La chronique de Suzie : Les sanctuaires du mal de Terry Goodkind

Editeur : Bragelonne

Traducteur : Jean-Claude Mallé

Suzie est de retour ! Il faut savoir que c’est une experte en littérature Fantasy. Alors, quand j’ai appris que Terry Goodkind sortait un thriller, je ne pouvais que lui demander son avis. C’est fort gentiment qu’elle a accepté ma demande, et à cause de son avis, je vous assure que j’emmènerai le roman de Terry Goodkind en vacances !

Je lui laisse donc la parole :

Bonjour amis lecteurs,

Me voici, de nouveau, hors de ma cave pour deux raisons : tout d’abord pour m’approvisionner en bouquins, denrée importante et toujours fluctuante. Ensuite, à l’invitation de Black Novel, je vais vous parler d’un nouveau livre qui vient de sortir chez Bragelonne. Ce bouquin, c’est « Les Sanctuaires du Mal », connu également en anglais sous le nom de « Nest » paru aux Etats-Unis en novembre 2016.

La dernière fois que j’ai émergé de ma cave, j’avais pu vous parler du deuxième tome de Johanna Gustawsson « Mör ». On va continuer avec ce nouveau thriller. Pour les fans de fantasy, l’auteur n’est pas un inconnu, c’est même un phénomène. Il a écrit une des séries majeures dans le domaine : le cycle de l »Épée de Vérité » en quinze volumes auquel il faut rajouter deux préquels. Dans ce cycle, on peut y insérer son premier thriller, si l’on peut dire, dont le nom est « La Loi des Neuf » et qui reste rattaché au cycle, bien que l’histoire se passe dans un univers différent.

Mais revenons à nos moutons. Si vous lisez le synopsis de la quatrième de couverture, vous aurez l’impression de tout connaitre de l’histoire. Cela serait une erreur fatale car il y a beaucoup plus, derrière cette histoire, qu’une simple vision du mal. J’y reviendrai un peu plus tard.

Le choix de l’éditeur français est intéressant sur le choix de la couverture. Sur la version anglaise, la couverture de « Nest » tourne autour de cette vue du mal et celle-ci est illustrée par un œil, unique, grand ouvert qui a l’air de donner accès à des informations informelles ou de mettre une pression sur le potentiel lecteur. Une des impressions données, me semble-t-il, est « je te vois ». Pour la version française, on va se retrouver dans un tunnel avec, semble-t-il, une silhouette de femme qui suit ou est suivie par une deuxième ombre et qui croise une voiture, tous projecteurs allumés. Du coup, cette couverture génère une sensation d’angoisse qui est accentuée par le titre de l’ouvrage. Titre particulièrement bien choisi car l’histoire va porter sur ces sanctuaires du mal. Comment ? Ça, c’est quelque chose que je vous laisse découvrir.

Si nous nous intéressons à l’histoire, on va faire la connaissance d’une jeune femme, tranquille et sans histoires, Kate Bishop, qui va se découvrir un don à la suite du décès de son frère qui lui disait tout. Enfin, tout, pas vraiment. Suite à ce fait, elle va rencontrer un inspecteur bien sous tous rapports avec une conception pratico-pratique de la justice. Ce dernier va l’entraîner dans un monde qu’elle ne faisait qu’apercevoir jusqu’à sa rencontre avec Jack Raines.

L’histoire va se diviser en plusieurs intrigues : une qui concerne Kate, une autre Jack et une troisième sous-jacente qui lie les deux autres et s’avère être l’intrigue principale. L’auteur va faire une démonstration du monde actuel à travers un prisme assez particulier qui pourrait expliquer beaucoup de choses. Ce prisme va conditionner l’état d’esprit des protagonistes principaux et leur démontrer qu’ils n’ont qu’une seule voie pour survivre, voire vivre.

Comme souvent, dans ses livres précédents, l’auteur met ses héros face à des décisions très difficiles à prendre et qui changent totalement leur mode de pensée et de vivre. Vous allez le comprendre particulièrement avec le comportement de Kate qui, bien qu’elle ait des prédispositions et que celles-ci soient expliquées, tourne complètement casaque, une fois ces nouveaux schémas de pensées intégrées.

Fan de Fantasy, je connais (très bien !) l’auteur à travers ses livres précédents. Me faisant systématique attrapée, je le redécouvre toujours avec un grand plaisir. Lorsque j’ai su que son prochain bouquin serait un thriller complètement déconnecté de son cycle précédent, j’ai sauté de joie et je n’ai pas été déçue. Tout d’abord, impossible de lâcher l’intrigue avant la fin qui malheureusement m’a laissée sur des charbons ardents. Ensuite, le prisme que propose l’auteur pour expliquer ses différentes thèses a été renforcé par une conférence sur la sensibilité de l’information avec des exemples qui semblent hallucinants. C’est à se demander si c’est la réalité. Du coup, cela m’a plongé dans une réalité qui pourrait être possible. Juste pour dire que cette histoire m’a fascinée du début à la fin et qu’elle pousse à analyser le monde dans lequel on vit sous un autre angle. Spécialiste des scènes de tortures, il y a deux scènes qui m’ont fait un peu tiquer mais qui passent rapidement. Ah, j’allais oublier ! Le début de l’histoire semble également incompréhensible de prime abord mais c’est pour mieux nous appâter et nous retenir par la suite. Enfin, il semblerait que ce livre soit appelé à avoir une suite mais je vous laisse en juger.

Sur ces bonnes paroles, je vous abandonne et retourne m’immerger dans la cave avec mes provisions. J’espère que ce livre vous plaira. A bientôt

 

Quatrième de couverture :

Quand son frère John est brutalement assassiné, le monde de Kate Bishop s’écroule : elle a échoué à sauver cet être si sensible qui voyait le mal partout. Et si sa mort était la preuve qu’il avait raison ? Impliquée malgré elle dans l’enquête, Kate découvre qu’elle partage ce don : d’un regard, elle sait reconnaître les tueurs. Jack Raines, un spécialiste du « dark web », prétend pouvoir la protéger. Mais Kate n’a qu’une envie : fuir. Car si elle peut voir le mal, le mal la voit aussi… et les yeux de Jack Raines ne lui disent rien qui vaille.

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Les murmures de John Connoly

Editeur : Presses de la cité (Grand format) ; Pocket (Format poche)

Traducteur : Jacques Martinache

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa dixième enquête. Après deux épisodes dédiés à Louis et Angel, puis au père de Charlie Parker, voici un roman plus classique. La liste des billets sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

Dans le Maine, à la frontière entre le Canada et les Etats-Unis, ont lieu des trafics en tous genres ? Armes, drogue, êtres humains. C’est dans cette zone de non-droit que des vétérans désabusés, rentrés d’Irak il y a peu, se livrent à la contrebande d’œuvres dérobées au musée de Bagdad pendant la guerre.

Chargé d’enquêter sur les agissements de l’un de ces soldats, le détective Charlie Parker découvre que plusieurs membres de son unité ont été retrouvés morts après avoir été rendus à moitié fous par des voix qui leur chuchotaient à l’oreille dans une langue inconnue. D’après la thèse officielle, ces hommes souffraient du syndrome de stress post-traumatique, ce qui les aurait poussés au suicide. Mais cette explication ne satisfait guère Charlie Parker, qui ne peut s’empêcher de soupçonner l’existence d’un lien entre les décès et la marchandise transportée illégalement par les vétérans.

John Connolly mêle habilement le fantastique au réalisme le plus cru dans ce roman hypnotique, qui flirte parfois avec l’horreur.

Mon avis :

Charlie Parker a retrouvé sa licence de détective privé. Et comme il faut bien vivre, il vient de passer quelques affaires pas très réjouissantes. Jusqu’à ce qu’un propriétaire de bar lui parle du suicide de son fils, récemment revenu de la deuxième guerre d’Irak. Petit à petit, il se rend compte que beaucoup de vétérans de guerre se sont suicidés, que la frontière avec le Canada n’est pas loin … et que le monde des trafiquants en tous genres n’est pas le monde des Bisounours …

On peut reprocher à ce roman de dérouler la recette qui a fait le succès de quelques épisodes précédents. Mais je dois dire que je m’incline quant à l’efficacité du roman. J’y ai retrouvé toutes les raisons pour lesquelles j’aime les romans de John Connoly : une intrigue complexe à multiples facettes, des scènes angoissantes ancrées dans notre quotidien, des passages très drôles en particulier dans les dialogues, l’imagination de l’auteur pour imaginer  la vie complète d’un personnages, des paysages grandioses, des méchants fantastiques entre morts et vivants, le retour du Collectionneur et un final explosif.

John Connoly aborde au travers de son intrigue fantastique le réel du retour des soldats, que l’on délaisse et que l’on laisse pourrir une fois qu’ils ont réalisé leur devoir pour la patrie. Il montre la difficulté de réinsertion, le déni des maladies mentales, la négation du stress sur le champ et enfin l’extrême cynisme de nos dirigeants qui s’en foutent des gens sacrifiés.

Peut-être plus engagé que ses précédents romans, mais tout autant divertissant, cet épisode est bien difficile à lâcher, et on louera sa logique de déroulement, de même que ses dialogues irrésistibles et ce plaisir sans cesse renouvelé de retrouver Charlie, Louis et Angel. Par contre, le divorce est bien entamé avec sa femme et de ce point de vue, Charlie Parker laisse de coté sa vie personnelle … dommage ! Les murmures, un des très bons épisodes de la série.

Les enquêtes de Charlie Parker dans l’ordre de parution sur Black Novel :

Tout ce qui meurt

Laissez toute espérance …

Le Pouvoir des ténèbres

Le Baiser de Caïn

La Maison des miroirs

L’Ange noir

La Proie des ombres

Les anges de la nuit28

L’empreinte des amants

Le Diable n’est pas mort à Dachau de Maurice Gouiran

Editeur : Jigal

Fidèle je suis, fidèle je reste. En conséquence de quoi, je lis chaque nouvelle publication de Maurice Gouiran, car avec ses intrigues toujours bien construites, on y apprend toujours des faits historiques scandaleux et dont on ne parle pas assez. Ceux relatés ici sont tout simplement révoltants !

Jeudi 26 octobre 1967. Henri Marjencoules revient dans son village natal, Agnost-d’en-haut, pour l’enterrement de sa mère. Il avait bien pensé prendre une chambre d’hôtel, pour éviter d’avoir à faire face à son père, qui est genre mutique et qui ne s’épanche pas en démonstrations sentimentales. Malheureusement, tous les hôtels du coin ont été pris d’assaut. Henri travaille aux Etats-Unis en tant que mathématicien pour une entreprise privée et arrive bien fatigué. Il est par moments pris d’hallucinations mais c’est surement un effet secondaire du à ses abus de LSD.

Mardi 26 janvier 1943. Sigmund Rascher est à la tête de recherches au camp de Dachau. Il est vrai que le nazisme lui offre la possibilité de tester de nouvelles méthodes sur des cobayes vivants. Sigmund se moque bien de Nowitski et Plötner qui font des recherches de leur coté sur des substances hallucinogènes pour trouver un sérum de vérité, qui serait bien utile dans les interrogatoires. Lui cherche à améliorer les conditions des soldats dans des conditions froides intenses. Il arrive à la conclusion qu’il faut avant tout protéger la tête dans les prochaines combinaisons de vol des pilotes.

A Agnost-d’en-haut, Henri renoue avec ses copains, qu’il avait perdu de vue. Pascal et Norbert ont le même age que lui, mais en paraissent le double. Ils ont repris la ferme familaiale comme une sorte de malédiction. A l’auberge, Henri apprend que la famille Stokton a été assassinée : le père, la mère et l’enfant de 8 ans. Le père avait acheté la ferme des Granges brulées une dizaine d’années auparavant. La rencontre avec Antoine Camaro, journaliste qui suit l’enquête, va l’impliquer dans ces meurtres d’une famille américaine.

Révoltant ! Les faits relatés sont révoltants !

Après une mise en jambe plutôt lente, Maurice Gouiran va patiemment construire son intrigue, pour mieux frapper (et non juste appuyer) là où ça fait mal. Mais auparavant, il aura pris soin de bien construire son personnage principal, et placé ses personnages secondaires. Quand il le faut, il insère des chapitres remontant tout d’abord à la 2ème guerre mondiale puis plus tard juste après guerre.

A travers ces chapitres, qui couvrent une bonne moitié du livre, Maurice Gouiran va nous montrer la différence entre le nouveau monde et l’ancien. Aux Etats-Unis, on est en pleine période peace and love, drugs, sex and rock and roll. Alors qu’en Europe, l’avenir des jeunes est de rejoindre une grande ville pour espérer trouver du travail, la vie américaine s’est libérée et décomplexée, non sans inconvénients. Et c’est là que cela devient intéressant.

Car en 210 pages, Maitre Gouiran ne va pas insister sur l’horreur des camps, comme le titre peut le laisser penser. Il va nous montrer comment les Américains ont récupéré des scientifiques nazis pour profiter de leurs avancées technologiques. Il va nous montrer comment ces recherches financées par l’état mais officiellement commandées par des boites privées ont pour but la lutte contre les Rouges et l’obsession d’augmenter son armement. Et enfin, et surtout, il va nous montrer comment les Etats-Unis ont fait eux aussi des essais en grandeur réelle, sur leur sol et ailleurs, testant soit de nouvelles drogues synthétiques soit carrément des armes bactériologiques.

Et Maurice Gouiran nous assène ça en quelques chapitres à partir du chapitre 20. Et là, c’est l’horreur … c’est révoltant. On pourrait accuser les scientifiques de s’aveugler quant à leurs trouvailles, de ne pas chercher à savoir, de privilégier leur gloire. Mais tout est suffisamment cloisonné pour que très peu de personnes soient au courant. On pourrait dire que Maurice Gouiran affabule. C’est pour défendre son roman (et non sa thèse, qu’il met à la fin deux pages entières de références sur des rapports, des articles et des études. Après tout ça, je suis KO. Ce nouveau roman de Maurice Gouiran est indispensable parce qu’il est révoltant. Et une nouvelle fois, je dis : Merci M.Gouiran.

Ice-cream et châtiments de Nadine Monfils

Editeur : Fleuve éditions

Nadine Monfils a abandonné son personnage de Mémé Cornemuse pour Elvis Cadillac, un sosie d’Elvis Presley, qui vit de concerts dans les maisons de retraite et autres petites salles communales, roulant dans une Cadillac rose, et affublé d’un petit chien qui orne une belle banane. Les présentations avaient été faites dans King from Charleroi, avec un grand bonheur. Eh bien, réjouissez-vous ! Mémé Cornemuse est de retour puisque dans ce nouveau roman, nous allons assister à une rencontre au sommet !

Un homme court seul, tout nu dans la nature. On pourrait croire à un cinglé, mais en fait, il a peur. Il cherche à échapper à quelqu’un. Après avoir traversé des bois, il arrive sur une route. Il aperçoit une lumière, pense être sauvé. Il lève les bras de soulagement, en appelle à Dieu qui l’a exaucé … avant de se faire écraser par une voiture.

Au volant de la voiture, Elvis Cadillac chante des airs de son idole, pour entrainer sa voix et bercer sa chienne Priscilla. Il a bien senti une secousse, sur cette petite route qui doit l’emmener à Chimay, où il doit assurer un concert exceptionnel dans une maison de retraite. Il s’arrête et se rend compte qu’il vient de rouler sur un homme, relativement agé. Quand il le retourne, il reconnait Joël Bermude, une célébrité dans le monde des sitcoms débiles de la télévision. Elvis décide de charger le corps dans son coffre et poursuit sa route.

Speculoos (en fait il s’appelle Rémy, mais on lui donne ce surnom eu égard pour son gout pour les biscuits du même nom) a couru comme un dératé mais il n’a pas réussi à le rattraper, le retraité de la télé. Il va avoir du mal à le justifier à son comparse et chef (mais uniquement parce qu’il est un peu moins con) Mickey. Il va encore s’en prendre une bonne ! Comment va-t-il expliquer à Mickey que le vieux s’est fait la malle à poil ?

Je ne vais pas vous raconter des craques, ce roman est à l’image de ce que Nadine Monfils est capable de nous pondre de mieux. On y trouve des situations rocambolesques, des personnages barrés et des retournements tous plus drôles les uns que les autres. Outre les prénoms des tarés qui sillonnent au fil des pages, les personnages sont décrits d’une façon irrésistibles … et …

On y retrouve notre chère Mémé Cornemuse (chère au sens où il ne vaut mieux pas la rencontrer). Elle va donc former un duo avec Elvis, qui parait pour le coup plus raisonnable qu’elle, au moins pour quelques dizaines de pages. Car après, elle va se retrouver en compagnie de Speculoos et Mickey et ça va être la fête à Neuneu.

Ceux qui ne connaissent pas encore Nadine Monfils (Il y en a encore ?) vont être agréablement surpris. Ce roman est moins grivois que d’habitude, et parfois empreint d’une certaine poésie, rappelant en cela La petite fêlée aux allumettes, un des meilleurs épisodes de Mémé Cornemuse. Nadine Monfils fera même un plaidoyer pour la création, la littérature et la poésie.

Evidemment, tout cela n’est pas très sérieux, le but étant de divertir par le rire, et c’est une grande réussite. Il n’y a qu’à lire les notes en bas de page expliquant des expressions du cru (surtout belges). On y retrouve même le commissaire Léon, pas en personne mais muet comme une tombe, ce qui confère à ce roman une sorte de croisée des chemins avec un grand nombre de ses romans. On peut dire qu’on tient là une sorte de synthèse, de liens, de toute une œuvre qui comptera dans les années à venir. Et à chaque fois que je termine un roman de Nadine Monfils, je me demande bien ce qu’elle va pouvoir nous inventer dans le prochain … et vivement le prochain !

Le diable de la Tamise d’Annelie Wendeberg

Editeur : Presses de la cité (Grand Format), 10/18 (Format poche)

Traducteur : Mélanie Blanc-Jouveaux

Cela fait bien longtemps que je n’avais pas lu d’enquêtes de Sherlock Holmes, à part le recueil de nouvelles humoristiques publié par les éditions Baker Street. J’ai voulu tester une nouvelle auteure mettant en scène le génial détective, dont c’est le premier roman. Ce roman est tout simplement impressionnant pour beaucoup de raisons que ja vais vous exposer un peu plus loin.

Eté 1889. Une infirmière remet un télégramme au Docteur Anton Kronberg, spécialiste de bactériologie à Londres. « Votre présence est Requise. Possible cas de cholera à l’usine de traitement des eaux de Hampton. Venez sur-le-champ. Inspecteur Gibson, Scotland Yard. Quand le docteur Kronberg arrive sur les lieux, il apprend que les pompes fonctionnent en circuit ouvert. Londres est donc protégée. Le corps qui flottait dans le canal a été déplacé. Anton demande à désinfecter elle même tous ceux qui ont touché le corps.

L’inspecteur l’informe qu’un corps peut difficilement escalader une clôture. Il s’agit donc d’un meurtre et on a balancé le corps dans la canal. Anton remarque un homme de grande taille, bien mis, qui file tout de suite vers les bords de la Tamise. L’inspecteur lui présente alors Sherlock Holmes, qui va aider la police sur cette affaire. Holmes annonce que le corps a été jeté en amont à environ 12 lieues, et il en fait la démonstration. Le corps a été habillé par quelqu’un d’autre que lui-même puisqu’il est droitier. Des traces de liens montrent qu’il a été ligoté. Enfin, une plume de loriot femelle s’est logée dans sa boutonnière.

Puis, une fois seuls, Anton pose la question à Holmes : A-t-il l’intention de le dénoncer, d’annoncer aux autorités qu’Anton Kronberg est en fait une femme, et qu’elle se déguise en femme pour mener à bien sa mission : sauver des gens en tant que docteur ?

Pour un premier roman, c’est impressionnant. Pour un roman de Sherlock Holmes, c’est impressionnant aussi. Evidemment, on peut louer la qualité de l’intrigue, la tortuosité de l’intrigue et la fin du roman qui est géniale. Car nous parlons ici de recherche médicale et de la façon dont on trouvait des cobayes au XIXème siècle. Sur tous ces points, Annelie Wendeberg remporte la manche haut la main.

J’ai aussi été époustouflé par l’ambiance que l’auteure arrive à créer, des rues crasseuses de Londres, aux salles d’attente de l’hopital où des miséreux atteints des pires maladies attendent leur fin, faute de médicament. Mais il faut louer aussi les sons, les odeurs et le calme de la campagne environnante, les salles stressantes de l’asile, les salons cossus où les dirigeants vivent bien mieux que le peuple. Sur ce point aussi, Annelie Wendeberg remporte la palme.

Quant aux personnages, ce n’est pas une palme qu’il faut décerner mais carrément un grand prix. Tous sont formidables, Anton, ou devrais-je dire Anna, Sherlock Holmes et même tous les personnages secondaires. Sherlock apparait comme un personnage distant vis-à-vis des autres, qui s’allie avec Anna parce qu’elle est différente. Evidemment, c’est un esprit logique remarquable et ce roman est un bel hommage à sa capacité de déduction, mais aussi avec sa volonté quitte à prendre des risques pour sa vie.

Anna enfin, est à la fois la narratrice et le personnage central de ce roman. A travers elle, on a droit à une vraie description de la condition des femmes en ce temps là, Anna étant obligée de se cacher pour assouvir sa passion pour la médecine, alors qu’elle est plus compétente que beaucoup d’hommes. Rien que pour ce formidable personnage, vous vous devez de lire ce roman.

Ne ratez pas les avis de la Belette et de Claude Le Nocher.

La pension de la Via Saffi de Valerio Varesi

Editeur : Agullo

Traducteur : Florence Rigollet

Attention, coup de cœur !

Ça y est, je le tiens, le premier coup de cœur de 2017. Et quel coup de cœur, quel roman ! Son précédent roman paru chez nous chez Agullo aussi, Le fleuve des brumes, était déjà impressionnant d’ambiance et parlait d’un sujet historique prenant. Celui-ci est plus introspectif et émotionnellement très fort.

A quelques jours de Noel, Parme, Italie. C’est une période habituellement calme au commissariat. Une vieille dame vient pour signaler qu’elle est inquiète car son amie ne répond ni au téléphone, ni quand on sonne à sa porte. De loin, le commissaire Soneri entend que la vieille dame s’insurge, qu’il s’agit de Ghitta, qu’elle ne sort jamais de chez elle, qu’elle tient la pension Tagliavini, dans la Via Saffi. Ce nom, cet endroit, tout cela lui rappelait sa jeunesse.

C’était il y a quinze ans. Tous les jeunes de l’université étaient passés par la pension, logeant dans les chambres meublées de Ghitta. Ada habitait là-bas. C’était la femme de Soneri. Cela fait quinze ans qu’elle est morte en mettant au monde leur enfant. Quinze ans qu’il survit à ce drame, à l’absence de l’être aimé. Quinze ans qu’il imagine ce qu’aurait du être sa vie avec elle.

Peut-être ne voulait-il pas y aller, ressasser ses souvenirs ? Peut-être devait-il y aller ? Il se dirigea vers la pension. La porte avait été claquée, pas fermée à clé. Il l’ouvre avec sa carte de crédit. En entrant, il retrouve le couloir, les chambres alignées, ses souvenirs collés dans l’air ambiant. C’est dans la cuisine qu’il trouve Ghitta, allongée sur le carrelage. Il n’y a aucune trace de sang, les bijoux sont dans un petit coffre en bois. Elle a été poignardée et vidée de son sang comme un cochon.

Déjà avec Le fleuve des brumes, j’avais été enthousiasmé par la qualité de l’écriture de Valerio Varesi et son talent à peindre des atmosphères. Avec ce roman, je retrouve toutes les raisons pour lesquelles j’aime cet auteur, auxquelles j’ajoute cette incroyable plongée dans la psychologie de Soneri, indéniablement marqué par son passé et la perte de sa femme lors de l’accouchement de leur enfant.

On pourrait penser que, chronologiquement, ce roman arrive avant Le fleuve des brumes, puisqu’il aborde le passé du commissaire. Et pourtant, il a été publié en Italie un an après. Surtout, ce roman fait appel aux souvenirs du lecteur, à ses blessures, à ses cicatrices toujours ouvertes, de ces moments désagréables qui, la plupart du temps, nous laissent tranquilles, jusqu’à ce qu’un moment, ils reviennent nous hanter.

Comme tout le monde, j’ai des souvenirs douloureux, des regrets, des moments que je souhaiterais oublier, comme certaines phrases ou réactions qui me marquent. Comme Soneri, je voudrais bien tourner la page, mettre un voile opaque sur tout ça, regarder vers l’avant. Mais ça n’existe que dans les livres. Et en parlant de livres, La pension de la Via Saffi m’a fait mal, même si le sujet est assez loin de mes expériences. Il n’empêche que la façon de raconter cette histoire force forcément le lecteur à se pencher sur son passé, le place devant ses propres responsabilités.

Avec son personnage de commissaire taciturne et sa façon de creuser le passé du personnage, on se retrouve très proche des meilleurs romans d’Arnaldur Indridason. Son style est d’une subtilité rare, détaillant de petits moments, des petits détails qui rappellent des souvenirs, et par conséquent l’absence de la personne aimée. Quand je disais que ce roman était intemporel, il est surtout universel, et m’a permis une vraie remise en cause sur ce qu’est la mémoire et la façon dont on arrange les souvenirs.

Il n’y a pas une seule faute dans ce roman, et je n’y ai vu que des qualités. Son rythme doux et tendre, à l’image des images du passé qui traînent dans nos cerveaux, est d’autant plus cruel, et fait appel à l’expérience du lecteur. C’est en cela que je trouve ce roman remarquable, extraordinaire, puissant, profond : le lecteur que je suis s’identifie au personnage de Soneri et s’approprie cette histoire et tout ce qu’elle implique. Pour tout vous dire, j’en ai pleuré, et j’ai mis une bonne semaine à m’en remettre. Coup de cœur !

Ne ratez pas non plus le coup de cœur de mon ami du Sud La Petite Souris

Que Dieu me pardonne de Philippe Hauret

Editeur : Jigal

Après un premier roman, Je vis je meurs, paru l’année dernière, Philippe Hauret persiste et signe dans cette veine de polar social, celle où on créé des intrigues en prenant des gens simples, et en les poussant à bout. Si Je vis je meurs m’avait paru timide, celui-ci joue son va-tout et s’avère franchement convaincant. Une belle réussite.

Ce roman est un roman de personnages :

Il y a Rayan Martel, richissime jeune homme, héritier de la fortune familiale, orphelin depuis son plus jeune âge depuis que ses parents se sont tués dans un accident d’avion. En proie à des crises de violence soudaines, le livre s’ouvre sur Rayan, en train d’éventrer Olympe, le chien de sa femme.

Il y a Kader, jeune homme vivant dans la cité. Il vient de forcer les portes d’une supérette, pour voler des bouteilles de rhum et de whisky. En perte de repères, surtout depuis la mort de son père sur un chantier, il accumule les larcins sans jamais blesser personne.

C’est pour cela que Franck Mattis, le flic de l’histoire, ne veut pas l’enfoncer, au contraire de son collègue Dan, raciste de bas étage. Franck est plutôt secret et ténébreux, et essaie de mener de front sa vie professionnelle et sa vie personnelle avec Carole.

Depuis quelque temps, une série de cambriolages dans les résidences aisées s’accumulent. La commissaire Alfonsi en a marre. Franck et Dan prennent deux jeunes en flagrant délit. C’est à ce moment là que Dan dérape, et flingue un gamin. Mattis refuse de couvrir son collègue. Son genre, c’est plutôt essayer de sauver les causes perdues. Alors qu’il prend Kader sans papiers, il l’oblige à se présenter chez Rayan, pour avoir un travail : il entretiendra la propriété. Puis Mattis appelle Rayan et l’oblige à accepter. L’engrenage vient tout juste de se mettre en place.

Ce roman ressemble à un jeu de société, mettant face à face les riches et les pauvres, avec Mattis comme arbitre, ou comme le bon samaritain. Les personnages sont la grande force de ce roman, parce qu’ils sont forts, humains, et vivants. Rayan que l’on adore détester, Kader que l’on adore plaindre, et Mattis que l’on voudrait aider, sont les pièces principales sur l »chiquier, aidés en cela de multiples pions, des personnages secondaires qui n’en ont que le nom, tant ils ont leur rôle à jouer, pour faire progresser cette intrigue.

Car Philippe Hauret a fait un pas de géant, par rapport à son premier roman, se jetant à corps perdu dans cette histoire bien noire. C’est un peu ce qui attire le cerveau du lecteur, ce manque d’avenir, cette absence d’espoir comme si rien ne peut changer, malgré toutes les bonnes volontés, comme si tout restera comme avant. Rien ne changera jamais. Malgré cela, il y a des sauveurs, de bonnes âmes, parce qu’ils sont humains.

On y trouve donc beaucoup d’inventivité et de créativité dans cette intrigue, soutenue par un style impersonnel et sans sentiment. J’adore cette façon de décrire sans s’appesantir sur les états d’âme des unes et des autres. Cela est d’autant plus frappant que c’est écrit avec beaucoup d’humanité et que l’auteur, loin de juger leurs actes, aime ses personnages. Je vous le dis, Philippe Hauret n’a pas monté une marche, il vient de monter un étage, il vient de passer chez les grands, et il devient un auteur à suivre de très près.