Place à l’originalité !

Parfois cela fait du bien de sortir des codes du polar, et de lire des romans en marge. L’avantage, c’est que cela nous laisse des traces, des souvenirs justement parce qu’ils se démarquent de nos lectures. Je vous propose deux romans entrant dans cette catégorie des romans inclassables.

Ciel de traîne de Gilles Vidal

Editeur : Editions Zinedi

Quand on commence un roman de Gilles Vidal, il faut s’attendre à être surpris. Car bien souvent, la forme c’est-à-dire la façon de raconter une histoire s’avère chez cet auteur bigrement originale. C’est une nouvelle fois le cas avec ce roman qui nous présente plusieurs personnages habitant la région de Virelay, une ville française imaginaire. Et il s’y passe d’étranges choses.

Antoine Rouvier a bien déclaré à la police la disparition de sa compagne Josy Gellert, mais cela n’intéresse personne. Puis des coups de téléphone anonymes lui promettent de retrouver la jeune femme. Il est guidé dans un entrepôt dans lequel, évidemment, il ne trouve rien. Désespérant.

Dans les bois autour de Virelay, on y chasse les truffes. Le corps d’un homme égorgé est retrouvé dans les bois, avec dans la main, un os d’oiseau. Le policier Franck Kamensky est en charge de l’enquête et va se retourner vers un ornithologue.

Vincent Appert revient à Virelay, la ville où il y a passé son enfance. Romancier raté, il emménage dans la maison des Sauvard et tombe sur une petite annonce proposant un secrétaire ressemblant à celui qu’il a entrevu dans son enfance.

Voici une petite galerie des personnages que l’on va rencontrer dans ce roman. On va passer d’un personnage à l’autre avec une facilité déconcertante. Chaque chapitre se retrouve donc isolé comme si on lisait des nouvelles. Et on ne peut s’empêcher de penser que le talent de l’auteur rend chaque scène fascinante car redoutable de précision et de justesse.

Surtout, chaque personnage n’a aucun lien avec le suivant, ce qui fait qu’on se demande lors de la lecture où l’auteur veut en venir. Je peux vous dire que c’est déstabilisant, et il faudra attendre le dernier chapitre pour comprendre de quoi il retourne. Plus qu’un exercice de style, ce roman s’avère donc un sacré tour de force et relève un beau défi. Original, je vous dis !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Les retournants de Michel Moatti

Editeur : HC éditions

C’est en aout 1918 que Michel Moatti situe l’action de son dernier roman en date. Et on n’est pas surpris de ce « retournement », lui qui a l’habitude de passer d’un genre à l’autre, d’une époque à l’autre : En aout 1918, la dernière offensive va être lancée contre les troupes allemandes. Mais il n’y a bien que les généraux pour croire encore que ce sera la dernière, car les soldats, eux, qui ont vécu la boucherie de quatre années horribles ont bien du mal à y croire.

Adrien Jansen et Pierre Vasseur ont pris leur décision. Quand les troupes avancent, eux partent à contre-sens. Ils ont choisi la vie de lâche à la mort en héros. Comme tous les déserteurs, ils vont prendre la direction exactement opposée de l’armée. Les deux hommes se connaissent peu, et quand ils rencontrent un gendarme, Jansen va se rendre compte que Vasseur prend du plaisir à tuer : il fait équipe avec un psychopathe.

Je n’ai pas été surpris par le talent de Michel Moatti à peindre les ambiances. Nous quittons donc le bruit des canons et les gémissements des hommes qui meurent pour le silence de la campagne. Malgré un sujet pareil, qui rappelle un peu le Prix Goncourt de Pierre Lemaitre, Michel Moatti met l’accent sur ce qui se passe loin du front, le manque de nourriture, le marché noir, l’ignorance des gens, l’importance de la propagande … et surtout la vie de ces gens qui, après quatre ans, commencent aussi à douter du bien-fondé de cette guerre.

Puis nos deux hommes arrivent dans un château, après être passés par quelques villages et s’être créés une nouvelle identité de médecins. A partir de là, l’ambiance devient étrange entre le patriarche malade, la fille malade de la tête et la bonne qui aimerait bien que ces hommes restent. C’est probablement à partir de ce moment là que j’ai ressenti un manque. Je m’explique :

Michel Moatti nous propose plein de thèmes, pleins de possibilités avec son histoire et ses événements mais il n’en creuse aucun. Il se place avec beaucoup de recul en tant que conteur. Il en est de même avec le Chien de Sang, ce lieutenant chargé de poursuivre les déserteurs. Quel personnage génial ! Michel Moatti va l’évoquer pendant quelques chapitres (3 ou 4) alors qu’il aurait pu en faire un facteur de stress supplémentaire dans une histoire finalement bien calme.

Il m’aura fallu attendre les dernières pages et les remerciements et explications de l’auteur pour comprendre pourquoi il avait écrit ce livre. Et ce passage-là, très personnel, est très émouvant. Et si je l’avais lu avant, j’aurais apprécié différemment le roman. Car au bout du compte, je le trouve bigrement attachant. Je pense que la mention Thriller de la couverture dessert aussi le contenu. Donc mon conseil est de lire les explications de l’auteur avant d’attaquer le livre, et vous serez transporté par ce conte.

Ne ratez pas l’avis de Jean le Belge

 

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7 réflexions sur « Place à l’originalité ! »

      1. J’ai du retard, je viens seulement de faire « la vie est un tango » dont tu avais fait un article il y a… au moins ça ! et que je t’avais dit que je devais le lire… *no comment*

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  1. Bonjour Pierre,
    Oh ! Un roman qui sort des sentiers battus, cela me plait et de ce pas m’en vais voir si je puis l’acheter.:)
    Bonne semaine, m’en vais retourner à l’article des tes chouchous du mois de mai 2018. Bises Geneviève.

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