La disparition d’Adèle Bedeau de Graeme MacRae Burnet

Editeur : Sonatine

Traductrice : Julie Sibony

Ayant raté son précédent roman L’accusé du Ross-Shire, qui est en fait son deuxième, je me rattrape avec La disparition d’Adèle Bedeau, qui vient de paraître et qui est son premier roman. Amateurs de romans psychologiques et d’ambiance, celui-ci est pour vous.

A Saint Louis, petit village proche de Mulhouse, le restaurant de la Cloche trône sur la place. Tous les midis, Manfred Bowman vient y manger, ainsi que le jeudi soir. Bowman est le directeur de la banque. C’est un personnage renfermé, mystérieux et discret. Il n’est pas marié, même pas en couple et on ne lui connait pas de liaison. Par contre, il aime regarder Adèle Bedeau, la serveuse, se déplacer se déplacer dans la salle, se pencher sur les tables pour les nettoyer. Il aime regarder son chemisier s’ouvrir légèrement pour apercevoir les bretelles de son soutien-gorge.

Un soir, Adèle a fini son service et Bowman sort juste après elle. Comme ils prennent la même direction, il la suit à quelques mètres de distance. Il s’imagine qu’elle va lui adresser la parole, qu’ils pourraient peut-être prendre un verre. Soudain, elle s’arrête à un coin de rue. Ils échangent quelques mots puis une moto débarque et un jeune homme l’embarque après lui avoir passé un casque. Le lendemain, Adèle ne vient pas au travail.

L’inspecteur Georges Gorski est en charge de cette enquête. D’un naturel plutôt débonnaire, il va interroger plusieurs personnes. En parallèle, des battues sont organisées pour retrouver la jeune femme. Quand il interroge Bowman, l’entrevue est cordiale et Bowman décide mentir quand on lui demande s’il a vu Adèle. Gorski fait montre d’une belle obsession, liée à une affaire qui date de 20 ans, où le corps d’une jeune femme a été retrouvé étranglé dans les bois autour de Saint Louis. La disparition d’Adèle remue de douloureux souvenirs et son incapacité à trouver le coupable.

Adeptes de romans d’action, passez votre chemin. Ce roman est un roman psychologique, qui va décrire dans le détail les réactions des deux personnages principaux, Bowman et Gorski. Pour chaque événement, somme toute banal, Bowman va s’inquiéter des interprétations des autres sur lui, de sa possible implication dans une disparition à propos de laquelle il n’y est pour rien. Gorski va lui se poser des questions sur ce qu’il est, sur ce qu’il fait et sur ce qu’il devrait faire, se dévalorisant tout le temps par rapport à ce que les autres attendent de lui.

Bowman est du genre à se glisser dans le trou d’une souris, du genre à ne pas vouloir faire de vague, du genre à vouloir qu’on l’oublie. Pour vivre heureux, vivons caché, serait sa maxime. Gorski porte sa croix depuis la condamnation d’un innocent lors d’une affaire qui date de 20 ans. Il ne se remet pas de cette affaire, et veut donc toutes les preuves avant d’avancer quoi que ce soit. Même sa femme, sa belle famille le considèrent comme un mauvais policier, alors que lui ne cherche pas la gloire mais juste redorer son blason, sa réputation, l’estime qu’il a de lui-même.

Le rythme est lent, lancinant comme la vie des petits villages, où il ne se passe pas grand’chose. L’auteur va nous montrer finalement la vie normale des gens normaux, y ajoutant les angoisses des protagonistes. C’est une des forces de ce roman. On arrive à s’imprégner de l’ambiance d’un petit village, de suivre le rythme nonchalant et de se passionner par les réactions de Bowman ou Gorski. C’est cette grande qualité qui le rapproche des romans d’Albert Simenon.

Et ce n’est pas une référence jetée au hasard. On peut aussi y ajouter Claude Chabrol, cité dans la préface, par l’auteur lui-même. D’ailleurs, dans cette préface, l’auteur imagine la biographie imaginaire de Raymond Brunet qui aurait écrit ce roman en 1982, roman qui aurait été porté à l’écran en 1989 par Claude Chabrol. Ce roman est un bel hommage envers ces auteurs qui ont su recréer la vie des villages, sans esbroufe.

 

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