Salut à toi, ô mon frère de Marin Ledun

Editeur : Gallimard – Série Noire

Après un séjour chez Ombres Noires Flammarion pour cinq romans fabuleux, Marin Ledun change de style et de maison d’édition pour un roman plus léger, ancré dans notre monde d’aujourd’hui. Une lecture distrayante et intelligente

La couverture présente le visage d’une jeune femme à l’envers, ayant les cheveux teints en rose. Elle s’appelle Rose et est l’aînée dans une famille nombreuse et originale et révoltée, voire rebelle.

« Un père, une mère et leurs six enfants. Deux filles, quatre garçons. Une équipe mixte de volley-ball et deux remplaçants, ma famille au grand complet. Neuf en comptant le chien. Onze si l’on ajoute les deux chats ».

Voilà une famille « normale », la famille Mabille-Pons. Si ce n’est que la mère est infirmière, le père clerc de notaire. Ils ne sont pas mariés car Adélaïde ne veut pas se conformer aux règles de la société. A cela s’ajoute six enfants, trois naturels, trois adoptés de pays en difficulté, dont Gus, le petit dernier, qui est un petit colombien.

Un matin, toute la famille se réveille et se prépare pour aller au travail. Gus manque à l’appel. Son lit qui n’est pas défait montre qu’il a découché. Peu après, on apprend qu’il est recherché pour le braquage d’un bureau de tabac qu’il aurait réalisé avec deux complices. Et voilà Rose, coiffeuse de son état, lancée dans cette enquête mais aussi témoin d’un monde de fous.

Clairement, ce roman n’a rien à voir avec les romans noirs précédents de Marin Ledun. Le ton y est léger, humoristique et vivace. Au premier plan, on y trouve évidemment le portrait d’une famille un peu foutraque, en rupture de ban d’une société qui veut ranger les gens dans des cases étiquetées. Chacun des personnages ont leur propre vie, leur propre psychologie, et Rose va nous décrire cette vie, entre révolte et mal-être liés à son âge. Je mettrais une mention spéciale à Adélaïde, mère courage, toujours en opposition avec la société et ses règles figées, prête à défendre ses enfants envers et contre tous.

De cette histoire simple, Marin Ledun nous montre tout le ridicule de cette situation mais aussi tous les travers auxquels on ne fait plus attention. On y parle de la position des femmes que l’on néglige ou n’écoute pas (les flics ne veulent parler qu’au père), du racisme ordinaire (Gus est forcément coupable puisque sa couleur de peau est trop foncée pour être honnête) mais aussi du clivage jeune – vieux (plus que jamais, dès qu’il y a un problème, c’est de la faute des jeunes).

L’intrigue, comme cette famille, est anarchique et passe au second plan, puisque c’est bien la peinture de la société qui passe en premier et la façon dont Rose nous en parle. Si cette lecture peut paraître divertissante, et m’a fait penser aux premiers romans de Daniel Pennac ou même de Gilles Legardinier de Demain j’arrête, elle nous met quelques évidences devant les yeux quelques travers qui font de cette lecture un excellent moment de divertissement intelligent par sa lucidité. Un roman pour la fraternité et contre la morosité. Et comme il y aura une suite à ce roman, je serai sans aucun doute au rendez vous.

Le titre est tiré d’une chanson des Béruriers Noirs que j’avais vus en concert à l’époque et qui me manquent.

Ne ratez pas les avis de Livresàprofusion, Laulo, Nyctalopes , Yan , et Yvan

La nouvelle saison de River Falls

Alexis Aubenque s’est fait connaitre en 2008 (10 ans déjà !) avec une première trilogie se déroulant à River Falls, petite ville des Rocheuses. On y suit les enquêtes de Mike Logan le shérif et de Liz Hurley, profileuse du FBI. Alexis Aubenque, auteur prolifique puisqu’il écrit deux romans par an et créatif, s’est un peu éloigné de cet univers, nous proposant des enquêtes policières dans d’autres villes des Etats Unis.

La série River Falls continue et nous revient chez Bragelonne dans deux de leurs collections de poche avec Retour à River Falls (chez Milady Thriller) et Des larmes sur River Falls (Chez Bragelonne Thriller). Sachez que vous pouvez lire cette nouvelle série sans avoir lu la précédente trilogie mais que ces deux romans se suivent de quelques mois et qu’il vaut mieux les lire à la suite. Notez aussi sur vos tablettes que 7 jours à River Falls, le premier de la série sortira en octobre de cette année.

Retour à River Falls d’Alexis Aubenque

Editeur : Milady Thriller

Le titre parle de retour à River Falls et c’est le cas des deux principaux protagonistes de cette histoire. Mike Logan est de retour aux commandes après avoir été élu shérif à plus de 90% et Stephen Callahan, journaliste reporter de guerre y revient après 13 années d’absence. Mike Logan aspire à une vie tranquille, rêvant de protéger sa ville dans la sérénité et Stephen Callahan va habiter chez sa sœur pour faire une pause après des années de tumulte et de danger.

Alors que le Big Circus vient s’installer en ville, le corps d’une jeune fille est découvert dans une grotte par des campeurs. Mike Logan d’un coté et Stephen Callahan de l’autre vont mener chacun leur enquête pour tenter de découvrir l’auteur de cette macabre mise en scène. Evidemment, la présence du cirque et ses athlètes étrangers font figure de coupables idéaux.

La force d’Alexis Aubenque est bien de savoir raconter simplement des histoires complexes. Il nous place dans le décor de River Falls, nous explique simplement les relations entre tous les personnages et démarre son roman en suivant une ligne directrice totalement logique. Il arrive aussi à donner autant d’importance aux relations familiales qu’à l’enquête elle-même, et agrémente tout cela par des dialogues formidablement réussis.

Dans ce roman policier, les fausses pistes vont s’amonceler, et la concurrence entre le journaliste et le policier faire rage pour aboutir à une scène finale d’anthologie dans la plus pure tradition du roman populaire. Alexis Aubenque déploie tout son talent pour nous offrir une histoire passionnante où tous les personnages présentent chacun des failles, et où la rupture n’est pas loin. Un retour à River Falls très réussi.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Des larmes sur River Falls d’Alexis Aubenque

Editeur : Bragelonne Thriller

Deux mois après l’affaire du Big Circus, l’automne arrive tranquillement, jusqu’à ce jour du lundi 4 septembre où on appelle le shérif Mike Logan pour une affaire bien singulière : Dans une ferme isolée de la ville, le corps du propriétaire est découvert crucifié à coté de sa grange, avec un panneau accroché autour du cou où est inscrit la phrase : « Là est ta place ».

Stephen Callahan, devenu reporter pour la ville de River Falls, va s’intéresser à cette enquête, d’autant plus qu’il a espoir d’avoir des infos de premier ordre grâce à Lindsay Wyatt. Liz Hurley doit quant à elle se rendre à Seattle pour une autre enquête et Mike Logan a à cœur de résoudre seul cette affaire. Mais le nombre de pistes est nombreux et les bouleversements familiaux éprouvants.

Il est inutile de vous dire qu’il vaut mieux avoir lu le précédent volume pour apprécier celui-ci. C’est une nouvelle fois une enquête à multiples rebondissements à laquelle nous allons avoir à faire, dans laquelle on trouve un Mike Logan un peu perdu devant cette affaire horrible. Sans en rajouter dans le gore alors que les meurtres sont sanglants, Alexis Aubenque prend le parti pris de faire avancer son enquête avec de nombreux dialogues et des événements qui vont remettre en cause la stabilité des protagonistes.

Et que dire du scénario qui nous emmène dans toutes les directions, d’une complexité exemplaire avec un dénouement pour le moins surprenant, à tel point que je me suis demandé comment cet auteur pouvait créer de telles intrigues et les raconter aussi simplement, avec son style si fluide et évident. Dire qu’il va falloir attendre l’année prochaine pour lire le dernier tome de cette nouvelle saison ! Un roman énorme et passionnant.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Oldies : La vie même de Paco Ignacio Taibo II

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Juan Marey

Je continue ma rubrique Oldies qui est consacrée en cette année 2018 à la collection Rivages Noir. J’ai choisi un auteur connu dont je n’ai jamais lu un roman, et c’est l’occasion de découvrir le Mexique dépeint par Paco Ignacio Taibo II.

L’auteur :

Paco Ignacio Taibo II ou Francisco Ignacio Taibo Mahojo, né le 11 janvier 1949 à Gijón en Espagne, est un écrivain, militant politique, journaliste et professeur d’université hispano-mexicain, auteur de romans policiers.

Né en 1949 à Gijón, dans les Asturies, en Espagne, «il grandit au sein d’une famille espagnole très engagée dans la lutte contre le franquisme.» En 1958, il a 9 ans quand sa famille de la haute bourgeoisie de tradition socialiste, émigre pour le Mexique, fuyant la dictature. Le jeune Paco est déjà un passionné de lecture grâce à son grand-oncle, féru de littérature. Son père Paco Ignacio Taibo I écrivain, gastronome, dramaturge et journaliste travaille pour la télévision mexicaine jusqu’en 1968.

En 1967, Paco Ignacio Taibo II écrit son premier livre, mais ce n’est qu’en 1976 qu’il publie son premier roman noir Jours de combat (Días de combate), où il met en scène pour la première fois son héros, le détective Héctor Belascoarán Shayne, un ancien ingénieur, diplômé d’une université américaine, qui est devenu détective privé à Mexico. Ce personnage borgne qui, comme son nom le laisse deviner, est d’origine basque et irlandaise, rappelle les héros des univers de «Hammett pour le côté politique et de Chandler pour le côté moral, mais il fait aussi référence à Simenon pour les aspects du quotidien.» Deux autres séries policières ont été créées par l’auteur : l’une, historique, met en scène quatre amis du révolutionnaire Pancho Villa, dont le poète Fermin Valencia ; l’autre, qui se déroule à l’époque contemporaine, a pour héros José Daniel Fierro, un célèbre auteur de roman policier qui réside à Mexico, sorte de double de Taibo.

Paco Ignacio Taibo II devient professeur d’histoire à l’Université de Mexico dans les années 1980. Il a écrit de nombreux essais historiques sur le mouvement ouvrier, ainsi qu’une importante biographie de Che Guevara qui le fit connaître largement au-delà du Mexique.

En avril 2005, il écrit avec le sous-commandant Marcos (pseudonyme de Rafael Guillén) le roman Des morts qui dérangent (Muertos incómodos). En outre, il est président de «l’association internationale du roman noir» et collabore activement à l’organisation de la Semana negra (Semaine noire), festival de littérature et de cinéma de Gijón.

Depuis 2007, il est le conseiller de la maison d’éditions L’Atinoir qui publie à Marseille de la littérature d’Amérique latine. Il collabore depuis 2016 à la revue Délibéré, dans laquelle il a publié des nouvelles ainsi que des articles consacrés au football, à la lecture, ou à l’écrivain et journaliste argentin Rodolfo Walsh.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

En un an et demi, deux chefs de la police municipale de Santa Ana, la ville  » rouge  » du nord du Mexique, ont été assassinés. Jose Daniel Fierro, célèbre écrivain de romans policiers, accepte de leur succéder. Il est bientôt confronté à deux cadavres (dont celui d’une « gringa », retrouvé nue dans l’église du Carmel), à la corruption, aux émissaires du gouvernement central, qui essaie de contrarier le destin  » rouge  » de la municipalité et à une histoire policière sans solution qui est plus proche de  » la vie même  » que de la fiction.

Mon avis :

C’est un roman original dans la forme que nous propose Paco Ignacio Taibo II plus que dans le fond. Le sujet aussi participe à l’intérêt que l’on peut porter à ce roman, puisqu’une ville, gangrenée par le crime va faire appel à un auteur de romans policiers pour prendre la tête de la police. Et tout incompétent qu’il est, José Daniel Fierro va apporter aux policiers les méthodes pour résoudre les affaires qu’il a en charge.

Il y a à la fois une sorte de recul, de détachement dans la narration mais aussi beaucoup d’humour, de dérision envers une ville qui s’est habituée à être la proie des truands et des tueurs. Et la résolution ne sera pas extraordinaire comme on peut la trouver dans les romans policiers habituels mais elle viendra de témoignages des uns et des autres.

Avec ses chapitres très courts, Paco Ignacio Taibo II va alterner les chapitres narratifs avec les lettres de José Daniel Ferrio à sa femme qui est restée au pays, ce qui nous montre son état de stress et ses questionnements, mais aussi avec les propres notes de l’auteur de romans policiers en vue d’écrire l’histoire de la municipalité rouge de Santa Ana. C’est la façon qu’a choisi l’auteur pour dénoncer les travers de son pays, la corruption généralisée, les politiques véreux et la mainmise des criminels sur la ville. Ce roman s’avère à la fois un témoignage et une mise en garde sur le chemin néfaste qu’a pris son pays, le Mexique, dans les années 80, et il est intéressant, passionnant de le lire encore aujourd’hui.