Le chouchou du mois de juin 2021

Quel temps pourri, mes amis ! Faut-il se réjouir d’avoir plus de temps pour lire ou se plaindre de ne pouvoir sortir sans parapluie ? En tous cas, ce mois de juin aura mis en lumière les auteurs français (tous sauf un) dans des genres très différents, ce qui montre encore une fois la richesse de l’édition tricolore.

Le seul roman étranger figurant dans les avis publiés sera donc Lucy in the sky de Pete Fromm (Gallmeister), dans le cadre de la rubrique Oldies, consacrée cette année aux quinze années d’existence de Gallmeister. Il nous embarque dans la vie de Lucy, une adolescente intelligente et à l’humour ravageur, et de sa difficulté du passage à l’âge adulte. Outre qu’il sonne juste, qu’il mette en valeur un personnage féminin extraordinaire, ce roman nous fait nous poser des questions sur la façon dont nous élevons nos enfants et leur faculté à découvrir nos mensonges.

Le 6 juin, j’ai souhaité rendre un hommage à ce grand auteur qu’était Frédéric Dard, qui nous a quittés vingt ans auparavant. Pour l’occasion, j’ai pioché dans les aventures de San Antonio et en ai profité pour vous partager mon amour de sa capacité à jouer avec la langue française ainsi que son humour dévastateur. Sur les trois romans chroniqués (Messieurs les hommes, En avant la moujik, Un os dans la noce), les deux derniers sont incontournables.

Comme tous les ans, je suis allé faire un tour du côté des nouveautés chez Ska, éditeur de nouvelles et romans en numérique. La lecture numérique coïncide bien avec la lecture de nouvelles et cette année encore, Ska a déniché des petites perles à choisir parmi Sous la carapace d’Aline Baudu, Inch’Allah de Jean-Luc Manet, Deux anges en enfer de Sébastien Gehan, Condé de Jérémy Bouquin (4 nouvelles), Chères familles de Jean-Hugues Oppel, La savate à Marceau de Jean-Marc Demetz, Jours de neige d’Etel, Carnaval *** de Jean-Hugues Oppel et Une mort trop douce d’Odile Marteau-Guernion. J’aimerais juste attirer votre attention sur une novella, Vlad de Patrick Pratz mettant en scéne un flic borderline. Le style et le rythme adoptés dans cette enquête d’une petite centaine de pages font que l’on a envie de retrouver ce personnage dans une nouvelle aventure.

Colère jaune de Jérémy Bouquin (Editions In8) est le dernier roman en date de cet auteur prolifique dont j’apprécie tant le style direct. Il nous plonge dans la mouvance des Gilets Jaunes en nous présentant Sandrine, une jeune femme qui élève seule son adolescent de fils. Sans en rajouter outre mesure, Jérémy Bouquin fait preuve de beaucoup d’intelligence et de lucidité pour nous dérouler son intrigue, surprenante jusqu’à la fin, et pour en faire un témoignage sans jamais rien occulter mais sans juger. Un excellent roman social.

Alors que l’intrique de Nuit blanche aux sons des tam-tams de Patrick-Serge Boutsindi (L’Harmattan) nous laissait entrevoir les trafics d’immigration clandestine et le commerce des pharmacies, j’ai été surpris par la forme, si emplie de dialogues que j’ai eu l’impression de lire une pièce de théâtre. Si ce fut une nouvelle expérience pour moi, j’ai regretté que les sujets promis en ressortent occultés.

Aussi étrange que cela puisse paraitre, Le cavalier du septième jour de Serge Brussolo (H&O éditions) est ma première incursion chez cet auteur (lui aussi) prolifique. Il en ressort un polar plutôt classique, dans sa construction surtout (présentation des personnages, mystères puis final explosif) mais aussi un mélange des genres avec une incursion dans le genre fantastique et les croyances.

24 heures hero de Saphir Essiaf& Philippe Dylewski (Nouveau Monde) est présenté comme un roman, la vie d’un couple de toxicomanes et leur quotidien qui consiste à trouver de quoi s’acheter leur dose du jour et celle du lendemain. Pourtant, on pourrait presque croire à un document, tant tout semble réel, précis, décrit à deux voix. Même si certains passages sont durs par leur violence, ce roman est important par le message sous-jacent sur la nécessité d’arrêter de juger les drogués et de leur trouver une aide à la hauteur de leur mal-être.

Le titre du chouchou revient donc ce mois-ci à Point de fuite, pardon, au Régisseur de Jeanne Desaubry (L’Archipel), qui bénéficie pour son passage dans une grande maison d’édition d’une réécriture complète. Pour avoir lu les deux versions, les deux romans s’avèrent totalement différents, mais on y retrouve la même force émotionnelle dans cette histoire de jeune femme enceinte dont on vient d’assassiner l’amant, rejetée, accusée, plongée dans un abîme d’incertitude et d’incompréhension.

J’espère que ces avis vous auront été utiles dans vos choix de lectures. Je vous donne rendez-vous à la fin de l’été pour le titre de chouchou de l’été 2021. En attendant, n’oubliez pas le principal, protégez-vous, protégez les autres et surtout lisez !

Ska cru 2021 :

Comme tous les ans, je vous propose une petite revue des derniers titres parus chez Ska, ou du moins certains d’entre eux. Voici donc quelques lectures électroniques noires, pour notre plus grand bien. L’ordre des billets ne respecte pas mon avis mais l’ordre de mes lectures. Tous ces titres et plus encore sont à retrouver sur le site de Ska : https://skaediteur.net/

Je voudrais juste vous signaler deux choses : La saison 2 d’Itinéraire d’un flic de Luis Alfredo sera traitée dans un billet à part, ainsi que la nouvelle série écrite par plusieurs auteurs à la manière d’un Poulpe et qui s’appelle : Il était N.

Sous la carapace d’Aline Baudu :

Lulu, Lucienne, vit avec son mal-être, et ses dizaines de kilogrammes en trop. Après avoir commencé par un médicament, elle en prend vingt deux aujourd’hui, et intègre un centre d’amaigrissement.

En quelques pages, l’auteure se met à la place de cette jeune femme, malheureuse de son physique, et qui ne se rappelle plus pourquoi elle pèse si lourd, pourquoi elle se sent si mal, pourquoi elle avale tant de barres sucrées. D’une expression si simple, Aline Baudu arrive à atteindre ce qu’il est si difficile à réaliser : une honnêteté et une véracité et les deux font mouche directement dans notre cœur.

Inch’Allah de Jean-Luc Manet :

Romain a pour seule habitation un banc situé non loin du commissariat du 5ème arrondissement. Tous les matins, le commissaire vient le saluer et Virginie lui raconte avoir connu sa femme, libraire morte du cancer. Il va faire ses emplettes chez Menad, qui tient une petite épicerie. Après une nuit alcoolisée, les flics l’embarquent. Menad vient d’être tué à coups de boite de conserve.

Jean-Luc Manet arrive avec beaucoup de simplicité à créer un lien entre le lecteur et ce SDF. Cette histoire sonne juste, elle nous atteint directement au cœur, nous fait visiter l’autre Paris, celui des mendiants, et on s’embarque dans cette nouvelle accompagné de personnages attachants. On termine cette trentaine de pages l’air satisfait, heureux d’avoir lu une belle histoire en se rendant compte qu’on a eu entre les mains une formidable perle noire qu’on n’oubliera pas de sitôt.

Deux anges en enfer de Sébastien Gehan :

L’auteur nous brosse une peinture très stylisée et littéraire de la ville du Havre au sortir de la première guerre mondiale. Les petites rues, les jeunes revenus estropiés ou défigurés nous montrent un avenir bien sombre et cette nouvelle débouche sur une conclusion qui tient en quelques mots, en guise de dernière phrase. Du grand art !

Condé de Jérémy Bouquin (4 nouvelles) :

Une colline avant l’enfer : A voir Damien, on comprend vite qu’il a connu l’enfer du front avec sa mâchoire en cuivre rafistolée de fils de fer. Ses supérieurs l’envoient enquêter sur des meurtres de prostituées.

Folles années : Carmen, un ancien amour de jeunesse, devenue patronne d’une usine de voitures, fait appel à Damien après avoir reçu un tract appelant à la grève générale.

Jour de dérouille : Le Condé est appelé en bord de mer, dans un petit port pour y retrouver un suspect nommé La Grenouille, alors que sont organisés des combats de boxe. Ce soir, c’est jour de dérouille.

Ô Madeleine : Marguerite tient sa ferme avec son benêt de fils Pierrot depuis que son mari Gabin est parti pour la guerre. Non loin, dans un fossé, ils découvrent un corps de femme, qu’ils décident de déplacer dans les bois pour ne pas avoir d’ennuis.

Comme le style sec et haché de Jérémy Bouquin fait merveille dans ces 3 nouvelles mettant en scène un monstre au milieu d’un monde monstrueux. Dans la première histoire, on est plongé au front, dans le bruit et la fureur. Dans la deuxième, l’avènement du capitalisme, de l’anticommunisme et du travail à la chaine tiennent le haut du pavé. Dans la troisième, l’auteur rappelle l’absurdité de la guerre. Les énigmes sont simples et Damien un sacré fin limier pour découvrir l’indice qui lui permettra de mettre la main sur le coupable.

Vlad de Pascal Pratz :

Vladimir passe ses dimanches en famille, considérant en bon délégué CGT qu’on ne doit pas travailler … au moins un jour par semaine. Ce jour-là, son adjointe Gaëlle lui demande de l’aide : on vient de découvrir un corps auquel on a prélevé le foie … au moins.

Cette novella est probablement ma plus belle découverte de ce cru 2021. L’auteur y va à fond, dès le début, créant un personnage de flic borderline, qui assume sa vie de couple ratée et ses envies extrêmes. Le style est à l’avenant, phrases rapides, dialogues frappants, et on n’a qu’une hâte, continuer l’enquête … que l’on trouve trop courte. Et même si parfois, Pascal Pratz grossit le trait, on lui pardonne les deux ou trois écarts trop faciles par rapport au plaisir que l’on a ressenti. Voilà un personnage que l’on a hâte de retrouver !

Chères familles de Jean-Hugues Oppel :

A travers quatre nouvelles, Jean-Hugues Oppel nous offre quatre éclats de rire irrésistibles, que ce soir Conseil de famille avec son ton féroce et sans appel, Maman a toujours raison, portrait d’un vrai con irrattrapable, Le Père Noël est en or pur qui offre une belle collection d’imbéciles ou enfin 2500 votes, une nouvelle surprenante et très drôle jusqu’à sa conclusion excellente. Bref dans ce recueil, nous avons droit à quatre bijoux noirs et hilarants.

La savate à Marceau de Jean-Marc Demetz :

Marceau était doué pour la boxe française, jusqu’à ce qu’il rencontre le Molosse. En ces temps troubles de 1916, le conflit laissera des traces et la vengeance est programmée.

Adoptant le rythme des coups de pied, Jean-Marc Demetz arrive avec cette courte nouvelle à ajouter juste quelques coups de pinceau pour nous faire ressentir la sueur, les coups et les victimes de la Grande Guerre. Il faudra compter aussi sur une chute fort bien trouvée.

Jours de neige d’Etel :

Germaine prépare sa soupe alors que son mari Albert somnole devant son verre de vin de table, de l’Oberlin. Quand il s’impatiente, c’est la goutte (de vin) qui fait déborder le vase.

D’un drame domestique, Etel tire une histoire simple mais remarquablement construite. Car après le drame, il nous donne à lire les témoignages de ce couple à propos duquel personne n’aurait pu deviner ce qui allait arriver. A la fois original et bigrement réaliste, Jours de neige est une excellente nouvelle.

Carnaval *** de Jean-Hugues Oppel :

La signorina Pescatore se fait arrêter pour un contrôle de papiers par des gendarmes. Ils la laissent partir avant de stopper une voiture conduite par un Allemand. Ils vont lui demander de se garer sur la place du village où on organise une fête.

Avec son humour noir qui le caractérise, Jean-Hugues Oppel commence par une scène commune pour mieux nous surprendre dans une conclusion bigrement horrible. La facilité à peindre le décor et le contexte, c’est un pur plaisir de lecture féroce.

Une mort trop douce d’Odile Marteau-Guernion :

Alex, complexé dans sa jeunesse pour son poids et sa lenteur, est devenu un trader à succès. Alors qu’il boit un café avec son collègue Francis, il aperçoit dans une vitre une jeune femme dont il tombe amoureux.

Encore une fois, la simplicité de narration l’emporte dans cette histoire terriblement d’actualité, et va se dérouler d’une façon limpide jusqu’à un dénouement tout à fait inattendu, où le sang va couler. Excellent.

Colère jaune de Jérémy Bouquin

Editeur : Editions In8

Jérémy Bouquin écrit tant de livres que j’ai du mal à suivre le rythme de ses publications. Il s’intéresse ici au mouvement des Gilets Jaunes, qui a vu le jour à la fin de 2018, mais en le regardant de l’intérieur.

Sandrine Jasmin connait une vie de galère. Handicapée du dos, malgré les nombreuses opérations chirurgicales, elle ne trouve pas de travail et se retrouve à offrir des prestations de comptabilité aux commerçant, payées au noir. Cela suffit tout juste à payer le loyer ridicule de sa petite maison qui est dans un état lamentable, et à subvenir aux besoins de son fils adolescent Ghislain.

Au rond-point de Montrou, Georges s’apprête à déboucher une bouteille de rosé quand il voit arriver Sandrine. Il ne la connait pas mais sa sœur Marinette le rassure, leurs enfants sont scolarisés dans le même Lycée. Georges se donne à fond dans cette action de protestation ; il a même créé une page Facebook, les Gilets Jaunes de Montrou. Son credo est simple : Ras-le-bol des grandes villes, on oublie les campagnes.

En ce lundi 19 novembre 2018, on commence à parler du mouvement des Gilets Jaunes, à la radio et à la télévision, mouvement sans leader, sans revendication unique, si ce n’est une volonté de se faire entendre. Georges a ramené son barbecue ; dans son idée, cette occupation va durer et s’il le faut, ils resteront jour et nuit.

Jérémy Bouquin se saisit d’un fait de société qui a bouleversé les années 2018 et 2019, de sa création à sa pause, pour cause de pandémie, en passant par les actes de violence dans les grandes villes dont la capitale. A travers le personnage de Sandrine, il va nous montrer ses difficultés, sa vie de tous les jours, les dérives, les récupérations politiques, et les réactions de nos politiques.

Ce roman est extrêmement intelligent par le choix de sa narration. Il ne prend jamais parti, nous présente la situation, un certain nombre de personnages représentatifs de ce mouvement, et nous éclaire sur les difficultés rencontrées aujourd’hui par « le peuple d’en bas ». il se permettra même d’y insérer des scènes avec le député du département, qui est censé être notre représentant mais qui ne veut pas voir les gens, qui sont pourtant nos électeurs. Ce qui ne fait qu’appuyer ce que beaucoup pensent : nos hommes politiques entendent mais n’écoutent pas, et surtout, ils n’agissent pas.

Au-delà du contexte fort, Jérémy Bouquin se permet d’y insérer une histoire, celle de Sandrine, dont il nous apportera un éclairage à la fin du livre, en forme de conclusion, apportant un éclairage supplémentaire et essentiel sur la quantité de maux qui gangrène notre vie. Avec tous ses portraits de personnages cassés par le quotidien toujours plus dur, il élargit le spectre des problèmes, et propose une analyse remarquablement lucide sans jamais porter un jugement. Voici un roman fort instructif et remarquablement intelligent.

24 heures hero de Saphir Essiaf & Philippe Dylewski

Editeur : Nouveau Monde

Tenir un blog permet de découvrir des romans que je n’aurais pas ouverts. En lisant la quatrième de couverture, le sujet ne me tentait pas et le bandeau se réclamant de Brett Easton Ellis m’apparait comme une comparaison inappropriée. Je m’explique : Brett Easton Ellis a certes mis en place des personnages drogués mais c’était pour mieux mettre en évidence les maux de la société américaine. Ici, nous allons suivre un couple de drogués dans ce qui se rapproche d’un livre document.

Le roman se déroule à Charleroi mais il pourrait prendre place n’importe où. Nadia et Arnaud sont un couple, liés à la vie à la mort par l’Héroïne. Arnaud reconnait qu’elle lui a sauvé la vie un nombre incalculable de fois, Nadia le trouve beau et il est la seule personne à savoir la piquer sans qu’elle n’ait ni peur, ni mal. On les voit donc arpenter les rues de cette petite ville à la recherche de leur survie.

Ce roman nous propose de suivre une de leur journée, qui commence à 6H47 et va se terminer à 23H15. Elle commence tôt, quand Arnaud est pris de convulsions, de vomissements et de diarrhées. Le manque se fait sentir et il doit rapidement prendre quelque chose pour stopper la souffrance. Puis, quand Nadia s’éveille, il s’occupe d’elle en lui faisant sa première piqure. La journée commence …

Le reste de la journée va consister à récupérer de l’argent pour se payer suffisamment de doses pour passer la journée, voire en avoir un peu d’avance pour le lendemain. De la manche au vol à la tire, tout nous est montré dans le détail tout en nous détaillant la psychologie des personnages. Cette journée qui aurait pu être la même que les précédentes va pourtant être primordiale pour ce couple pas comme les autres.

La construction de ce roman constitue une des forces de ce roman. De façon alternative, chacun va prendre la parole et cela permet aux auteurs de montrer les pensées de Nadia et Arnaud mais aussi leurs motivations, leurs réactions ainsi que leur passé. Alors qu’Arnaud a fait de hautes études et un travail bien payé, Nadia vient d’une famille modeste et a connu des traumatismes lors de son adolescence.

Les deux personnages se retrouvent donc liés par le lien de la drogue, s’engueulant souvent, se tapant dessus parfois, mais se raccrochant toujours l’un à l’autre. On ne va pas parler de fierté ou de futur, Arnaud et Nadia ont dépassé le stade d’envisager de vivre. Leur seul objectif est de trouver une dose pour aujourd’hui et une pour le réveil du matin. D’ailleurs, se droguer ne leur procure que rarement un bien-être ; cela devient plutôt un besoin vital, comme une nourriture ou une boisson.

Je ne me suis pas attaché à ces personnages, mais je dois reconnaitre que cette plongée dans un monde que je connais mal est remarquable dans sa forme et dans son fond. Cette lecture me confirme qu’on n’a pas le droit de juger ces jeunes gens mais qu’on a un devoir de les aider. D’ailleurs, le roman nous montre une scène dans un local d’une association qui donne un semblant de solution.

Avec cette immersion, ce roman marquant nous emmène dans un monde qu’on ne veut pas voir, mais qu’il faut bien combattre, surtout quand on apprend qu’on peut acheter une dose d’héroïne pour moins de dix euros. Je dois tout de même signaler que cette lecture est à réserver à des personnes averties pour la violence de certaines scènes et pour les descriptions explicites. Un roman document à lire !

Nuit blanche aux sons des tam-tams de Patrick-Serge Boutsindi

Editeur : L’Harmattan

Je vous propose une curiosité pour changer, un roman décidément pas comme les autres. Dans ce roman, vous y trouverez deux thèmes principaux, un style fluide mais surtout une forme qui se rapproche d’une pièce de théâtre. A réserver aux curieux …

Jean-Marc Balagot est reconnu pour sa rigueur dans son travail, mais aussi sa capacité de travail, ce qui lui a occasionné des difficultés dans sa vie de couple. Alors qu’il est chargé d’une affaire de disparition de personne, son chef lui demande de s’occuper d’une autre enquête à cause de son passé dans la police d’immigration.

La première affaire concerne la disparition de Madame Papin, qui a été signalée par son mari seulement cinq jours après son absence. La famille Papin est propriétaire de deux pharmacies au Luxembourg, tout proche de Thionville et mène donc une vie aisée. Le couple était en instance de divorce et madame Papin avait déjà fait une « fugue », annonce le mari pour justifier son retard d’avoir prévenu les autorités.

Puis une jeune fille vient s’adresser au commissariat. Lisa Mayombé annonce être originaire de la République Démocratique du Congo et mineure. Dans ce cadre, elle peut bénéficier d’un foyer d’accueil. Le travail de Jean-Marc Balagot va donc consister dans un premier temps à confirmer que la jeune fille est mineure, et dans un deuxième temps de retrouver la personne qui l’a fait venir en France, dont il découvre rapidement le nom : Félix Lokito. Il soupçonne un trafic d’immigration clandestine puisque c’est la troisième personne que l’on trouve à Thionville dans le même cas.

D’origine africaine, plus exactement de Congo-Brazzaville, l’auteur apporte à cette histoire une sorte de nonchalance dans le déroulement de l’enquête. Nous avons deux enquêteurs de la paisible ville de Thionville, aux prises avec deux enquêtes à mener en parallèle, qui contrairement à ce que l’on pourrait croire, ne vont pas se rejoindre. Car l’originalité de ce roman ne réside pas là …

En effet, ce livre est quasiment exclusivement composé de dialogues et d’aucune description. Ceci m’a donné l’impression de lire une pièce de théâtre dans la forme, car il n’est fait aucune mention des sentiments ou réactions des protagonistes. L’histoire (et donc les enquêtes) va donc avancer grâce aux nombreux interrogatoires qui va être bouleversée par la mort du passeur.

La forme prenant le pas sur le fond, la vie et les sentiments des policiers comme des suspects m’a semblé juste abordé, de même que les thèmes qui, pourtant, auraient demandé à être creusés. J’aurais en particulier aimé que l’auteur entre plus dans les détails sur les réseaux d’immigration clandestine, et même dans l’autre thème abordé en fin de roman dont je ne peux rien vous dire au risque de dévoiler l’aboutissement de l’intrigue.

Ce roman est donc à prendre comme un premier polar de l’auteur, et il montre un auteur conscient du monde qui l’entoure. Si je reste un peu sur ma faim, cette lecture restera ma première expérience de lecture en termes de théâtre policier, très loin de tout ce qu’on peut lire dans les romans policiers ou thrillers actuels. Si vous êtes curieux, lancez-vous dans cette lecture …

Le cavalier du septième jour de Serge Brussolo

Editeur : H&O éditions

Je n’avais jamais lu de roman de cet auteur pourtant prolifique, qui œuvre dans des domaines aussi variés que les romans pour la jeunesse, les romans fantastiques, de science-fiction ou romans policiers. C’est plutôt dans le genre fantastique qu’il faut classer ce Cavalier du septième jour.

La vieille Maggie, ancienne artiste sculpteuse de totems, que tout le monde croit folle, regarde dans l’eau du lac pour apercevoir un visage, celui d’une noyée. Puis elle se rend compte que c’est son visage qu’elle observe, ridée par les ondulations de l’eau. Elle rentre chez elle, regardant derrière son dos si elle est suivie. Elle cherche à protéger Ichika, jeune fille qu’elle a recueillie, presque adoptée, après la mort de ses parents. Maggie est persuadée qu’Ichika peut les protéger du Cavalier du septième jour.

Maggie voue une haine féroce contre Daryl, jeune orphelin aussi, qui est tombé amoureux de Ichika. Daryl a réussi à intégrer une université, se passionnant pour des cours de psychologie. Son professeur le convie à une expérience de mentalisme et se découvre des dons, un instinct lui permettant de voir, sentir quand une personne est malfaisante. Une agence gouvernementale l’engage alors pour dénoncer de futurs potentiels terroristes.

Tout ce petit monde vit à Pueblo Quinto en Amérique latine, où les croyances des indiens Wataphas font craindre la malédiction du Cheval Nocturne. Manito Caldéron y dirige un haras et croit dur comme fer à cette légende. Il recueille Ichika et veille à ce qu’elle reste vierge pour conserver son pouvoir de protection. La bluette entre Ichika et Daryl risque de mettre en danger le village mais peut-être aussi la Terre entière.

Ce roman est constitué de trois parties différentes et sa construction peut paraitre surprenante. Dans la première partie, l’auteur nous décrit les personnages principaux, insistant sur leur passé. Dans cette moitié de livre, l’auteur n’entre pas dans les détails mais décrit factuellement le parcours des protagonistes dans un style fluide, passant en revue les événements qui les ont faits se rencontrer.

Puis, ce que nous avions considéré comme situation établie va être modifié par des révélations sur les relations entre les personnages. Nous prenant à revers, nous sommes évidemment en proie à des doutes, nous demandant si ce qui nous est raconté est véridique ou pas. Si cela apparait comme des nouveautés et remet en cause nos certitudes, le style toujours aussi rapide nous fait déboucher sur une fin explosive.

D’une lecture agréable, ce roman se veut un pur divertissement et remplit sa fonction de nous procurer quelques heures de plaisir. Plaisir qui tient surtout à l’imagination folle de l’auteur, capable de nous faire accepter des personnages totalement dingues, quitte à créer des créatures irréalistes mais bigrement impressionnantes voire effrayantes. Ce cavalier du septième jour propose une lecture fort distrayante.

Le régisseur de Jeanne Desaubry

Editeur : L’Archipel

Rares sont les romans que je relis, même s’ils ont été remaniés, réécrits, réactualisés. Le régisseur s’est appelé Point de fuite et m’avait énormément ému, moins par le contexte (la mort du régisseur de Coluche en pleine campagne pour les élections présidentielles de 1981) que par le personnage de Marie, amante de René, enceinte, rejetée de tous, accusée par tous, ne comprenant pas la tornade qui vient de déferler.

Je vais essayer de ne pas paraphraser mon avis sur Point de fuite que vous pouvez retrouver ici, et auquel je n’ai repris que le résumé, soit les deux paragraphes qui suivent :

Ce roman commence le 23 novembre 1980, et Marie, l’amante de René est inquiète de son absence. Elle est enceinte de 7 mois et cela ne ressemble pas à René de la laisser aussi longtemps sans nouvelles. Elle fait le tour de la troupe de Coluche pour savoir s’ils sont au courant de quelque chose mais elle revient bredouille. Deux jours après, deux policiers se présentent chez elle et son monde s’effondre.

On lui apprend, en effet, que le corps de René a été découvert dans un terrain vague de banlieue, assassiné de deux balles dans la nuque. Elle se retrouve totalement abasourdie et est bousculée entre les interrogatoires et le rejet des proches de René. Surtout, elle ne comprend pas et se rend compte qu’elle ne connaissait pas l’homme avec qui elle vivait, avec qui elle va avoir un enfant.

Reprenant le même fil narratif que Point de fuite, Jeanne Desaubry a complètement réécrit son roman. Même si l’histoire suit la même chronologie, si les chapitres suivent les jours suivant la découverte du cadavre de René, les différences sont telles qu’on a l’impression de lire un tout autre roman. Par contre, la force émotionnelle, la rage qui nous fait serrer les dents restent toujours présentes.

De ce roman, nous retiendrons ce portrait de Marie, jeune femme enceinte qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Nous retiendrons cette impression que tout le monde se ligue contre elle, que ce soit la police qui la soupçonne ou l’entourage de Coluche qui l’ignore, en passant par « L’Autre » qui la menace. Nous retiendrons le support inconditionnel de la mère, l’absence du père, et cette intuition que Marie doit se battre pour mettre son enfant au monde. Nous retiendrons le monde des années 80, où une femme doit être mariée avant d’avoir un enfant, sinon elle parait louche, voire coupable. Nous retiendrons ce monde de paillettes, où les stars s’enivrent de plaisirs, se remplissent la panse tout en pensant de temps en temps à ceux qui n’ont rien à manger.

Et puis, on y notera les différences évidentes, ces phrases remaniées pour se recentrer sur le personnage de Marie, ses pensées sans ponctuation pour illustrer sa confusion, ses appels au secours, et ces passages où René vient lui parler (« Putain, je suis mort ! Fait chier ») qui accompagnent Marie, qui la soutiennent et qui, sur le dernier passage vous plante un poignard et vous feront passer de terribles frissons dramatiques dans le dos.

Ce roman remanié n’est ni moins bon, ni meilleur que Point de fuite. Il est différent, atteignant un équilibre entre les émotions de Marie et les événements dramatiques. Ce roman évite le coté « Document à scandale » et montre le combat d’une femme pour faire reconnaitre son amour, la difficulté à faire accepter aux autres l’Amour, celui où on se laisse vivre en compagnie de l’autre sans le harceler de questions, celui d’une liberté revendiquée de vivre sa vie comme on le veut … jusqu’à ce qu’un drame vienne tout bouleverser. Quelle vie, quel personnage que cette Marie si grandement mis en scène et en valeur grâce à la plume magique de Jeanne Desaubry.

Sortez le punching-ball contre les conformistes de tous poils et la boite de mouchoirs, ce roman est terrible.

Hommage à Frédéric Dard : San Antonio

Cela fait déjà vingt ans que Frédéric Dard nous a quittés. Avant de faire ce billet, je me suis posé la question sur la forme que j’allais donner à ce billet. Je ne suis pas un spécialiste de Frédéric Dard, mais il me semblait important de rappeler ce grand auteur, si décrié avant que Bernard Pivot ne l’invite à la télévision.

A l’époque, à la fin des années 80, je prenais les transports en commun pour poursuivre mes études. On trouvait souvent, posés sur les poubelles, des San Antonio, qu’un lecteur offrait à un futur volontaire passager, don gentillet qui a débouché à notre époque sur les « boites à lire » que l’on trouve dans certaines gares. Eh oui ! À l’époque, on savait partager. C’est comme cela que j’en ai lu beaucoup, entre deux livres de mathématiques supérieures. Et donc, j’ai choisi de lire/relire quelques San Antonio en balayant les décennies une par une :

Messieurs les hommes (1955)

San Antonio pousse la porte du troquet Fifi les Belles Noix. Il cherche clairement la bagarre et cela ne tarde pas. Quand les flics débarquent, San Antonio se fait coffrer en compagnie de Paul le Pourri, surnom lié à son exéma et non son métier de truand. Après une ruse classique, les deux énergumènes s’évadent, San Antonio flingant un gardien, et Paul le Pourri propose de se cacher chez sa nièce, l’espiègle Sofia. La mission d’infiltration de San Antonio a bien commencé.

Collant à son histoire, Frédéric Dard adapte son langage à celui que l’on accolait aux truands après la guerre. On y trouve donc un florilège d’expressions auxquelles l’auteur ajoute son grain de sel, avec des images humoristiques hilarantes. D’un point de vue inventivité, ce roman se situe dans le haut du panier ce qui n’est pas le cas de l’intrigue. Simpliste, elle se révèle aussi mal équilibrée, la fin étant bigrement rapide. Ceci dit, ce roman qui se lit d’une traite est un vrai cadeau à l’intérieur duquel on trouve nombre de citations à conserver et réutiliser et des descriptions d’une drôlerie jamais égalée.

En avant la moujik (1969)

Le roman s’ouvre sur la mariage de San Antonio avec la russe Natacha, qui ressemble plus à un 48 tonnes qu’à Claudia Schiffer. Heureusement, elle est accompagnée de son amie d’enfance Anastasia qui est tout son contraire. La raison de cette union en est simple : San Antonio doit récupérer en Russie une mystérieuse formule mise au point par un Français et le père de Natacha. Cette mission ne va pas être de tout repos pour San Antonio.

Et effectivement, nous sommes en présence d’un feu d’artifice, d’une explosion de rires, car du début à la fin, nous courons avec S.A. dans l’espoir de démêler les fils de cette pelote russe. Quand Frédéric Dard se lâche, cela donne une excellente aventure. De jeux de mots en détournements de noms, de digressions en situations hilarantes, cette aventure comporte en outre de nombreux mystères, des femmes irrésistibles, et des scènes d’action haletantes. En avant la moujik est un roman plein, complet, drôle, un sommet de l’art du maître et un des meilleurs que j’ai lus. Enorme !

Un os dans la noce (1974)

Rencontrée dans sa précédente aventure, J’ai essayé, on peut !, Zoé Robinsoncru va devenir l’épouse de San Antonio. On dirait qu’on nous a changé notre enquêteur tant il paraît heureux. Juste avant l’échange des vœux, on lui passe un mot le prévenant qu’une bombe explosera s’il dit OUI. San Antonio est donc obligé de dire non, mais quand le maire lui demande de confirmer, il dit le mot interdit. Zoé est gravement blessée et le maire n’en réchappe pas. Qui a voulu tuer notre enquêteur favori ? Il va vérifier auprès du gardien qui a eu accès à la salle des mariages, puis lui vient l’idée qu’il n’était peut-être pas la cible …

Le début peut en surprendre un grand nombre, tant le roman commence par des pensées de San Antonio et sa joie de se marier sans hésiter. Après la dramatique explosion, l’intrigue démarre et c’est un vrai bijou avec moult rebondissements et retournements de situation. A cela, il faut ajouter cette langue unique, où Frédéric Dard s’amuse à recréer le dictionnaire, détournant des expressions, imposant des jeux de mots (pour certains passés dans le langage courant), inventant des noms dans l’unique objectif de nous faire rire. De l’action, une très bonne intrigue et un style toujours plus inventif, cet opus est un excellentissime numéro.

Oldies : Lucy in the sky de Pete Fromm

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laurent Bury

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose un roman qui bénéficie d’une aura impressionnante !

L’auteur :

Pete Fromm est un écrivain américain né le 29 septembre 1958 à Milwaukee dans le Wisconsin.

Romancier et nouvelliste, il a connu un important succès public et critique grâce à Indian Creek, roman autobiographique dans lequel il raconte son expérience de la solitude au cœur des montagnes Rocheuses lorsqu’il était adolescent.

Après des études secondaires à Milwaukee, Pete Fromm étudie la biologie animale à l’université de Montana. D’octobre 1978 à juin 1979, il est embauché par l’office de réglementation de la chasse et de la pêche de l’Idaho pour rester seul dans les montagnes, en plein cœur de l’aire naturelle protégée de Selway-Bitterroot, à surveiller l’éclosion d’œufs de saumon.

C’est sur les conseils de Bill Kittredge, dont il a suivi un cours d’écriture créative à la seule fin de décrocher son diplôme universitaire, puis de Rick DeMarini, qui anime un atelier d’écriture auquel Pete Fromm assiste clandestinement, qu’il envisage d’écrire en profitant de son expérience des grands espaces et de la vie au grand air.

Il cumule plusieurs petits boulots, dont celui de maître-nageur à Lake Mead (Nevada), puis de Ranger dans le parc national de Grand Teton, au Wyoming avant de rencontrer un modeste succès avec son recueil de nouvelles The Tall Uncut (1992). La reconnaissance médiatique vient avec ses chroniques d’Un hiver au cœur des Rocheuses (1993), où il relate son expérience de l’hiver 1978-79.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Lucy Diamond, quatorze ans, file à toute allure vers l’âge adulte. Prise entre l’urgence de vivre et la crainte de devoir abandonner ses manières de garçon manqué, Lucy se cherche et joue avec l’amour. Elle découvre par la même occasion que le mariage de ses parents n’est pas aussi solide qu’enfant, elle l’a cru. Son père, bûcheron, est toujours absent. Sa mère, encore jeune, rêve d’une autre vie. Et Lucy entre eux semble soudain un ciment bien fragile. Armée d’une solide dose de culot, elle s’apprête à sortir pour toujours de l’enfance et à décider qui elle est. Quitte à remettre en question l’équilibre de sa vie et à en faire voir de toutes les couleurs à ceux qui l’aiment.

Dans un Montana balayé par les vents, c’est la peur au ventre et la joie au cœur que Lucy, pleine de vie, se lance à corps perdu dans des aventures inoubliables.

Mon avis :

Quand on a 14 ans, un nouveau monde s’ouvre avec ce qu’il comporte de découvertes, de joies et de déceptions. Parce qu’ils habitent proches l’un de l’autre, Kenny et Lucy sont les meilleurs amis. Heureux dans leur vie de famille, ils vont vivre leur passage à l’âge adulte et découvrir ce que leurs parents cachent derrière leur insouciance de façade.

Pour ce faire, l’auteur a créé une famille d’Américains moyens, Chuck le père étant bucheron et donc souvent absent pour de longues périodes de la maison, Lainee la mère venant de trouver un travail. Lucy se distingue par son physique, ses airs de garçon manqué avec son crâne rasé ; cela lui permet de mieux se distinguer des autres au lycée. L’ambiance à la maison est à la fête, surtout quand le père est de retour et les blagues fusent ; il y règne une insouciance qui laisse flotter des passages fort drôles.

Puis lors d’une après-midi, Lucy découvre son premier baiser et ses relations avec Kenny vont s’infléchir vers un horizon qu’elle ne comprend pas, dont elle ne veut pas, préférant garder la douceur de l’enfance. En parallèle, elle s’aperçoit que ses parents qui étaient son modèle de bonne humeur, cachent des secrets qu’elle met à jour petit à petit. Elle se rend compte que le monde des adultes est tortueux et rempli de mensonges.

Rares sont les romans capables de nous emporter dans l’intimité d’une famille avec autant de facilité ! Les personnages ainsi que le ton, volontairement légers et sensibles, y sont pour beaucoup dans l’adoption de cette histoire et de son contexte. Le rythme et les événements vont au fur et à mesure montrer l’évolution de Lucy et placent ce roman sur le haut de la pile en termes de roman d’apprentissage. J’ai trouvé en particulier remarquable les descriptions des relations familiales et leur évolution.

Il serait dommage de réduire ce roman à une bluette d’adolescente qui découvre l’amour. Le personnage de Lucy occupe le devant de la scène, et ce personnage féminin est si fort, si franc, si réaliste qu’il en devient obsédant, inoubliable. Elle a un humour décalé, hérité de ses parents, qui se transforme rapidement en réparties cyniques puis en répliques cinglantes. Le caractère de Lucy se révèle suffisamment complexe pour qu’on s’y attache, tout en contradiction, entre sa volonté de grandir et celle de rester une enfant.

Si par moments, on sent poindre une certaine réflexion puritaine, l’auteur s’efforce tout de même de rester neutre, dans la peau de Lucy. Il n’en reste pas moins que l’on voit poindre un exemple de lutte pour la liberté, pour l’émancipation de la femme et pour le droit à vivre sa vie comme on l’entend, sans juger les autres. D’autant plus, que l’espoir renait grâce à certains autres personnages qui sortent du lot des moutons. Un roman formidable.