Bye Bye 2017, bonjour 2018 !

Comme beaucoup de mes collègues blogueurs, je ne peux éviter de faire un petit bilan sur mes lectures de 2017. Mais avant tout, je tiens à vous souhaiter à tous une excellente année 2018, que celle-ci vous apporte pour vous et vos proches tout le bonheur que vous souhaitez, et que vous trouviez dans vos lectures de quoi nourrir votre soif de culture.

Je finis cette année sur les rotules, pour beaucoup de raisons sur lesquelles je ne m’étendrai pas. La seule que je partage avec vous, c’est mon challenge de cette année qui se termine : Je m’étais fixé un défi de publier 3 billets par semaine et à quelques rares exceptions près, j’y suis arrivé. L’air de rien, je me suis aussi aperçu que, s’il est facile pour moi de parler d’un livre que j’ai aimé, écrire mes avis me prend quand même pas mal de temps. Donc je ne pense pas que je vais renouveler mon challenge mais continuer à parler polar et des romans qui me font vibrer à un rythme plus raisonnable.

L’année 2017 ne m’aura apporté que deux coups de cœur, ce qui est peu pour moi qui d’habitude en rencontre quatre ou cinq par an. Mais il faut dire que les élections présidentielles ont dû jouer un rôle dans ce résultat, ainsi que mes choix qui ne furent peut-être pas les meilleurs. Par contre, j’ai lu beaucoup de très bons romans dont je garderai de très bons souvenirs. Et puis, Black Novel aura dépassé les mille billets en 2017, chose que je n’aurais jamais imaginé en créant ce blog !

Mes deux coups de cœur sont deux romans totalement différents l’un de l’autre mais tous les deux émotionnellement très forts : La pension de la Via Saffi de Valerio Varesi (Agullo) est un roman introspectif qui oblige le commissaire Soneri à se replonger dans son passé et à assumer ses regrets et ses remords. Candyland de Jax Miller (Ombres Noires) nous plonge dans une ville minière en ruine suite à la crise économique. C’est un roman au souffle romanesque rare et il est totalement surprenant de voir autant de qualités dans un deuxième roman tant la puissance d’évocation de la vie de cette ville et les histoires familiales y sont puissantes.

Parmi les 170 romans, nouvelles, Bandes Dessinées, ou lectures jeunesse qui auront rempli mon année, il y aura eu de sacrés romans, et j’en ai gardé 17. Beaucoup sont écrits par des auteurs que j’adore et dont je lis tous les livres :

Equateur d’Antonin Varenne (Albin Michel), Tu n’auras pas peur de Michel Moatti (HC éditions), De cauchemar et de feu de Nicolas Lebel (Marabout), Les larmes noires sur la Terre de Sandrine Collette (Denoel), Comme de longs échos d’Elena Piacentini (Fleuve Noir), Par le vent pleuré de Ron Rash (Seuil), Assassins d’avant d’Elisa Vix (Rouergue), Danser dans la poussière de Thomas H.Cook (Seuil), et Glaise de Franck Bouysse (Manufacture de livres), qui sera d’ailleurs mon chouchou du mois de décembre.

Est-ce à dire que j’ai fait peu de découvertes cette année ? Sans doute …

Mes plus belles découvertes seront Haute voltige d’Ingrid Astier (Gallimard), La Daronne d’Hannelore Cayre (Métaillié), Gueule de fer de Pierre Hanot (Manufacture de livres) et Cyanure de Laurent Loison (Hugo & Cie).

Quant aux quatre suivants et derniers de ma liste, Seules les bêtes de Colin Niel (Rouergue), Pssica d’Edyr Augusto (Asphalte), Révolution de Sébastien Gendron (Albin Michel), et Prendre des loups pour des chiens de Hervé Le Corre (Rivages), ce seront des romans forts, dans des styles très différents et tous fantastiques.

Il est temps pour moi de vous laisser, je vous souhaite à nouveau une excellente année 2018, pleine de bonheur, pleine de lectures et n’oubliez pas le principal, lisez !

Ce que vit le rouge-gorge de Laurence Biberfeld

Editeur : Au-delà du raisonnable

Voici une lecture que m’a conseillée mon ami Richard le concierge masqué, en insistant sur le fait que c’était un roman original. Comme je suis curieux de nature, je ne pouvais qu’être attiré par ce roman au titre énigmatique. D’ailleurs, allez faire un tour sur le site du concierge pour y lire l’interview de Laurence Biberfeld.

Nous sommes en Bretagne, dans une porcherie industrielle tenue par Jean-Michel et Marylène. Ils sont mari et femme, parce que leur alliance leur apporte cette réussite professionnelle qui gomme les regrets personnels. Garance, une femme d’une cinquantaine d’années se présente pour s’occuper des gamins et tenir la maison. Garance a fait quelques années de prison, et on se doute bien qu’elle est venue chercher quelque chose …

Quelques années auparavant, Sophie travaillait dans la porcherie. Elle tenait la dragée haute aux hommes qui passaient leur journée dans la saleté et la merde. Elle abattait un boulot monstrueux. Et Jean-Michel et Marylène savaient bien qu’ils avaient la possibilité de s’agrandir, de se faire encore plus de fric. Seulement, voilà, un jour, Sophie a disparu. Elle a fait ses bagages et est partie sans donner de nouvelles.

Au-delà de l’aspect descriptif d’une porcherie industrielle, qui nous montre en détail comment on élève en énorme quantité des porcs destinés à l’abattoir, Laurence Biberfeld nous montre aussi et surtout des hommes et des femmes dans des portraits saisissants. Il y a ceux qui bossent comme des fous, il y a Paco, Rémi et Léon, entre autres qui font tourner la boutique, laissant le sale travail à faire à Sophie. Il y a Jean-Michel qui est un amoureux des femmes et qui saute tout ce qui lui passe sous la main. Il y a Marylène qui a apporté l’argent du début et qui s’occupe de faire grandir l’exploitation, en en faisant le minimum. Il y a Garance qui s’occupe de toute l’intendance …

Et puis, il y a les animaux qui regardent toute cette usine avec leurs yeux et leur interprétation. Et ils nous parlent avec leur langage. Comme les humains, ils ont tous leur centre d’intérêt, des porcs bien sur au rouge-gorge ; du chien au chat. Cela nous aide à voir le monde d’un autre œil, et aussi et surtout de nous montrer ce que les ouvriers ne veulent ou ne peuvent plus voir.

Il va y avoir beaucoup d’événements qui vont secouer cette porcherie, beaucoup de drames qui vont intervenir. Et leur apparition va être soulagée par l’humour des animaux, cela va nous aider à supporter l’innommable, le drame final qui va vous retourner le cœur, va vous donner envie de vomir. Indéniablement, ce roman original dans sa forme, montre des aspects de l’agriculture à outrance que l’on aimerait ne pas voir mais qu’il fait savoir. Avec ses personnages forts, il devient un roman à lire, à ne pas rater.

Ne ratez pas les avis de Bob Polar et de Jeanne Desaubry

Le vacarme du papillon d’Eric Chavet

Editeur : Atelier Mosesu

Collection : Parabellum

Tout d’abord auto-édité, Le vacarme du papillon se retrouve édité par l’Atelier Mosesu et je peux vous dire qu’ils ont eu raison de mettre la main sur ce polar de cinglés. Le titre fait évidemment référence au fameux Effet Papillon, qui veut qu’un événement insignifiant engendre des conséquences à l’autre bout de la Terre. Attendez-vous à être surpris …

Monsieur Lange est en train de faire sa cuisine quand son téléphone sonne. Le numéro est inconnu. Au bout du fil, c’est Roberto Sacchi qui s’impatiente de toucher son argent. Cet argent servait à maintenir  flots son entreprise en perdition. Sacchi lui met la pression pour le récupérer rapidement. Monsieur Lange, désespéré, chasse Podekol de la cuisine, un chat qu’il héberge depuis quelque temps. Mais le chat aperçoit un papillon, étrange volatile, qui excite ses instincts animaux. Il veut se jeter dessus mais le rate et éteint la flamme de la cuisinière. Quelques minutes plus tard, l’explosion de gaz dévaste la maison quand Emile le facteur sonne et tue Monsieur Lange, qui pour le coup, n’a plus de problèmes d’argent.

Roberto Sacchi a un besoin vital de récupérer cet argent. Il a perdu une fortune au poker, face à des gueules patibulaires, 70000 euros. Quand il arrive dans le lotissement où habite Monsieur Lange, des voitures bloquent le quartier. Il apprend par les habitants du quartier que Monsieur Lange est parti en fumée … avec son fric. Comment peut-il bien faire pour sauver sa peau face çà des gens qui ne rigolent pas avec l’argent ?

Michel est un homme de main au service de Gras-Double, le caïd local au panel varié qui va de la prostitution au jeux d’argent. La cinquantaine, il est chargé de missions ponctuelles pouvant aller jusqu’au meurtre ou le recouvrement de dettes comme c’est le cas ici. Il doit aller à Lyon pour récupérer l’argent de Sacchi qui tarde à venir, et devra faire équipe avec Blondin. Il dira donc une nouvelle fois à sa femme qu’il part en voyage d’affaires puisqu’elle croit qu’il est représentant en lingerie fine. Michel et Blondin vont être une pièce du puzzle qui va déclencher la catastrophe …

On pourrait arguer que l’auteur tourne et retourne, prend des détours pour arriver à ses fins … et à la nôtre. Car si on lit la quatrième de couverture, on ne comprend pas du tout que cela ait un lien avec le roman. D’autant qu’on débarque au milieu de gens moyens, comme vous et moi, sauf qu’ils ont un petit souci d’argent avec un mafieux réputé pour ne pas être un tendre.

D’un fait insignifiant que l’on pourrait qualifier de divers, l’auteur déroule son histoire aux allures de catastrophe, et le pire, c’est que tout cela est d’une logique implacable telle, que l’on s’amuse comme des fous. C’est aussi et surtout la maitrise de cette intrigue qui force le respect. Tout cela servi par une plume qui use de dialogues forts drôles et des personnages plus vrais que nature. D’ailleurs, les psychologies aussi bien que les actions ou l’intrigue avancent essentiellement grâce aux dialogues longs mais toujours avec un humour décalé fort bien venu.

On peut se demander si l’auteur n’est pas un vicieux, en particulier envers ses personnages.  En effet, il s’amuse à prendre des personnages comme on tire un Kleenex de sa boite, se mouche avec, puis les jette à la poubelle une fois utilisés. C’est à la fois cruel mais aussi jouissif car l’ensemble est écrit d’une façon enlevée, qui fait qu’on a bien du mal à déterminer quel va être le prochain rebondissement ou le prochain personnage à y passer.

Eric Chavet est doté d’une imagination sans borne, à un tel point que c’en est inquiétant ! Mais comment peut-on imaginer une intrigue pareille pour aboutir à une telle conclusion ? A mon avis, c’est un grand cinglé, de ceux que j’adore, qui construit une histoire loufoque (quoique …) tout ça pour nous divertir. On sent derrière chaque passage son plaisir et son amusement à écrire son livre, et il arrive à nous le faire partager. Franchement, ce livre, c’est tout simplement dingue, plus gros que la réalité, plus drôle que la télévision, plus vrai que nature. C’est juste du divertissement haut de gamme !

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul ainsi que l’interview de mon ami Richard le concierge masqué.

 

115 de Benoit Séverac

Editeur : Manufacture de livres

Vincent, mon ami de toujours, avait bien raison de m’inciter à lire Benoit Séverac. J’étais déjà passé à coté de son précédent roman, Le chien arabe, qui vient d’être réédité en format poche chez Pocket sous le titre Trafics, alors je ne pouvais passer à coté de son petit dernier, 115, comme le numéro d’urgence pour les Sans-abris. Impressionnant.

Fin 2015, Hiésoré a traversé la mer adriatique pour arriver en France, avec son fils Adamat. Les passeurs lui ont demandé en échange de trois années de travail, deux pour elle et une pour son fils. Ce qu’ils n’avaient pas précisé, c’est qu’elle devrait se prostituer pour eux. Elle a bien tenté de refuser mais ils sont venus à bout de ses résistances en la tabassant. Elle a gardé un esprit de révolte et réussi à s’enfuir, pour se réfugier dans un abri où elle se croit à l’abri. De toute façon, elle ne craint rien avec son fils.

Nathalie Decrest est responsable de la Brigade Spécialisée de Terrain, et réquisitionnée en ce mois de janvier 2016 pour une descente dans un regroupement de gens du voyage. Afin d’éviter les problèmes, la BAC, les CRS et Sergine Hollard vétérinaire ont été réquisitionnés. Leur descente a pour objectif d’interdire les combats de coqs. L’opération se déroule sans encombre, les équipes de la vétérinaire récupérant un certain nombre de volatiles camés.

Alors que Sergine s’enfonce un peu plus dans le camp, elle voit un container en acier dont la porte est fermée par un cadenas. Elle arrive à ouvrir la porte et voit deux jeunes femmes, visiblement étrangères et un enfant, tous trois en état de choc. Apparemment, ce sont des albanaises. Sergine n’insiste pas quand elle voit les flics emmener les femmes à l’abri. Elle vient sans le savoir de mettre un doigt dans un engrenage infernal.

Voilà une sacrée découverte en ce qui me concerne, car j’ai trouvé beaucoup de qualités dans ce roman, de celles qui laisseront de beaux souvenirs de lecture. A commencer par ces deux personnages féminins aussi marquants qu’ils sont opposés dans leur psychologie et leur façon de mener leur vie. Nathalie Decrest voue sa vie à son boulot, en délaissant sa vie personnelle, ce dont elle se rend parfaitement compte. Elle est dure et froide mais cherche surtout à se blinder face à son quotidien. Sergine Hollard est plus humaine, plus tournée vers les autres. Prise de pitié, par volonté aussi de bien faire, elle va créer un centre vétérinaire gratuit.

Bien que ces deux personnages soient à l’opposé l’une de l’autre, l’auteur montre deux façons différentes d’aborder la vie actuelle, dans une société où il y a de plus en plus de sans-abris et où tout le monde s’en fout. Pour autant, les deux femmes sont concernées, elles ont juste deux façons d’aborder leur ressenti par rapport à ce problème. Et c’est bien parce que leur psychologie est très bien faite que le roman nous place devant nos responsabilités, en nous posant frontalement la question.

Car ce roman aborde beaucoup de sujets épineux, auxquels il est sans doute difficile de trouver une et une seule solution. De la condition des gens qui vivent dans la rue aux maltraitances des femmes, de la prostitution aux malversations de certaines organisations soi-disant humanitaires, Benoit Séverac avance sur un terrain miné en pointant ouvertement le doigt là où ça fait mal. Et c’est aussi grâce à cette originalité dans la façon de mener son intrigue qu’il arrive à accrocher le lecteur et à le questionner sur son humanisme (si souvent enfoui bien profondément dans les limbes de l’oubli). Car en avançant par des chemins détournés, Benoit Séverac donne l’impression de faire progresser son histoire à coups de marteau sur le clou, tapant doucement tout d’abord pour finir rageusement par enfoncer … le clou, justement. Et bien brutalement.

Encore une fois, la Manufacture de livres a trouvé un auteur original mais précieux qui nous livre ici un roman social, tout à la fois noir, brutal, mais aussi humain et terriblement lucide. Je ne peux que vous conseiller de lire ce roman, pas pleurnichard pour un sou, mais bigrement réaliste et totalement important. Un roman humaniste et moral comme je les aime.

Ne ratez pas les avis de l’ami Claude, Velda , Nyctalopes et Psycho-Pat

Nouvelle donne de Marc Falvo

Editeur : Fleur Sauvage

En arpentant les linéaires des libraires, vous avez forcément aperçu des romans au format poche affichant en gros STAN KURTZ. C’est le nom du personnage principal qui raconte ses mésaventures, toujours aux prises avec des méchants très méchants. Nouvelle donne, le petit dernier de Marc Falvo est pour le coup ma première lecture de cet auteur. Il faut savoir que ce n’est pas un amateur puisque Babelio dénombre 17 romans à son actif. En route donc pour de l’action et de l’humour.

Quatrième de couverture :

J’ai jamais cru aux amnésies foudroyantes… Jusqu’à ce que ça m’arrive.

Le jour où on s’éveille en pleine nuit sans plus se rappeler ni quoi ni qu’est-ce, entouré d’hôtes peu avenants et avec une seule pompe, ça commence à sentir le cramé.

J’ai raison ou j’ai raison ?

Stan Kurtz. Trente-trois ans. Détective. Gueule d’ange. Une main de fer dans un gant de plomb, coincée sous un chapeau mou. J’en ai vu des affaires bigleuses – voire louches – mais celle-ci décroche la palme… De quoi enchaîner les sueurs froides. Quand on court après sa mémoire, les loulous, il y a pas à chiquer. Faut espérer le meilleur et s’attendre au pire.

Mon avis :

Il n’est pas facile de débouler dans une série comportant déjà 6 tomes, à savoir Série B. C’est l’un des gros points forts de ce roman puisque l’on n’est jamais perdu. La pirouette de l’auteur est d’utiliser l’amnésie du personnage principal car, au début de cette aventure, il se réveille en prison sans aucune idée de ce qui s’est passé auparavant sauf son nom et son adresse. Je parle de pirouette car il se rappelle quand de pas mal de choses ce qui est à mon gout limite d’un point de vue vraisemblance de l’intrigue.

Donc, Stan Kurtz, infra-détective selon ses propres dires, se retrouve avec un trou noir, incapable de comprendre pourquoi il se retrouve en prison. En sortant, il rencontre une (fort jolie) médium qui le ramène chez lui. Puis alors qu’il va boire un coup au bar d’en face, il apprend que le propriétaire a maille à partir avec deux gros balèzes qui on’ l(inconvénient d’être peu avenants. A cela, il faut ajouter une belle énigme concoctée par son diable de père, sorte de barbouze free-lance qui bizarrement a disparu.

Bref, si les scènes s’accumulent dans un style rapide, presque parlé, puisque Stan s’adresse à nous, lecteurs. Il interpelle, vocifère, déblatère, et diverge dans des réflexions en général fort drôle. Car le ton et le principe ne sont pas de se prendre au sérieux, mais bien de divertir le lecteur. Alors, avec beaucoup de dérision et d’autodérision, Marc Falvo déroule son intrigue en donnant toujours l’impression qu’il improvise. L’originalité est bien de rajouter sans cesse des questionnements, des intrigues supplémentaires pour ajouter du sel à un plat qui s’avère très bon au gout, et pas graveleux pour un sou.

C’est donc un très bon divertissement, quatre heures de lecture bonheur, sans se prendre la tête, pendant lesquelles j’ai pu apprécier l’art de raconter une histoire sans en dire trop, pour finir avec une belle pirouette. Cela m’a fait penser à Dari Valko, le personnage de Ben Orton, à l’exception près que ce roman est deux fois plus long. Et tenir 200 pages avec des blagues, c’est un sacré tour de force. Bref, vous cherchez de la bonne humeur, sans prise de tête, Stan Kurtz est là !

Le monde d’en bas d’Alain Bron

Editeur : In Octavo éditions

Lors d’une séance de dédicace d’Elena Piacentini en janvier dernier, Jeanne Desaubry m’a présenté un auteur que je ne connaissais pas, Alain Bron. Nous avons discuté et il m’a gentiment demandé si j’étais intéressé par la lecture de son dernier roman. J’ai évidemment accepté, et je l’ai reçu avec une très gentille dédicace. Je dois plaider coupable, car ce roman s’est retrouvé noyé dans la pile de livres, jusqu’à ce que le mois dernier, je fasse une liste de livres à lire avant la fin de l’année. Quand je l’ai retrouvé (mon bureau ressemble vraiment à une somme de piles de livres dans lesquelles je me perds souvent), j’ai été pris par un sentiment de honte. Voulant respecter mon engagement, j’ai entamé ce roman avec une envie de découverte. Et après l’avoir fini, je regrette de ne pas en avoir parlé plus tôt, car c’est un roman tout simplement impressionnant. Ce roman nous parle de trois personnages, tous très différents.

Ettore Bisulli est italien et vit dans les sous-sols de Paris. Il s’est aménagé une petite salle, proche des égouts, avec des issues qui donnent sur les voies du métro. Ce jour-là, il rentre « chez lui », et découvre des sans-abris dans une salle adjacente à la sienne. Il s’arme s’une barre de fer et les chasse facilement. Quand il entend un bruit suspect, il sait qu’un autre homme est en train de le chercher et celui-là pourrait être plus dangereux. Il s’enfuit dans les couloirs et utilise sa lampe frontale comme leurre. Il la jette sur les voies du métro et le poursuivant se jette à sa poursuite, juste au moment où une rame passe. Ettore vient de se débarrasser d’un ennemi mais ses ennuis pourraient bien ne faire que commencer.

C’est le commissaire Gérôme Berthier qui va devoir enquêter sur cet accident survenu dans le métro. Tout laisse penser à un suicide, mais comment cet homme a pu se retrouver dans un endroit interdit au public ? Et d’où venait-il ? lors de l’interrogatoire, le conducteur de la rame lui signale avoir vu une lumière passer quelques secondes avant que le corps ne bascule sur les rails.

Philippe Néret vient de créer sa maison d’édition par amour de la littérature. Il vient de recevoir un manuscrit dans lequel il reconnait de grandes qualités. Pour en être sur, il demande à sa secrétaire de confirmer son avis. Le seul problème, c’est qu’il n’a que le premier chapitre de ce qui ressemble à la biographie d’un jeune homme qui s’est enrôlé dans les Brigades Rouges dans les années 70. Il n’attend qu’une chose, recevoir la suite de ce roman écrit par un dénommé Ettore Bisulli.

Cela faisait un bout de temps que je cherchais à me documenter, à travers un roman, sur les années de plomb qui ont ensanglanté l’Italie dans les années 70. Et c’est aussi une chose que je cherche dans le polar, pouvoir avoir des points de vue sur certains faits historiques sans être obligé de se coltiner la fatuité de certains ouvrages purement historiques. Par la finesse dans la description des psychologies des personnages et dans la richesse de la documentation, ce roman a largement rempli son rôle.

L’originalité de la construction du roman y est pour beaucoup, et je pense que l’auteur a du beaucoup y réfléchir avant de trouver la bonne formule, celle qui vous tient accroché comme un poisson ferré au bout de l’hameçon. Car sans qu’il n’y ait aucune scène d’action ou de violence, c’est bien par la simplicité et l’évidence des phrases, mais aussi par enchaînement des événements que l’auteur arrive à nous passionner.

On peut distinguer quatre types de narration dans ce livre qui vont alterner tout à tour pour construire l’intrigue : Tout d’abord, le roman s’ouvre avec Ettore et nous narre sa vie dans les sous-sols de Paris. Ensuite, il y a l’enquête de Berthier déroulée de façon lente et très logique. Puis, il y a Neret, jeune éditeur prêt à tout pour récupérer un futur roman à succès et en parallèle son idylle avec sa secrétaire. Enfin, il y a ces passages entiers du roman d’Ettore qui forment à eux-seuls un roman à part entière, et qui sont la pépite de ce roman, nous montrant des jeunes qui se battent pour défendre le peuple, leur motivation, leurs dérives, et la façon dont ils peuvent se faire manipuler.

Pour finir, parce que je pourrais vous en dire des tonnes, je finirai par l’écriture d’Alain Bron. Dès les premières lignes, on sent que l’on a entre les mains un roman qui pourrait être qualifié par de la Grande Littérature. Certes l’auteur prend son temps, mais le sujet est difficile, il est ardu de se contenter de décrire sans prendre position, et on ne peut qu’être étonné, ébahi par la qualité littéraire de ce roman. Alain Bron, selon la quatrième de couverture, s’est essayé à tous les genres. Pour moi, Alain Bron est un Grand Auteur et ce roman est une mine d’information en même temps qu’il est un Roman passionnant à suivre, de ceux que l’on n’oubliera pas de sitôt. Et comme dans tout bon polar qui se respecte, la fin est géniale … comme tout le livre d’ailleurs.

Ne ratez pas les avis de L’oncle Paul et de Marine

Du passé faisons table rase de Malik Agagna

Editeur : Lajouanie

Avec un titre pareil, (hommage à Thierry Jonquet ?) je ne pouvais décemment pas le laisser longtemps traîner sur les étagères. D’autant plus que c’est le premier polar de cet auteur et vous savez mon intérêt pour les premiers romans. Ne ratez pas celui-ci dont je souhaite qu’il soit le premier d’une série.

Jérôme Bertin rentre chez, comme tous les jours, après sa journée à l’usine. Il gare sa voiture devant son garage et la contourne pour rentrer chez lui. Dans l’entrée, il entend la téléphone : c’est son voisin Albert Daroussin qui lui demande un coup de main pour l’aider à descendre sa femme Angélique de l’étage pour l’amener à l’hôpital. En effet, Angélique fait de nombreux allers-retours entre sa maison et l’hôpital depuis sa grave maladie. Il annonce qu’il sort à sa femme Hélène et se dirige vers la maison de son voisin quand on lui tire sauvagement une balle dans la poitrine.

Le commissaire Magnard finit sa réunion de synthèse. Il demande des nouvelles du braquage du Hilton de Strasbourg. Marie Sevran, commandante à la police criminelle, fait semblant d’écouter, ne pensant qu’à la cigarette qu’elle rêve de fumer. Il faut dire qu’elle n’a pas réussi à récolter le moindre indice, malgré l’aide de ses collègues Arsène Chevallier et Rachid Hamidi.

Un peu plus tard, Marie est envoyée sur la scène du meurtre. C’est très étonnant d’avoir à faire à un assassinat dans le quartier résidentiel de la Meinau. Jérôme Bertin est mort de sa blessure. Sa femme ne s’est pas inquiété jusqu’à ce qu’elle sorte et le trouve abattu dans le jardin. En interrogeant les voisins, il s’avère qu’ils n’ont pas appelé Jérôme. Apparemment, on lui a tendu un guet-apens. Mais pourquoi abattre un honnête homme qui rentre du boulot ? L’enquête va s’avérer d’autant plus complexe que Marie va devoir se coltiner une jeune stagiaire, Jennifer Kozorsky.

Il faudra fouiller bien loin dans le passé pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette affaire. Tout va se dérouler de façon totalement logique. En cela, le roman est impitoyablement construit, avec des personnages forts, bien marqués. Cela est d’autant plus nécessaire qu’ils vont enquêter chacun de leur coté et qu’il ne faut pas perdre le lecteur en route. C’est ici un modèle du genre.

Avec peu d’indices, c’est une recherche d’assassinats de personnages par une balle de 9mm et n’ayant rien à se reprocher qui va leur donner une première piste à suivre, ainsi qu’une conversation téléphonique de Bertin avec le frère d’Hélène qui habite en Lituanie. A partir de là, l’auteur peut dérouler la pelote de laine et quand c’est bien fait, le lecteur y prend un énorme plaisir. C’est le cas ici. D’ailleurs, c’est bien cette maîtrise de l’intrigue qui impressionne pour un premier roman et le sujet dont on a finalement peu parlé à savoir ce qui s’est passé avant et après la chute du communisme.

Le style de narration est simple, préférant mettre l’accent sur les personnages et le sujet. Sur les personnages, Marie est évidemment au centre de la scène, jeune femme abandonnée par son mari depuis quelques mois alors qu’ils vivaient ensemble depuis 18 ans. Pour autant, ce n’est pas le genre à se noyer dans le travail, mais elle est remarquablement tenace. Arsène et Rachid ne font pas les faire-valoir, mais on en sait suffisamment pour les suivre et pas assez pour imaginer une suite. Et je ne souhaite qu’une chose, retrouver ces enquêteurs dans une prochaine affaire pour approfondir leur psychologie.

Ne ratez pas l’avis de mon ami Jean le Belge

Luc Mandoline épisode 9 et 10

Editeur : Atelier Mosesu

Je vous avais déjà parlé de Luc Mandoline, ce personnage récurrent édité aux Ateliers Mosesu. Ce personnage, ancien légionnaire, rompu aux enquêtes et sports de combat, se retrouve toujours mêlé dans de drôles d’affaires. Chaque épisode est écrit par un nouvel auteur, comme le Poulpe par exemple, ce qui donne à chaque fois un ton particulier et original. Les huit titres que j’ai passés en revue sont :

Episode 1 : Harpicide de Michel Vigneron

Episode 2 : Ainsi fut-il d’Hervé Sard

Episode 3 : Concerto en lingots d’os de Claude Vasseur

Episode 4 : Deadline à Ouessant de Stéphane Pajot

Episode 5 : Anvers et damnation de Maxime Gillio

Episode 6 : Le label N de Jess Kaan

Episode 7 : Na Zdrowie de Didier Fossey

Episode 8 : Le manchot à peau noire de Philippe Declerck

Voici donc les épisodes 9 et 10 :

Sens interdit (s) de Jacques Saussey

Quatrième de couverture :

Le corps d’un enfant de huit ans est repêché dans un étang isolé au fond des bois. Le cadavre, complètement nu, ne présente aucun signe de lutte ni de violence sexuelle, laissant à penser que le petit garçon a succombé à un accident. Seulement, il s’agit du cinquième enfant qui meurt dans cette petite ville de province en moins de deux mois. Et cette fois, il s’agit du fils du légiste. Alors, on m’a appelé pour que je prenne le relais.

Moi, vous me connaissez, je suis incapable de refuser quand on me demande un coup de main.

Entre autres…

Mon avis :

Ce roman est étonnant pour qui connait l’œuvre de Jacques Saussey. Il nous a habitué à des romans longs de 500 pages en prenant le temps de construire des intrigues tordues avec deux personnages formidables. C’est donc étonnant de le voir se glisser aussi facilement dans le moule pour nous offrir un roman noir, plein d’action, de sexe, de sang et de rebondissements.

Ce roman est raconté par Luc Mandoline lui-même, qui a affaire à une histoire sordide de soi-disant suicides de jeunes enfants. Et plus on avance dans l’histoire, plus cela devient sordide. Il y aura bien quelques traits d’humour pour relever la gravité du propos mais le ton restera grave, surtout quand il s’agit de montrer la folie et la démesure des hommes.

Quant à la fin, comment peut-on imaginer qu’elle est très bien trouvée et extraordinairement mise en scène. Elle sera cynique, amorale mais vu le propos du livre, on peut bien se demander où est la morale dans tout cela. Une nouvelle fois, cet épisode est un excellent polar, qui dépasse le cadre du simple divertissement, de ces romans qui donne leur lettre de noblesse à un cycle tel que celui de Luc Mandoline.

15

La mort dans les veines de Samuel Sutra

Quatrième de couverture :

Franck Morel, chercheur à l’Institut Pasteur, achève ses travaux sur un virus tueur, le plus dangereux qu’il ait été amené à étudier. Puis sans raison apparente, il décide de traverser Paris pour aller se jeter dans le canal Saint-Martin.

On ne retrouvera pas son corps.

Sa fille décide de raconter tout ce qu’elle sait, mais à un seul homme : Luc Mandoline, alias l’Embaumeur.

Dans cette affaire où tout le monde ment, on ne cherche pas la vérité. On court après un secret qui pourrait valoir de l’or, et que le cadavre introuvable de Morel a emporté avec lui…

Mon avis :

L’avantage avec cette série, c’est que l’on a droit à différents auteurs pour chaque enquête. Et quand il s’agit d’un auteur aussi doué que Samuel Sutra, on peut s’attendre à être surpris. Effectivement, c’est le cas ici, puisque c’est un Luc Mandoline sans corps à embaumer auquel on a droit dès le début de ce roman.

De ce démarrage tout en dérision qui fait référence à Alfred Hitchcock bien sur, notre embaumeur se retrouve donc dans la peau d’un enquêteur ce que l’on n’a jamais vu dans la série, qui va chercher le corps de Franck Morel, célèbre scientifique qui soi-disant s’est suicidé mais dont le corps a disparu aussitôt arrivé à la morgue.

En plus de cette histoire légèrement décalée et pleine de dérision, nous avons droit à une belle plume, à une écriture pleine de charme, comme Samuel Sutra sait nous l’offrir. Il nous parle de Paris comme peu d’auteur l’ont fait, nous présente un enquêteur digne des plus grands de la littérature policière. C’est donc un épisode à part, avec moins de sexe et de sang, mais qui s’inscrit bien dans la série, au sens où il respecte les codes mis en place par Sébastien Mousse, et rien que pour cela, c’est un épisode à ne pas rater.

Glaise de Franck Bouysse

Editeur : Manufacture de livres

Franck Bouysse est unique dans le paysage littéraire français. Il inscrit ses histoires dans la campagne française, et possède une plume faite de violence, de poésie et de couleur noire, comme la terre qu’il dessine si bien. Glaise est une nouvelle fois un excellent roman.

Aout 1914. A Chantegril, petite bourgade proche de Salers, la guerre vient s’imposer dans le quotidien des fermiers brutalement. Chez les Landry, la ferme est tenue par la grand-mère Marie puisque son mari a été foudroyé huit ans auparavant. Mathilde et son mari y habitent avec leur fils Joseph, âgé de 15 ans. Le père s’apprête à partir à la guerre, confiant la famille au dernier homme de la famille. Heureusement, Joseph pourra compter sur le vieux Leonard, qui habite à coté et qui vit avec sa femme Lucie.

Un peu plus loin, on trouve la ferme de Valette dont tout le monde a peur, tant c’est un violent de nature. Son physique aide aussi à ce qu’on le déteste avec une main réduite en bouillie. Sa femme Irène le supporte, subit ses colères, encaisse ses coups, surtout depuis que leur fils Eugène est parti à la guerre. L’équilibre de la petite bourgade va basculer quand la belle-sœur de Valette débarque avec sa fille Anna. Et l’histoire devenir un drame dont personne ne sortira indemne.

La plume de Franck Bouysse est magique. Les premiers chapitres décrivent le départ du père de Joseph pour la guerre et dès les premières pages, je peux vous dire qu’on en a la gorge serrée. Il ressort de ces mots une puissance émotionnelle qui s’avère universelle et plonge immédiatement le lecteur dans le contexte et dans ces décors campagnards. Ces pages sont tout simplement impressionnantes.

Dans cette histoire aux allures intemporelles, Franck Bouysse se place loin de front de la guerre et la vie continue son chemin en ayant bien peu d’informations sur ce qui se passe réellement. L’auteur va donc décrire un village, comme un huis-clos, et placer en pleine nature des familles avec leur histoire, leur rancune, leurs activités quotidiennes et leurs préoccupations minées par la menace d’un conflit qui leur parait empreint de mystère.

Franck Bouysse va dérouler une intrigue qui se situe entre drame familial, ressentiments passés, amours impossibles et émancipation d’un adolescent. Le personnage central va petit à petit découvrir les liens entre les différents fermiers et découvrir l’amour charnel avec Anna, entraînant des événements dramatiques en chaîne.

Même si le rythme est lent et suit celui des éleveurs de bêtes, c’est bien la force d’évocation de l’auteur qui en fait un roman fascinant et passionnant à suivre. Franck Bouysse arrive à insuffler dans sa prose des phrases d’une poésie envoûtante, des images incroyablement fortes, et il possède une capacité d’évocation des paysages qui font de ce roman exceptionnel en ce qu’il a su créer son propre univers avec son propre style. Franck Bouysse est énorme aussi bien dans le fond que dans la forme et il est unique. Glaise en est une nouvelle fois une excellente démonstration.

Ne ratez pas les avis de mon ami Bruno, de la Belette et de Bob tous unanimes.

Ils ont voulu nous civiliser de Marin Ledun

Editeur : Flammarion

Marin Ledun fait partie des meilleurs auteurs français de polar social, du moins c’est mon avis, et ce n’est pas son dernier en date qui va me faire changer d’avis. Marin Ledun nous convie donc au pays basque pendant la tempête de 2009.

Thomas Ferrer est un escroc à la petite semaine, vivant de petits larcins. Il se contente de vols de volailles et les revend à Baxter pour quelques centaines d’euros. C’est sa façon à lui de survivre, surtout depuis qu’il est sorti de ses quelques mois de prison. Baxter est officiellement fournisseur de matériel de surf, sport pour lequel il voue une passion sans bornes. Ses activités de receleur lui permettent d’augmenter ses fonds. Ce jour-là, Ferrer rapporte des canards dérobés dans une ferme des environs. Baxter lui propose la moitié de l’argent qu’il avait promis. Ferrer devient furieux et laisse Baxter pour mort en emportant le contenu du tiroir de bureau de Baxter soit 112 000 euros dans une enveloppe.

Ferrer prend la fuite dans sa voiture pourrie, et a bien du mal à rester sur la route tant les vents sont violents. Il s’aperçoit un peu plus loin qu’il est suivi par Baxter, accompagné des deux frères Corral et Villeneuve, deux complices réputés pour être des tueurs sans pitié. La voiture de Ferrer finit dans le fossé quand celle de Baxter est écrasé par un arbre. Ferrer s’enfonce dans la forêt de pins et cherche refuge dans une maison isolée.

Cette maison perdue au fond des pinèdes est habitée par un vieil homme, bucheron de son état. Tout le monde l’appelle Alezan. Car il a fait la guerre d’Algérie, a connu l’horreur, la peur de tous les instants et en est venu à détester tout le monde. C’est pour cela qu’il ne sort jamais sans son pistolet et que son fusil est toujours à portée de main dans la cuisine. Ferrer et Alezan vont devoir s’allier pour faire face aux assauts de leurs poursuivants dans un décor d’apocalypse.

Ceux qui connaissent la plume de Marin Ledun ne seront pas surpris, tant le style s’avère sec et sans concession. Si je ne parlerai pas d’efficacité, il n’en reste pas moins qu’il y a une réelle volonté de n’écrire que ce qui est utile au propos. De ce coté là, on est en territoire connu et on retrouve le même plaisir à lire ce livre, puisque notre imagination remplit les vides que l’auteur ne veut pas remplir.

Par contre, là où d’habitude il place les personnages au devant de la scène, l’auteur prend son temps pour peindre son décor, un décor bien particulier puisque les forces de la nature se déchainent tout au long du livre. De ce point de vue là, le style minimaliste remplit son aoeuvre puisque l’on s’imagine les arbres tombés, les maisons transformées en ruine et un paysage dévasté.

Une nouvelle fois, les personnages sont très bien campés : outre Baxter et les frères qui sont les truands cinglés de l’histoire, il dessine Ferrer comme un marginal créé par la société et Alezan comme une victime collatérale de la guerre d’Algérie. De tout cela, on retrouve le thème cher à Marin Ledun qui est que la société maltraite les gens alors qu’elle devrait œuvrer pour leur bien. Pour autant, comme d’habitude, il ne prend pas position, laissant le lecteur se faire sa propre opinion.

Je pourrais conclure ce billet en vous disant que comme d’habitude, le nouveau Marin Ledun est formidable, s’il n’y avait cette thématique de fond, qui n’arrête pas de me hanter. Marin Ledun confronte ses personnages fous furieux à la folie de la nature. Il n’y aura pas de gagnant, que des perdants, mais il restera de cette lecture une question : Est-ce la nature qui rend les hommes fous ou les hommes qui la rendent folle ? Ils ont voulu nous civiliser est une nouvelle fois une grande réussite.

Ne ratez pas l’avis des amis Claude, Yan,  et Fred