L’information du mardi : Le Thriller de l’été ?

Je vous le dis tout de go : je n’ai pas lu (encore) ce roman. On m’a gentiment passé l’information et il était de mon devoir de vous signaler la sortie de ce roman : Gandhara de Richard Canal. C’est sorti aux éditions Séma dans la collection Séma’cabre.

La couverture est magnifique. Et rien qu’à lire la quatrième de couverture, cela devrait vous mettre l’eau à la bouche, ou les étoiles dans les yeux. Jugez plutôt :

Daniel Kissling, détective privé sans ambition, vit comme il peut de petits contrats jusqu’au jour où un riche collectionneur lui demande de retrouver une statue extrêmement rare qu’il vient d’acheter et qui n’est jamais arrivée à destination.

Daniel, étonné par les moyens que le magnat met à sa disposition, se lance sur les traces du marchand d’art qui devait livrer la statue. De Nice à Londres, de Bangkok à Bali, jusqu’aux plus hauts sommets de l’Hindou-Kouch, les pistes se multiplient, plus étranges les unes que les autres. Pourquoi le marchand d’art laisse-t-il derrière lui des énigmes à son attention ? Pourquoi une Chinoise irrésistible s’attache-t-elle à lui au point de l’accompagner au cœur de l’enfer ?

L’ombre de Joseph Conrad plane sur Gandhara. Ceci est l’histoire d’un homme qui apprend à vaincre la peur dans un monde en proie au terrorisme, à trouver la paix alors que la mort peut frapper à tout moment.

Alors n’hésitez plus, harcelez votre libraire. En attendant, je vous souhaite un bel été, plein de lectures réjouissantes. Le blog reste ouvert tout l’été. Et surtout, n’oubliez pas le principal, lisez !

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Les incurables de Jon Bassoff

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons

Après une premier roman plus que prometteur, Corrosion, Jon Bassoff nous revient avec un roman qui nous plonge dans l’Amérique profonde des années 50 avec un roman tout simplement génial.

1953. Le Dr Walter Freeman est une des sommités de l’hôpital psychiatrique dans lequel il travaille. Il est un spécialiste de la lobotomie trans-orbitale, et a sauvé nombre de personnes. Ce matin-là, Edgar, son patient du jour, s’avère être un jeune homme extrêmement violent. Armé de son pic à glace et de son marteau, il lui enlève les zones du cerveau à l’origine de sa violence. Après l’opération, Edgar semble avoir oublié toute idée de meurtre. Pour le Dr Freeman, il vient de sauver une personne supplémentaire. C’est d’ailleurs tout ce qui lui reste, depuis qu’il n’a pas pu sauver son fils lors d’une randonnée dans les Rocheuses.

Sa situation est remise en cause par McCloud, le directeur de l’hôpital et par l’amélioration récente des médicaments. Il lui demande de cesser ces opérations inhumaines et vire le Dr Freeman, qui se retrouve face à sa femme alcoolique. Sa décision est prise : il partira sur les routes sauver de nouvelles âmes. Après avoir récupéré Edgar, les deux hommes partent arpenter les petites villes et leur marché.

Deux ans plus tard, Dans une petite ville de l’Oklahoma. Sur un podium, Stanton, un vieil homme exhorte les passants, leur annonçant la venue du messie. En effet, à coté de lui, Durango, son fils est assis sur un trône de fortune, une couronne d’épines sur la tête. La foule se moque d’eux jusqu’à ce qu’une femme apparemment aveugle affirme avoir retrouvé la vue après que Durango ait apposé ses mains sur sa tête.

Puis Durango rencontre Scent dans un bar, une jeune fille qui vit avec sa mère folle qui croit que son mari va revenir en jour. Scent ne rêve que d’une chose : récupérer l’argent de sa mère et partir de cet enfer. Le lendemain, le Dr Freeman et Edgar débarquent, proposant de faire une démonstration de leur solution ultime à tous les problèmes.

C’est dans les campagnes américaines que les auteurs américains ont trouvé l’inspiration et le don de décrire la nature humaine, celle qui nous rappelle que nous ne sommes rien d’autre que des animaux doués de réflexion. Bien qu’il situe son roman dans les années 50, probablement pour des raisons scénaristiques, Jon Bassoff nous livre là un roman intemporel, prenant, impressionnant, encore meilleur que Corrosion à mon avis.

Dès les premières lignes, dès les premières pages, on est plongé dans un décor surnaturel, dans une sorte de mélange de Vol au dessus d’un nid de coucou et Shutter Island. Et dans cette ambiance de folie, où les docteurs sont aussi fous que leurs patients, Jon Bassof nous place ses personnages dans une première partie qui va durer quatre chapitres. Puis on arrive deux ans plus tard dans un autre décor impressionnant, une place dans un village avec des marchands ambulants, qui collent parfaitement à l’idée que l’on peut se faire des badauds et des petits podiums, des hurleurs cherchant à vendre leurs solutions miracles.

Dans cette période et ce lieu qui ressemblent à la fin du monde, les personnages sont tous à la recherche de quelque chose, et plus particulièrement d’une possibilité de fuite, car, dit-on, l’herbe est plus verte ailleurs. Je ne sais pas si Jon Bassoff a voulu y insérer un message, mais tous ses personnages veulent être sauvés, et la solution n’est ni dans la médecine, ni la religion, ni le Diable qui fera son apparition vers la fin du livre. Toujours est-il que son livre, inoubliable et brillant à tous points de vue, évoque beaucoup de choses et nous amène vers une fin en forme d’apocalypse.

Avec son style minimaliste et bigrement évocateur, Jon Bassoff nous guide dans son cauchemar qu’il a patiemment dessinés avec juste quelques traits de fuseau, un fuseau comportant deux couleurs : le noir et le rouge. Et en seulement 200 pages, il nous aura parlé de plein de choses, sans jamais les imposer, juste pour nous faire grandir. Après avoir tourné la dernière page, je me suis dit que je n’avais jamais lu un roman aussi proche et aussi empreint d’humilité pour l’univers du grand Harry Crews. Les incurables est pour moi un des incontournables de cette année 2018

Ne ratez l’avis de Quatre Cent Quatre

Juste après la vague de Sandrine Collette

Editeur : Denoel – Sueurs Froides

Il y a des auteurs que je suis prêt à suivre, quelque soit la direction qu’ils prennent. Sandrine Collette fait partie de ceux-là, et ce depuis son premier roman, le génial Des nœuds d’acier. Alors, depuis 2013, j’attends avec impatience le petit dernier, je l’achète le jour de sa sortie … et je le garde au chaud pour l’été. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être est-ce une façon de ne pas être influencé par les avis des collègues blogueurs qui sortent à ce moment là. Avec Juste après la vague, Sandrine Collette frappe fort, une nouvelle fois.

Un Volcan s’est effondré, créant un gigantesque tsunami. La mer est montée, balayant les habitations alentour. Pata, Madie et leurs neuf enfants se retrouvent isolés dans leur maison, située sur une colline, au milieu d’une mer à perte de vue. Ils apprennent à vivre de peu, limitant leurs repas et vivant avec l’élevage de leurs poules et coqs. Mais les soubresauts de la terre font que l’eau continue de monter.

Les jours passant, l’avenir s’assombrit, les réserves diminuent. Les parents sachant qu’ils ne tiendront pas longtemps décident de prendre la barque pour rejoindre les Hautes Terres. Mais en considérant qu’il faut prendre des réserves pour la traversée d’une dizaine de jours, ils ne peuvent pas prendre tout le monde à bord de la barque. Ils ont donc un choix douloureux à faire : Qui des trois enfants vont-ils laisser derrière eux ?

Louie le boiteux, Noé le nain et Perrine la borgne se réveille sans les parents. Madie leur explique dans une lettre qu’ils ont du partir mais qu’ils vont revenir les chercher dans 12 jours. Ils ont de quoi tenir à condition de respecter les règles et les rations de nourriture. Louie le plus grand aura la responsabilité de son frère et de sa sœur.

Sandrine Collette a le don de surprendre. C’est tant mieux pour nous. Le titre peut faire penser au gigantesque tsunami qui a ravagé l’Indonésie en 2004, et on a du mal à s’imaginer l’intrigue que peut tirer Sandrine Collette de cet événement. Et comme d’habitude, cet événement ne sert qu’à fournir un décor, totalement imaginaire pour mieux creuser les psychologies d’une famille.

Sans entrer dans des détails macabres (elle aurait pu insister sur les corps rejetés par la mer, leur état de décomposition), Sandrine Collette préfère parler de survie et de réaction face à une catastrophe. Mais elle parle surtout de la famille et de l’amour des parents pour leurs enfants, de confiance, d’espoir et de déceptions. Et comme je l’ai déjà dit dans mes précédents billets, le décor a beau être fantastiquement beau, grand et sans fin, Sandrine Collette arrive à créer un huis-clos. Et ce n’est pas un huis-clos oppressant, c’est un huis-clos stressant. Sandrine Collette est l’inventeur de l’huis-clos en plein air.

Il faut être fou pour se lancer dans une histoire comme celle-là. D’un coté, trois enfants qui survivent en attendant leurs parents car ils vont revenir, c’est sur ! De l’autre, les parents qui voguent sur une barque en espérant que tout au fond de l’étendue bleue apparaitra un morceau de terre. Je vais vous dire : ce roman m’a fait penser à Lifeboat d’Alfred Hitchcock, où sans une once de musique, le maître arrive à nous passionner dans un espace aussi confiné qu’une barque. Ce roman est du même niveau, aussi passionnant.

Outre la survie des enfants, je ne me rappelle pas avoir lu un roman fouillant aussi profondément la relation du père et de la mère envers leurs enfants. Ce que j’y ai lu, c’est la différence entre un père se battant pour la survie de sa famille de son clan, et une mère dont chaque enfant est un morceau de sa chair. Si c’est une lecture personnelle, je vous l’accorde, c’est un des aspects qui rendent ce roman incroyablement juste pour moi et inoubliable. Sandrine Collette nous a concoctés encore une fois une formidable réussite, qui interpelle nos sentiments les plus profonds.

Oldies : Smoke de Donald Westlake

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Marie-Caroline Aubert

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, il fallait que j’insère un roman de Donald Westlake. J’adore cet auteur et pas seulement pour sa série Dortmunder. J’adore sa façon de regarder le quotidien de travers, sur un ton décalé. Et j’adore sa créativité dans ses scènes comiques.

L’auteur :

Donald Edwin Westlake, né le 12 juillet 1933 dans le district de Brooklyn, à New York et mort le 31 décembre 2008 à San Pancho au Mexique, est un écrivain et scénariste américain, également connu sous de nombreux pseudonymes (Richard Stark, Alan Marshall, Tucker Coe …). Auteur prolifique et polyvalent, il est notamment célèbre pour ses romans policiers humoristiques mettant en scène les aventures de John Dortmunder, Parker et Alan Grofield.

Westlake passe son enfance dans le quartier populaire de Brooklyn et complète ses études à l’Université d’État de New York à Binghamton. De 1954 à 1956, il accomplit son service militaire dans la US Air Force. De retour à la vie civile, il exerce plusieurs petits métiers. Il devient notamment rédacteur dans une agence de littérature. Cette fréquentation du milieu littéraire le décide à embrasser la carrière d’écrivain en 1958. Deux ans plus tard paraît son premier roman, Le Zèbre (The Mercenaries). La notoriété de l’auteur ne prend toutefois son envol qu’à partir de 1967, quand Divine Providence (God Save the Mark) décroche l’Edgar du meilleur roman policier de l’année.

Écrivain prolifique et éclectique, Westlake a écrit plus d’une centaine d’ouvrages, approchant bon nombre des genres de la littérature policière que ce soit le polar humoristique (son genre de prédilection), le roman policier, le roman noir, le thriller, le fantastique ou même la science-fiction. Il a remporté par trois fois le prix Edgar-Allan-Poe, et s’est vu décerner en 1993 le Grand Master Award par l’association des Mystery Writers of America.

Donald Westlake collabore à quelques scénarios ou les rédige seul : Flics et voyous (1973) par Aram Avakian, adaptation de son propre roman Gendarmes et voleurs (Cops and Robbers) ; Le Beau-père par Joseph Ruben, d’après une histoire originale de Westlake, écrite en collaboration avec Carolyn Lefcourt et Brian Garfield, et surtout Les Arnaqueurs, film de Stephen Frears, une adaptation du roman éponyme de Jim Thompson pour laquelle Westlake est nommé pour l’Oscar du meilleur scénario adapté en 1991.

En 2008, Westlake meurt d’une crise cardiaque la veille du Jour de l’an, alors qu’il séjourne au Mexique en compagnie de son épouse Abigail.

(Source Wikipedia adaptée par mes soins)

Quatrième de couverture :

Freddie Noon n’est pas un criminel endurci. Il se définirait plutôt comme  » semi-tendre « . Alors quand il choisit de cambrioler le laboratoire Loomis-Heimhocker, il envisage une petite effraction tranquille. Ce que Freddie ne sait pas, c’est que ce laboratoire est financé par les industriels du tabac et que si l’on y effectue des recherches sur le cancer, en aucun cas elles ne doivent aboutir à la conclusion que fumer pourrait… provoquer des maladies graves. Pour se garder de tomber par hasard (on ne sait jamais) sur des résultats gênants, les deux médecins qui dirigent le labo se sont intéressés au traitement du mélanome, et ils sont en passe de réussir ; ils ont mis au point deux formules qui ne demandent qu’un cobaye pour être testées. Freddie ne pouvait mieux tomber. Il y aura cependant des conséquences imprévues : il devient invisible, ce qui, même dans son métier, présente quelques inconvénients. Essayez donc de vous raser quand vous n’apercevez pas votre visage. Essayez de vous faire (bien) voir de votre femme. Comme le dit Freddie,  » être un homme invisible, c’est un job plutôt solitaire « . Westlake improvise brillamment sur le thème classique de l’invisibilité. Il en profite pour railler les travers de l’Amérique où l’anti-tabagisme prend des formes assez intolérantes et il prouve avec ce roman plein d’humour qu’il a toujours autant de souffle. Lire Westlake nuit gravement à la morosité.

Mon avis :

Donald Westlake a écrit tellement de romans, dans tous les genres, et sous différents noms, qu’il était bien difficile de faire un choix. Claude Mepslède a attiré mon attention sur celui-ci et c’est un pur plaisir de comédie. Et comme souvent chez Westlake, tout part d’un petit voleur, une profession qui devait être une passion pour cet auteur. Smoke est l’occasion de revisiter le mythe de l’homme invisible.

Freddie U. Noon (U comme Urbain, vous savez, le pape … et même les papes, il y en a eu plusieurs avec ce prénom ridicule, dixit Westlake) est donc un petit voleur et s’introduit dans la maison d’un couple de docteurs, qui font des recherches sur le cancer. Leur dernière trouvaille touche plutôt aux cancers de la peau, partant du principe qu’en gommant les pigments de la peau, on ne peut plus attraper le cancer. Ils en sont au stade de l’essai grandeur nature et obligent Freddie à prendre leur produit n°1, en mentant sur le fait que la fiole n°2 est un antidote. Freddie s’échappe et boit donc les 2 produits, devenant invisible.

Avec cette intrigue, Westlake décline son humour envers les chercheurs en médecine, mais aussi les avocats qui se font un fric monstre, leur rôle trouble en jouant sur tous les tableaux, et surtout l’industrie du tabac qui, en créant des sociétés derrière un écran de fumée ( !) paient des chercheurs pour démontrer que le tabac n’est pas nocif. Finalement, on s’aperçoit que les plus nocifs, les plus truands ne sont pas les petits voleurs mais bien les grands pontes, les légalistes et les scientifiques. Et le personnage le plus attachant s’avère être finalement le pauvre Freddie ! Un comble !

Donald Westlake disait que pour écrire un roman, il suffisait de partir d’une idée et de se laisser entraîner par l’intrigue, d’improviser. C’est totalement l’impression que l’on a en lisant ce roman. Car l’intrigue, qui suit plusieurs personnages de Freddie aux deux docteurs, en passant par les avocats ou les policiers, ne va jamais dans le sens où on pourrait le croire. On est tout le temps surpris et on se marre, voire on rit jaune quand Westlake nous sort une pique bien sentie envers une profession.

On retrouve tout le talent de Westlake dans ce roman pour construire ses scènes comiques : Les personnages sont décrits avec des termes et des comparaisons détournées ; les décors sont très détaillés et chaque détail prête à rire ; les scènes sont construites patiemment jusqu’à à arriver à une chute qui est bien souvent des chefs-d’œuvre de comique de situation. Il est grand temps de découvrir, lire et relire Donald Westlake, qui nous manque tant. Westlake, c’est de la lecture jouissive assurée.