Des poches pleines de poches

Voici le retour de cette rubrique consacrée aux livres au format poche.

Si belle mais si morte de Rosa Mogliasso

Editeur : Finitude (Grand format) ; Points (Poche)

Traducteur : Joseph Incardona

« Elle était aussi belle qu’elle était morte. »

Elle est allongée au bord d’un fleuve, et seules ses chaussures rouges amenaient un peu de couleur à ce décor triste. Il y a bien une femme promenant son Teckel, Oscar qui se pose la question de ce qu’elle doit faire. Puis c’est un couple de deux jeunes adolescents qui décident de partir bien vite, pour éviter que les flics fouillent leurs poches et trouvent de l’herbe. Puis, un solitaire à moitié cinglé s’approche, la regarde, la hume, et décide de lui prendre une chaussure … pour la lancer dans le fleuve. Alfonso, masseur « spirituel » entend le fou crier et tombe sur le corps ; comme son petit ami Luigi est en prison, il ne veut pas lui attirer plus d’ennuis.

Et vous ? Si vous rencontriez le corps d’une jeune femme morte, que feriez-vous ? A partir de ce postulat, l’auteure décide nous montrer cinq personnages tous différents, tous occupés par leur quotidien, qui ne vont pas être bouleversés par ce corps mais juste être impactés. Ils vont donc suivre leur trajectoire, qui va immanquablement les ramener sur le même lieu. Jusqu’à la dernière page, qui est hilarante, d’un humour bien grinçant et bien jaune. Un conseil : ne lisez pas la dernière page avant d’avoir lu le reste, et jetez vous sur votre libraire pour lire ce court roman (129 pages) décidément pas comme les autres.

Manhattan chaos de Michaël Mention

Editeur : 10/18 (inédit)

13 juillet 1977, New York. Miles Davis n’a pas touché un instrument depuis deux ans. Il se terre dans son appartement, se gavant de drogues pour oublier son quotidien, sa vie, son passé, son œuvre, son génie, sa malédiction. Soudain, le quartier de Manhattan va subir une gigantesque coupure d’électricité qui va plonger la ville dans le noir. Malencontreusement, Miles Davis va renverser la boite métallique dans laquelle il garde sa drogue. Contre son gré, il va devoir mettre un pied dehors et aller chercher de quoi le sustenter. Cela va être l’occasion pour lui de se confronter à ce qu’il est et il se retrouver à la croisée du chemin, entre musique et mort.

Les romans de Michael Mention pourraient être classés en trois catégories : les romans noirs, les romans historiques et les OLNI, Objets à Lire Non Identifiés pour les ignares. Mais ce serait bien réducteur, même si ce roman fouille à la fois la vie de Miles Davis, les années 70 et qu’il n’est pas forcément facile d’accès. Car ce jeune auteur a décidé de fouiller l’esprit malade d’un drogué, un génie de la musique qui résiste pour ne plus jouer, car il n’est jamais arrivé à la note parfaite.

Dans ce New York plongé dans le noir, Miles Davis va donc lutter contre ses démons, aidé en cela par un personnage évanescent, Dieu ou Diable, peu importe, et qui va le forcer à regarder en face d’où il vient, ce qu’il est et où il va. En cela, ce roman est à rapprocher des romans sur les drogués (et ils sont nombreux). Mais avec son style haché et parfois ondulé et fluide, l’auteur va donner un rythme entrecoupé de morceaux rapides entourés de passages plus lents.

Michael Mention va aussi s’interroger sur la création (et en cela il se rapproche de son Maison fondée en 1959), sur ce qui pousse les hommes à rechercher non pas la beauté mais la perfection. Il va aussi nous immerger dans les années 70, toutes en paillettes alors que la pauvreté n’a jamais été aussi grande (la ville de New York est en faillite). Malgré son sujet très ambitieux et sa petite taille, 210 pages, ce roman aborde beaucoup de sujets et dit beaucoup de choses, et vaut le détour.

 

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4 réflexions sur « Des poches pleines de poches »

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