Et toujours les forêts de Sandrine Collette

Editeur : Jean-Claude Lattès

Sandrine Collette est une auteure que je suis depuis son premier roman, Des nœuds d’acier, coup de cœur Black Novel. C’est déjà son huitième roman et pour l’occasion, elle passe chez un nouvel éditeur après Denoël, Jean-Claude Lattès. Pour autant, ce n’est pas un changement de direction littéraire. C’est toujours aussi impressionnant.

Marie est une jeune femme comme les autres. Sauf qu’elle est amoureuse de deux garçons, Jérémie et Marc et qu’elle est enceinte du mauvais, celui qu’elle aime le moins. Alors, cet enfant à venir, elle ne pouvait pas le désirer, ne pouvait pas l’aimer. Elle a tout fait pour le perdre mais il est né, le petit Corentin. Elle l’a délaissé, le laissant crier quand elle partait toute la journée travailler, le laissant pleurer la nuit.

Et puis, vers cinq ans, elle n’en peut plus, veut partir. Elle laisse le petit dans les forêts qui entourent le village, à proximité de la maison d’Augustine, l’arrière-grand-mère de Corentin. Il ne la reverra plus. Il va avoir du mal, mais va apprendre à vivre sans sa mère, et va apprendre de la vieille Augustine qui va l’élever comme un enfant de sa famille. Il va aller à l’école, et poursuivre ses études à la Ville, laissant Augustine derrière lui, le cœur gros.

Là-bas, ce sont la joie, la jeunesse, l’insouciance, les amis, les lumières, les fêtes. Il se retrouve vite parmi un groupe de douze gamins, et se retrouvent dans les catacombes. Ils s’en moquent de la température qui augmente, ils s’amusent. Jusqu’à ce qu’un souffle chaud balaie toute vie sur Terre. Les douze se séparent, et Corentin sait ce qu’il doit faire : retourner à ses racines et retrouver Augustine.

Après avoir ancré ses romans dans le monde d’aujourd’hui, Sandrine Collette parle du monde de demain à l’occasion de son changement d’éditeur. En effet, elle passe de Denoël à Jean-Claude Lattès, de la collection Sueurs Froides à la littérature blanche. Mais cela n’a en rien changé sa façon de raconter une histoire ni son talent de parler des hommes ou femmes placés dans un contexte noir.

Annoncé comme post-apocalyptique, ce roman parle de l’après catastrophe, d’une vague de chaleur anéantissant tout sur Terre, brûlant les biens et les gens. Evidemment, Sandrine Collette n’a jamais fait dans le gigantisme, dans des scènes époustouflantes de fin du monde. Elle va s’intéresser à la psychologie humaine, à la poursuite d’un objectif quand on a tout perdu, à la recherche de nos racines, de nos familles et à la survie.

On se retrouve donc avec un roman au rythme lent, centré sur le personnage de Corentin, et Sandrine Collette va fouiller ses sensations, ses sentiments, ses pensées, dans un paysage gris, noir, totalement brûlé, détruit. Elle va nous montrer la hargne, la rage de vivre, en mettant en avant la nécessité de survivre, même quand il arrive à destination et commence à reconstruire de quoi vivre.

Il y a donc très peu de dialogues, juste de beaux moments d’introspection, aidés en cela par LE style Sandrine Collette : des chapitres courts, des paragraphes courts, des phrases courtes, des morceaux de sensations emplis de justesse, des répétitions de mots pour mieux s’imprégner de l’ambiance de fin d’humanité. Sandrine Collette ne porte jamais le même costume, celui-ci est noir, à la fois désespéré et plein d’espoir. Et même si la fin est noire et brutale, on gardera longtemps en mémoire le parcours hors du commun de Corentin, emporté par une plume rare.

9 réflexions sur « Et toujours les forêts de Sandrine Collette »

      1. Si, si, de toute façon, puisque tu ne publies des avis que sur les livres que tu as aimé, en allant sur ton site, je sais que je ne tomberai pas sur tes déceptions livresque 🙂

        Comme tu ne pouvais pas voir mon regard pétillant et mon sourire jusqu’aux oreilles lorsque j’écrivais mon « Oui, c’est sombre et brutal, mais j’ai adoré », tu pouvais penser que j’affirmais, mais je confirmais juste tes propos :p

        Est-ce que tu me suis ? 😆

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      2. J’arrive à te suivre …
        Quant à mes avis, il se peut que je te fasse mentir. Je prévois de publier mon avis sur un roman que je n’ai pas apprécié car il m’a réellement déçu. Mais il sera suivi par mon premier coup de coeur de l’année, pour compenser …
        Sinon, c’est vrai, je préfère parler de ce que j’aime. Je laisse les autres faire pour le reste. Mon temps étant compté …

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      3. Zut alors, il va me faire mentir, l’animal ! 😆 Tu me surprends, là, mais c’est bien, j’aime être surprise. :p

        Des déceptions, on a tous eux, mais il y a des fois qu’elles font plus mal que d’autres… je connais ça aussi.

        Chouette, un coup de coeur !

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