La nuit tombée sur nos âmes de Frédéric Paulin

Editeur : Agullo

Après sa trilogie sur le terrorisme moderne (La guerre est une ruse, Prémices de la chute, La fabrique de la terreur), Frédéric Paulin continue son exploration de notre histoire contemporaine en abordant le sommet du G8 de Gênes en juillet 2001.

Jeudi 13 juillet 2001, Rennes. Chrétien Wagenstein dit Wag est fou amoureux de Nathalie Deroin. Il fait semblant de faire des études et ils habitent ensemble à Paris. Elle est de toutes les manifestations anticapitalistes même si elle ne fait pas partie d’un groupe de pensée ; une révoltée. Et lui, il la suit de peur de la perdre. Ils se sont connus à Göteborg et le sommet du G8 de Gênes arrive. Bien entendu, ils ne peuvent pas rater ça.

Laurent Lamar est chargé de communication auprès du président Jacques Chirac. Il a petit à petit gravi les échelons et il doit bien s’avouer que Chirac le fascine, par sa faculté de partir d’un discours et d’improviser, pour être fidèle à ses idées. Pour se préparer au sommet de Gênes qui approche, Lamar demande à parler au capitaine Quatrevieux de la DST, ce qu’on appeler un ami dans ce milieu.

Franco de Carli a toujours cru que le fascisme allait revenir au pouvoir. Quand Berlusconi est revenu au pouvoir, il est devenu conseiller à la sécurité pour le ministre de l’intérieur Claudio Scajola. Il met minutieusement au point sa stratégie  devant le plan de la ville. On l’a même autorisé à faire intervenir l’armée. A partir de du lendemain, il fera fermer la ville. Seuls les habitants auront un laissez-passer. Après le fiasco de Göteborg, lui va montrer au monde entier qu’en Italie, on sait gérer la sécurité.

Découpé jour par jour, Frédéric Paulin va, à l’image d’un reporter, revenir sur cette journée horrible, et que l’on a tendance à oublier à cause de la date du 11 septembre. Et pourtant, les services policiers italiens ont été condamnés en mars 2008 à des peines pour un total de soixante-seize ans et quatre mois à l’encontre de 44 inculpés. Les policiers, carabiniers, agents pénitentiaires et médecins sont accusés d’abus de pouvoir, de violences privées, d’injures ou encore de coups. Ils sont également accusés de « falsification de preuves », ayant apporté eux-mêmes des cocktails Molotov. Aucun ne purgera sa peine du fait d’une loi d’amnistie instaurée en 2006 (Source Wikipedia).

Frédéric Paulin a ce talent de nous introduire des personnages réels ou fictifs dans le grand tourbillon de l’Histoire. Ici, il va nous présenter les deux côtés de la barrière, les manifestants et les Black Blocs, Les services d’ordre italiens locaux et nationaux et l’armée, les personnages politiques et leur entourage. On se retrouve avec deux camps prêts à s’affronter et les hommes politiques prêts à compter les points (même si Chirac fut le seul à afficher son indignation devant les événements).

L’intrigue va donc nous détailler jour après jour comment le pouvoir italien a minutieusement créé un piège pour montrer au monde que la Grande Italie sait faire respecter la sécurité chez elle, contrairement au fiasco de Göteborg. Elle va aussi nous montrer une société barbare qui se place au même niveau que les manifestants, pour justifier le maintien de l’ordre à tout prix, quoiqu’il en coûte.

Le roman fait monter la tension, petit à petit de façon totalement remarquable, prêtant autant d’importance sur la psychologie des intervenants que sur les scènes de bataille. Faisant œuvre de mémoire, sur un événement important, Frédéric Paulin réussit l’équilibre entre relater les faits et faire vivre ses personnages. Et même si j’aurais aimé que les actes perpétrés par les services d’ordre italiens fussent plus détaillés, ce roman fait partie des grands romans à ne pas rater en cette rentrée littéraire.

7 réflexions sur « La nuit tombée sur nos âmes de Frédéric Paulin »

  1.  »Faisant œuvre de mémoire, sur un événement important ». L’événement est important, mais Paulin ne fait pas oeuvre de mémoire. L’éditeur le reconnaît d’ailleurs (« roman »), il fait oeuvre de fiction. En faisant croire, c’est le hic, qu’il fait oeuvre de mémoire ou d’histoire, mais sans permettre de distinguer le réel du fictionnel. C’est tendance aujourd’hui de mélanger les genres, ça se vend bien, mais même écrit avec talent, il y a tromperie sur la marchandise. Car loin de « relater les faits », il en propose une version invérifiable par le lecteur. Version qui, par la magie de la fiction, va passer pour vraie. C’est bien fait, je ne conteste pas que c’est fait de bonne foi et consciencieusement documenté, mais cela reste sur le principe de la malhonnêteté intellectuelle.

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    1. Point de vue intéressant. le terme que j’ai employé est probablement mal utilisé. Le polar permet de revisiter des événements importants au travers de la fiction et cela me plait. Mais cela reste de la fiction, certains faits sont invérifiables, mais cela reste de la fiction. Voilà ce que je voulais dire.
      Merci d’être passé.

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