Dog Island de Michel Moatti

Editeur : HC éditions

Si vous êtes un fidèle de ce blog, vous savez que j’affectionne particulièrement les écrits de Michel Moatti pour la profondeur psychologique de ses personnages et pour son talent à peindre une ambiance (souvent stressante). Ce ne fut donc pas une surprise de le voir aborder un huis-clos dans ce roman, ni de rendre un hommage appuyé et non dissimulé à la grande Agatha Christie.

Au large de Manhattan, à 18 km, une mystérieuse île se dresse dans le brouillard. Son nom vient de la forme des récifs au Nord, qui fait penser au museau d’un chien. Habitée à l’origine par des Indiens, elle bénéficie de légendes dont Odosh’a, une étrange divinité qui chante la nuit venue. Depuis le 17ème siècle, il est advenu de nombreux événements sur cette île, que personne ne connait. D’ailleurs, des membres de l’armée américaine gardent toujours ses rives, en interdisant l’accès et assurent la sécurité de la douzaine de résidents.

Lydia Schluback fait partie des anciens puisqu’elle est arrivée sur l’île très tôt. Passionnée de cuisine, elle est reconnue en tant que cordon bleu. Pendant qu’elle fait frire sa pâte, elle pense à la jeune Tania Greene qui a débarqué pour faire des photographies et qui doit bien s’ennuyer. Puis elle repense à sa nuit, au vent qui faisait penser à des chants ; peut-être s’est-elle laissée bercer par Odosh’a.

Du haut de sa chambre mansardée, Tania Greene contemple le rivage, les vagues et le temps menaçant. L’île lui parait vivante, présente comme un bonhomme de neige. Elle jette encore un coup d’œil à sa carte, aux installations militaires désaffectées, aux endroits potentiels où des milliers de gens ont été enterrés, car l’île a servi autrefois de fosse commune. Puis une idée folle traverse son esprit : et si elle se déguisait en bonhomme de neige ?

Jack Charnotta tient l’épicerie de l’île. En fait, il s’agit d’une sorte de réserve de produit en conserve pour les quelques habitants. Il est ravitaillé une fois par semaine par la navette fluviale, puisque les voyages quotidiens sont réservés aux étudiants Léo Warren et Nick Merryl, qui vont au lycée à New-York. Jack est seul autochtone à être né sur l’île ; il en connait donc tous les recoins, son histoire et ses secrets.

Le sergent Marcus Warren s’inquiète de la santé de sa femme Lily. Lily sait que Susan Merryl, la sœur de Nick, veut devenir écrivain. Susan ne cesse de répéter que Brett Easton Ellis est le plus grand écrivain américain vivant. Lily propose à son mari d’aller passer le week-end à New-York. Quand ils en reviennent, Marcus est attendu par son adjoint Don Merryl : on vient de retrouver Tania Greene pendue chez elle, habillée dans une sorte d’habit de clown.

Une île, douze habitants, un décor mystérieux à l’aube d’un hiver rigoureux, tous les ingrédients d’un huis-clos sont réunis pour intriguer le lecteur. Michel Moatti possède un talent : celui de créer une ambiance. C’est ce que j’avais adoré avec son premier roman Retour à Whitechappel. Le choix d’implanter cette intrigue sur cette île entre totalement dans ce qu’il affectionne de faire mais aussi dans ce qu’il excelle à faire.

Car outre cette ambiance de bout du monde, Michel Moatti nous parle d’une île qui existe vraiment, qui possède son histoire, vraie ou inventée, ses légendes, vraies ou fantasmées. Même s’il détaille dans sa note en fin de livre tous les aspects véridiques et inventés, il s’amuse à mêler le vrai et le faux, pour nous informer (les massacres de Indiens), nous révolter (l’implantation de missiles ou l’enterrement de malades du SIDA) et arrive à faire naitre un doute sur lequel l’Administration Américaine pose un étouffoir.

Au-delà de ce fait historique et géographique, on admire toujours cette faculté à dérouler une intrigue en semant des doutes. Le fait de détailler les décors en faisant planer un doute fait monter inconsciemment un stress. Et le fait de ne jamais détailler les émotions des personnages en rajoute encore à la tension sous-jacente qui ressort de ces pages … jusqu’à une conclusion très inattendue.

A la fois hommage à Agatha Christie, mais aussi aux grands auteurs, à la fois exercice de style, à la fois roman stressant plus qu’effrayant, ce roman au rythme lent comme la vie sur cette île est aussi original dans le fond que dans la forme. Je reste persuadé qu’aucun autre auteur aurait été capable d’écrire cette histoire-là de cette façon-là. Et je me pose des questions : Les Américains ont-ils vraiment utilisé cette île comme un mouroir au 20ème siècle ? Fichtre !

3 réflexions sur « Dog Island de Michel Moatti »

  1. Bonne fin de dimanche Pierre. Je connais cet auteur pour l’avoir dans ma pal, histoire de me dire que ses romans semblent être très intéressants. Là tu me convaincs sur le sujet. Les histoires basées sur des faits véridiques comme l’Ile du Diable qui est une référence dans ce genre me laisse à penser que, ce dont tu écrits est vraiment tentant à découvrir. Je vais de ce pas lire ce dont il s’agit.
    Désolée d’avoir été peu présente pour ton chouchou du mois. Je t’embrasse. Geneviève

    Aimé par 1 personne

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