Le chouchou du mois d’octobre 2021

On avance, on avance … Déjà le mois d’octobre avec en visibilité Noël qui approche (quand on a des enfants, on n’y échappe pas) … que le temps passe vite. Je vous avouerai que j’ai eu du mal à me passionner dans mes lectures ; il m’aura fallu lire beaucoup et chroniquer bien peu, puisque c’est la première fois depuis la création du blog que j’aurais écrit et publié sur la moitié des romans lus. Mais je vous rassure, ceux que j’ai choisi de mettre en avant valent le détour et il y en a pour tous les gouts et tous les genres. Faites votre choix, mesdames et messieurs :

On en parle comme d’un livre culte et effectivement, Shibumi de Trevanian (Gallmeister) est difficilement oubliable. Sous une intrigue d’espionnage, l’auteur nous décrit la vie d’un jeune garçon apatride qui va devenir tueur à gages. Il profite de cette intrigue pour opposer la culture occidentale consumériste à la culture orientale spirituelle et nous offre une charge contre les pays industrialisés, les Etats-Unis en tête. Un grand roman.

Ô dingos, ô châteaux de Jean-Patrick Manchette (Gallimard) a obtenu le Grand Prix de la Littérature Policière en 1973 alors que ce n’était que le troisième roman de ce grand auteur du Noir. Vous aurez droit à un hard-boiled qui s’apprécie comme un hommage aux auteurs américains. Dans ce roman aux personnages barrés, on se demande s’il existe des gans sains d’esprit !

Devant les injustices impunies, un sigle fait son apparition. Il est N (Ska) est une série de novellas numériques écrites à chaque fois par un auteur différent. A chaque fois, on y détaille une intrigue, des personnages et le mystère N plane sur ces histoires. En suivant le lien, vous y trouverez mon avis sur les 6 premiers épisodes dont certains sont tout bonnement géniaux.

Du coté des thrillers, nombre de personnes attendent ses écrits. La saignée de Cédric Sire (Fayard) est son dernier opus en date. Comme je ne suis pas fan de polars sanglants, mon amie Suzie vous a concocté un avis (que je trouve fantastique car bien écrit et ne dévoilant rien de l’intrigue) qui donne envie de courir chez son libraire.

La chasse de Bernard Minier (XO éditions) est le septième roman consacré au commandant Martin Servaz. Après avoir lutté contre Julian Hirtmann, il a à faire avec un groupe de justiciers. C’est l’occasion pour l’auteur d’aborder des thèmes qui lui sont chers et on n’attendait pas de sa part un tel engagement.

Le serveur de Brick Lane d’Ajay Chowdhury (Liana Levi), premier roman de l’auteur, va jouer sur une dualité et une double enquête. Le personnage principal Kamil a dû fuir Calcutta à cause de l’enquête dont il avait la charge en tant que sous-inspecteur. Devenu serveur, il est confronté à un meurtre et va s’impliquer dans l’enquête. Pur roman policier, ce roman attachant grâce à Kamil nous montre aussi l’écart entre la vie en Inde et ses codes avec la vie à Londres. A suivre, j’espère …

La chasse de Gabriel Bergmoser (Sonatine) est encore un premier roman, australien cette fois-ci. L’histoire raconte l’assaut d’une station à essence tenue par un homme solitaire qui a sa petite fille en garde. Action, violence et style direct au programme, je ne peux que conseiller d’avoir le cœur bien accroché.

L’auteur aura mis quatre années à réunir sa documentation pour parler du marketing, du commerce et des trafics de l’industrie du tabac. Leur âme au diable de Marin Ledun (Gallimard) repose sur une dizaine de personnages et déroule son intrigue sur vingt ans ce qui donne un polar costaud qui oscille entre reportage et fiction.

Le titre du chouchou revient donc ce mois-ci à True story de Kate Reed Petty (Gallmeister) qui m’a époustouflé. Il faut dire qu’il est difficile de parler d’une rumeur et de ses impacts. L’auteure se lance à fond, prend un sujet difficile et se donne tous les droits, se permet tout autant dans la forme que dans le fond. On est surpris par la narration, qui passent de scénarios écrits par la victime, ses lettres de motivation pour entrer à l’université et même par la fin. Une sacrée découverte !

J’espère que ces avis vous auront été utiles dans vos choix de lectures. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, protégez-vous, protégez les autres et surtout lisez !

Le serveur de Brick Lane d’Ajay Chowdhury

Editeur : Liana Levi

Traducteur : Lise Garond

J’ai jamais lu de roman indien ou écrit par un auteur d’origine indienne. J’avoue, je suis passé au travers des polars de Abir Mukuherjee, mais ce n’est que partie remise. Partons donc à la découverte de ce premier roman policier, fort classique dans la forme.

Londres, octobre. Kamil Rahman travaille comme serveur chez son oncle Saibal. En ce samedi, ils doivent préparer un buffet en l’honneur de l’anniversaire de Rakesh Sharma, un gros entrepreneur de BTP. Sa femme, beaucoup plus jeune que lui, a voulu marquer l’occasion par une réception gigantesque chez eux, avec plus de 170 invités. Kamil n’a pas le droit de travailler puisqu’il bénéficie d’une visa touristique. Mais il a dû fuit Calcutta suite à sa dernière enquête quand il était policier là-bas. La réception est un vrai succès et ils remballent leurs ustensiles tard dans la nuit. Sur la route du retour, Neha les appelle au téléphone et leur annonce que Rakesh est mort au bord de la piscine. Ils font demi-tour pour la soutenir et Kamil ne peut s’empêcher de noter des faits troublants l’amenant à penser qu’il s’agit d’un meurtre.

Calcutta, juillet, trois mois plus tôt. Kamil a suivi les traces de son père Abba, ancien commissaire de police à la retraite, et est parvenu au grade de sous-inspecteur. Calcutta est en pleine effervescence à cause des prochaines élections et du futur métro ultramoderne, dont les travaux doivent bientôt commencer. Convoqué par le commissaire adjoint Amitav Ghosh, il se voit confier une affaire délicate. Asif Khan, la star masculine du Bollywood a été tué dans sa suite du Grand-Hôtel. Il devra résoudre cette affaire rapidement et de façon rigoureuse et ne devra rendre des comptes qu’au commissaire adjoint. Vraisemblablement, Asif Khan a été frappé à la tête par une lourde statuette de Kali et la présence de sa montre en or montre qu’il ne s’agit pas d’un vol. La présence de deux verres, de deux préservatifs usagés et d’une liasse de billets sous le lit laisse penser à un rendez-vous sentimental qui a mal tourné. Kamil, en bon adepte d’Agatha Christie, se lance dans cette enquête.

Passant d’un lieu à un autre, Ajay Chowdhury déroule devant nos yeux deux enquêtes en parallèle, en respectant parfaitement les codes du roman policier, le whodunit. Il ne faudra pas y chercher d’action mais plutôt deux intrigues aux mystères épais fort bien mis en scène et déroulés, de façon à ce que Kamil vienne mettre en place les pièces du puzzle que nous avons en main.

Le gros intérêt de ce roman réside évidemment dans le personnage de Kamil, jeune puceau dans le domaine policier, habitué à des affaires simples de meurtres de commerçants, qui va devoir fricoter avec les hommes riches et puissants, qu’ils soient en Inde ou en Angleterre. Malgré son jeune âge, il n’est pas idiot et garde comme motivation sa volonté de voir son père fier de son fils.

Le parallèle entre l’Inde et l’Angleterre est amusant, pardon, intéressant. Même si j’aurais aimé plus de détails sur la vie en Inde, être véritablement plongé dans une ambiance orientale, on aperçoit une société minée par la corruption où il s’agit avant tout de ne pas faire de vagues et de ne pas gêner les puissants. Le parallèle avec l’Angleterre est bien fait, puisque Kamil ne peut pas s’impliquer dans l’enquête au risque de se retrouver expulsé et être obligé de retourner dans un pays qui ne veut plus de lui.

J’ai beaucoup apprécié les dialogues, qui nous en apprennent énormément sur les relations entre les gens, et la nécessaire humilité et dévotion envers la hiérarchie. On apprend aussi que les indiens habitant Londres tiennent à leur culture, leur religion et leur gastronomie (d’ailleurs, on y trouve des menus et des recettes pour les amateurs). Ce serveur de Brick Lane est un bon premier roman policier classique dans la forme et fort intéressant. Si j’espère évidemment retrouver Kamil dans une prochaine enquête, je me demande bien comment l’auteur va pouvoir le faire rebondir. A suivre … peut-être …

Leur âme au diable de Marin Ledun

Editeur : Gallimard – Série Noire

Dans son dernier roman, Marin Ledun, après un intermède comique avec Rose, revient à son genre de prédilection et la critique de notre société. Avec Leur âme au Diable, il s’attaque aux cigarettiers et à leurs trafics.

La Havre, 28 juillet 1986. Deux camions citernes pleins d’ammoniac sont arrêtés, et les conducteurs kidnappés et enfermés dans un coffre de Renault 9. Le convoi se dirige vers une carrière désaffectée. Ils transfèrent le produit dans d’autres camions. Quand ils ouvrent le coffre, un des conducteurs arrive à prendre la fuite, l’autre est mort d’hémorragie cérébrale. Anton Muller, l’instigateur, abat ses complices et met le feu aux camions.

Muller sait où habite le fuyard : Guérin habite avec Hélène, et il se rend compte que c’est elle qui a fourni les itinéraires des camions. Muller appelle son commanditaire, David Bartels, à la tête d’une société de communication, qui le rejoint un peu plus tard pour l’exécution en règle. Bartels et Muller sont unis surtout pour le pire. Quant à Muller, il rejoint son amante Hélène pour lui annoncer la mort de son mari. Il lui laisse la vie sauve.

David Bartels, à la tête de Fox and Reynolds Consulting, est chargé de fluidifier les circuits d’argent pour le compte des grands cigarettiers, et en particulier European G. Tobacco. Il prend à son compte l’aspect marketing et la visibilité des marques de cigarettes dans les grands événements sportifs. A cette occasion, il rencontre Sophie Calder, dite Valentina et lui propose de créer une boite d’escort-girls qui devra fournir des femmes mais aussi espionner les personnes influentes gravitant autour du tabac.

Simon Nora est flic à la Brigade Financière. Sa première mission est de contrôler les comptes de l’industrie du tabac, pour sa faculté à ne pas lâcher un os à ronger. La plainte sur laquelle il enquête émane de la société Yara contre la SEITA pour un chargement d’ammoniac non payé. En fait, il s’aperçoit que plusieurs convois ont été braqués en quelques années.

Patrick Brun est chargé d’enquêter sur la disparition d’Hélène Thomas. Ses parents n’ont plus eu de contacts avec elle depuis le début de l’été. Elle était apprentie dans une grosse entreprise nommée Yara et n’a plus donné de signe de vie brutalement. Tout ce qu’ils savent, c’est qu’Hélène aurait arrêté ses études et serait partie avec un dénommé Stéphane. Ils jugent qu’il a une mauvaise influence sur elle, mais le fait qu’elle soir majeure fait qu’ils attendu longtemps avant de s’inquiéter et de contacter la police.

J’ai lu quelque part que Marin Ledun avait mis quatre années pour réunir toute la documentation qui va nourrir ce roman. Quatre années pour évoquer vingt années d’exactions et de trafics de la part des cigarettiers. Vous n’avez aucune idée de ce que l’industrie du tabac a mis en place, et ce que Marin Ledun est probablement encore en dessous de la vérité.

Mais il fallait bien présenter tout cela sous la forme d’un roman noir ou policier. L’auteur alterne entre roman et reportage et donc,nous construit quatre personnages principaux, ou devrais-je dire deux (Bartels et Nora) autour desquels viennent graviter des personnages secondaires venant prendre le devant de la scène. Plutôt que d’avoir à faire avec un duel entre deux personnes, c’est plutôt un combat entre deux factions, les cigarettiers d’un coté, la police de l’autre.

Ce que décrit Marin Ledun est tout simplement hallucinant et la toile d’araignée qu’il tisse fait appel à notre mémoire, ce qui nous oblige à constater qu’il y a beaucoup d’éléments véridiques dans ce récit. Il montre comment cette industrie va s’organiser en termes de marketing, de trafics, de corruptions et de meurtres pour faire en sorte que les usines tournent à plein régime et que les lois sur la limitation de la consommation de cigarettes soient ralenties, voire reportées.

Marin Ledun déploie toute sa passion pour son sujet, tout son talent pour nous faire vivre presque une dizaine de personnages, toute son imagination pour créer des situations et des événements en les étayant de bulletins d’informations. Le style est direct, sans concession, sans émotions, journalistique et cela convient parfaitement au genre. Il faut que vous lisiez ce roman pour comprendre comment vous avez été programmé à votre insu avant d’allumer votre prochaine cigarette. Effarant !

True story de Kate Reed Petty

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Jacques Mailhos

J’ai déjà dû le dire par le passé : il faut être vigilant sur les sorties du mois d’août des éditions Gallmeister, en ce qui concerne les premiers romans. Une nouvelle fois, ils nous ont déniché un sacré roman, époustouflant.

Nick entre dans sa dernière année de lycée. Il a vite appris que, pour être accepté parmi un groupe d’amis, il faut entrer dans l’équipe de crosse. Les deux meilleurs amis de Nick sont Max et Richard. Max est un jeune homme volubile, immature et toujours prêt à faire des bêtises, alors que Richard est plutôt mutique et discret. Par voie de conséquence, max a beaucoup de succès auprès des jeunes filles alors qu’on n’a jamais vu Richard sortir avec une fille. A la fin du trimestre, Nick réussit à sortir avec Haley, une jeune fille du lycée privé.

Les soirées de week-end sont mémorables, surtout celles où il y a des cigarettes, et de l’alcool. Les lycéens ont trouvé une parade pour récupérer de l’oxycodin. Quand l’un d’entre eux est blessé, il doit mettre des pilules de coté pour les soirées entre potes. Et puis, il y a les après midi chez Denny’s. Les discussions vont bon train, on se vanne, on s’envoie des piques et on raconte n’importe quoi.

Lors d’une de ces discussions, devant les bières, ils se remémorent la fête mémorable, la FOOTBRA : Fête Où On Baise Tous (Richard Aussi). Ils sont tous là, Max, Richard, Nick, Haley, ainsi que Ham et Alan. Max raconte alors comment, aidé de Richard, ils ont raccompagné Alice, une amie d’Haley, chez elle. Elle était saoule, inconsciente, et Max raconte qu’eux deux ont abusé d’elle. La rumeur ainsi lancée va faire bien des ravages dans la vie de ces jeunes.

Epoustouflant, ce roman, disais-je, car il faut avoir une sacrée dose de courage pour s’attaquer à un tel sujet. Ne nous trompons pas, le sujet n’est en aucun cas les débordements lors des fêtes estudiantines mais bien les conséquences d’une rumeur lancée dans un bar sur chacun des protagonistes, d’autant plus qu’Alice va se retrouver harcelée et Haley va se battre pour faire reconnaitre le viol.

Outre le courage de s’attaquer à un tel sujet, et de trouver cette fin mémorable qui va vous prendre par surprise, l’auteure a décidé non pas de faire un roman choral, mais de faire raconter cette histoire par Nick, qui est l’innocent de l’histoire, impliqué émotionnellement par son amitié pour ses potes et son amour pour Haley. Et j’y ai trouvé une allégorie de la religion, au sens où c’est Nick qui va être puni pour les crimes des autres …

Là où le roman atteint des cimes, c’est dans le choix de l’auteure pour la forme de la narration. Kate Reed Petty ose tout, passant de la narration à la première, deuxième, troisième personne, incluant des lettres de motivation d’Alice pour entrer à l’université ou même des extraits de scenario co-signés par Alice et Haley. J’ai trouvé extraordinaire qu’une jeune auteure prenne le risque de proposer un tel puzzle dont la colonne vertébrale est cette rumeur mais dont le paysage d’ensemble dessine une société de groupes avides de sensations qui ne doivent toucher que les autres.

On ressort de ce roman véritablement impressionné, par l’ampleur de l’ambition affichée, par la qualité de l’écriture (ainsi que la formidable traduction de Jacques Mailhos) et surtout par la cohérence de l’ensemble. De toute évidence, ce roman occupera une place à part dans ma mémoire, par son indéniable originalité et par sa faculté à avoir abordé tant de thèmes importants et surtout avec autant de réussite. Voilà un roman à ne pas rater, un des plus forts de cette rentrée littéraire.

La saignée de Cédric Sire

Editeur : Fayard Noir

Ce matin, j’ai reçu un gentil petit message. Ôh, quelle surprise ! Revoici Suzie qui revient pour nous parler du dernier roman de Cédric Sire.

Entre nous, je sais qu’il faut que je découvre cet auteur, tant on m’en a dit du bien. Je vais juste attendre que ses écrits soient un peu moins sanguinolents. Je donne donc la parole à Suzie que je remercie beaucoup pour sa contribution amicale.

Bonjour amis lecteur,

Voici un moment que je n’étais pas sortie de mon antre. Bizarrement, le monde d’après ne semble pas beaucoup différent du monde d’avant.

A la demande de notre hôte, je me suis plongée dans un nouveau roman, « La saignée » de Cédric Sire. La bibliographie de cet auteur français, comporte une quinzaine de publications comprenant aussi bien des romans que des nouvelles dans différents domaines tels que le fantastique ou le thriller.

Ayant déjà croisé l’auteur lors de diverses manifestations littéraires, je n’avais encore jamais eu l’occasion de me plonger dans sa prose. C’est dorénavant chose faite et je vais vous parler de sa dernière publication en date.

Publié le 29 septembre 2021 aux éditions Fayard, « la Saignée » va nous transporter dans un monde à part, un monde mythique, celui des « chambres rouges ». D’ailleurs, la couverture choisie pour cet ouvrage donne le ton. Cette dominante rouge avec cette porte au fond vous indique que seule une poignée d’élus pourront la franchir. C’est un avertissement aux âmes sensibles de passer leur chemin.

La structuration de l’histoire est composée de huit parties ainsi que d’un prologue et d’un épilogue dans lesquels s’intercalent des chapitres courts, de longueurs diverses qui vont servir la rythmique du récit. Les titres des différentes parties font toutes référence à une ou des femmes dans des situations bien précises. L’auteur met la femme au centre de son récit. De celle traumatisée et mal dans sa peau, ex-championne de boxe à la lieutenante de police méticuleuse à l’extrême en passant par la hackeuse écologiste ou bien l’attachée de presse prête à tout, l’auteur va jouer avec différents codes et brouiller les codes et les frontières. Le comportement de ses divers protagonistes féminins va engendrer une multitude de questions ; questions qui vont être reprises et exposées par les autres personnages qui les entourent.

En face de ces caractères féminins, l’auteur va y opposer des personnages masculins plus stéréotypés tels que le gentil geek qui n’attend qu’une chose, qu’on lui parle, le mafioso qui se veut respectable mais dont les actions sont en complète contradiction avec son comportement, l’agent qui souhaite se venger du mal qu’on a pu lui faire ou l’écrivain qui apprécie un peu trop ses fans. La perception de ces personnages va être biaisée par les différents filtres que l’auteur va proposer tout au long du récit. Qu’est ce qui tient du réel, qu’est ce qui est imaginaire ? La fin justifie-t-elle l’utilisation de tous les moyens? L’auteur développe un univers qui n’est pas si manichéen qu’on pourrait le percevoir en utilisant des « flash-back » imputables ou pas à certains des personnages. C’est une manière d’étoffer certains personnages et de mieux comprendre leur comportement.

Et l’histoire alors? Elle va se composer de deux intrigues parallèles. L’une concerne le principal protagoniste et sa vie qui semble prise dans une toile d’araignée qui semble se refermer au fur et à mesure sur elle. L’autre est la recherche de cette mythique « chambre rouge ». Existe-t-elle réellement ou tout cela n’est-il qu’un écran de fumée, une vaste arnaque pour récupérer l’argent d’êtres trop crédules ? En ajoutant, au fur et à mesure de l’avancée du récit, de nouveaux personnages, l’auteur pose ses pièges et ses chausse-trappes pour malmener le lecteur et l’induire en erreur. Qui faut-il croire, alors ? Est-ce que les apparences ne sont que des apparences ? Le jeu du chat et de la souris avec, comme toile de fond, l’univers du web profond, renforce cette impression de duperie. Si vous trouvez les codes, vous accéderez peut-être à ce lieu mythique ou pas.

Bizarrement lorsque j’ai lu le prologue, un autre livre est venu se superposer à ma lecture. Mon esprit a fait un parallèle entre cette scène et une de celles que l’on trouve dans le livre « Rouge est la nuit » de Tetsuya Honda. Car, pour ne rien vous cacher, l’auteur met à l’épreuve ses lecteurs dès les premières pages tel un rite initiatique où peu d’élus sont appelés. Si vous ne supportez pas la torture, je vous propose de passer votre chemin. Âmes sensibles s’abstenir.

Par la suite, le récit est moins dur, excepté quelles scènes par-ci, par là. Autant sur la première partie de l’histoire, ma lecture a été continue, autant sur la deuxième partie, je n’ai pu me retenir et je souhaitais connaitre la fin expressément. Le mécanisme du récit et, donc l’auteur, m’avait suffisamment prise dans ses filets pour que je veuille connaître la suite rapidement. Et, une fois de plus, je me suis fait avoir. Le meurtrier n’est pas celui que j’escomptais. Les filtres mis en place par l’auteur ont éclaté en morceaux à la fin du récit. Les apparences ne sont bien que des apparences. Les traces informatiques peuvent vous faire prendre des vessies pour des lanternes. L’interprétation de preuves et la rigueur mise en place sont au cœur de ce récit. Le doute est toujours de mise, surtout s’il s’appuie sur des preuves trop évidentes.

Ce qui m’a particulièrement intéressée, ce sont ces différentes figures de femmes qui essaient de trouver leur rédemption par diverses actions. Pour l’une, ce sera le combat, pour une autre la rigueur, une troisième par la mort. De plus, l’auteur va ajouter, en filigrane, une sombre histoire entre des fans et un écrivain célèbre. Jusqu’à quel point le machiavélisme de ce personnage va-t-il aller ?

Enfin, si vous cherchez à comprendre pourquoi le choix de ce titre, vous en saurez plus en lisant ce récit.

Merci amis lecteurs de m’avoir suivi dans ce nouveau choix de lecture. Je reviendrai bientôt pour vous parler de mes prochains livres. A bientôt

Ô dingos, ô châteaux de Jean-Patrick Manchette

Editeur : Gallimard

Je continue ma découverte des romans de Jean-Patrick Manchette, avec ce roman bien implanté dans les années 70, mais qui bénéficie d’un traitement tellement moderne que c’en est surprenant. A redécouvrir !

Thompson, tueur à gages de son état, vient à peine de terminer son précédent contrat qu’il est contacté pour une prochaine affaire. L’homme qu’il rencontre dans une brasserie des Champs-Elysées lui présente la photographied’un jeune garçon roux. Le fait qu’il y ait un enfant dans le lot ne le gêne pas outre mesure. A chaque fois qu’il doit exécuter une tâche, son ulcère se rappelle à ses bons souvenirs.

Michel Hartog, architecte de renom et célèbre richissime homme d’affaires, et son chauffeur débarquent dans un asile psychiatrique pour embaucher Julie Ballanger, une pensionnaire pas très stable. Hartog a hérité des biens de son frère à leur mort et est devenu le tuteur de son neveu Peter. Julie remplacera la précédente nurse qui est partie excédée par le jeune trublion et logera dans le château.

Alors que Julie emmène Peter au jardin du Luxembourg, Thompson et ses comparses bien peu futés Bibi, Nénesse et Frédo, enlèvent Julie et Peter et les enferment dans une maison de campagne isolée. L’objectif est de faire croire que Julie est la commanditaire de la demande de rançon, ce qu’on lui demande d’écrire sur la lettre qui va être envoyée à Hartog. Mais rien ne va se dérouler comme prévu.

Voilà un roman bien étrange qui bénéficie d’un style behavioriste digne des plus grands auteurs américains. Si le roman est court, les scènes se multiplient, donnant toutes une sensation que l’on se balade dans un monde de dingues. Entre les truands responsables de l’enlèvement, l’entourage de Hartog ou même les flics ou les journalistes, seule Julie semble avoir la tête sur les épaules, ce qui est un comble pour quelqu’un qui sort d’un asile psychiatrique.

Même si ce roman n’apparait pas comme ouvertement politique, l’auteur nous montre un monde de dingue où il n’y en a pas un pour relever l’autre, et surtout il nous précise que les riches, qui ont volé leur fortune sur laquelle ils se reposent, ne sont pas là pour hausser le niveau. Cela donne une impression de furieux bordel où chacun croit savoir ce qu’il fait mais personnene maitrise rien des événements. Et l’humour décalé dans les situations aussi bien que dans les dialogues plaide dans ce sens.

Cette course poursuite va suivre un rythme croissant, débouchant sur une scène dramatique dans un labyrinthe à ne pas rater. Et le contexte loufoque présenté plus tôt dans le roman nous rend cette scène d’autant plus jouissive. Ayant remporté le Grand Prix de Littérature Policière en 1973, cette récompense vient mettre en lumière un roman original, bien particulier qui le mérite amplement.

Ce roman a aussi été adapté en Bande Dessinée par Tardi.

Chronique virtuelle : Il est N …

Editeur : Ska

Retour de la chronique virtuelle, consacrée aux lectures électroniques. Une nouvelle série est née :

Personne ne connait son nom, ni son visage, ni son sexe.

Son nom fait trembler toutes les polices, les puissants le redoutent.

N est l’ennemi public numéro 1.

Comme ces feuilletons de l’époque, N est un projet collectif de littérature de genre, populaire, à la marge. N n’appartient à personne.

Chaque auteur propose un texte. Des récits courts, noirs, transgressifs, dérangeants, qui interrogent. Un Fantômas actuel qui aurait bouffé du Poulpe enragé.

Il est N est une collection créée par Jérémy Bouquin. Ces polars sont des novellas d’une quarantaine de pages à moins de 3 euros. N’hésitez pas !

Swooch de Max Obione :

On dénombre plusieurs dizaines de victimes, suite aux attentats agrémentés d’un N. Jusqu’au plus niveau de l’état, on s’inquiète, on réunit les meilleurs représentants des différents services d’ordre. L’agent spécial Bulot va être chargée de découvrir qui est réellement N. Et s’il n’était qu’un androïde déréglé ?

Je retrouve avec grand plaisir la plume de Max Obione, si cynique, si noire, si expressive pour nous transporter dans un futur proche. Ça va vite, je regrette presque qu’il n’y ait pas eu quelques pages de plus, et surtout, la fin noire et amorale est à ravir.

Cochon qui s’en dédit de Pascal Millet :

Lydie Nédélec, journaliste, subit la pression (un couteau sous la gorge) de la part de N pour faire un article sur l’abattoir de porcs de Porc&Co. Arrivée sur place, l’usine semble propre, respectueuse et bien sous tous rapports, à part ces lettres N taguées sur les murs. Heureusement, elle prend des photos à l’insu de ses hôtes. Elle n’est pas au bout de ses surprises.

Bénéficiant d’un style redoutablement efficace, cette nouvelle va vite et imagine un scenario horrible dont l’issue ne sera dévoilée que dans les dernières pages. La scène violente de la fin apporte un supplément de rage à ce titre et retranscrit toute la colère de l’auteur.

Bonjour Haine de Luis Alfredo :

Sur un écran de télévision, Martin Shkreli gestionnaire de fonds d’investissement spéculatifs dans la santé, se vante de faire flamber les prix du Daraprim de 13.50 $ à 750 $, au nom du profit. Quand l’image se coupe, Guillaume Sauveur, numéro 2 de l’entreprise, est ligoté sur une chaise afin d’être interrogé par N.

Avec cette intrigue simple portant sur l’interrogatoire d’un magnat de la finance, Luis Alfredo évite la violence gratuite et nous dévoile celle non moins violente des bénéfices scandaleux des groupes pharmaceutiques au mépris des malades qui ne peuvent se procurer des médicaments devenus hors de pris. Edifiant.

Antisocial Network de Nils Barrelon :

Quand Alexandre Blokhine écoute les informations, ce matin-là, c’est pour apprendre la mort atroce du directeur général de FaceApp, agrémenté d’un N majuscule. Il trouve sur le Dark Web la vidéo et lit la revendication de celui qui se fait appeler N contre les réseaux sociaux qui abrutissent les gens. Il va contacter une amie de lycée, devenue hacker, Lila Slezak.

Décidément, Nils Barrelon est fort. En quelques lignes, il nous présente un personnage comme si on le connaissait depuis une éternité. Il entre dans le contexte en défonçant la porte et nous mène à une conclusion géniale à une vitesse vertigineuse. Franchement, c’est une excellente nouvelle.

Euthanasia de Franck Membribe :

Les crimes de N s’internationalisent. Richard Wyatt Jr, magnat du gaz de schiste est découvert dans sa voiture, victime d’une injection de Pentobarbital. Laurent Rebsamen, économiste spécialiste de l’énergie, se rend en Russie pour rencontrer l’inventeur d’une innovation qui va révolutionner l’extraction du gaz.

Ayant décidé de nous dépayser, l’auteur nous envoie dans les plaines de Sibérie où il fait -20°C, avec juste ce qu’il faut de descriptions. Les personnages sont vite brossés et le sujet de la nouvelle nous alerte sur la taux de fuites dans l’extraction du gaz, qui peut atteindre 40% A la fois ahurissante et scandaleuse, cette très bonne nouvelle bénéficie d’une fin bien noire comme je les aime.

Sans mobile apparent de Sandrine Cohen :

Pourquoi Rose, 6 ans, a-t-elle sauté de la Pointe du Raz ? Anna Belkacem est mutée à Plogoff pour s’être fait justice elle-même dans sa précédente enquête. Accueillie par son nouveau collègue Alban Doria, elle a peur de s’ennuyer au fin fond de la Bretagne. Jusqu’à ce qu’on retrouve le corps de la mairesse sur la falaise avec un N gravée sur le pubis.

Malgré le peu de pages, cette histoire va vite et se déroule avec une logique remarquable, grâce aux indices et aux questionnements d’Anna. On retrouve ici le rythme de l’auteure de Rosine, sa volonté de rechercher les causes d’un crime ainsi que sa faculté à nous emporter à une vitesse effrénée vers un final fort réussi. Excellentissime.

La chasse

Cette année, nous avons vu apparaitre deux romans portant le même titre, d’où l’idée de les regrouper dans le même billet. Ils n’ont rien à voir l’un avec l’autre, ni dans le sujet traité, ni dans le genre abordé.

La chasse de Gabriel Bergmoser

Editeur : Sonatine

Traducteur : Charles Recoursé

Maintenant. Franck tient une station-service à 10 kilomètres de la ville, ce qui fait qu’il ne voit quasiment personne. Pour rendre service à son fils, il garde Allie, sa petite-fille de 14 ans. Deux jeunes gens s’arrêtent pour cause de panne de voiture. Puis une autre voiture déboule. Une jeune femme en sort, et s’écroule, couverte de boue et de sang.

Avant. Simon veut découvrir l’Australie authentique et part à l’aventure. Dans un bar, il rencontre une jeune femme, Maggie. Ils décident de faire la route ensemble, et elle choisit la route à l’aide d’une carte étalée sur les genoux. Ils débarquent bientôt dans un village perdu en plein désert, un village à l’atmosphère étrange.

On a affaire à un pur roman d’action et les comparaisons indiquées sur la quatrième de couverture sont quelque peu erronées. Seule la mention de Sam Peckinpah peut donner une idée de cette intrigue et de la façon dont elle est menée. Après être déclinée sur deux fils narratifs, l’histoire va rapidement se concentrer sur l’assaut de la station-service, et là, c’est un véritable massacre.

Le style, direct, descriptif et sans concession, laisse la place à l’action avec une ultra violence, ce qui fait que je conseillerai d’éviter ce roman aux âmes sensibles. Il faut dire que les habitants de ce village n’ayant aucune limite veulent coute que coute récupérer Maggie, dans un univers proche de Mad Max, sans l’humour mais avec l’hémoglobine. Un bon roman, bien violent, et surtout un premier roman d’un auteur intéressant dans sa façon de gérer ses scènes.

La chasse de Bernard Minier

Editeur : XO éditions

Octobre 2020. Un homme court dans les bois, poursuivi par ses assassins. Il débouche, apeuré, sur une petite départementale. Les phares d’une voiture l’éblouissent ; le conducteur, un infirmier, n’a pas le temps de freiner. Le choc est fatal. Quand il sort de sa voiture, l’infirmier s’aperçoit qu’il s’agit d’un homme nu, portant une tête de cerf irrémédiablement fixée sur son occiput.

L’équipe de Servaz est appelée sur place, celui-ci étant étonné de devoir intervenir sur un accident de la route. Quand il se penche sur le corps, il aperçoit le mot JUSTICE gravé sur la poitrine du jeune mort. Peu après, il obtient son identité : Moussa Sarr, 18 ans, reconnu coupable d’un viol et tout juste relâché de prison. Il semble que certains veuillent se faire justice eux-même.

Dans cette enquête, Martin Servaz doit faire face à quelques changements. Son nouveau patron se nomme Chabrillac, et semble être le genre d’homme à ne pas se mouiller, trop politique. Et il doit intégrer un petit jeune, Raphael Karz, tout juste sorti de l’école de police. Bref, Bernard Minier dévoile tout son art à mettre en place un scénario avec un déroulement dont il a seul le secret.

Pour autant, après le cycle consacré à la poursuite de Julian Hirtmann, Bernard Minier sort de son confort pour nous parler de nous, de notre société. Il a minutieusement choisi son thème pour parler de la place de la police dans notre société, du mal-être de ceux sensés faire régner l’ordre et détestés par le plus grand nombre, mais aussi des journalistes qui mettent de l’huile sur le feu, des trafiquants de drogue et des cités. Bref, voilà un vrai bon roman social dans lequel l’auteur s’engage, et qui nous surprend par le fait qu’on ne l’attendait pas sur ce terrain là. Très bien.

Oldies : Shibumi de Trevanian

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anne Damour

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose de découvrir un roman culte, écrit par un auteur resté mystérieux. Et quel roman !

L’auteur :

Rodney William Whitaker, plus connu sous son nom de plume Trevanian, est un écrivain américain, né le 12 juin 1931 à Granville, dans l’État de New York, et mort le 14 décembre 2005 dans le West Country, en Angleterre. Il a aussi utilisé son vrai nom ainsi que d’autres pseudonymes : Beñat Le Cagot, Jean-Paul Morin et Nicholas Seare.

Rodney Whitaker est né dans une famille qui doit lutter contre la pauvreté. Dans sa jeunesse, il vit plusieurs années dans la ville d’Albany, capitale de l’État de New York, une période qu’il raconte dans The Crazy ladies of Pearl Street, son dernier ouvrage publié.

Il sert dans la Marine américaine de 1949 à 1953, pendant la guerre de Corée. À son retour, il entreprend des études supérieures et obtient une maîtrise de théâtre à l’université de Washington et un doctorat en communication et cinéma à l’université North western, sise en banlieue de Chicago. Il enseigne ensuite la mise en scène au Nebraska. Plus tard, il reçoit une bourse Fulbright pour étudier en Angleterre.

Il devient ensuite professeur, puis directeur du département des communications de l’université du Texas à Austin pendant de nombreuses années. Quand le succès littéraire le lui permet, il quitte ce poste et vit pour de longues périodes, avec sa famille, dans la campagne basque française.

Dans les années 1970, il amorce une carrière d’écrivain et choisit le pseudonyme de Trevanian en l’honneur de l’historien britannique George Macaulay Trevelyan (1876-1962). Il a 40 ans quand paraît son premier roman La Sanction (The Eiger Sanction, 1972), un récit d’espionnage parodique dont le héros est l’arrogant, snob et insupportable professeur d’histoire de l’art Jonathan Hemlock. Alpiniste émérite et tueur à gages pour les services du renseignement américain, il doit tuer un des membres de sa cordée pendant l’ascension de la face nord de l’Eiger, en Suisse. Pour ce personnage, chaque mission est une « sanction » qui, une fois accomplie, lui permet d’acheter des tableaux impressionnistes pour compléter sa riche collection. Le roman est adapté au cinéma en 1975 sous le même titre par Clint Eastwood avec le réalisateur dans le rôle de Jonathan Hemlock et Rodney Whitaker comme co-scénariste. L’espion Hemlock revient dans le roman L’Expert (The Loo Sanction, 1973) avant que Trevanian ne l’abandonne.

Le Flic de Montreal (The Main, 1976), d’abord publié sous le pseudonyme de Jean-Paul Morin, puis sous celui de Trevanian, est un roman policier de procédure policière situé dans un quartier pauvre de Montréal. Il a pour héros le lieutenant de police quinquagénaire, solitaire et désabusé Claude LaPointe.

Shibumi (1979) est un thriller d’espionnage qui met en scène Nicholaï Hel, à la fois maître du jeu de go, adepte des arts martiaux et tueur professionnel, où le récit s’intéresse moins à sa mission qu’à la jeunesse du héros à Shanghai et au Japon pendant la Seconde Guerre mondiale.

En 1983, Trevanian signe L’Été de Katya (The Summer of Katya), un roman d’horreur psychologique. En 1998, il revisite le roman western avec Incident à Twenty-Mile (Incident at Twenty-Mile). Cette diversité dans les genres abordés a longtemps laissé croire que le pseudonyme Trevanian était en fait le nom de plume d’un groupe d’écrivains. Sous le nom de Nicolas Seare, Trevanian a également publié des contes se déroulant à l’époque médiévale.

Professeur d’université, il passe une grande partie de sa vie reclus avec sa famille dans les Pyrénées basques de France, refusant tout entretien et toute photographie. En 1979, lors de la sortie du livre Shibumi, il accorde toutefois une première interview par téléphone sans livrer son identité. Celle-ci sera dévoilée en 1983 mais confirmée seulement en 19982.

Ses livres sont traduits en quatorze langues, plusieurs d’entre eux étant des best-sellers : entre 1972 et 1983, cinq de ses livres se sont vendus à plus d’un million d’exemplaires chacun.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Nicholaï Hel est l’homme le plus recherché du monde. Né à Shanghai en plein chaos de la Première Guerre mondiale, fils d’une aristocrate russe et protégé d’un maître de go japonais, il a survécu à la destruction d’Hiroshima pour en émerger comme l’assassin le plus doué de son époque. Son secret réside dans sa détermination à atteindre une forme rare d’excellence personnelle : le shibumi. Désormais retiré dans sa forteresse du Pays basque en compagnie de sa délicieuse maîtresse, Nicholaï accueille une jeune étrangère venue lui demander son aide. Il se retrouve alors traqué par une organisation internationale de terreur et d’anéantissement, la Mother Company, et doit se préparer à un ultime affrontement.

Shibumi, le chef-d’œuvre de Trevanian, est un formidable roman d’espionnage et une critique acerbe de l’Amérique. Avec, toujours, l’intelligence et l’humour noir qui sont la marque de fabrique de cet auteur exceptionnel.

Mon avis :

A vrai dire, je n’avais pas lu d’avis détaillé sur ce roman, et j’ai juste suivi sa réputation de livre culte. Et j’ai été totalement surpris et enchanté par ce roman. Le personnage Nicholaï Hel est une sorte de personnage dénué d’émotions, qui atteint l’ultime état de sagesse de l’esprit, l’apaisement total et la communion avec la nature. Depuis sa retraite, il vit reclus dans son château du pays basque.

En parallèle, l’auteur nous montre l’état géopolitique du monde, et une organisation nommée la Mother Company qui, en restant totalement secrète, a accès à toutes les informations et manipulent les gouvernements et les organisations secrètes (comme la CIA ou le MI5) sans que personne ne la soupçonne.

A la suite de l’assassinat des sportifs israéliens à Munich en 1972, un groupe de tueurs nommé les septembristes se donne rendez-vous à l’aéroport de Rome pour joindre Londres et assassiner les coupables. Une fusillade se déclenche et ils sont tous tués sauf une jeune femme, Hannah Stern, la fille d’un ami de Nicholaï qui va lui demander de l’aide.

Organisé comme les étapes d’un jeu de Go, ce roman va passer en revue la biographie de Nicholaï : né à Shanghai d’une mère russe et d’un père américain, il se retrouve sans nationalité et est recueilli par un général japonais qui l’initie au jeu de Go. Doué en langues, il en parle rapidement cinq, et se retrouve à nouveau seul pendant la deuxième guerre mondiale. Après la défaite japonaise, il se fait embaucher par les services secrets américains en tant que traducteur.

D’une construction implacable, d’un style très détaillé et littéraire, Trevanian nous offre tout un pan du monde moderne, à travers le destin de ce jeune homme appelé à devenir le tueur le plus habile, capable de tuer avec une feuille de papier. On y trouvera que peu d’action, tout étant condensé dans les 150 dernières pages. Tout le roman va s’attarder sur d’un coté Nicholaï et ce qu’il a vécu et de l’autre sur la Mother Company et son pouvoir néfaste.

Alors qu’il fait preuve d’un humour noir féroce, Trevanian va nous démontrer la décadence de la société continentale, en opposant l’inutile société matérialiste et capitaliste à la société orientale spirituelle. Tout le monde en prend pour son grade, les Etats-Unis, bien sur, mais aussi la Russie, la France, l’Italie, l’Allemagne et bien d’autres. Trevanian nous montre qu’il y a une autre possibilité de vivre que la consommation à outrance ; et que les pays industrialisés, sous couvert de vouloir donner le pouvoir au peuple en imposant la démocratie, ne servent que l’intérêt de certains. S’approchant d’un brûlot, Trevanian accuse donc les pays industrialisés d’exploiter les plus pauvres et de vouloir imposer leur mode de vie, à l’aide de ruses très élaborées ne prenant aucun cas de la vie humaine.

Ce roman, étonnant de modernité, fait encore écho à la situation actuelle, ce qui démontre que rien n’a changé en 40 ans. Même si sa lecture est dense et nécessite de l’attention, on y plonge avec un plaisir gigantesque et on quitte le roman à regret. Après, on n’a plus qu’une seule envie : parler à tout le monde de ce roman pour que tout le monde le lise. Ce roman est juste fantastique, fascinant, drôle, cynique, féroce, puissant.