La bête et la belle de Thierry Jonquet

Editeur : Gallimard – Série Noire

Tous les billets de ma rubrique Oldies de 2019 seront dédiés à Claude Mesplède.

En choisissant de mettre en valeur les romans de la Série Noire, je me devais de parler d’un de mes auteurs français favoris, Thierry Jonquet. Tout le monde connait Mygale, mais il faut lire tous ses romans pour bien comprendre l’ampleur de son œuvre, et sa façon de décortiquer, toujours avec humour, la société française.

L’auteur :

Thierry Jonquet est un écrivain français, né le 19 janvier 1954 dans le 14e arrondissement de Paris et mort à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris le 9 août 2009. Auteur de polar contemporain, il a écrit des romans noirs où se mêlent les faits divers et la satire politique et sociale. Il a également publié sous les pseudonymes de Martin Eden et Ramón Mercader, et utilisé les noms de Phil Athur et Vince-C. Aymin-Pluzin lors d’ateliers d’écriture.

Thierry Jonquet a une enfance marquée par le cinéma. Il fait ses études secondaires au lycée Charlemagne à Paris, puis étudie la philosophie à l’université de Créteil et, plus tard, l’ergothérapie. Il travaille ainsi en gériatrie.

Devant le spectacle de la mort omniprésente, il commence à écrire pour raconter l’horreur et pour rendre hommage à un pensionnaire avec qui il s’était lié d’amitié. Lassé de l’environnement hospitalier, il brigue un poste d’instituteur. Il se voit affecté à un centre de neuropsychiatrie infantile. Puis il est nommé par l’Éducation nationale dans les cités de banlieue nord-parisienne où il est responsable d’une classe de section d’éducation spécialisée.

Tous ces métiers l’ont mis en contact avec les « éclopés de la vie », « lui (ont) permis de découvrir le monde des vieillards oubliés, des handicapés, des délinquants, tableau complet de la défaillance de nos sociétés ». Lorsque Thierry Jonquet découvre assez tardivement les romans de la Série noire, il peut faire le lien entre la violence du réel et la violence littéraire. Il publie son premier roman, Mémoire en cage, en 1982.

Si les romans sont de pures fictions où il réinvente la réalité, il puise dans les faits divers, en revendiquant une totale liberté. Son roman Moloch lui vaut ainsi un procès. Bien que ses romans mettent en scène une société malade qui engendre la violence, la haine, le désir de vengeance, Thierry Jonquet refuse de porter l’étiquette d’auteur engagé. Même s’il ne cache pas qu’il est un homme de gauche, ses convictions ne s’expriment que très discrètement dans son œuvre. Thierry Jonquet mène de front deux activités distinctes — celle de scénariste et celle de romancier. Les personnages de son roman Les Orpailleurs ont donné naissance à une série télévisée, Boulevard du Palais. Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des grands auteurs de romans noirs et ses livres sont autant de merveilles de construction, d’angoisse et d’intelligence narrative.

Son livre Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte est adapté par Emmanuel Carrère pour la télévision sous le titre Fracture en 2010, pour un téléfilm réalisé par Alain Tasma. Son roman Mygale est adapté en 2011 au cinéma par le réalisateur espagnol Pedro Almodóvar, sous le titre La piel que habito.

Il raconte son engagement militant à Lutte ouvrière, puis à la Ligue communiste révolutionnaire et Ras l’Front dans Rouge c’est la vie, où il disait de lui :

« J’écris des romans noirs. Des intrigues où la haine, le désespoir se taillent la part du lion et n’en finissent plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n’accorde aucune chance de salut. Chacun s’amuse comme il peut. »

Lors de ses obsèques, un certain nombre d’anciens militants de la LC/LCR sont présents dont Romain Goupil.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Léon est vieux. Très vieux. Léon est moche. Très moche. Léon est sale. Vraiment très sale ! Léon se tient très mal à table. C’est dans sa nature… C’est triste ? Non : Léon a enfin trouvé un ami, un vrai de vrai ! Seulement voilà, le copain en question est un peu dérangé. Parfois dangereusement. Mais Léon est indulgent envers ses amis. Pas vous ?

Mon avis :

La bête et la belle n’est pas un conte de fées, plutôt un conte pour adulte, qui se vautre dans la glauque. C’est aussi un roman choral où l’on voit se succéder Léon, le Coupable, l’Emmerdeur, et Rolland Gabelou le commissaire. Le Coupable a tué Irène, sa femme, et a mis le corps dans le congélateur. Pour cacher son méfait, le Coupable va inviter le vieux Léon à vivre avec lui, et entasser les sacs poubelle dans l’appartement, pour cacher le congélateur. Puis, comme cela ne suffit pas, il va commettre des meurtres pour détourner l’attention de lui …

Avec une intrigue décalée et incroyable, Thierry Jonquet va nous peindre une société qui ne s’intéresse pas à son voisin, et où tout déraille. Comme les trains électriques qui sont la passion du coupable. Thierry Jonquet regarde, observe, dissèque et tire sur un bon nombre d’institutions sans en avoir l’air, de l’éducation à la police, en passant par la télévision, les journalistes ou les petits commerces.

D’un humour noir sarcastique, il nous déroule son intrigue, entrecoupée d’une confession que le coupable a enregistré sur une cassette audio (eh oui, les jeunes, ça a existé !), que Gabelou va écouter pour comprendre comment on peut en arriver à de telles extrémités. Car c’est bien le sujet de ce roman : cette société de plus en plus violente qui créé des monstres qui alimentent les informations mais qui se dédouane en affichant un portrait plus propre que propre.

Ce roman est construit d’une façon à la fois originale et totalement impressionnante, tout en s’enfonçant dans le glauque (sans goutte de sang). Et la fin, mes aïeux, la fin, réalisée en deux actes va remettre toutes vos pendules à zéro. Elle est à la fois noire, désespérante mais aussi tout à fait géniale. Vous avez cru ce qu’on vous a montré avant ? C’est le genre de retournement de situation qui donne envie de relire le livre. Génial !

Voilà pourquoi Thierry Jonquet est mon auteur français favori.

9 réflexions sur « La bête et la belle de Thierry Jonquet »

  1. Bonsoir Pierre
    Robert Soulat, qui était à l’époque le directeur de la Série Noire, croyait tellement en ce roman et en Thierry Jonquet qu’il avait sélectionné cet ouvrage pour être le numéro 2000 de la collection.
    En lien je te mets ma chronique, uniquement pour le plaisir de la couverture originale :
    http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/2015/05/thierry-jonquet-la-bete-et-la-belle.html

    Amitiés et bonne soirée

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  2. Oups, pas encore lu ce roman dont tout le monde ne me dit que du bien… Non, pas frapper, pas frapper ! J’avais même pas vu qu’il portait le numéro 2000… alors qu’il est dans ma biblio… là, je sens que je vais m’en prendre une sur l’arrière de mon crâne de piaf 😆

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