larme d’émotion. C’est dire le talent qu’a cet auteur. Dans le mal il parvient l’humaniser pendant quelques mots… Et cela a fait mouche.
    Lorsque je l’aurai terminé je viendrai y mettre mon grain de sel à ton chouchou. Le quatrième de couverture me plaît beaucoup.
    Amicalement.
    Geneviève

    J'aime

      1. Violent ? Ah bon ! 🙂 Ce n’est pas du tout ce que j’ai ressenti. C’est d’abord un excellent écrivain. L’avant dernier livre que je viens de terminer et qui a eu un prix et en ce qui me concerne inférieur au dernier. 🙂 Je n’ai pour une fois pas pris la chronologie d’édition. Pas plus ou moins que chez d’autres pour la violence dans les mots du récit ou psychologique. Ce n’est que mon avis. Tu en as déjà lu de René Manzor ? En ce qui me concerne, pour la violence, je pense à Gillian Flynn « Les Lieux Sombres » ou alors Sandrine Collette dont je n’ai toujours pas pu terminer le premier livre. Là je pense être prête maintenant. 🙂 Je viendrai t’écrire quoi, je l’ai commencé là. Bon w.e.
        Geneviève

        J'aime

  4. ???? mon commentaire ??? J’espère ne pas l’avoir perdu ? Ecrit après avoir lu la dernière ligne du chouchou du mois. J’ai oublié de regarder si les commentaires étaient modérés. Si tel est le cas, tu enlèves celui-ci. Sinon……. pfff !!!!

    J'aime

      1. Je n’ai pu rien mettre. Ce que j’avais posté ce premier jet après la dernière ligne lue, j’étais fière de pouvoir la partager sur ton blog. Et là, plus rien. Je puis réécrire le principal. Hélas cette spontanéité et mon enthousiasme après la dernière ligne, mon avis sur le livre et sur l’auteur, j’avais envie de le mettre chez mon homonyme;-) Je te remerciais pour ton bon choix. Excellent.

        J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s