La vallée de Bernard Minier

Editeur : XO éditions

Bernard Minier reprend son personnage récurrent le commandant Martin Servaz, après Glacé, Le cercle, N’éteins pas la lumière, Nuit et Sœurs. Je ne peux que vous conseiller de lire ces romans précédents avant d’attaquer celui-ci qui semble former une conclusion au cycle consacré à Marianne. Pour ceux qui ne les auraient pas lus, je vous conseille de ne pas lire mon résumé.

Martin Servaz vient d’être suspendu et rétrogradé au grade de capitaine suite à son affaire précédente. Il n’a donc plus ni insigne ni arme. Il attend son jugement au tribunal pénal puis sa sanction au conseil de discipline de la police. A cinquante ans, fréquentant le docteur Léa Delambre qui a 7 ans de moins que lui, en charge de son fils Gustav qu’il vient de découvrir, il se sent vieux, trop vieux.

La France vit au rythme de la Coupe de Monde de Football 2018, où la France poursuit son parcours. Gustav, l’enfant de Marianne, qui a été élevé par le tueur en série Julian Hirtmann, est maintenant hors de danger après son opération du foie. Il s’ouvre petit à petit mais c’est Martin qui s’inquiète de plus en plus, même si Hirtmann est détenu dans la prison 5 étoiles de Leoben en Autriche. Cette nuit-là, le téléphone sonne en pleine nuit. La voix de Marianne lui demande de le rejoindre, car elle est en danger.

Marianne lui annonce qu’elle s’est évadée, et qu’elle est dans les Pyrénées, proche d’un cloître. A la brève description des lieux, il reconnait l’abbaye d’Aiguesvives. La conversation se coupe, elle semble en danger. Il décide de partir sur le champ, est reçu par le Père Adriel. La battue qu’ils organisent pour retrouver Marianne ne donne rien, Le lendemain, il se rend à la gendarmerie et retrouve la capitaine Irène Ziegler, qu’il a rencontré 8 ans auparavant. Elle lui apprend qu’une série de meurtres est en cours à Aiguesvives.

Comme je le disais, ce roman semble clore un cycle que j’appellerai le cycle de Marianne, et cela ne vous dévoilera en rien ni l’intrigue, ni son dénouement. D’ailleurs je suis curieux de voir comment Bernard Minier va rebondir et redonner un second souffle aux enquêtes de Martin Servaz. Je parle de second souffle, car ce roman est une sacrée épreuve pour le lecteur, tant il est obligé de retenir son souffle pendant plus de 500 pages.

J’ai trouvé dans ce roman beaucoup de similitudes avec ses deux premiers romans, outre les présences de Marianne et la menace de Julian Hirtmann. Les décors sont aussi majestueux qu’ils sont menaçants, dans un village encastré dans les montagnes, inondées de brume à l’image de Martin Servaz, pris dans une enquête et en proie à ses doutes personnels et à son urgence.

J’ai trouvé dans ce roman une tension constante, un suspense haletant, beaucoup de fausses pistes démontrant toute la maîtrise et l’art de cet auteur que je suis depuis ses débuts. Une fois que vous avez commencé les premières pages, vous ne pourrez plus le lâcher, je vous le garantis. Et puis, Bernard Minier évite les descriptions gore qui auraient desservi l’intrigue, et son message.

Car derrière ce roman policier exemplaire, où il est bien difficile de trouver un point faible, on y trouve plusieurs dénonciations, dont la façon dont est vue et maltraitée la police, leur mal-être, mais aussi la difficulté des relations entre parents et enfants, et enfin cette nouvelle plaie qui s’appelle la manipulation par Internet via les tablettes ou les jeux en ligne. Une nouvelle fois, la démonstration, remarquablement bien menée, ayant pour point central un personnage de pédopsychiatre féminin d’une dureté incroyable, est exemplaire. Bernard Minier démontre encore une fois qu’il a des choses à dire.

Alors, oui, je suis fan de cet auteur et ce billet doit être lu dans ce sens. Et puis, cerise sur le gâteau, il introduit des vers de Patrick Steven Morrissey, dont je suis fan à vie, qui sait si bien dire les sensations de malaise, les impressions d’être seul contre tous. C’est simple, prenez une chanson, n’importe laquelle, lisez un vers et vous trouverez une impression que vous aurez ressentie. Alors oui, ce roman doit faire partie de vos lectures estivales, sans aucune restriction.

12 réflexions sur « La vallée de Bernard Minier »

  1. Je ne puis que confirmer ce que tu as écrit.
    Sauf qu’au début du livre, je ne sais pour quelle raison, j’avais l’impression d’avoir déjà lu les phrases. Comme l’arrivée dans le monastère. Ensuite cette impression a disparu. Le confinement du village en le lisant pendant le confinement m’a fait quelque peu sourire jaune. Excellent rappel pour ne pas oublier. Ensuite il s’agira d’une sorte de huis clos où tous les personnages tournent en rond et où la colère gronde des personnes qui travaillent si durs et avec un salaire nullement à la hauteur. Bien d’actualité. Il y a les meurtres et Marianne qui appelle et est introuvable. A partir de là, j’ai retrouvé l’écriture de l’auteur surtout à la fin où il excelle temps par cette prise de tempo plus rapide dans les événements.
    La fin est bouleversante pour les crimes et renvoie comme tu l’écris si bien dans les mondes virtuels actuels où beaucoup de dérives se passent. Je n’ai rien deviné et pour moi c’est monstrueux, tortueux.
    Je conseille vivement la lecture comme dernier opus des précédents. Je me demande quel sera son prochain livre et à quelle sauce il nous mangera ?
    J’espère qu’il gardera son style et sa patte d’écriture que j’aime tant. 😀❤️

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    1. Avec ce roman là, j’ai retrouvé le plaisir des deux premiers romans. Je ne veux pas dire que les 3 suivants sont moins bons, mais j’y trouvais une sorte de routine et une tendance à s’appuyer sur son point fort : l’atmosphère. Avec ce roman, Bernard Minier fait très fort. BIZ

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  2. Complètement d’accord pour l’analyse de ce livre , je l’ai dévoré et j’ai bien fait de lire les autres avant . J’aime la façon dont l’auteur nous prend en otage en nous plongeant dans cette atmosphère tendue . Plusieurs fois on croit avoir deviné qui mène la danse mais il n’en est rien . Je suis fan aussi de cet auteur que j’ai découvert il y a peu .

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    1. Salut Gisèle, Merci beaucoup d’avoir laissé ton avis. Effectivement, Bernard Minier, que je lis depuis son premier roman, est très fort, aussi bien dans son cycle Servaz que dans ses romans orphelins. J’en profite pour te souhaiter une bonne année riche de lectures enrichissantes. A bientôt

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