Le chouchou du mois d’octobre 2017

En ce qui concerne mes lectures du mois d’octobre, elles auront été sous le signe de l’émotion et de la révolte. Il y aura bien eu quelques lectures de pur divertissement, mais toutes sans exception auront été des lectures marquantes.

Au premier rang des émotions, je ne peux que placer Candyland de Jax Miller (Ombres noires), mon deuxième coup de cœur de l’année, qui présente un souffle romanesque et une créativité étonnante, surtout si l’on se rappelle que Candyland n’est que le deuxième roman de Jax Miller. On se laisse porter par un voyage hors du temps dans cette petite ville imaginaire des Etats-Unis, gangrenée par la fermeture de ses mines. Énorme !

Je me dois aussi de vous signaler que les éditions French Pulp ont décidé de rééditer La compagnie des glaces, qui est la plus grande saga de science fiction jamais écrite. J’ai chroniqué les 2 premiers tomes, La compagnie des glaces 1-2 de GJ Arnaud (French Pulp) et je dois dire que l’aspect politique et l’immersion dans un monde futuriste est impressionnant. Il ne vous reste plus qu’à patienter pour que je vous parle des autres tomes … très bientôt.

Émotions aussi du coté de Bangkok avec La cité de l’ange noir de Harlan Wolff (Editions GOPE) qui au travers d’une enquête plutôt classique nous fait visiter les quartiers de cette asiatique qui regorge de secrets. Émotions encore quand il s’agit d’explorer la psychologie d’un homme fou d’amour de sa femme qui décide de l’empoisonner pour mieux la garder pour lui dans Les enlisés d’André Lay (French Pulp). Émotions enfin avec Retour à Duncan’s Creek de Nicolas Zeimet (Jigal) et ses bouffées de nostalgie et ses scènes incroyablement fortes ou Assassins d’avant d’Elisa Vix (Rouergue) où une jeune femme cherche la vérité sur l’assassinat de sa mère institutrice en pleine salle de classe. Du grand art en terme d’intrigue (jusqu’à la dernière ligne) et de roman choral !

Par contre, rien de tel qu’une intrigue qui vous met mal à l’aise ou qui vous place en face de questions qui peuvent s’avérer personnelles. Par exemple, n’avez-vous jamais été non pas envieux mais ébloui par des gens à qui tout réussit ? Et si les apparences n’étaient pas du tout la réalité des choses. C’est le fond de l’intrigue de Mon amie Adèle de Sarah Pinborough (Préludes), qui est un pur roman psychologique. Quant à Punk Friction de Jess Kaan (Lajouanie) sous ses dehors de roman policier classique, il a pour lui une intrigue bien menée, des personnages attachants et surtout un coté social qui retient l’intérêt.

Et puis, il y a les polars qui grattent là où ça fait mal …

Quoi de mieux que de fouiller notre histoire, celle dont on parle trop peu, telle que l’anti-communisme et les actions des collabos dans le Périgord ? Je servirai la liberté en silence de Patrick Amand (Editions du Caïman) est le genre de polar où on apprend plein de choses, et il a pour lui une ambiance remarquablement restituée ainsi qu’une documentation impressionnante.

Un autre sujet m’a bouleversé et c’est celui abordé dans Danser dans la poussière de Thomas H.Cook (Seuil). Pour l’occasion, l’auteur créé un pays africain, avec ses mœurs et son histoire et met ses personnages en face d’un dilemme qui est le rôle des ONG dans le développement des pays en voie de développement. Une phrase ne cesse de me hanter : On fait le mal en voulant faire le bien. Profond et marquant.

Sur un sujet plus classique, Le club des pendus de Tony Parsons (La Martinière) et son personnage principal récurrent Maw Wolfe nous questionne sur la justice au travers d’une intrigue où un groupe d’hommes sème ses propres sentences. Ce roman frappe d’autant plus fort que son personnage est formidablement humain. Cette série de Tony Parsons est assurément à suivre.

Islanova de Camut & Hug (Fleuve Noir) quant à lui nous parle de revendications humaines, de terrorisme, de responsabilités individuelles et collectives, de la famille, du dépassement de soi, de choix difficiles dans la vie, de violences, et de bien d’autres choses. C’est un roman qui m’a surpris, que j’ai avalé en quelques jours car c’est un roman populaire plein d’action et d’humanité qui ne prend pas position et qui oblige le lecteur à se regarder dans une glace.

Le titre de chouchou du mois revient donc à La daronne d’Hannelore Cayre (Métaillié), ce roman si simple en apparence mais si passionnant à lire. Comment une femme qui a toujours vécu honnêtement en arrive à devenir une trafiquante de drogue tout en suivant son idéal d’aider ses filles. D’une sorte de biographie inventée, Hannelore Cayre en tire un roman à la fois drôle et émouvant, cynique et noir, dans la veine de Thierry Jonquet. Un roman indispensable.

Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou du mois. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

La daronne de Hannelore Cayre

Editeur : Métaillié

Voici mon avis sur un roman dont on a beaucoup parlé en début d’année, et qui vient de se voir décerner le Grand Prix de la Littérature Policière 2017. Je ne vais vous donner qu’un seul conseil : jetez vous sur ce roman formidable.

Quatrième de couverture :

« On était donc fin juillet, le soleil incendiait le ciel ; les Parisiens migraient vers les plages, et alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e DPJ.

– Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.

J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »

Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ?

Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux.

Et on devient la Daronne.

Mon avis :

On pourrait penser que la quatrième de couverture en dit beaucoup, voire trop. En fait, il est difficile d’attirer l’œil de l’acheteur devant un tel roman. Certes on en dit beaucoup, mais il y en a tellement plus dans le roman. Tout ce roman tient dans sa narration et son style, et je peux vous dire que ce roman est une bombe de drôlerie et de cynisme, un grand moment de critique et de second degré. On sourit beaucoup, on rit beaucoup des piques sur quelques travers de la société. Et le plus fort de ce roman, c’est quand vous avez tourné la dernière page, et que vous vous rendez compte de l’ensemble du roman, et de tout ce que Patience Portefeux vous aura montré. Vous vous rendez compte de ce que vous voyez tous les jours mais que vous ne remarquez même plus, et c’est jouissif.

C’est le bon terme pour qualifier ma lecture de ce roman : c’est totalement jouissif. La forme du roman est présentée comme une biographie, au travers d’une discussion. Vous êtes assis dans votre fauteuil bien confortablement, et Patience va vous raconter sa vie. Démarrant par sa naissance et la déception de son père d’avoir eu une fille au lieu d’un garçon, à son mariage qui n’aura duré que sept années de furtif bonheur, de ses deux filles qui sont parties bien vite de la maison à ses difficultés à joindre les deux bouts pour élever ses filles du mieux possible, Hannelore Cayre nous raconte la survie d’une femme cherchant à se débattre pour garder une certaine décence.

Le coté comique, décalé de cette histoire tient dans le fait qu’elle parle arabe et qu’elle va devenir traductrice pur la justice puis pour la police. Payée au noir par l’état, comme les jeunes gens qui sont accusés en procès, je vous laisse imaginer le coté cocasse de la situation. Et puis, cette femme qui a atteint la cinquantaine ne rêve que d’une chose : offrir quelque chose à ses filles. Et sa vie simple va devenir un peu plu compliquée par un hasard et une prise de risque due au fait que pour la première fois de sa vie, elle va se prendre des initiatives. Bon, c’est un polar, alors elle va franchir la ligne jaune !

Il y a tant de choses dans ce roman mais aussi une justesse, un ton véridique, que l’on a l’impression d’entendre une confession. Et on en remet jamais en cause ce qu’elle nous dit. La narration est parfaite d’un bout à l’autre. Si vous ne le savez pas, l’un de mes auteurs favoris, toutes époques confondues est Thierry Jonquet. Eh bien, j’ai eu l’impression qu’il était revenu d’entre les morts pour nous offrir ce fantastique roman social. Superbe !

Je vous joint quelques liens vers des billets tout aussi enthousiasmants.

http://enlisantenvoyageant.blogspot.fr/2017/04/la-daronne.html

http://www.encoredunoir.com/2017/06/la-daronne-de-hannelore-cayre.html

http://leblogdupolar.blogspot.fr/2017/03/hannelore-cayre-la-daronne-une-femme.html

https://actudunoir.wordpress.com/2017/03/24/hannelore-cayre-revient-et-cest-bon/

Islanova de Camut & Hug

Editeur : Fleuve Noir

Je ne vous parlerais pas de ce roman s’il n’en valait pas la peine. Comprenons nous bien : Dans mon esprit, le duo français du Thriller œuvre dans des eaux sanglantes, ce qui fait que je n’en avais jamais lu auparavant. Mais c’est bien la quatrième de couverture qui a fait pencher la balance dans le bon sens. Et la taille de ce pavé ne m’a pas rebuté, loin de là. J’ai commencé cette lecture avec un esprit de curiosité mais je me suis fait prendre au jeu, tant cette lecture s’est avérée passionnante. Avouez qu’avec une quatrième de couverture comme cela, on ne peut qu’être attiré :

Rien n’avait préparé Julian Stark à une telle vision ce matin-là.

Alors qu’il rentre chez lui pour évacuer sa maison menacée par un incendie de forêt, il trouve Charlie, sa fille de seize ans, au lit avec son beau-fils Leny.

Certaine que son père va les séparer, Charlie persuade Leny de fuguer, direction le Sud-Ouest. Son idée : rallier la ZAD (zone à défendre) de l’Atlantique, située sur l’île d’Oléron. Là-bas, ils seront en sécurité le temps que Julian se calme. Là-bas, surtout, se trouve Vertigo, un homme charismatique dont elle écoute la voix sur les ondes depuis des mois. Vertigo, le leader de l’Armée du 12 Octobre, groupe d’écologistes radicaux.

Ce que la jeune fille ignore, c’est que la ZAD abrite des activistes prêts à tous les sacrifices pour défendre leur cause, et qu’en s’y réfugiant, elle précipite sa famille dans une tragédie qui les dépasse tous.

Dès l’entame, c’est bien le rythme qui prend à la gorge. Les chapitres sont courts, le style à l’avenant, brossant à la va-vite le décor pour privilégier le rythme. Et petit à petit, les personnages vont prendre de l’épaisseur. Dans un futur proche, en cette fin du mois de juin, la canicule engendre des feux de forêt, en particulier dans le massif des Vosges. La famille que l’on nous présente est une famille recomposée. Julian Stark s’est mis en couple avec vanda Macare. Julian a une fille Charlie et Vanda un fils, Leny. Vanda est absente quand l’incendie menace leur maison, mais Julian entre en trombe cherche ses enfants. Il les découvre au lit et cela ajoute à son stress, tant et si bien qu’il est furieux. Il les éloigne de la zone dangereuse et décide de retourner sauver leur chien mais il arrivera trop tard.

Charlie est choquée de la réaction de son père. Elle persuade Leny de la suivre rejoindre l’île d’Oléron, où s’est déployée l’armée du 12 octobre, menée par leur leader Vertigo. En effet, le sud de l’île s’érode sous l’action du vent et un conglomérat chinois a investi dans le renflouement des plages tout en installant une base de loisirs de luxe, avec l’assentiment du gouvernement français. Les armées du 12 octobre, groupuscule écologiste, ont donc envahi le sud de l’île, revendiquant l’indépendance de leur bout de pays, qu’ils ont nommé Islanova. Leur revendication  est simple : permettre aux pays africains d’avoir accès à l’eau potable. Tant que leur demande ne sera pas exaucée, Islanova vivra comme un caillou dans une chaussure.

Construit avec des chapitres ultra-courts, le rythme de lecture est très élevé, grâce à de nombreux rebondissements. Camut et Hug nous font vivre de multiples personnages, dont chacun a une psychologie propre, des raisons personnelles d’être où ils sont, de faire ce qu’ils font. Sans que cela ne soit lourdingue, ce roman de ce point de vue est à la fois moderne et remarquablement fait. Le roman m’a fait penser à une série, passant d’un personnage à l’autre, d’un lieu à l’autre, alternant les scènes d’action et les scènes plus calmes. Ce roman s’inscrit donc dans la grande tradition du roman populaire, avec toutes les émotions que cela implique.

Car le sujet part bien d’une famille avec toutes les composantes que cela implique. Et même si c’est une famille recomposée, Julian aime ses deux enfants comme si c’étaient les siens. Il en est de même pour Vanda. Avoir pris une famille commune qui aime ses enfants est d’autant plus important pour la suite, puisqu’il fait appel à nos valeurs les plus importantes pour tout un chacun. Cela permet aussi de faire un parallèle entre la famille qui implose et la société qui explose. Le manque de communication entre eux est le même qu’entre les revendicateurs et les dirigeants de tous les états.

Dans ce contexte, Camut et Hug attaquent de front le sujet principal, et là aussi, ce roman est si touffu qu’il aborde en réalité plusieurs thèmes. Le premier est bien évidemment l’accès à l’eau des populations les plus pauvres du monde, et le fait que les pays riches ne sont pas prêts à lâcher quoi que ce soit de leur confort, même quand il s’agit d’éviter la mort de plusieurs centaines de personnes. Avec ce sujet vertueux, humaniste, ils parlent aussi d’extrémisme et de mercenarisme, et de la façon dont on juge les gens en fonction de leur situation. Si la violence et le terrorisme ne résolvent rien, ils disent clairement que dans un monde où on n’écoute personne, certains préfèrent frapper fort pour qu’on les entende. Il y est fait aussi mention de la naïveté des gens embringués dans cette mécanique et qui ne savent pas la réalité des choses (ou ne veulent pas savoir). Par contre, l’état est bizarrement presque laissé de coté, n’apparaissant que pendant quelques réunions de négociation, de même que le rôle des médias m’a paru aussi très sous-estimé.

La force de ce roman fleuve se situe clairement au niveau de la narration. A aucun moment, je n’ai senti que Camut et Hug ne prenaient position, et qu’ils laissaient le lecteur se faire sa propre opinion. Car chacun dans cette histoire est un personnage humain qui a ses propres motivations qui sont compréhensibles à défaut d’être défendables. Et c’est un sacré coup de force de nous mettre en face de nos responsabilités. Car tous autant que nous sommes, nous sommes un peu responsables de la situation dans laquelle nous sommes.

Le club des pendus de Tony Parsons

Editeur : La Martinière

Traducteur : Anne Renon

Quand j’ai découvert Tony Parsons au travers de son roman précédent, Les anges sans visages, je savais que j’allais suivre ses futures publications, car le personnage principal, Max Wolfe est un personnage qui me parle. Voici mon avis sur le petit dernier, Le club des pendus.

Mahmud est chauffeur de taxi. L’homme qu’il prend à bord veut aller à Newgate Street. Puis l’homme sort une lame de rasoir et le menace de lui couper l’œil. Ils arrivent dans un quartier glauque, se retrouve dans une cave, où l’attendent 3 personnes cagoulées. Il aperçoit une caméra. On le fait monter sur un escabeau, lui glisse une corde autour du cou. Et on lui pose une question : « Savez pourquoi vous êtes sur ce lieu d’exécution ? ». Des portraits de jeunes filles sont projetés sur le mur en face de lui. Il sait maintenant pourquoi il est là, ne regrette rien. Puis, l’escabeau bascule et Mahmud se retrouve pendu.

Max Wolfe est assis dans la première chambre d’Old Bailey, aux cotés d’Alice Goddard et ses deux enfants adolescents. Il attend le verdict dans un procès qui concerne 3 jeunes gens ayant battu à mort le mari d’Alice, Steve, qui ne demandait rien d’autre que de nourrir et protéger sa famille. Ils ont même poussé le vice jusqu’à filmer la scène avec leur téléphone portable et la poster sur Youtube. Bien qu’ils soient jugés coupables, ils ne sont condamnés qu’à 12 mois de prison. Max est fou de rage et est stoppé de justesse par l’huissier.

De retour au commissariat, Max assiste sur grand écran à la pendaison de Mahmud Irani. Le nom du compte qui a posté la vidéo est Albert Pierrepoint, le plus célèbre bourreau d’Angleterre. Mahmud a fait un séjour de 6 ans en prison pour avoir fait partie du gang des violeurs de Hackney, qui s’en prenait à des jeunes filles de 11 ans. Vengeance ou crime raciste ? Quand, le lendemain, la pendaison suivante se déroule en direct sur Youtube, il n’y a plus de doutes : un groupe a décidé de rendre sa propre justice.

Dérangeant nous dit le bandeau présent sur le livre. C’est bien le cas ici. Car on connait le sujet traité ici, parlant de groupes de gens voulant rendre eux-mêmes leur propre justice, que ce soit dans des polars ou bien dans des films. Je me rappelle en particulier d’un film mettant en scène l’inspecteur Harry (le deuxième ou le troisième, je ne sais plus) qui m’avait marqué. Et on peut trouver différentes façons de traiter ce sujet.

Sauf que le personnage principal de cette série se nomme Max Wolfe. Tony Parsons a créé un personnage qui essaie de séparer sa vie professionnelle de sa vie personnelle. Il essaie de protéger sa fille de 5 ans, Scout des violences dans laquelle la vie londonienne s’enfonce irrémédiablement. Max Wolfe est indéniablement un personnage fort, droit, honnête, qui doit faire son boulot en laissant de coté ses sentiments personnels. Et pourtant, il a toutes les raisons de craquer, quand par exemple les jeunes gens qui ont tué un père de famille ne s’en sorte qu’avec quelques mois de prison.

Si l’intrigue n’est pas basée sur des indices disséminés de ci de là, comme dans un roman policier, elle est plus proche d’un roman social où l’auteur construit un personnage à fleur de peau arrivant à garder son calme. Il n’en reste pas moins que ses nerfs vont être mis à rude épreuve, surtout quand l’un de ses proches va subir un passage à tabac aux conséquences dramatiques. De même, Max aux prises avec les journalistes lors des conférences de presse va laisser passer quelques mots qui, détournés de leur contexte vont faire scandale.

Indéniablement, Tony Parsons va une nouvelle fois se faire le témoin de notre société, en abordant plusieurs sujets sans pour autant n’en creuser qu’un seul. On y trouvera beaucoup de rebondissements, un style direct que j’ai déjà comparé aux meilleurs auteurs irlandais, et il évitera de prendre position pour laisser le lecteur face à ses propres convictions, sachant que sur la question de la justice, personne n’a raison, personne n’a tort, et chacun fait son boulot du mieux qu’il peut. En cela, ce roman est dérangeant, diablement bien fait, et je ne peux que vous encourager à le lire, car il est excellent.

Mon amie Adèle de Sarah Pinborough

Editeur : Préludes

Traducteur : Paul Benita

La fait que j’ai adoré Dis moi que tu mens de Sabine Durrant, paru aussi chez Préludes, n’est pas étranger dans le choix de ma lecture. Le moins que je puisse dire est que ce roman est surprenant.

Le hasard ne fait pas forcément bien les choses. Jugez en plutôt : Louise, mère célibataire du petit Adam, a bien du mal à faire face. Alors, parfois, elle s’accorde des sorties le soir. Ce soir là, elle rencontre un beau jeune homme qui lui aussi a beaucoup bu. S’ils n’ont pas de relations sexuelles ce soir là, ils échangent tout de même des baisers appuyés.

Et c’est là que le hasard intervient : Louise étant secrétaire médicale, elle est impatiente de rencontrer son nouveau patron du cabinet de psychiatrie. Quelle n’est pas sa surprise quand elle voit le beau jeune homme qu’elle a embrassé ! Il s’appelle David, et porte une alliance. Rouge de honte, elle se réfugie dans les toilettes mais ne peut pas se cacher indéfiniment. Quand ils se rencontrent, ils se mettent d’accord pour ne plus en parler.

Tout pourrait s’arrêter là si le hasard ne mettait pas sur le chemin de Louise la femme de David, Adèle. Les deux femmes se rentrent dedans et finissent par prendre un verre dans un bar. Elles se trouvent mutuellement sympathiques, et envisagent même de devenir amies. L’affaire se complique quand David se rend chez Louise et qu’ils font l’amour chez elle.

Une fois le trio mis en place, il ne reste plus qu’à jouer au jeu du chat et de la souris. Mais qui est le chat ? Et qui est la souris ?

Le mari, la femme et l’amante, voilà un trio bien connu des marivaudages, sauf que nous sommes ici dans un pur roman psychologique … du moins au début. Par conséquent, la psychologie des personnages est importante :

Louise, mal dans sa peau, débordée par son quotidien de mère célibataire, se retrouve en contact avec le couple idéal … en apparence. Adèle et David sont en effet un couple riche, beau, à l’aise. Forcément, ce couple la fascine, et elle l’envie, elle veut entrer dans leur cercle, les connaitre plus avant.

David est un psychiatre qui vient d’atterrir dans le cabinet. Il connait forcément du succès, puisque tout lui réussit en apparence. Sauf que Louise s’aperçoit qu’il boit trop,, ce qui explique leur rencontre dans un bar. Il semble détaché, désabusé, alors que sa vie parait si idéale.

Adèle est belle, mais elle semble fragile, changeant d’humeur. Sa relation avec son mari parait bizarre, sorte de relation maître-esclave où les rôles ne sont pas clairement définis. Elle est décidée à devenir l’amie de Louise, à la changer, à la modeler à sa convenance. Mais dans quel but ?

De l’importance des apparences …

Le roman est construit comme un aller retour entre les deux femmes, chacune ayant son chapitre, narré à la première personne du singulier. Psychologiquement c’est parfait, allié à cette façon qu’a l’auteure de trouver les mots justes pour raconter les pensées de chacune des deux jeunes femmes. Elle évite de raconter deux fois la même scène mais je dois dire qu’on se laisse prendre dans la toile de cette histoire, même si certains chapitres peuvent sembler longuets. Et même dans ces cas-là, une seule phrase suffit à semer le doute et à relancer l’intérêt.

Je me suis demandé pourquoi Stephen King apparaissait en quatrième de couverture par le simple mot : « Bravo ». Sans vouloir déflorer l’intrigue et sa fin, il va y avoir un aspect fantastique, qui va  apparaître dans la deuxième partie du livre et qui va aboutir à une fin inattendue et renversante. Ce qui rend cette lecture plus qu’intéressante. Laissez vous tenter et n’oubliez pas mon conseil : Arrêtez de rêver !

Danser dans la poussière de Thomas H.Cook

Editeur : Seuil

Traducteur : Philippe Loubat-Defranc

Franchement, vous pensiez peut-être que j’allais laisser passer le dernier roman de Thomas H.Cook, cet auteur qui arrive à me surprendre à chacun de ses livres, et que je vénère depuis Les feuilles mortes ? Eh bien vous vous trompez. Voici donc mon avis sur son dernier roman en date, qui change de ses précédents, tout en gardant le même style de narration. Ça ne vous aide pas ? Lisez donc la suite …

De nos jours, Ray Campbell atterrit à Rupala, capitale du Lubanda, alors qu’il n’y a plus mis les pieds depuis une dizaine d’années. Au poste des douanes, on le fait passer par une porte où est affiché Passage Diplomatique. Puis, une Mercedes de luxe le conduit dans les rues envahies d’orphelins. Ray se rappelle qu’il est venu ici il y a plus de 30 ans, et qu’il y a rencontré et connu une jeune femme blonde, Martine Aubert. Elle était de naissance belge mais avait tenu à acquérir la nationalité lubandaise et travailler dans la ferme que son père tenait là-bas, à Tamusi, perdue en plein milieu de la savane.

Trois mois plus tôt, Ray n’aurait jamais imaginé qu’il reprendrait contact avec ce pays qu’il a tant aimé et tant défendu. Trahi aussi ? Il reçoit un coup de fil de Bill Hammond, un ancien ami qu’il a connu là-bas, à Rupala. Bill lui apprend que son ancien guide, Seso Alaya, s’est fait tuer à New York. Ray le considérait comme son ami. Seso s’est fait torturer comme on l’a fait dans la période sombre du Lubanda. Le numéro de téléphone de Bill a été retrouvé dans la chambre d’hôtel de Seso.

Bill demande à Ray de trouver pourquoi Seso a été assassiné. Bill étant à la tête de la banque Mansfield Trust, il voudrait s’assurer qu’il peut encourager des investissements en faveur de ce petit pays sans risques. Comme le travail de Ray est justement d’évaluer les risques financiers, il n’hésite pas longtemps à aider son ami. Mais il le fait aussi en mémoire de Martine Aubert …

La marque de fabrique de Thomas H.Cook est de démarrer une intrigue de nos jours, et de construire son histoire à l’aide de flash-backs dans le passé, ce qui permet de positionner des retournements de situation au moment où il le juge opportun. Et comme Thomas H.Cook est un grand, un immense auteur, ses romans sont tout simplement irrésistibles, géniaux. Celui-ci ne déroge pas à la règle.

Et on retrouve aussi ce formidable talent pour créer des personnages, qui par leur action ou leur vie, sont hors du commun. Ici, il s’agit évidemment de Martine Aubert, qui a décidé de vivre au Lusamba, qui a adopté leur nationalité et qui malgré tout, sera rejetée par ses habitants. Thomas H.Cook nous présente cela comme une histoire d’amour déçue, à sens unique, avec beaucoup de romantisme, mais cela lui permet aussi de creuser le thème central de son roman.

Car au travers de ce roman, Thomas H.Cook évoque un thème original : le rôle des ONG et l’influence des pays industrialisés sur les pays en voie de développement. Comme il le dit, souvent, on fait le mal en voulant faire le bien. Thomas H.Cook ne se positionne pas en juge, mais présente grace à son intrigue une situation qui permet de montrer comment les « grands » pays influent sur la destinée des petits. D’une grande lucidité, il montre comment on donne de la nourriture à ces pays uniquement s’ils acceptent certaines conditions, qui évidemment vont à l’avantage de leurs donateurs. Si personne n’est pointé du doigt, le lecteur est bien amené à réfléchir plus loin que le chèque qu’il rédige chaque fin d’année.

Et puis, Si ces arguments ne vous suffisent pas, sachez que, en seulement 350 pages, Thomas H.Cook invente tout un pays, son histoire, sa vie et ses coutumes, sa politique et son rôle dans la géopolitique, ses soubresauts, ses révolutions, son peuple. Tout cela au travers de l’itinéraire de quelques personnages rencontrés au fil de ces pages. Je vous le dis, Thomas H.Cook est décidément trop fort.

Les Balais d’or 2017

C’est vendredi 13 octobre 2017 que Richard Contin, le Concierge Masqué, a dévoilé le palmarès des Balais d’or 2017, à la Librairie Pierre Lecut à Ermont, cérémonie à laquelle je n’ai malheureusement pas pu assister. Voici donc les résultats tant attendus de ce prix décidément unique et original qui en est à sa 7ème édition :

Balai d’or : Dans le silence enterré de Tove Asterdal (Rouergue)

Katrine Hedstrand, journaliste, vit à Londres. Lorsqu’elle est rappelée à Stockholm au chevet de sa mère qui n’a plus toute sa raison, elle découvre dans les papiers personnels de celle-ci les courriers insistants d’une agence immobilière qui propose des sommes considérables pour une maison située au nord de la Suède, à la frontière avec la Finlande. Katrine, qui n’a jamais entendu parler de cette maison et ne connaît pas même la région natale de sa mère, décide de partir pour Kivikangas. Elle arrive dans une communauté bouleversée par la découverte d’un crime terrible : Lars-Erik Svanberg, un homme âgé qui vit seul depuis des années, a été retrouvé mort, la tête fendue en deux à la hache. Or, Katrine ne va pas tarder à soupçonner que Svanberg en savait long sur l’histoire de Kivikangas et qu’il aurait pu lui apprendre beaucoup sur les jeunes années de sa propre grand-mère, dans une époque bouleversée par la révolution soviétique à laquelle certains, en Suède comme ailleurs, ont cru si passionnément qu’ils ont tout abandonné pour elle.

Au point où les vies intimes rencontrent les événements les plus tragiques de l’Histoire, Tove Alsterdal tisse un roman qui est tout ensemble un récit des années 1930 et le portrait de cette contrée de neige et de glace où les destins d’une poignée de jeunes gens idéalistes se sont séparés à jamais. Dans la maison délabrée de sa grand-mère, Katrine va trouver non seulement des souvenirs mais des désirs encore assez palpables pour lui faire traverser, à son tour, les frontières et le temps.

Retrouvez l’interview de l’auteure ici

Balai d’argent : Une mort qui en vaut la peine de Donald Ray Pollock (Albin Michel)

Après Le Diable, tout le temps, couronné par de nombreux prix, Donald Ray Pollock revient avec une fresque grinçante à l’humour très noir.

Quelque part entre la Géorgie et l’Alabama. Le vieux Jewett, veuf et récemment exproprié de sa ferme, mène une existence de misère avec ses fils Cane, Cob et Chimney, à qui il promet le paradis en échange de leur labeur. À sa mort, inspirés par le héros d’un roman à quatre sous, les trois frères enfourchent leurs chevaux, décidés à troquer leur condition d’ouvriers agricoles contre celle de braqueurs de banque. Mais rien ne se passe comme prévu et ils se retrouvent avec toute la région lancée à leurs trousses. Et si la belle vie à laquelle ils aspiraient tant se révélait pire que l’enfer auquel ils viennent d’échapper ?

Fidèle au sens du grotesque sudiste de Flannery O’Connor, avec une bonne dose de violence à la Sam Peckinpah mâtiné de Tarantino, cette odyssée sauvage confirme le talent hors norme de Donald Ray Pollock.

Retrouvez mon avis ici et l’interview de l’auteur 

Balai de bronze : Là où les lumières se perdent de David Joy (Sonatine)

L’histoire sombre, déchirante et sauvage d’un jeune homme en quête de rédemption.

Caroline du Nord. Dans cette région perdue des Appalaches, McNeely est un nom qui ne laisse pas indifférent, un nom qui fait peur, un nom qui fait baisser les yeux. Plus qu’un nom, c’est presque une malédiction pour Jacob, dix-huit ans, fils de Charly McNeely, baron de la drogue local, narcissique, violent et impitoyable. Amoureux de son amie d’enfance, Maggie Jenkins, Jacob n’a guère l’occasion de se montrer romantique. Il est le dauphin, il doit se faire craindre et respecter, régler les affaires de son père de la façon la plus expéditive qui soit. Après un passage à tabac qui tourne mal, Jacob se trouve confronté à un dilemme : doit-il prendre ses responsabilités et payer pour ses actes afin d’aller vers la lumière, ou bien s’enfoncer encore dans les ténèbres en suivant la voie paternelle ? Alors que le filet judiciaire se resserre autour de lui, Jacob a encore l’espoir de sauver son âme pour mener une vie normale avec Maggie. Mais cela ne pourra se faire sans qu’il affronte son père, bien décidé à le retenir près de lui.

Avec ce premier roman aussi sombre que déchirant, qui évoque tout autant la série Top of the Lake que Seul le silence de R.J. Ellory, David Joy nous conte l’histoire d’un jeune homme qui tente par tous les moyens d’échapper à l’héritage de la violence et aux péchés de sa famille. Cette quête inoubliable de rédemption, où les frontières entre le bien et le mal, la vie et la mort sont aussi fragiles qu’invisibles, est transcendée par la puissance de l’écriture. C’est en effet dans une prose à vif, lyrique et haletante que David Joy restitue l’infinie complexité des sentiments de son héros dans ce livre à la beauté désespérée, aux allures de chef-d’œuvre.

Retrouvez mon avis ici

Balai de la découverte : Charade de Laurent Loison (Nouvelles Plumes Edition)

Il laisse derrière lui des cadavres de jeunes femmes atrocement torturées et de mystérieux messages. Ce cruel et terrifiant tueur en série est pourtant traqué par le meilleur flic du 36, le commissaire Florent Bargamont, et une brillante criminologue, Emmanuelle de Quezac. Né en 1968, Laurent Loison grandit dans les traditions paysannes.<br/> Entrepreneur depuis 25 ans, il mène une carrière éclectique qui fait de lui un homme aimant profondément la vie. Charade est son premier roman.

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Balai de diamant : Aby de Fabrice Liegeois (Auto-édition)

Aby,

Un rendez-vous avec une Grande Dame qui vous attend au soir de Halloween 2012, en pleine tempête Sandy. Un huis-clos. Un entretien de 53 minutes avec un ordre : N’y descendez jamais !

Aby,

Un Opéra en quatre actes. De la tristesse et de l’empathie. De la colère et de la rébellion. De la vengeance et de la Justice. Et forcément, le requiem… Une saga à l’image du négatif d’un Autant en emporte le vent sur 70 ans d’Histoire d’un quartier : Harlem.

Aby,

Un hommage. Une promesse. Une légende urbaine… Lwa Magie Dwé Harlem… La première enquête tirée des sous-sols du 10Th Precinct by RFL porte un prénom. Un soir, au cours d’une nuit, l’inévitable se mit en marche…

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Balai d’honneur : Les Lucioles de Mr Jan Thirion (Lajouanie)

Depuis la disparition de sa mère, Tyrone ne parle plus et semble ne plus entendre. Il a également arrêté de grandir. Ce jeune garçon vit heureux avec son père, sa belle-mère, son frère, sa sœur et son chien adoré, Biscoto. L’arrivée des Lucioles, un nouveau parti politique, va bouleverser la quiétude de ce petit monde.

Les Lucioles est un roman à suspense mais aussi et surtout un roman d’apprentissage. Le héros découvre au long de ses aventures une palette de sentiments, bons ou mauvais, qui font et sont la vie.

La lecture de ce beau roman achevée, on est ému, bouleversé et… rassuré. Car tout ceci ne peut être qu’une histoire non ?

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Voici donc de quoi vous aider dans les choix de vos lectures. Sachez que le jury planche sur l’édition 2018 dont vous trouverez la liste des sélectionnés ici. En attendant n’oubliez pas le principal : lisez !

Retour à Duncan’s Creek de Nicolas Zeimet

Editeur : Jigal

J’avais été impressionné par son premier roman, Seuls les vautours, et fait l’impasse sur le deuxième, uniquement parce que la quatrième de couverture parlait de serial-killer. Retour aux premières amours donc pour Nicolas Zeimet puisque son roman parle d’un retour à Duncan’s Creek , la ville de Seuls les vautours, mais aussi choix d’un sujet plus intime, plus américain. Et c’est encore une fois une formidable réussite.

Jake Dickinson, libraire à San Francisco, a écrit un roman qui a connu un beau succès d’estime avant de connaitre la panne sèche. C’est un peu comme si le destin s’acharnait sur sa vie, comme s’il voulait lui rappeler l’incompréhension qu’il a subi, marquer au fer rouge ses erreurs. Quand Samantha Baldwin l’appelle, lui demandant d’une voix souffreteuse de le ramener à la maison, il ne peut résister à cet appel. Car il lui doit tant.

Il prend donc la route en direction de Los Angeles, mais arrive malheureusement trop tard. Son corps est allongé dans une chambre miteuse, ses bras comportant des traces de piqûre. Overdose, simple mot si compliqué, qui clôt tout ce qu’on peut vouloir dire, avant qu’un simple son ne puisse sortir. Alors Jake se rappelle : c’était il y a trente ans, ils étaient trois, adolescents, insouciants.

Jake Dickinson, Samantha Baldwin et Ben McCombs étaient trois adolescents comme les autres. C’est la veille d’Halloween que leur amitié a réellement pris forme, quand Sam a eu l’idée de tourner un film d’horreur. Puis, les années passant, ils ont connu les joies, les peines et la difficulté de passer à l’âge adulte, jusqu’au drame. Ils ont par la suite suivi leur chemin, quittant tous Duncan’s Creek sauf Ben qui reprendra la ferme des parents. Mais leur secret restera à jamais enfoui.

Avec ce roman, Nicolas Zeimet, que j’ai lâchement abandonné pour Comme une ombre dans la ville, je retrouve tout le bien que je pensais de lui. Je dirais même plus : Avec Retour à Duncan’s Creek, il passe dans la cour des grands auteurs, toute nationalité confondue. Loin de céder aux tentations faciles de plonger dans le pathos inutile, il nous présente trois jeunes gens marqués par la vie, fort bien campés dès le début du roman : Sam, la seule fille du groupe, est une battante cherchant à oublier son environnement familial ; Ben est en retrait, lesté par un complexe d’infériorité du à son physique ; Quant à Jake, il lui faut quitter la ville qui a vu la mort de son frère aîné et l’étouffement qu’il ressent auprès de ses parents.

De la Californie à l’Utah, en passant par l’Arizona et le Nevada, Jake va suivre sa route jusqu’à sa destination maudite, se rappelant les moments, bons et mauvais souvenirs, ancrés en lui comme des cicatrices ineffaçables sur sa peau. Evidemment, on est pris de sympathie pour ces jeunes, lancés à toute vitesse sur un monde trop grand pour eux, où les adultes les ont fait grandir trop vite, trop fort, trop brutalement.

Si Nicolas Zeimet impressionne par sa façon de rester en retrait, comme fasciné lui-même par l’histoire qu’il a créée et par ses personnages inoubliables, il n’en reste pas moins qu’il arrive à nous plonger dans des scènes émotionnellement fortes, qui m’ont personnellement touché, ébranlé, et même effrayé. Comprenez-moi, il n’y a aucun passage horrifique, mais certains passages sont littéralement prenants dans leur façon de montrer l’inhumanité des hommes et l’injustice de la vie.

De ces chroniques de la vie, bercées par les musiques des années 80 & 90 qui fleurent bon la nostalgie, il me restera tant de choses, tant de scènes, tant de phrases. Il y aura surtout ces trois ombres, ces trois êtres faits de chair et de sang, qui ne voulaient qu’une chose : avoir le droit de rêver. En fait, je n’ai envie de dire qu’une seule chose : Merci M. Nicolas Zeimet !

Ne ratez pas l’avis de Vincent Garcia

Les enlisés d’André Lay

Editeur : Fleuve Noir (N°1041-1973) ;  French Pulp (2017)

Quand je vous dis que French Pulp édite et réédite d’intéressants polars, voici une réédition d’un auteur que je n’avais jamais lu. Alors que l’on pourrait penser à un roman policier, nous avons affaire ici à un pur roman psychologique.

Alors qu’il assiste à une soirée du show-business parisien, pour avoir écrit le scénario d’un film bientôt sur les écrans, Claude Combel n’est pas dupe et s’ennuie. Malgré tout, il fait bonne figure et tout le monde le loue pour cette histoire. Rentrant chez lui avec sa femme Maud, celle-ci lui fait une scène, croyant avoir retrouvé dans cette histoire un épisode de leur vie commune où Claude l’a trompée.

Alors qu’il ressasse la mauvaise humeur de sa femme, il se persuade qu’elle aussi a un amant. Il examine son agenda et trouve tout de suite la plage horaire qui peut le lui permettre : Elle joue au tennis toutes les semaines avec Richard. Alors qu’il est fou amoureux de sa femme, il cherche par tous les moyens une idée de la regagner.

Alors qu’il rencontre dans un cocktail l’actrice de son film, elle lui avoue avoir pris rendez vous chez un docteur pour un remède miracle faisant maigrir. Le seul souci, c’est que ces médicaments ne sont pas en vente libre et sont dangereux pour la santé. Claude tient peut-être là une bonne idée d’empoissonner sa femme juste ce qu’il faut pour qu’elle ne puisse plus se passer de lui.

Ce roman relativement court puisqu’il ne fait que 200 pages, est essentiellement centré sur la psychologie de Claude. N’allez pas y chercher de l’action, puisque tout va se dérouler dans sa maison (ou presque) et que nous aurons en long, en large et en travers, les pensées et les actions tordues pour ne pas dire machiavéliques de ce personnage habitué à construire des intrigues retorses.

Pour ma part, c’est une lecture originale, au sens où on n’y a droit quasiment à aucun dialogue, mais plutôt aux pensées de Claude, à ce qu’il voit, entend et comment il les interprète. On assiste même à ses questionnements, à sa façon de raisonner pour arriver à une solution très particulière.

Rassurez-vous ! la morale de l’histoire sera sauve … d’une certaine façon. Surtout, en tournant la dernière page, on ne peut s’empêcher de penser qu’on a lu un bon polar et qu’on a passé un bon moment, pas forcément inoubliable, mais pas forcément anodin non plus.

Ne ratez pas l’avis de Claude

Je servirai la liberté en silence de Patrick Amand

Editeur : Editions du Caïman

Parfois, quand je choisis des romans à lire, j’en laisse de coté sans aucune raison. Et puis, arrive alors le conseil d’un ami, en l’occurrence Richard le concierge masqué, qui insiste pour que je le lise. A tel point que ce cher monsieur amateur devant l’éternel de polar stylé l’a ajouté sur la présélection pour le Prix du Balai d’Or 2018. Ne ratez pas ce roman qui démontre une nouvelle fois la pertinence du choix des éditions du Caïman.

Alors qu’il vient de se faire larguer par sa petite amie après une année de vie commune, Grégorio Valmy, détective privé poitevin, décide d’accepter l’invitation de son ami Jean-Paul Sitruc à passer une semaine à Périgueux. D’autant plus que la ville va être en fait pour accueillir le Festival International du Mime. Logé chaleureusement par Gaëlle Sitruc, la femme de Jean-Paul, et les deux enfants bruyants Jacques et Rodolphe, il s’apprête à se changer les idées au calme.

Le lendemain, Valmy accompagne son ami journaliste au centre culturel de la visitation, pour un cocktail inaugural. A cette occasion, Valmy rencontre une superbe jeune femme, et lui fait un numéro de charme, avant d’apprendre qu’il s’agit du capitaine Saint-Martin, qui est arrivée à Périgueux un mois plus tôt. Puis Sitruc emmène son ami chez Laval Palindrome, un ami qui lui expliquera mieux que personne l’histoire de leur ville. Puis en fin de journée, ce fut le vernissage des photographies de Marc Sbolth à la terrasse du café du théâtre.

Le lendemain, Valmy eut droit à un réveil en fanfare. Les deux terreurs viennent lui apprendre la mort violente d’Axel Blancart, le conseiller artistique du Festival. Le corps a été trouvé dans le jardin du Thouin, et présente des traces de violence, des coups de couteau et des marques de strangulation. Valmy n’a pas du tout l’intention de s’en mêler, mais il finit par apprendre que Blancart est le frère du candidat socialiste aux prochaines élections, et qu’il était le petit fils d’un célèbre résistant local de la dernière guerre.

Si ce polar commence de façon tout à fait classique, il devient très rapidement attachant par la suite. Car Valmy va mettre une bonne centaine de pages à plonger dans cette enquête, plus intéressé dans un premier temps par l’histoire du Périgord, et en particulier le passé de ses habitants. Puis en divaguant sur ces interrogations et les noyaux de la résistance, Valmy va faire la connaissance de Palindrome, de Turlan et Wlad. Et comme ce sont de joyeux drilles, ils vont se lancer dans des répliques toutes plus droles les unes que les autres, jouer avec la langue française, cherchant des palindromes ou des anagrammes avec les noms de résistants, et nous donner des moments savoureux et hilarants à lire.

Et ce roman va aller au-delà du simple amusement en nous parlant des exactions avant, pendant et après la guerre, des groupes armés licites ou non, sanguinaires ou non, armés jusqu’aux dents. L’auteur va insérer dans son intrigue des chapitres écrits comme des biographies, dotés d’une véracité faisant penser des extraits de romans d’époque. Et là, on se rend compte de la qualité de la documentation.

Alors, vrai ou pas vrai ? Je répondrai comme les Normands : Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. L’auteur se permet de nous offrir un roman mélangeant les personnages véridiques au milieu d’autres inventés, créant une histoire qui veut montrer voire dénoncer comment sous le prétexte de combat anti-communiste, certains se sont permis toutes les exactions, pendant la dernière guerre mais aussi après.

On avait l’habitude de lire et apprécier des romans de ce type, qui appuient là où ça fait mal, qui font le travail de mémoire, juste pour rappeler à certains que cela a existé. C’est une partie de l’histoire périgourdine qui nous est dévoilée, et au-delà, l’histoire de la terrible BNA (Brigade Nord Africaine) qui a participé à des répressions sanglantes. On peut dire que cela faisait partie des dommages collatéraux de la guerre, mais que dire quand cela a continué bien après ?

Si le ton de ce roman se veut léger et déconneur au début, c’est pour mieux nous faire passer la pilule ensuite. Car les vérités d’un pays sont loin d’être roses, et la France comme beaucoup d’autres a bien des secrets à cacher. La seule différence, c’est qu’on a du mal à se regarder dans un miroir, à avoir le courage d’assumer notre passé. Ce roman comme quelques autres s’avère important à lire. L’auteur en tous cas se range fièrement aux cotés de Maurice Gouiran. Ne le ratez pas !

Je vous joins quelques liens qui vont finir de vous décider :

http://quatresansquatre.com/article/chronique-livre-je-servirai-la-libert-en-silence-de-patrick-amand-1497796256

http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Loisirs/Livres-cd-dvd/n/Contenus/Articles/2017/07/08/Patrick-Amand-invite-l-histoire-dans-ses-polars-3160885