Le chouchou du mois de février 2020

Le mois de février étant un mois court, il y aura forcément eu moins de billets, même si j’aurais lu beaucoup de romans. Malgré un temps maussade (j’ai lu sur Internet que les français considéraient le mois de février comme le plus triste de l’année), je vous ai proposé des romans qui ont tous un point commun : émotionnellement, ils sont tous très forts et nous présentent tous des thèmes forts. Sauf un …

Meilleurs vœux de la Jamaïque de Ian Fleming (Fleuve Noir 1982) est un recueil de nouvelles mettant en scène James Bond 007, qui m’a rappelé ma jeunesse. Une lecture divertissante, sans plus. Ce billet a été publié dans le cadre de la rubrique Déstockage.

J’ai tué Kennedy de Manuel Vazquez Montalban (Points) a été l’occasion de découvrir cet auteur que je n’avais jamais lu. C’est un roman sarcastique et qui donne dans l’anti-américanisme en présentant les Kennedy comme des gens superficiels. C’est parfois hilarant, souvent cynique et grinçant.

Noir comme le jour de Benjamin Myers (Seuil) est la suite directe de son précédent roman Dégradations, et reprend les 2 personnages principaux. Benjamin Myers est toujours aussi fort pour montrer son pays en déliquescence et il en profite pour charger les médias dans ce roman. Dommage que l’intrigue soit si peu rigoureuse.

Celle qui pleurait sous l’eau de Niko Tackian (Calmann Levy) marque aussi le retour de Tomar Kahn aux prises avec la nécessité de se disculper d’une accusation d’un inspecteur de l’IGPN. Du coup sa collègue et amante Rhonda doit résoudre seule une étrange affaire de suicide. Et Niko Tackian dénonce toutes ces affaires de personnes poussées au suicide qui passent au travers des statistiques.

Une ritournelle ne fait pas le printemps de Philippe Georget (Jigal) est aussi une suite de série, celle des saisons de Gilles Sebag. Avec cet exceptionnel roman policier, car ne présentant aucun défaut, Philippe Georget nous parle de la société franchement et de façon totalement lucide.

Tuer le fils de Benoit Séverac (Manufacture de livres) prend comme point de départ un suicide déguisé pour dévoiler et détailler les relations familiales entre un père et un fils et surtout les conséquences. Très fort émotionnellement et génialement construit, ce roman nous pose des questions importantes et nous marque de façon indélébile.

Après les romans policiers, passons au roman noir avec La certitude des pierres de Jérôme Bonnetto (Inculte) qui nous présente un duel entre un jeune berger et un groupe de chasseurs. Si l’histoire est classique, l’écriture atteint par moments des sommets rares.

Et toujours les forêts de Sandrine Collette (Jean-Claude Lattès) est le dernier roman en date de cette auteure dont je lis tous les romans depuis le début. A chaque fois, elle change de sujet, de cadre, mais elle y appose toujours sa patte, son style. Ce roman apocalyptique évite le sensationnel pour se concentrer sur l’humain et sur la survie. C’est un roman juste, psychologiquement juste, juste impressionnant.

Cinq cartes brûlées de Sophie Loubière (Fleuve Noir) m’aura permis de découvrir une auteure que je n’avais jamais lu jusqu’à présent. J’ai été impressionné par le talent de l’auteure, sa faculté à nous immerger dans la psychologie d’une personne, tout en déroulant une histoire terrible au scénario implacable. De l’importance des choix et de l’influence des autres sur ceux-ci.

Le titre de chouchou du mois de février revient à Tuer le fils de Benoit Séverac (Manufacture de livres) parce que ce roman a su me toucher et m’a obligé à me remettre en cause. D’une remarquable intelligence, tant dans sa construction que dans le déroulement de son histoire, avec ses personnages formidablement choisis et construits, je n’ai aucun doute que ce roman va vous prendre aux tripes.

J’espère que ces billets vous auront été utiles dans vos choix de lecture. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau bilan et un nouveau titre de chouchou du mois. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Tuer le fils de Benoit Séverac

Editeur : Manufacture de livres

J’avais adoré 115, et dans un autre genre, j’ai adoré ce roman. Avec sa couverture à contre-jour, avec ce titre terrible, et cette histoire qui tourne autour de la relation Père / Fils, ce roman a tout pour toucher le lecteur.

Le corps de Patrick Fabas est découvert chez lui. La mise en scène veut faire croire à un suicide raté : il aurait tenté de se pendre, et en tombant, sa tête aurait cogné sur la table basse, le tuant sur le coup. Sauf que la plaie qu’il a à la tête peut venir du cendrier massif, retrouvé cassé à proximité. Aucun indice ne laisse supposer qu’il se serait suicidé. Il était membre d’un groupe de Bikers néo-nazis mais n’était pas le plus violent, et c’était un battant. Il avait des dettes de jeu, certes. Mais cela n’est guère convaincant. Sauf que …

Sauf que l’on découvre sur les lieux du crime un journal, celui de Matthieu Fabas, le fils de la victime. Ce journal, il l’a écrit en prison, lors d’ateliers d’écriture organisés avec un écrivain. Incarcéré depuis plus de 12 ans pour avoir tué un jeune homosexuel, sa sortie coïncide à quelques jours près avec la mort de son père. La succession des événements en fait le coupable idéal.

Sauf que pour le commandant Jean-Pierre Cérisol, de la SRPJ de Versailles, cela n’est pas aussi simple qu’il n’y parait. Les pistes semblent se multiplier entre le gang de bikers racistes et ses dettes de jeu, sans compter que Patrick Fabas n’était pas du genre à se faire beaucoup d’amis. Alors Cerisol va se plonger dans le journal de Matthieu et découvrir une autre facette de la vie familiale de Matthieu. Cela va aussi lui permettre de se donner une bouffée d’air entre son boulot et sa femme, Sylvia, atteinte de cécité à cause d’une maladie orpheline et championne de Torball.

Il faut que vous lisiez ce roman tant il va vous parler. Entre l’intrigue et sa résolution, les vies personnelles des flics et leur vie professionnelle, avec les allers-retours entre l’enquête proprement dite et les extraits du journal de Matthieu Fabas, c’est un roman d’une richesse rare que l’on tient entre les mains. Parce que l’on sort de ce roman indéniablement plus intelligent, et totalement marqué … mais je vais y revenir.

Psychologiquement, c’est très fort. Par l’alternance entre le groupe de flics et le journal de Matthieu, la construction devient à la fois classique par le déroulement de l’enquête et intime mais aussi implacable quant aux événements décrits. Cela permet aussi de positionner les opinions de différents points de vue, sans toutefois en dire trop, puisqu’il y a un aspect subjectif dans la narration. Ce qui est terrible, ce n’est pas tant l’éducation qu’a reçue Matthieu (On dit « A la dure ») que la façon dont il l’a vécue.

Même si Cerisol est l’enquêteur principal, ses collègues sont hauts en couleurs et bien présents : Nicodemo, le portugais très religieux et très respectueux de la famille mais qui se retrouve étouffé par ces liens ou Grospierres le petit jeune du service qui a un mastère et qui introduit un complexe d’infériorité en Cerisol à cause de ses diplômes. Cerisol, d’ailleurs, qui est à la tête de l’équipe, est psychologiquement lucide, plein d’empathie mais il ne peut occulter ses failles personnelles dont son incapacité à devenir père et ses envies et insatisfactions dans sa vie de couple.

C’est redoutablement intelligent de la part de Benoit Séverac d’avoir choisi un enquêteur qui n’a pas d’enfant, pour traiter cette affaire complexe, liée à la famille ; excellent choix, qui va être étayé par cette idée géniale d’avoir créé le journal de Matthieu, et de donner une autre vision de ce qu’a subi et ressenti le jeune homme. Et Benoit Séverac se permet d’adapter le style d’écriture ce qui se nous immerge totalement dans les différents personnages. Si l’on ajoute un style fluide et des dialogues brillants, cela fait suffisamment de qualités pour y plonger de suite.

Mais personnellement, j’y ai trouvé beaucoup de thèmes, organisés comme des duels ou des duos, emplis de contradictions, qui m’ont forcément forcé à me poser des questions. Et cela donne des passages d’une force émotionnelle terrible, que ce soient les relations entre Matthieu et son père, celles entre Matthieu et l’écrivain, ou même Cérisol avec chacun des membres de son équipe. Au-delà de la façon dont Matthieu est traité, on y parle de relations entre humains, et surtout de la façon dont on réagit, de la façon dont on encaisse un événement, de la façon dont on s’adapte et des conséquences qui peuvent en découler. Mais avec un tel thème, on ne peut que ressentir des réactions fortes tant le sujet est intime et fort.

C’est un roman dont l’on ressort à regret, car on en ressort plus intelligent. Ce n’est pas tant ce qui y est dit que ce qu’il implique. Ce roman nous pose des questions, car il touche à ce qu’on a de plus personnel et secret. Il nous pose des questions sur notre relation avec nos parents, sur la direction que l’on prend, des choix que l’on fait pour notre vie et personnellement, je me suis retrouvé dans ces questionnements. Pas sur les insultes qui y sont, car j’ai eu une enfance heureuse. Mais je me suis rendu compte qu’on réagissait tous par rapport à nos parents : soit on construit notre vie conformément à ce qu’ils veulent, soit on fait le contraire (pour les rebelles). Avant, les enfants prenaient la suite de leurs parents, commerce ou métier. Aujourd’hui encore, ils ont une grande influence sur ce qu’on va devenir, consciemment ou pas, parce qu’ils sont le socle sur lequel on construit notre vie.

Une nouvelle fois, Benoit Séverac m’a emporté dans son univers contemporain, en traitant de façon intelligente un thème fort mais pour autant d’actualité. Combien de fois entend-on que les parents démissionnent de leur rôle de parents ? C’est un roman fort, qui s’avère peu démonstratif mais qui place insidieusement les questions entre les lignes. Ce roman m’a beaucoup touché et il est et restera une de mes belles lectures de 2020.

Noir comme le jour de Benjamin Myers

Editeur : Seuil

Traductrice : Isabelle Maillet

Je garde un très bon souvenir de Dégradation, le précédent roman de Benjamin Myers, mettant en scène déjà Roddy Mace le journaliste et James Brindle le flic. Je me rappelle d’une ambiance très noire et poisseuse. Pour son deuxième roman, on garde l’ambiance, on garde les personnages et on revient dans cette petite ville du Nord de l’Angleterre sous la pluie continuelle. Pas de quoi vous remonter le moral.

Alors qu’il avait onze ans, Tony Garner a fait une chute dans une carrière et est resté inconscient plusieurs heures. Cette mésaventure l’a rendu benêt et tout le monde en ville lui a affublé des surnoms dus à ses moments d’absence : Tony la Tremblotte, ou Tony le Chauve, ou Tony le Galure ou Tony le Junkie. Car Tony fume des joints pour calmer ses maux de tête.

Depuis qu’il dispose de son propre appartement, il survit en braconnant des lapins qu’il vend au boucher. Ce matin-là, il aperçoit une forme allongée, une femme qui semble endormie. Quand il s’approche, il voit une trace de sang : elle a été égorgée mais bouge encore. Il trouve le couteau, réalisé qu’il l’a en main et décide de le jeter dans une bouche d’égout pour éviter d’avoir des problèmes avec la police.

Roddy Mace est toujours journaliste dans le journal local, le Valley Echo. Il se rend bien compte que son avenir s’assombrit et que s’il ne se bouge pas, il va devoir parler des chiens écrasés pour une bouchée de pain. D’autant que son projet de livre n’avance pas. James Brindle, qui faisait partie du service La Chambre Froide, dédiée aux crimes atroces, a subi les conséquences de l’affaire précédente. De congés maladies à une mise à l’écart, plus personne ne veut le voir. Il déprime dans son appartement d’autant plus que ce métier là, c’est toute sa vie.

Roddy Mace apprend que la femme égorgée s’appelle Joséphine Jenks, une star locale du cinéma pornographique amateur. Maintenant âgée de 50 ans, elle garde des activités chaudes pour ceux qui sont restés ses fans. Cette affaire là peut peut-être lui permettre de rebondir.

J’ai retrouvé toutes les qualités que j’avais appréciées dans le précédent roman : le décor est des plus déprimants, il pleut tout le temps et le vent coupe les jambes continûment. L’auteur va donc passer beaucoup de temps à nous décrire cette petite ville triste, grise, en prise avec un chômage galopant et obligée de faire face à une immigration de plus en plus importante.

On trouve donc une grande part de la population dans les bars, occupés à noyer leur ennui et à se chercher des noises. Quoi de mieux dans ce cas, que de se trouver un bon bouc émissaire ; et Tony Garner en fait un excellent, connu de tous. Même la police le traite de cette façon.

Apparait sur cet environnement cafardeux cette affaire dont les médias vont faire les choux gras, jusqu’au niveau national puisque le Sun va débarquer. Et on trouve dans ce roman une belle charge contre la presse à sensations, mais aussi contre les gens prêts à faire n’importe quoi pour avoir leur petite minute de célébrité.

Donc nos deux personnages principaux vont errer chacun de leur coté, pour se retrouver dans la dernière partie du roman. L’enquête va indéniablement passer au second plan, l’auteur préférant parler de la vie des démunis et délaissés par les mesures gouvernementales de tous bords. Et la conclusion de l’intrigue peut laisser bien dubitatif, même si elle est conforme au sujet que veut aborder l’auteur. Alors, si vous cherchez un roman noir, glauque parlant des gens en situation de survie, pour peu que vous ne soyez pas attaché à une intrigue rigoureuse, ce roman est pour vous.

Ne ratez pas les avis de Velda , Psycho-Pat et Jean-Marc Lahérrère qui ont aimé et Laulo qui est plus dubitative.

La certitude des pierres de Jérôme Bonnetto

Editeur : Editions Inculte

Je ne connaissais pas cette maison d’édition, je ne connaissais pas l’auteur, et il aura fallu le billet de Laulo pour me convaincre de partir à l’aventure, comme une randonnée dans les montagnes, dans un paysage beau mais dur.

Guillaume Levasseur est un jeune homme qui a bourlingué de par le monde. Quand il débarque dans le village de Ségurian, encastré parmi les montagnes, il sait qu’il va pouvoir vivre là, créer quelque chose, et être heureux. Il ne demande pas grand-chose d’autre. Alors, il décide d’élever des moutons. Il les emmènera en pâturage dans les hauteurs et vivra chichement de leur viande et leur laine.

Au village, s’il est une tradition qu’il ne faut pas changer, c’est bien la chasse au sanglier. Ils sont une poignée à se donner rendez-vous, pour faire une battue dans la montagne, accompagnés de leurs chiens féroces. L’arrivée d’un berger en plein terrain de chasse est vue comme un défi, surtout venant d’un étranger. Il y a une chose dont ils sont sûrs, c’est qu’il va falloir qu’il parte, coûte que coûte.

Il y a une deuxième tradition qu’il ne faut surtout pas changer : La fête de la Saint Barthélémy. Ce jour-là, le village est en liesse, on mange, on boit, on rit. Cette date du 24 août, c’est une date incontournable pour tous et ce n’est pas un berger qui va la perturber.

Il faut avoir bien du courage pour écrire et même éditer un roman dont l’intrigue fait penser à Jean de Florette et dont le cadre ressemble à s’y méprendre à des grands classiques de la littérature française ; on peut parler d’Emile Zola, Jean Giono entre autres. Et pourtant, ce roman dépasse les comparatifs et porte en lui sa propre identité, autant par sa construction que par son style.

De la construction, je noterai le rythme donné par les fêtes de la Saint Barthélémy, pendant six années de suite comme autant de chapitres. Et pendant chaque année, on va voir l’intrigue se dessiner, se construire, et les deux camps se monter l’un contre l’autre. Guillaume va développer sa bergerie envers et contre tous, modernisant petit à petit ses installations, remportant des succès comme cette renommée quant à la qualité de la viande qu’il fournit. De l’autre, le clan des chasseurs, aveuglés et enfermés dans leurs traditions d’un autre temps, se montant la tête pour chasser l’intrus, l’étranger, l’autre qui les nargue dans leur bêtise.

L’histoire va évidemment être dramatique et pour autant, ce roman est passionnant par cette plume qui alterne sur tous les registres avec toujours autant de justesse. Tantôt elle nous prend à parti, tantôt elle est poétique, atteignant des hauteurs immaculées, tantôt elle se veut vulgaire, ou plutôt populaire. Mais à chaque fois, elle est unique car totalement assumée et personnelle.

Si on peut être surpris mais jamais rebuté, on ressort de cette histoire avec un goût amer dans la bouche mais ébloui par quelques morceaux de littérature éblouissants. Car plusieurs fois dans le livre, j’ai levé la tête des pages et me suis exclamé : « Ouah ! Trop fort ! ». C’est un vrai livre d’auteur et je ne peux que vous encourager à le découvrir. Le voyage en vaut largement la chandelle.

Et toujours les forêts de Sandrine Collette

Editeur : Jean-Claude Lattès

Sandrine Collette est une auteure que je suis depuis son premier roman, Des nœuds d’acier, coup de cœur Black Novel. C’est déjà son huitième roman et pour l’occasion, elle passe chez un nouvel éditeur après Denoël, Jean-Claude Lattès. Pour autant, ce n’est pas un changement de direction littéraire. C’est toujours aussi impressionnant.

Marie est une jeune femme comme les autres. Sauf qu’elle est amoureuse de deux garçons, Jérémie et Marc et qu’elle est enceinte du mauvais, celui qu’elle aime le moins. Alors, cet enfant à venir, elle ne pouvait pas le désirer, ne pouvait pas l’aimer. Elle a tout fait pour le perdre mais il est né, le petit Corentin. Elle l’a délaissé, le laissant crier quand elle partait toute la journée travailler, le laissant pleurer la nuit.

Et puis, vers cinq ans, elle n’en peut plus, veut partir. Elle laisse le petit dans les forêts qui entourent le village, à proximité de la maison d’Augustine, l’arrière-grand-mère de Corentin. Il ne la reverra plus. Il va avoir du mal, mais va apprendre à vivre sans sa mère, et va apprendre de la vieille Augustine qui va l’élever comme un enfant de sa famille. Il va aller à l’école, et poursuivre ses études à la Ville, laissant Augustine derrière lui, le cœur gros.

Là-bas, ce sont la joie, la jeunesse, l’insouciance, les amis, les lumières, les fêtes. Il se retrouve vite parmi un groupe de douze gamins, et se retrouvent dans les catacombes. Ils s’en moquent de la température qui augmente, ils s’amusent. Jusqu’à ce qu’un souffle chaud balaie toute vie sur Terre. Les douze se séparent, et Corentin sait ce qu’il doit faire : retourner à ses racines et retrouver Augustine.

Après avoir ancré ses romans dans le monde d’aujourd’hui, Sandrine Collette parle du monde de demain à l’occasion de son changement d’éditeur. En effet, elle passe de Denoël à Jean-Claude Lattès, de la collection Sueurs Froides à la littérature blanche. Mais cela n’a en rien changé sa façon de raconter une histoire ni son talent de parler des hommes ou femmes placés dans un contexte noir.

Annoncé comme post-apocalyptique, ce roman parle de l’après catastrophe, d’une vague de chaleur anéantissant tout sur Terre, brûlant les biens et les gens. Evidemment, Sandrine Collette n’a jamais fait dans le gigantisme, dans des scènes époustouflantes de fin du monde. Elle va s’intéresser à la psychologie humaine, à la poursuite d’un objectif quand on a tout perdu, à la recherche de nos racines, de nos familles et à la survie.

On se retrouve donc avec un roman au rythme lent, centré sur le personnage de Corentin, et Sandrine Collette va fouiller ses sensations, ses sentiments, ses pensées, dans un paysage gris, noir, totalement brûlé, détruit. Elle va nous montrer la hargne, la rage de vivre, en mettant en avant la nécessité de survivre, même quand il arrive à destination et commence à reconstruire de quoi vivre.

Il y a donc très peu de dialogues, juste de beaux moments d’introspection, aidés en cela par LE style Sandrine Collette : des chapitres courts, des paragraphes courts, des phrases courtes, des morceaux de sensations emplis de justesse, des répétitions de mots pour mieux s’imprégner de l’ambiance de fin d’humanité. Sandrine Collette ne porte jamais le même costume, celui-ci est noir, à la fois désespéré et plein d’espoir. Et même si la fin est noire et brutale, on gardera longtemps en mémoire le parcours hors du commun de Corentin, emporté par une plume rare.

Cinq cartes brûlées de Sophie Loubière

Editeur : Fleuve Noir

Si je vous dis que ce sont amis Yvan et Geneviève qui m’ont donné envie de lire ce livre, vous allez vous dire que cela n’a rien d’original. Donc, j’insiste. Cela fait un bon moment que je veux découvrir l’écriture de Sophie Loubière, et d’ailleurs j’ai acheté ses 4 précédents romans. Et puis, le manque de temps fait que … Bref ce ne sont que de mauvaises excuses !

Pourtant, la couverture, le titre et la quatrième de couverture m’ont rebuté, ou du moins ont retardé la prise en main du roman, préférant tester d’autres nouveautés. Entendons-nous bien : ce n’est pas parce qu’ils sont ratés. La couverture est énigmatique, le titre fait appel aux jeux (et je ne suis pas joueur dans l’âme) et la quatrième de couverture en dit à la fois peu et beaucoup. Et pourtant, j’ai cédé aux tentations littéraires de mes amis … Et … Quel livre !

Quand Laurence débarque dans ce monde, son frère aîné de trois ans Thierry a du mal à l’accepter. Il va lui faire subir des actes de harcèlement psychologique qui vont la dévaloriser aux yeux des autres. Les parents de Laurence n’y verront rien, Laurence a pour seule réponse la boulimie, s’avalant des bonbons et des barres de céréales. Elle sera donc traitée de de tous les termes insultants liés à l’obésité pendant toute son enfance.

Seul son père lui montre de l’affection, lui faisant des caresses dans le dos qui lui amènent des frissons, avant de dormir. Et cela dure jusqu’à une suspicion d’inceste qui casse la famille.

Le père est obligé de partir, et Laurence se retrouve sans défense face à son frère. Pourtant, les années passant, elle trouve le moyen de rebondir et arrive à entrer à l’INSEP, où elle se donne à fond dans le lancer de marteau.

Sophie Loubière nous écrit la biographie d’une jeune fille puis jeune femme dont la vie est difficile, et ce depuis le plus jeune âge. Elle va nous montrer les difficultés de la vie, les choix que l’on a à faire, leurs conséquences, les périodes de hauts et de bas, et les réactions que l’on a face à des événements inattendus, qu’ils soient bien ou mal. Il faut dire que pour sa démonstration, choisir le cas de Laurence est un bon exemple.

Parce que j’écris mon avis plusieurs jours après avoir lu le livre, j’ai eu le temps de laisser reposer le flot d’émotions qui m’ont traversé pendant la lecture. Malgré cela, il me reste ce personnage, malmené tout au long de sa vie, qui a pris des directions qui n’ont pas toujours été les bonnes, mais qui a toujours eu une constante : se battre. Pour devenir championne de lancer du marteau, elle s’est battu. A la mort de ses parents, elle s’est battue. Pour nourrir son frère, elle s’est battue. C’est une femme courage que nous montre Sophie Loubière et ce n’est pas le final en forme de pirouette qui va me faire changer d’avis.

Alors, oui, c’est un roman psychologique, mais au-delà de cela, c’est un beau portrait de femme forte, battante que nous montre Sophie Loubière. Et plutôt que d’insister sur les réactions de Laurence de façon démonstrative, elle construit son personnage comme le faisait Alfred Hitchcock dans ses films : l’événement d’abord, puis la réaction. Ce que j’ai trouvé terrible dans ce livre, c’est la façon dont sont orchestrés les bons moments et comment arrivent les mauvais, qui remettent tout en cause, et flanquent un coup derrière la tête du lecteur.

Ce roman plaira à beaucoup de monde, sauf aux adeptes d’action. Pour les fanas de romans psychologiques, Sophie Loubière sait trouver les mots justes pour immerger le lecteur et faire ressentir tout un flot d’émotions. Aux fanas de thrillers, elle propose des scènes à la tension constante, à la menace terriblement sensible. Aux fanas de polar, elle propose une fin qui remet tout en cause et qui donne envie de relire le roman. Voilà donc un excellent roman populaire.

J’ai suivi les conseils de Sophie Loubière en fin de livre, et j’ai donc visité le site dédié au roman. Surtout, ne lisez pas le billet ci-dessous avant d’avoir fini le livre. Par contre, après, cela vous montrera tout le travail de l’auteur fait à partir d’un simple fait divers. C’est pour moi un complément indispensable à ce roman.

https://5cartesbrulees.blogspot.com/2019/10/un-fait-divers-dans-la-presse.html

 

Celle qui pleurait sous l’eau de Niko Tackian

Editeur : Calmann Levy

Après une infidélité à son personnage récurrent, Niko Tackian revient à Tomar Kahn, à travers une enquête qui va nous plonger dans une actualité sociétale dramatique, la violence faite aux femmes. C’est un polar costaud.

Une jeune femme a été découverte dans la piscine Pailleron, flottant en plein milieu, ses cheveux comme une corolle. Apparemment, elle s’est ouverte les veines et n’avait aucune chance de s’en sortir. La question qui se pose est : comment a-t-elle fait pour s’introduire dans l’établissement de nuit, alors qu’il est fermé au public ? Et puis, pourquoi a-t-on repéré des traces de pied plus grands que sa pointure ?

On sait bien peu de choses à propos de Clara Delattre, si ce n’est qu’elle venait souvent faire de la natation, qu’elle était instituteur et qu’elle était du genre solitaire. On sait tout juste par une collègue de travail qu’elle avait rencontré un homme. L’autopsie démontre qu’elle a pris des anticoagulants, ce qui finit par convaincre la hiérarchie policière qu’il s’agit bel et bien d’un suicide. Et sa relation avec le maître-nageur José Mendez ne semble être qu’un non-événement.

Le commandant Tomar Kahn n’a pas trop la tête à se pencher sur ce cas, d’autant plus que tout converge vers un suicide. L’arrivée d’une nouvelle procureure Ovidie Metzger va bouleverser son quotidien, d’autant plus qu’elle veut faire le jour sur l’assassinat de Thomas Müller, un inspecteur de l’IGPN qui voulait mettre en cause Tomar. Et puis, la mère de Tomar, Ara, a affaire avec des voisins dont la femme subit les assauts violents de son mari. Seule Rhonda Lamarck, la lieutenante et amante de Tomar, ne croit pas au suicide et s’obstine à faire éclater la vérité.

Construit comme un scénario de film, ce roman va vite à l’aide de ses chapitres courts. Je ne vais pas revenir sur les qualités d’auteur de Niko Tackian, tant tout y est construit avec beaucoup d’application et de savoir-faire. A part des paragraphes un peu longs à mon goût, les descriptions sont efficaces, les dialogues exemplaires de concision et il est bien difficile de trouver des défauts dans ce roman policier costaud.

Si les deux précédentes enquêtes (Toxique et Fantazmë) reposaient sur le personnage principal, Tomar Kahn, celui-ci se divise en deux entre Tomar et Rhonda. Tomar va essayer de lever les doutes sur les accusations qui le visent, et Rhonda va se pencher sur le cas de ce soi-disant suicide. Si le passé des personnages est bien expliqué au début du roman, je vous conseille tout de même de lire les deux précédentes enquêtes de Tomar, ne serait-ce que pour suivre l’évolution du personnage et des intrigues connexes.

Un dernier mot concernant ce roman et le sujet de fond abordé ici. Tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint. Et on ne parle pas des femmes (ou hommes) poussés au suicide. Faut-il que le polar aborde mille fois ce sujet pour que, enfin, quelque chose bouge ? La France est-elle à ce point dans l’immobilisme pour ne pas prendre de mesures afin que cela cesse ? C’est le deuxième roman qui aborde ce thème que je lis, après Du poison dans la tête de Jacques Saussey (French Pulp). Je vous conseille fortement ces deux lectures, car les deux sont des polars costauds.

Déstockage : Meilleurs vœux de la Jamaïque de Ian Fleming

Editeur : Fleuve Noir – 1982

Traducteur : Claude Elsen

James Bond et moi, c’est une longue histoire d’amour, qui date de 1977 avec la sortie cinématographique de L’espion qui m’aimait. J’avais 11 ans quand je suis allé le voir au cinéma avec mes copains de l’époque. Avec la sortie de Moonraker, les éditions Fleuve Noir ont ressorti les romans de Ian Fleming dans une collection dédiée à l’espion britannique. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de tous les acheter.

J’ai donc commencé par Moonraker et j’ai poursuivi jusqu’au numéro 12 (L’homme au pistolet d’or). Le numéro 13 était un recueil de nouvelles et comme je ne suis pas fan de nouvelles, je ne l’ai pas acheté. Ce n’est que récemment que je suis tombé sur ce numéro 13 : Meilleurs vœux de la Jamaïque. Dans un souci de retrouver le plaisir adolescent de lire des aventures de James Bond, je l’ai acheté, et c’est tout naturellement que je vous en parle dans ma rubrique Déstockage.

Meilleurs vœux de la Jamaïque :

Le Major Dexter Smythe coule des jours heureux à la Jamaïque autour de ses poissons grâce à sa petite fortune. En effet, vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, il a découvert dans les Alpes autrichiennes deux lingots d’or nazis, qu’il s’est aussitôt approprié en laissant le cadavre d’Hannes Oberhauser, un guide de montagne, derrière lui. Mais plusieurs années plus tard, son passé va le rattraper en la personne de James Bond, agent secret britannique et ancien élève de Hannes Oberhauser…

La Sphère d’émeraude :

Le SIS s’interroge lorsque Maria Freudenstein du service secret britannique, que l’on sait être en réalité une agent double du KGB, reçoit en héritage la Sphère d’émeraude, œuvre majeure et perdue de Carl Fabergé, qu’elle va vendre aux enchères chez Sotheby’s. Ne serait-ce pas une récompense du KGB pour les renseignements qu’elle a détournés ? C’est en tout cas l’intuition de M et de James Bond, et ils pensent bien que le directeur local du KGB sera présent à la vente pour faire grimper le prix de l’enchère. L’occasion rêvée pour l’identifier et le faire expulser du pays.

Bons baisers de Berlin :

272, agent britannique caché en Nouvelle-Zemble depuis la fin de la guerre, prévoit de revenir à l’Ouest avec des informations capitales concernant les prochains essais de fusées et d’armement nucléaire de l’URSS. Il prévoit de passer par Berlin, mais malheureusement pour lui, un agent-double a mis au courant les Russes de l’affaire ; et le KGB charge son meilleur tireur, « La Gâchette », d’empêcher 272 de livrer ses renseignements. James Bond, en sa qualité d’agent double-0 autorisé à tuer, est donc envoyé par M à Berlin-Ouest pour tuer ce tireur avant qu’il n’élimine 272.

Mon avis :

Ces trois nouvelles montrent des aspects de la fonction de James Bond que l’on a peu l’occasion de voir, surtout si l’on se réfère aux films. Dans la première nouvelle, notre espion favori fait une brève apparition. Dans la deuxième, il s’agit d’une identification d’un espion russe lors d’une vente aux enchères. Dans la troisième, il doit jouer le rôle d’un tireur d’élite, avec un final surprenant.

Si ces nouvelles ne sont pas des monstres de littérature, le style est simple, facile à lire et surtout très détaillé et expressif. Cela donne une lecture divertissante, distrayante et fortement agréable, et qui remplit le rôle qu’on lui demande. Je dois dire que je me suis donné une bonne bouffée de nostalgie avec cette lecture, et que j’ai donc passé un bon moment même si je l’ai trouvé trop court, la fonte étant grosse.

Une ritournelle ne fait pas le printemps de Philippe Georget

Editeur : Jigal

Il y eut L’été tous les chats s’ennuient, puis Les violents de l’automne, et enfin Méfaits d’hiver. Afin de clore le cycle des saisons, Philippe Georget nous offre Une ritournelle ne fait pas le printemps, en forme d’apothéose, ou comment redécouvrir le roman policier.

Le Vendredi Saint, à Perpignan, une procession religieuse défile dans les rues de la ville, formée d’hommes habillés d’une robe de bure et coiffés d’une cagoule haute et conique comme celles du Ku Klux Klan mais en noir. Les femmes suivent le défilé, habillées de noir et à visage découvert. La Sanch, c’est rendre hommage aux outrages subis par le Christ, en portant une lourde croix, symbole de la chrétienté, au son de tambours, rythmant la marche.

A cause des risques terroristes, Gilles Sebag et Jacques Molina font partie du public et s’assurent que tout se passe bien. Alors que la procession arrive à la place de la cathédrale, le commissaire Castello appelle Gilles Sebag : un hold-up vient d’avoir lieu dans une bijouterie du boulevard Clémenceau. Sebag et Molina vont donc être relayés par Ménard et Llach pour voir de quoi il retourne.

Le propriétaire, Monsieur Borell, venait de recevoir des pierres précieuses quand deux jeunes hommes masqués sont entrés par la porte de derrière, emportant pour plus de 80000 euros de butin. Puis, on rappelle Sebag et Molina sur la place de la cathédrale. Un homme vient d’y être poignardé. L’assassin a profité de la diversion de pétards lancés par des jeunes pour réaliser son forfait. Le commissariat de Perpignan va avoir du pain sur la planche …

Avec ce roman, j’ai redécouvert le plaisir de lire un roman policier, un excellent roman policier. J’ai été surpris de me rappeler des noms des enquêteurs de l’équipe de Sebag, preuve que les romans précédents m’ont marqué. Et malgré le fait que trois années ont passé depuis le précédent opus, je n’ai pas du tout été gêné par les précédentes enquêtes. Donc vous pouvez lire ce roman sans avoir lu les autres.

Un excellent roman policier, disais-je, à tel point que je n’y ai pas trouvé un seul défaut. Ce roman est à situer dans la catégorie « Enquête », ce qui fait que le rythme est lent. Et ce rythme est voulu, car cela donne plus de temps à l’auteur pour mettre en place les personnages et leur psychologie. Et c’est remarquable du début à la fin. Tout s’enchaîne à la perfection, et l’histoire se déroule avec une aisance que peu d’auteurs ont.

Si la région se place au second plan, c’est surtout Perpignan (et un peu Barcelone) qui sont au premier plan. Ce sont aussi ces policiers que l’on ne va pas montrer débordées, au bord de la crise de nerfs mais plutôt leurs relations entre eux (les rancœurs entre Molina et Sebag se font amères) et leurs relations avec la population aujourd’hui, où on ne se gêne plus pour les insulter (voire plus). Ils ne sont plus vus comme des gens qui veulent résoudre des crimes ou qui veulent protéger mais comme des ennemis.

Mais là n’est pas le sujet principal. La victime, Christian Aguilar, habitait dans l’ancienne maison de Charles Trenet. A partir de ce point de départ, Philippe Georget nous montre, par petites touches, la vision des gens envers les homosexuels, et dans ce cas précis, les présomptions de pédophilie dès qu’ils ont à faire avec des enfants. Et cela n’est pas fait avec de gros sabots mais bien subtilement à travers des interrogatoires.

D’ailleurs, des interrogatoires, il va y en avoir beaucoup, Ils sont aussi précieux pour l’intrigue que subtils dans leur approche, avec des répliques humoristiques fort bien venues. Et l’air de rien, avec toutes ces qualités, ce roman s’offre le luxe de nous surprendre avec un final, non pas extraordinaires, mais naturellement amené. Avec une plume d’une fluidité exemplaire, avec cette subtilité dans l’évocation des rapports humains, avec cette facilité à rendre vivants des personnages, je ne peux que remercier Philippe Georget d’écrire ce genre de roman qui permet d’ouvrir sereinement une discussion importante : celle de l’acceptation de tous. Merci M.Georget.

L’information du mardi : l’Intégrale de La grande arnaque et L’Iguane, de Carlos Trillo et Cacho Mandrafina

J’ai reçu cette information et donc je vous la transmets in-extenso :

 

Plus de vingt ans après la première édition, iLatina édite en intégrale La grande arnaque et L’Iguane, le chef-d’œuvre de Carlos Trillo et Cacho Mandrafina.

Cette œuvre fondamentale de la BD argentine n’a pas pris une ride et reste d’actualité avec un ton mordant qui dénonce les dérives totalitaires auxquelles sont soumis les pays d’Amérique du Sud… mais pas seulement !

La grande Arnaque 2

 

La grande arnaque et l’Iguane, une œuvre fondamentale de la BD argentine

La bande dessinée sud-américaine possède une histoire riche. Malgré tout, elle est encore méconnue en Europe, et seuls quelques auteurs, essentiellement argentins, sont connus. La bande dessinée sud-américaine n’a encore jamais fait l’objet d’un intérêt plus profond pour comprendre son histoire et son influence sur la bande dessinée française, espagnole ou italienne.

Les éditions iLatina se lancent le défi de dévoiler tout un pan de cette histoire aux lecteurs français, notamment grâce au lancement de l’Intégrale de La grande arnaque. 

Cette œuvre créée en 1989 et éditée pour la première fois en France en 1998 – 1999 en deux tomes séparés, est maintenant rééditée par iLatina en un seul tome, en bénéficiant d’un nouveau travail de traduction et d’un nouveau scan, du nettoyage des images, etc. pour offrir une qualité d’impression la plus proche possible des originaux du dessinateur.

Arnaque 1

Synopsis de l’ouvrage

Dans un pays imaginaire d’Amérique Centrale, un dictateur sanguinaire couche avec sa nièce qu’il fait passer pour la vierge intouchable afin de limiter les naissances d’enfants pauvres… qui rejoignent ensuite les troupes de la guérilla.

Un ex-policier alcoolique est chargé par une femme fatale de retrouver certaines photos compromettantes où elle apparaît aux côtés du chef de Police…

Ce point de départ typique d’un polar noir dérive rapidement en un vaudeville et une persécution menée tambour battant par l’Iguane, tortionnaire officiel du régime dictatorial en place et véritable bête noire d’une société régie par la peur.

Arnaque 2

Une œuvre publiée aux éditions iLatina

Ce livre, qui avait gagné le Prix du meilleur scénario au Festival d’Angoulême en 1999, est un chef-d’œuvre de la bande dessinée argentine. Considérant que l’ouvrage méritait une réédition de luxe pour être découverte (ou redécouverte) par le public français, iLatina éditions, une jeune maison d’édition, s’est lancée ce défi.

Thomas Dassance, son fondateur, explique :

« L’idée d’une réédition est née de l’amour pour cette œuvre unique, fantasque, délirante et toujours aussi pertinente politiquement, même 30 ans après sa création ! »

La maison iLatina éditions existe grâce à l’impulsion de Thomas Dassance, traducteur de bande dessinée et organisateur de festival installé en Argentine depuis plus de vingt ans.

De son amour pour la bande dessinée Sud-Américaine et de sa connaissance des auteurs de ces pays sont née l’envie de créer une maison d’édition ambitieuse qui publie des livres luxueux pour faire découvrir les œuvres classiques comme les romans graphiques des jeunes créateurs contemporains sud-américains.

Un ouvrage ancien… mais au cœur de l’actualité !

Ce livre unique qui dénonce les régimes totalitaires sud-américains reste d’actualité aux vues de la situation présente en Amérique du sud (coup d’état en Bolivie, répression sauvage au Chili et en Colombie, etc.) et touche à des questions d’une portée internationale.

A propos des auteurs

Carlos Trillo

Carlos Trillo (1943-2011) est probablement le scénariste argentin le plus important des 40 dernières années. Il a collaboré avec les plus grands dessinateurs argentins : Alberto Breccia, Horacio Altuna, Enrique Breccia, Carlos Meglia, Eduardo Risso, etc.

Ses œuvres les plus célèbres : El loco Chávez, Un tal Daneri, Buscavida, Alvar Mayor et La grande arnaque ont marqué l’histoire de la bande dessinée.

Cacho Mandrafina

Domingo « Cacho » Mandrafina a été formé à la IDA où Alberto Breccia fut son professeur, il devient dessinateur de BD dans les années 70 aux côtés de Lito Fernández. A partir des années 80, il entame une collaboration prolifique avec Carlos Trillo qui donnera naissance à des séries telles que Les Spaghettis Brothers, Peter Kampf et… La grande arnaque et l’Iguane.

A propos de iLatina éditions

Thomas Dassance, éditeur français installé en Argentine depuis plus de 20 ans, a annoncé le lancement des éditions iLatina au cours de l’été 2019. iLatina a pour vocation de faire découvrir les grands classiques et les jeunes auteurs des pays d’Amérique du Sud.

Elle propose au public français une collection d’œuvres patrimoniales d’auteurs parfois inconnus, sans oublier de jeter un regard sur les nouveaux auteurs et les thématiques actuelles de la BD en Argentine, au Chili, en Bolivie, au Pérou, au Brésil ou encore en Uruguay.

Thomas Dassance explique :

« Nous sommes une maison d’édition dédiée à la bande dessinée sud-américaine, ce positionnement géographique et culturel nous positionne un peu différemment dans le vaste univers des maisons d’éditions en France. »