Coupable (s) de Samuel Sutra

Editeur : Flamant noir

Samuel Sutra fait partie des auteurs « chouchous » de Black Novel, depuis que j’ai lu Kind of Black, extraordinaire roman policier se déroulant dans le petit monde du jazz (réédité chez Flamant Noir). Cet auteur, au talent incontestable, est aussi l’auteur des romans loufoques mettant en scène une bande de voleurs ratés, dirigés par Tonton, une légende dans le milieu, dont l’extraordinaire Akhanghetno et sa bande. Il est aussi à l’aise dans le registre comique que dans celui plus sérieux du polar. Ce roman en est encore une fois une preuve éclatante.

Jean Raphaël Deschanel est un lieutenant à la Sécurité Intérieure, originaire d’Haïti. Il ne se rappelle pas la vie là-bas, ayant été adopté, mais il en garde des cauchemars de bâtiments en ruine et d’églises qui s’écroulent. Jaulain son chef le réveille pour lui annoncer qu’il va être détaché auprès de la brigade criminelle, sous les ordres du commandant Blay. Lui qui en a toujours rêvé, le voilà empli d’espoir mais aussi soumis à une pression de ne pas être ridicule.

Entre la Police Criminelle et les Renseignements, l’entente n’est pas au beau fixe. Mais le Commandant Blay se charge de rassembler et motiver ses troupes. Ils ont affaire à quatre meurtres depuis ce matin, quatre meurtres isolés en deux semaines, perpétrés avec une méthode différente. Quatre morts sans rapports les uns avec les autres : Le premier, Daniel Favre, était flic, connu pour être pourri jusqu’à la moelle. Le deuxième était Jean-Claude Maréchal, propriétaire d’une boite de BTP. Le troisième était dans l’armée, le lieutenant-colonel Hervé Carsini.  Celui de ce matin se nommait Thierry Meursault, égorgé dans un parking de la Défense ; Sur lui, la police a retrouvé une carte de visite, celle de Daniel Favre, ainsi qu’un porte-clés avec une poupée vaudou. C’est ce qui leur a permis de relier les meurtres entre eux. C’est ce qui explique la présence de Jean-Raph. L’enquête s’annonce bien compliquée.

Une nouvelle fois, Samuel Sutra fait mouche avec ce roman policier que l’on pourrait considérer comme classique. La recherche d’un tueur multirécidiviste, on connait. Des victimes sans lien les unes avec les autres, on connait aussi. Mais c’est sans compter avec le talent de ce jeune auteur qui ne cesse de m’étonner par sa maîtrise des codes inhérents au genre.

Les personnages tout d’abord sont criants de vérité. En premier lieu, il y a Jean-Raphaël, lié à cette enquête par ses origines, et qui subit une énorme pression. Il ne veut pas décevoir ni son chef, ni son service, ni son ambition. Il doit faire ses preuves sans pour autant s’imposer, et tenter de se rapprocher du Graal : obtenir un poste au « 36 ». Le hic de l’histoire, c’est l’apparition d’une profileuse, imposée par Blay. Attirance, méfiance, voilà les choix qui s’offrent à ce jeune homme peu habitué à ces choix.

Ensuite, il y a l’équipe de Blay et Blay lui-même, tous présents, mais volontairement en retrait. Ils sont bien là comme des seconds rôles, et participent à l’histoire en fournissant de fausses pistes. Car même si on peut penser avoir compris les tenants et aboutissants, au fur et à mesure qu’on avance, on est saisi de doutes, on imagine des hypothèses, des scenarii impossibles jusqu’au dénouement final du dernier chapitre. C’est du grand art.

Et puis ce roman ne serait qu’un roman policier de plus s’il n’y avait pas cette fluidité de la narration, cette facilité à construire des décors, à placer des dialogues évidents. Samuel Sutra déploie toute sa subtilité et sa finesse pour mener à bien un roman que je qualifierai d’abouti, de maîtrisé de bout en bout.

Enfin, il y a le sujet de fond. Ces quatre personnages vont participer à la reconstruction d’Haïti à divers degrés. Ce roman dénonce comment ces pourris vont profiter des subventions pour bâtir des habitations « en carton », puisqu’ils n’ont aucune chance de se faire prendre, en facturant le maximum. Finalement, le monde ne change pas : les riches gagnent leur argent sur le dos des pauvres. D’où le titre, qui peut paraître énigmatique : Coupable ou coupables ? Coupable et coupables ! Un roman à ne rater sous aucun prétexte !

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