Cinq cartes brûlées de Sophie Loubière

Editeur : Fleuve Noir

Si je vous dis que ce sont amis Yvan et Geneviève qui m’ont donné envie de lire ce livre, vous allez vous dire que cela n’a rien d’original. Donc, j’insiste. Cela fait un bon moment que je veux découvrir l’écriture de Sophie Loubière, et d’ailleurs j’ai acheté ses 4 précédents romans. Et puis, le manque de temps fait que … Bref ce ne sont que de mauvaises excuses !

Pourtant, la couverture, le titre et la quatrième de couverture m’ont rebuté, ou du moins ont retardé la prise en main du roman, préférant tester d’autres nouveautés. Entendons-nous bien : ce n’est pas parce qu’ils sont ratés. La couverture est énigmatique, le titre fait appel aux jeux (et je ne suis pas joueur dans l’âme) et la quatrième de couverture en dit à la fois peu et beaucoup. Et pourtant, j’ai cédé aux tentations littéraires de mes amis … Et … Quel livre !

Quand Laurence débarque dans ce monde, son frère aîné de trois ans Thierry a du mal à l’accepter. Il va lui faire subir des actes de harcèlement psychologique qui vont la dévaloriser aux yeux des autres. Les parents de Laurence n’y verront rien, Laurence a pour seule réponse la boulimie, s’avalant des bonbons et des barres de céréales. Elle sera donc traitée de de tous les termes insultants liés à l’obésité pendant toute son enfance.

Seul son père lui montre de l’affection, lui faisant des caresses dans le dos qui lui amènent des frissons, avant de dormir. Et cela dure jusqu’à une suspicion d’inceste qui casse la famille.

Le père est obligé de partir, et Laurence se retrouve sans défense face à son frère. Pourtant, les années passant, elle trouve le moyen de rebondir et arrive à entrer à l’INSEP, où elle se donne à fond dans le lancer de marteau.

Sophie Loubière nous écrit la biographie d’une jeune fille puis jeune femme dont la vie est difficile, et ce depuis le plus jeune âge. Elle va nous montrer les difficultés de la vie, les choix que l’on a à faire, leurs conséquences, les périodes de hauts et de bas, et les réactions que l’on a face à des événements inattendus, qu’ils soient bien ou mal. Il faut dire que pour sa démonstration, choisir le cas de Laurence est un bon exemple.

Parce que j’écris mon avis plusieurs jours après avoir lu le livre, j’ai eu le temps de laisser reposer le flot d’émotions qui m’ont traversé pendant la lecture. Malgré cela, il me reste ce personnage, malmené tout au long de sa vie, qui a pris des directions qui n’ont pas toujours été les bonnes, mais qui a toujours eu une constante : se battre. Pour devenir championne de lancer du marteau, elle s’est battu. A la mort de ses parents, elle s’est battue. Pour nourrir son frère, elle s’est battue. C’est une femme courage que nous montre Sophie Loubière et ce n’est pas le final en forme de pirouette qui va me faire changer d’avis.

Alors, oui, c’est un roman psychologique, mais au-delà de cela, c’est un beau portrait de femme forte, battante que nous montre Sophie Loubière. Et plutôt que d’insister sur les réactions de Laurence de façon démonstrative, elle construit son personnage comme le faisait Alfred Hitchcock dans ses films : l’événement d’abord, puis la réaction. Ce que j’ai trouvé terrible dans ce livre, c’est la façon dont sont orchestrés les bons moments et comment arrivent les mauvais, qui remettent tout en cause, et flanquent un coup derrière la tête du lecteur.

Ce roman plaira à beaucoup de monde, sauf aux adeptes d’action. Pour les fanas de romans psychologiques, Sophie Loubière sait trouver les mots justes pour immerger le lecteur et faire ressentir tout un flot d’émotions. Aux fanas de thrillers, elle propose des scènes à la tension constante, à la menace terriblement sensible. Aux fanas de polar, elle propose une fin qui remet tout en cause et qui donne envie de relire le roman. Voilà donc un excellent roman populaire.

J’ai suivi les conseils de Sophie Loubière en fin de livre, et j’ai donc visité le site dédié au roman. Surtout, ne lisez pas le billet ci-dessous avant d’avoir fini le livre. Par contre, après, cela vous montrera tout le travail de l’auteur fait à partir d’un simple fait divers. C’est pour moi un complément indispensable à ce roman.

https://5cartesbrulees.blogspot.com/2019/10/un-fait-divers-dans-la-presse.html

 

19 réflexions sur « Cinq cartes brûlées de Sophie Loubière »

  1. Ayant lu l’enfant aux cailloux que j’avais bien aimé, j’ai remis la lecture de cette auteure avec ce livre ci. A la fin et après analyse, et ce n’est que mon avis personnel, c’est effectivement un livre psychologique, et la fin m’a retournée comme une crêpe, comme dans le livre « l’enfant aux cailloux » qui m’avait beaucoup touchée. Sans doute parce que c’était pour moi mon premier livre. Pour celui-ci, je me suis dit qu’elle ne s’était pas tellement renouvelée. Je n’en dirai pas davantage et je ne lirai plus rien d’elle.
    HS : Je suis dans le troisième livre, après Canicule, Sauvage, je suis occupée à lire Lost Man et je me délecte…Je ne suis qu’au début 😉
    J’ai adoré : Dans la gueule de l’Ours. Dont je ne t’ai pas encore mis mon avis.
    Bonne soirée. Bizz Geneviève

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      1. Je comprends très bien. Je me suis aussi laissée entraînée dans ce qu’elle ressentait. C’est tellement bien décrit de la part de l’auteure. Sauf que j’avais déjà lu l’enfant aux cailloux. Un très très beau livre aussi, pour moi le premier et qui m’a vraiment touchée. Bonne journée Pierre. Bizzz

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  2. Je viens de lire le lien ci-dessus. J’avais lu autre chose de la part de l’auteure, il me semble chez Yvan. Je puis me tromper. N’empêche que l’auteure explique bien son cheminement de pensées avant de débuter son livre de pure fiction. Elle est effectivement très douée dans son écriture et doit être excellente dans les nouvelles que je n’ai pas lues. 🙂

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  3. Merci à vous pour cette chronique, cet enthousiasme me touche. Puis-je me permettre de vous signaler deux petites erreurs? La première, Laurence ne subit pas « d’atrocités » de la part de son frère, le mot est trop fort. Il y a une forme de maltraitance psychologique et parfois physique sous forme de jeux d’enfant un peu pervers comme parfois ils peuvent l’être, mais cela s’arrête là. Laurence ne se fait pas non plus traiter de « bouboule ». D’autres termes sont employés, pas celui-là. Ce sont peut-être des détails pour vous, mais pour une romancière, le choix des mots est essentiel. Ce roman , c’est plus de trois ans de ma vie, de documentation amassée sur un fait divers, plusieurs sortes d’addictions, l’obésité, les maltraitances de l’enfance, certaines pathologies mentales, le métier de croupière, de médecin thermaliste, etc. sans oublier la localisation de l’action dans le Cantal. Et comme pour tous mes romans, c’est un long travail de structuration pour parvenir à retourner Brindille 33 « comme une crêpe » 🙂 Merci encore d’avoir pris le temps de lire « Cinq cartes brûlées » et d’en saisir les enjeux intimes et sociologiques tellement en lien avec l’actualité 2020.

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    1. Bonjour Sophie, je suis désolé d’avoir inséré 2 erreurs dans mon billet et je vais me justifier, pour une fois. J’écris mon billet quelques jours après avoir lu le livre et donc, les termes que j’emploie sont directement liés à ce que je ressens. Je vais donc corriger de suite. C’est mon premier livre que je lis cela m’a impressionné. Le terme Bouboule est celui qui m’est venu à l’esprit. Quant à atrocité, le terme est fort, trop fort mais je l’ai ressenti comme ça. Ce sont effectivement des actes de harcèlement plutôt. Merci d’avoir écrit un tel roman et d’avoir réussi à nous immerger dans la psychologie de Laurence. C’est une grande réussite. A bientôt. Amitiés

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    2. Bonjour Sophie Loubière et super de lire votre intervention. Comme Pierre Faverolle, je me souviens du terme «bouboule » également. Vous êtes en tant qu’auteure la seule à savoir mieux que quiconque ce que vous avez écrit. 😀 Je l’ai lu sur ma tablette format Kindle. Cela m’interpelle et vais faire une recherche. Loin de moi de vous mettre en cause, j’ai trop de respect pour votre travail d’auteure. 😊 A bientôt, qui sait sur un salon du livre ou promotion. Cordialement Geneviève Oppenhuis alias brindille33.

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      1. Chère Geneviève, ne vous embêtez pas à chercher ; je vous confirme que ce terme n’est pas utilisé dans le roman. Il est question de Lolotte, de petite fille potelée, rondelette, mais pas de Bouboule 😉 Je n’aurais pas eu l’idée d’utiliser ce terme car pour moi, il fait plutôt référence à un animal, un chat, en particulier. Mais c’est très intéressant cette idée que comme Pierre Faverolle, vous ayez cru lire ce sobriquet dans le roman. C’est probablement la preuve que vous avez l’un comme l’autre projeté/intégré des souvenirs ou des références personnelles, que les personnages et les situations de ce livre auront résonné en vous, ou bien que la description faite de Laurence vous évoquait une certaine rondeur. Ce qui en soit est un des plus beau compliment que puisse recevoir un auteur. Merci à vous deux. Bien cordialement. Sophie

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      2. Salut Sophie, effectivement, quand j’étais jeune, on m’a traité de Bouboule et c’est un terme qui m’est resté en tête. je ne vais pas répondre à la place de Geneviève mais j’ai toujours aimé manger (beaucoup) et j’avais à l’époque (au collège) un joli ventre rebondi. Ce terme m’est venu naturellement quand il a fallu que je parle de Laurence. Comme tu le dis, cela prouve que ce roman m’a remué. Amitiés

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      3. Bonjour Sophie. Merci pour votre réponse analytique et ma foi pleine de bon sens. Vous connaissez votre sujet, c’est ce que je ressens. J’ai acquis avec l’âge des rondeurs qui me dérangent. J’ignore si j’ai fait une projection. J’ai ressenti vis à vis de cette enfant qui grandit à l’école, les remarques de son frère, et ses pensées vis à vis d’elle-même, une analyse d’injustice, ses refuges mentaux. Je les ai vécus dans un autre domaine. Elle a de la résilience. J’ignore d’où vient cette mémoire identique sur un mot avec Pierre 😉. C’est étonnant et ai été surprise. Je regarde beaucoup de documentaires et m’intéresse à toutes les addictions. J’aime les bonbons, les « boules »comme il est dit oralement en Belgique 😄. En essayant de comprendre… les circonvolutions de l’esprit me font sourires. Boule >bouboule….peut-être 😉. N’empêche que vous êtes bien douée, et merci de prendre ces échanges comme un compliment, vous êtes généreuse et consciente du pouvoir des mots. J’avoue pour l’enfant aux cailloux avoir versé une larme comme la grand-mère que je suis. Quant à ce livre, la chute a été brutale également. Merci pour votre commentaire Sophie et vos réponses intéressantes sur le blog de Pierre Faverolle. Bonne journée 🙏😊

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