Chronique virtuelle : Ska cru 2019

Comme tous les ans, je vous propose une petite revue des derniers titres parus chez Ska, ou du moins certains d’entre eux. Voici donc quelques lectures électroniques noires, pour notre plus grand bien. L’ordre des billets ne respecte pas mon avis mais l’ordre de mes lectures. Tous ces titres et plus encore sont à retrouver sur le site de Ska : https://skaediteur.net/

Cercueil express de Mouloud Akkouche

Mohamed est devenu humoriste en France. Quand on lui apprend que sa mère est malade, il ne songe qu’à retourner au pays, l’Algérie, pour la voir. Mais des extrémistes ont juré de lui faire la peau à cause de certaines phrases dans son spectacle. C’est son fils ainé qui a l’idée : il n’a qu’à faire le voyage enfermé dans un cercueil.

Même si le sujet peut prêter à rire, et si on peut aisément imaginer une comédie avec ce thème, c’est avec beaucoup de délicatesse et de finesse que Mouloud Akkouche nous raconte cette histoire. On y passe facilement de la comédie à l’émotion en passant par la rage en une vingtaine de pages. Cette nouvelle est l’illustration parfaite de la façon de raconter une histoire simplement.

Kidnapping de Luis Alfredo :

Le quotidien d’un officier de police est très varié de nos jours. Le commandant René Charles de Villemur peut passer d’un rassemblement politique à un suicide en passant par la disparition d’une personne. C’est la disparition de Véronique Chérelle qui va l’occuper, rapportée par son adjoint Octave. Celle-ci a organisé un repas avec des amis et elle n’est pas présente, laissant son mari gérer le repas. Parmi les amis, il y a l’influent M. de Saint-Mont. Devant l’inquiétude de l’assistance, Chérelle appelle la police, ce qui va donner à une enquête sous haute tension dès lors que l’on touche aux grands de ce pays.

Quelle idée de démarrer par l’épisode 3 de cette série ! Je découvre donc bien tard cette série et je dois dire qu’on peut les lire indépendamment les uns des autres. Il y a un coté suranné dans le style, un coté légèrement décalé et humoristique, voire sarcastique, qui rendent cette lecture passionnante. L’intrigue est simple mais en peu de mots, l’auteur créé des psychologies, une ambiance et c’est du pur plaisir. Pour tout vous dire, j’ai déjà acheté les autres épisodes ! Je pense que j’y reviendrai plus en détail plus tard …

Baiser du soir de Gaëtan Brixtel

Léa se rappelle ses deux grands parents qui se sont aimés durant toute leur vie. Ils ont toujours montré un visage avenant, humoristique, pas sérieux. Le grand père en particulier racontait à Léa toute jeune ce qu’on ne dit qu’aux grandes personnes. Et ça énervait le père.

Je ne peux vous en dire plus sur cette nouvelle de 12 pages qui sent bon le vécu. Sous la forme d’une chronique familiale, il additionne les anecdotes pour mieux cerner la psychologie des personnages et surtout enfermer le lecteur dans ses bras de lettres. C’est une bouffée d’émotion intense jusqu’à la chute d’une noirceur sans pareille. L’une de mes nouvelles favorites de cet auteur.

Contrat de chair de Mathilde Bensa :

Victorine quitte Le Havre au mois d’aout 1863 à bord de l’Isis, à destination de Port-de-France. Orpheline, elle avait été désignée parmi d’autres pour repeupler la Nouvelle Calédonie. Chenepa est canaque et a donné cinq enfants à Baptiste mais trois seulement ont survécu à la terrible fièvre ; elle se retrouve supplantée par Victorine. Victorine aura une fille Marie. C’est 13 ans plus tard que le drame va se jouer.

Cette nouvelle est surprenante par sa concision, nous insérant dans un monde inconnu, dans une famille inconnue et nous fait vivre une horreur comme il en existe tant. Si encore une fois, cela me parait court, c’est bien parec que cette plume expressive est très addictive et qu’on aimerait qu’elle nous raconte d’autres histoires plus longuement.

Lola de Louisa Kern

Comme une lettre, cette nouvelle nous raconte des souvenirs, des itinéraires, des regrets sur un homme qui a vécu les barricades, qui a fait de la prison et s’aperçoit vingt ans plus tard qu’il a raté sa vie. A mon avis, c’est un peu court, et pourtant ces phrases regorgent d’émotions brutes.

Dur à avaler de Stéphane Kirchacker :

En principe, quand il n’y a pas de corps, il n’y a pas de meurtre. Le capitaine Ludovic Grelier interroge une danseuse de boite de nuit habillée en geisha. Il veut savoir où peut bien être Maître Xavier Rochard. Il est loin d’imaginer ce qui a bien pu se passer, très loin, trop loin. Comme quoi, il faut se méfier des apparences.

Cette nouvelle policière prend une tournure plutôt classique, mais en respecte tous les codes. Un lieu, une description sommaire, des dialogues bigrement efficaces, une scène importante qui change tout, et surtout une fin ENORME. En même temps que je découvre un nouvel auteur, je découvre un nouveau talent. Un conseil : ne ratez pas cette nouvelle !

Le fils de Gaëtan Brixtel :

Le retour du fils prodigue … enfin, pas tout à fait. Dans une famille comme toutes les autres, le père est à la retraite et taille sa haie l’été. La mère sourit tout le temps. Le fils, c’est Vincent Deschamps, et il est de retour pour quelques temps … ou pas. Il retrouve ses copains d’avant, sa copine et ses souvenirs. Il est heureux mais aussi profondément désespéré, alors il prend des anxiolytiques. Beaucoup …

Portrait d’un jeune désœuvré, cyclothymique ou bipolaire, sans avenir, sans espoir, qui passe de la joie simple à la noirceur de son âme désespérée, cette nouvelle arrive à nous recréer une ambiance de village, une vie de famille, ses souvenirs, ses photos, ses secrets en tout juste un peu plus de 20 pages. C’est juste parfait, il y a un équilibre entre la narration et le parti pris de l’auteur d’avoir choisi de raconter son histoire en basculant entre le Je et le Il, pour montrer les états d’âme de Vincent. Petit à petit, cette histoire bascule dans le noir, l’horreur, l’inimaginable. C’est juste magnifique.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Il est à noter que l’Oncle Paul a chroniqué quasiment tous ces titres. Allez donc y fouiller !

Le pari de Gaëtan Brixtel :

Vincent et Anne sont deux adolescents. Elle semble avoir besoin de protection, lui veut la protéger. Quand ils se retrouvent seuls, elle lui propose un bain de minuit. Mais il fait froid, il fait nuit, et cette nuit va faire mal.

Comme une scène de film, décrite avec tant de justesse, cette nouvelle en devient vite une scène de torture. Et si la fin est indécise, pour notre plus grand plaisir, elle devient vite une tranche de vie amère, de celles que l’on n’oublie pas. Il y a comme un air de nostalgie, de regrets derrière ces lignes, qui font partie des cicatrices que l’on porte en nous.

3 réflexions sur « Chronique virtuelle : Ska cru 2019 »

  1. Bonsoir Pierre
    Ah lire bien au frais alors que dehors la chaleur amollit les neurones, quel plaisir ineffable.. Et parmi ta sélection, j’ai particulièrement aimé les nouvelles de Gaétan Brixtel, dont un recueil est paru chez Horsain, mais également l’Itinéraire d’un flic de Luis Alfredo en plusieurs épisodes, sans oublier Louisa Kern..
    Merci à toi et à bientôt pour d’autres aventures chez Ska !
    Amitiés

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  2. Salut Paul, par manque de temps, je n’ai pas mis les liens vers toutes tes chroniques. Mais tu les as je crois toutes lues et chroniquées. Je crois. Gaëtan Brixtel, incontestablement, est un grand de la nouvelle. Je reviendrai sur l’Itinéraire d’un flic, probablement avec un billet dédié. Amitiés

    J'aime

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