La chronique de Suzie : Une vie exemplaire de Jacob M. Appel

Editeur : La Martinière

Traductrice : Anne Renon

On démarre l’année 2018 en fanfare avec une nouvelle chronique de mon amie Suzie, sur un roman sorti en fin d’année dernière et qui est très prometteur. Je lui laisse la parole :

Bonjour chers lecteurs. Me voici de nouveau hors de mon antre pour vous parler d’un nouveau livre. Son titre est « Une vie exemplaire » de Jacob M. Appel, publié aux éditions de La Martinière.

Ce livre est une agréable surprise. Mais, reprenons depuis le début.

Tout d’abord, le livre en tant qu’objet est intriguant par lui-même. Il attire l’attention. La couverture est à dominance blanche avec du rouge au niveau du visage de la photo ainsi que du titre. Il s’avère que ce bouquin comporte une sur-couverture transparente avec le sur lignage en rouge et le nom de l’auteur. Si vous enlevez cette sur-couverture, vous vous retrouverez face à un visage sympathique, souriant, à qui on peut faire confiance. Cette couverture fait encore plus sens lorsqu’on la relie au titre original de cet ouvrage « the Mask of Sanity » (le masque de la bonne santé mentale). Autant en anglais, ce titre passe, autant en français, on pourrait croire qu’on va lire un traité de psychologie. Le titre choisi par l’éditeur ainsi que la couverture vous donne déjà une bonne idée du contenu du livre. Enfin, le synopsis va finir le lier le sujet.

Ainsi, dès le début de l’histoire, vous savez à quoi vous attendre : un trentenaire actif dont le but est de tuer l’amant de sa femme, un de ses collègues sans faire de vague. Il va programmer son homicide et faire en sorte de passer à travers les mailles du filet. Autre indication qu’on nous donne dès le départ, dans le synopsis, c’est que le protagoniste principal est un sociopathe.

L’histoire va être ordonnancée telle une pièce de théâtre, en trois actes. Chacune de ces parties se termine sur une information importante et déterminante.

Le contexte va être posé dès le départ. L’auteur définit rapidement la condition sociale, familiale et religieuse de son protagoniste masculin. D’ailleurs, il explique dans un court avant-propos le pourquoi de cette histoire. De même, il va poser le point de rupture de son personnage dès les premières pages. On est dans un monde post-acceptation des nouvelles conditions de vie. L’intrigue principale va tourner autour de la programmation du meurtre de son collègue et les différentes actions y menant. Le récit ne montre qu’un seul état de pensée : celui de Jérémy. On le suit pas à pas dans son mode de pensée et d’acceptation de ses actes.

C’est un personnage qui semble soumis à son épouse et dont la vie ne tourne qu’autour de sa famille. Dans sa tête, il suit une logique assez particulière qui lui permet d’évaluer les bénéfices et les inconvénients et de statuer ce qui lui est le plus favorable. Suite à la découverte de l’adultère de son épouse, il ne va pas changer de comportement, juste l’adapter à cette nouvelle circonstance et à la décision qu’il a prise. Il va donc vivre une double vie : le médecin que tout le monde apprécie et l’assassin qui est en attente.

Toutes les décisions qu’il va prendre, exceptée une, suivront cette même logique de dichotomie entre ses deux aspects. Une troisième composante va rajouter un masque supplémentaire qu’il va devoir gérer et cela va devenir de plus en plus complexe. D’autres informations vont compléter la psychologie de ce personnage qui permettront de comprendre que ses démons existaient depuis longtemps. Mais, qu’ils n’avaient pas trouvé de nouvelles voies d’expression.

Au fur et à mesure du récit, certains personnages vont avoir des indices mais qu’ils ne seront pas capables de décrypter dans un premier temps. Est-ce qu’ils y arriveront plus tard? A voir. A chaque fois, on pourrait croire que … et c’est une fausse alerte. C’est surtout que, pendant toute l’intrigue, le seul point de vue que l’on a est celui de Jérémy, l’impact sur ses actions, ses décisions. C’est comme si les autres protagonistes étaient des fantômes qu’il croiserait et avec qui il se doit d’interagir. D’ailleurs, en parlant des autres personnages, ces derniers correspondent à des stéréotypes complètement décalés. Ils vont évoluer en même temps que le personnage principal, par petites touches, comme un puzzle, dont on ne verra l’image qu’à la fin.

Comme dans une pièce de théâtre, beaucoup de choses vont basculer dans le troisième acte avec de nouveaux éléments, de nouvelles directives avec une fin bien particulière que je vous laisse découvrir.

Lorsque j’ai eu ce livre entre les mains, j’ai été surprise par le « packaging ». Ensuite, le fait de pouvoir entrer dans l’esprit d’un sociopathe est assez surprenant car l’auteur nous amène à le percevoir non pas comme un tiers mais comme une personne dont on ferait partie. On peut comprendre ses motivations et ses actions. Est-ce qu’on agirait de la même manière, j’espère bien que non. C’est une histoire prenante et en même temps dérangeante par ce coté voyeur et organisationnel. Un livre qui fait réfléchir, et je pense que c’est aussi son but, sur la place des sociopathes dans notre société. Rien ne dit que vous n’en croisiez pas un tous les jours. Sous un masque sympathique et agréable, un monstre peut se cacher.

En conclusion, si vous avez envie d’entrer dans la tête d’un sociopathe, cette histoire vous en donnera un bon reflet. Ah, j’allais oublier. Juste un dernier mot pour vous rassurer : il y a très peu de sang et quasiment pas de tortures.

Je veux vous souhaiter une très bonne année 2018 et je retourne dans mon antre avec une nouvelle provision livresque. A bientôt, si vous le voulez bien.

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21 réflexions sur « La chronique de Suzie : Une vie exemplaire de Jacob M. Appel »

  1. Merci pour cette belle chronique. Je viens juste d’écrire un livre que j’avais aimé et qui s’appelle L’Assassin qui est en moi de Jim Thompson. Comme j’aime entrer dans le cerveau de ces individus via le biais d’un écrivain, cela me plaît quant à la découverte de l’écriture et de la manière dont le sujet est abordé. Meci à Stéphane Bourgoin pour ces livres. 🙂
    Ces pages ne peuvent que me plaire. : Je m’en vais de suite aller chercher ce qu’il en est. Merci à Suzie pour ce partage et Pierre pour l’avoir transmise.
    Bonne année à Suzie que je ne connais pas virtuellement 😉
    Geneviève

    Aimé par 1 personne

      1. C’est gentil belette ,-) Je ne chronique pas, je lis et j’ai la flemme de donner mon avis, sauf si je m’adresse à une autre blogueuse. Oralement cela le ferait beaucoup mieux aussi. 🙂 Il y a quelques chroniques, sur filamots aussi. Très peu. J’en ai plein en attente. Et pas que des livres noirs. 🙂

        Aimé par 1 personne

  2. Bon après-midi
    Je l’ai rapidement lu, c’est déjà un gage d’intérêt. Et pourtant, je n’ai pas été convaincue par le ton pris par cet « être si exceptionnel ».
    J’ai trouvé la chute excellente. Là j’ai bien éclaté de rire…. 🙂 Et vous sans rien dévoiler avez-vous une idée ? Je pense qu’il s’agit des dernières pages qui ont précédé cette dernière phrase. Et la meilleure, j’ai voulu tourner la page, et il n’y avait plus rien. Bien joué de la part de l’auteur.
    Jérémy est un être tel que décrit…..Il m’a semblé qu’il aimait ses filles ou alors j’ai oublié un indice qui aurait pu me dire le contraire. C’est êtres sont faits de tellement d’ambiguïtés et en jouent aussi.
    Bein oui les romans noirs me font bien souvent rire.Je ne sais pourquoi ?
    J’adore le livre de Stéphane Bourgoin « Profileuse » un livre difficile et très complet sur le sujet.
    A propos de rentrer dans la tête des tueurs, il existe sur Netflix, une série qui est sortie et possible à voir sur justement les interviews accordé par le FBI5. Cela s’appelle : Mindhunter. ,
    « En 1977, à l’aube de la psychologie criminologique et du profilage criminel au sein du FBI5, les agents Holden Ford et Bill Tench vont s’entretenir avec plusieurs tueurs en série. Ensemble, et avec l’aide de la psychologue Wendy Carr, ils vont tenter de cerner la personnalité de nombreux meurtriers afin d’acquérir les connaissances nécessaires à la résolution d’affaires criminelles. »
    Des acteurs qui jouent le rôle de sérial killer et avec lesquels ils font des interviews pour savoir ce qui les dirigent, ce qu’ils pensent au moment du passage à l’acte. Aussi avant, après.
    C’est glaçant. Une excellente série.
    Ce qui m’éloigne de ce livre qui entre totalement dans le profil d’une personne totalement détachée de ses actes et tue sans aucun état d’âme.
    Très sincèrement j’ai préféré L’assassin qui est en moi, même si pour la fin, j’ai fait : « bof ». 😦

    Les deux livres lus avidement et rapidement. Les auteurs tiennent en haleine et de par leur style habile, une bonne écriture, m’ont permis de passer un excellent moment de lecture.
    Bonne après-midi Suzie et merci pour ton avis et celui de belette. 🙂
    Geneviève

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