A minuit les chiens cessent d’aboyer de Michaël Moslonka

Editeur : RDG

Paru initialement aux défuntes éditions du Riffle, ce polar qui raconte la vie dans une petite ville du Nord a le droit à une seconde vie. Et c’est tant mieux.

Auchel est une petite ville du Nord de la France qui a eu droit à une mention dans le palmarès des villes les plus violentes dans le Figaro : « Auchel est le mauvais élève avec essentiellement des violences intrafamiliales. » Pour le capitaine Virgile David Blacke, cette violence serait plutôt contre les chiens, de l’autre coté de la rue, qui hurlent de 22H à minuit. Alors, il est obligé de quitter son appartement pour se diriger vers le Joker.

Au Joker, on y fume comme des pompiers, malgré l’interdiction légale, on y devise de choses et d’autres, et surtout on crache sur les autres, les étrangers dont il faudrait se débarrasser, à coups de ballons de vin, et peu importe la couleur. Il est pourtant minuit quand son téléphone sonne, et il décroche. Il doit rejoindre la lieutenante Amélie Laribi, une beurette, sur le lieu d’un crime.

Il est étonnant de trouver ce genre de débris sur le parking d’un McDo. Et pourtant, un corps y repose, criblé d’une dizaine de coups de couteau. Un Opinel repose juste à coté ; peut-être l’arme du crime ? La victime, Dylan Druelles, membre du Front National, a la trentaine et découvre dans sa main, un morceau de langue. Puis, Blacke ouvre le blouson du jeune homme pour découvrir un tatouage sur son pectoral droit : une croix gammée avec les initiales FDL.

La personne qui a découvert le corps travaille au McDo, comme esclave. France Tarjesky est rejointe par Blacke et Laribi, au milieu des menus tous plus appétissants les uns que les autres, et agrémentés de noms anglais, ce qui les rend plus attirables. Après un entretien de trente secondes chrono, ils tombent sur Valery Bullitt de la Voix du Nord. Blacke accepte de lui donner toutes les informations, puisque le meurtrier a perpétré son crime dans un lieu public pour que tout le monde sache.

Blacke et Laribi vont avoir fort à faire pour trouver le ou les coupables.

Avec ce roman, on plonge directement dans un décor qui n’a rien à envier les reportages télévisés. L’ambiance est triste, le taux de chômage record, et on apprend plus de choses dans les bars que lors d’interrogatoires. Si on a déjà lu tout cela auparavant il faut reconnaitre que tout transpire la vérité, les petites discussions en douce, les piliers de bar qui savent tout mais ne disent rien, qui critiquent la façon de mener l’enquête, qui se plaignent de la violence. Car des meurtres vont pleuvoir à l’instar de la pluie qui tombe sans arrêt en, ce mois de février 2010.

Si le personnage de Blacke tient le devant de la scène, c’est qu’il le mérite : personnage ténébreux, en guerre contre tout le monde, fatigué à quelques années de la retraite, il n’est pas particulièrement doué. On peut même dire qu’il avance à coups d’hypothèses, vraies ou fausses énoncées un peu au hasard. Par contre, il a son franc parler et dit tout haut des vérités qui sont encore aujourd’hui d’actualité.

A coté de Blacke, deux autres enquêteurs vont faire avancer cette affaire, dont la jeune Laribi, formidable personnage féminin qui tire sa force de la volonté de lutter contre les préjugés, et Valery Bullitt (comme le film avec Steve McQueen), journaliste de seconde zone qui possède la qualité de savoir faire parler les gens. Ces trois-là participent au coté reportage de ce roman.

Mais ce roman ne serait qu’un roman de plus s’il n’y avait pas cette gouaille, cette verve, ces phrases courtes et cette volonté de prendre un peu de recul pour regarder ce petit monde avec de l’humour. Il suffit de voir les surnoms des témoins pour s’en persuader. Et, ce qui n’est pas pour me déplaire, l’humour s’avère noir, tirant sur le cynisme de bon aloi. Bref, voilà un bon polar que vous devriez découvrir.

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