Rue Barbare de David Goodis

Editeur : Rivages

Traducteur : Michel Lebrun

Entre David Goodis et moi, c’est une histoire compliquée. J’ai lu, il y a très longtemps, trois de ses romans sans être véritablement emballé. Je me suis toujours dit que ce n’était probablement pas le bon moment. Effectivement, je viens de relire Rue Barbare et c’est un roman déprimant, certes, mais d’une réelle beauté noire.

L’auteur :

Issu du milieu juif de Philadelphie, David Loeb Goodis fréquente brièvement l’université de l’Indiana avant de terminer ses études de journalisme à l’université Temple en 1938. Peu après, il se trouve un emploi dans une agence de publicité et, pendant ses temps libres, rédige un grand nombre de nouvelles policières pour divers « pulps » américains. Il publie son premier livre Retour à la vie (Retreat from Oblivion) en 1938. À New York, où il déménage l’année suivante, il travaille comme scripteur dans le milieu de la radio.

Pendant la première moitié des années 1940, les éditeurs rejettent systématiquement ses manuscrits. En 1942, il se rend sur la Côte Ouest et est engagé par les studios Universal. Il se marie à Los Angeles en 1943. Puis vient le succès en 1946 avec la publication de Cauchemar (Dark Passage). L’adaptation de ce récit en 1947, sous le titre Les Passagers de la nuit avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall, lui permet de signer un lucratif contrat de six ans avec la Warner Bros, mais la plupart des scénarios qu’il écrit pour le studio ne dépassent pas l’étape de la rédaction. En outre, sa vie privée s’effrite et il divorce en 1948. De retour à Philadelphie en 1950, il s’occupe de ses parents et de son frère schizophrène, puis sombre dans l’alcool. Cette version de l’écrivain maudit relèverait toutefois de la légende d’après l’enquête biographique de Philippe Garnier.

Oublié dans son pays natal, David Goodis doit son succès en France à l’adaptation de plusieurs de ses livres au cinéma, notamment de Tirez sur le pianiste par François Truffaut en 1960, dont c’est le deuxième long-métrage.

Quatrième de couverture :

« C’est du grand Goodis, le Goodis de la désespérance quotidienne, le Goodis de la nuit. Du reste, presque toutes les scènes du roman se passent dans des décors obscurs : des cafés miteux, des rues ténébreuses, des chambres sordides. Au milieu de ce décor, évolue Chester Lawrence. Une nuit, par hasard, il tombe sur une Chinoise qui a été agressée. Il n’échange que quelques mots avec elle, s’éloigne bientôt. Mais cette femme incarne son destin. Dès lors, pour lui, plus rien ne sera comme avant. Ou plutôt, tout désormais le ramènera en arrière, vers son passé, vers des visages, des gens avec lesquels il croyait avoir définitivement rompu. Il faut lire Rue barbare. Il faut lire et relire David Goodis. Il est la tête d’obsidienne du roman noir. » (Alexandre Lous, Le Magazine Littéraire)

Mon avis :

Dans Ruxton Street, il n’y a pas d’espoir pour ses habitants : soit ils travaillent pour ramasser un peu d’argent pour survivre, soit ils entrent dans le gang de Matt Hagen. Lawrence fait partie de ces gens qui résistent, essayant de faire vivre sa famille avec le peu qu’il a, à grands renforts de courage. Quand il voit une jeune chinoise tituber sur le trottoir en face du bar où il boit un coup, il veut l’aider. Mais elle refuse.

De scènes en scènes, Lawrence va résister, menant sa vie avec une honnêteté et une humanité qu’il est le seul à avoir conservé. Sachant qu’il ne peut pas partir, il accepte les conséquences de sa vie dans un monde pourris, supportant les pressions et les violences environnantes, qu’elles viennent de Hagen et de son tueur attitré ou même de sa famille, dont sa femme, qui lui implore de céder à la facilité.

Quelque soit le décor, tout est sale dans ce roman : les rues sont sales, le bar est sombre, les maisons sont délabrées. Ce roman est une véritable plongée dans le noir le plus absolu, montrant l’inéluctabilité de la vie et le destin d’un homme qui, s’il ne peut se sauver, essaie de sauver les autres. Comme pour essayer de justifier qu’il aura fait quelque chose de sa vie.

Il vaut mieux avoir le moral pour lire un roman aussi noir, qui nous plonge dans un tunnel sans lumière et sans sortie, dans une ville où l’espoir a disparu. Si le style est simple, et les dialogues nombreux, il y règne une tension permanente. Ce roman est classique du roman noir, très noir, écrit comme une sorte de témoignage des laissés-pour-compte du rêve américain, que tout amateur de polar se doit d’avoir lu.

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14 réflexions sur « Rue Barbare de David Goodis »

  1. Bonjour Pierre
    Un bon roman que j’avais beaucoup aimé, mais l’adaptation cinématographique de Gilles Béhat ne m’avait pas convaincu. Mais c’est l’un des films avec La Lune dans le caniveau de Jean-Jacques Beinex qui avait permis de remettre en lumière l’oeuvre de Goodis.
    Amitiés

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    1. Salut Paul, autant la lune dans le caniveau était esthétiquement beau et portait la marque de Beineix, autant je ne me rappelle pas de de Rue Barbare que j’ai pourtant vu ! Ce roman de Goodis est d’une noirceur sans pareil. Un classique ! Amitiés

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  2. Bonjour Pierre,
    Content de voir que ton avis a évolué sur Goodis, même si je peux comprendre qu’on ne peut pas tout aimer, et même Goodis !
    Rue Barbare est un de ses livres les plus noirs peut-être, un de ceux qui s’inscrivent dans la deuxième partie de son œuvre, décrivant un homme tentant de résister à ces démons ou ceux qui l’environnent. Un de ses bouquins marquants !
    Merci pour cette chronique d’un auteur qui mérite d’être lu et relu.
    Amicalement.

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    1. Merci Jérôme de ton commentaire. Il mérite d’être lu, relu et réédité apparemment, d’après ce que j’ai lu sur FB. J’ai voulu prendre un titre phare, et je me suis rendu compte que je l’avais déjà lu. Le noir chez Goodis n’est pas éclatant mais plutôt glauque, sale. Faut aimer ! Amitiés

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  3. L’humanité et les valeurs quelques soient les circonstances, le passé, c’est ce qui ressort de ce magnifique roman d’un romantisme noir mais dont la peinture des lieux et de l’atmosphère est impressionnante, tout cela résulte d’une force d’écriture qu’on ne peut que reconnaître, merci pour cette belle chronique😊

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  4. Bien que je sois un inconditionnel de David Goodis, Rue Barbare arrive derrière Vendredi 13 et Sans espoir de retour (très bien adapté au cinéma par Samuel Fuller) deux chefs-d’œuvre du romancier. Mais je mets au sommet un autre de ses romans qui n’a aucune tonalité criminelle et ne contient aucune transgression. Il s’agit de La blonde au coin de la rue qui décrit le quotidien de 4 désoeuvrés en 1935 à Philadelphie qui passent leur temps à rêver des travaux qu’ils souhaitent faire en grignotant des pistaches. Ce tableau d’une sorte de génération perdue (ce qui existait aux USA à ces dates) est encore actuelle aujourd’hui et pas seulement aux États-Unis.

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    1. Bonsoir Claude et merci pour ces éclaircissements. Je note bien entendu La blonde au coin de la rue pour une prochaine lecture et les autres aussi ! Mon prochain Oldies sera Joseph Hansen. Peut-être as tu un conseil à me donner ? Je pensais à Un pays de vieux. Merci encore et à bientôt. Amitiés

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