Garde le silence de Susie Steiner

Editeur : Les Arènes – Equinox

Traducteur : Yoko Lacour

Troisième roman de la série Manon Bradshaw, je découvre une nouvelle plume britannique en plein milieu d’un cycle, sur fond fortement social. Après avoir lu ce roman, il se pourrait bien que je lise les deux premiers.

Minuit. Matis, un immigré lituanien rentre dans ce qui lui sert d’habitation. Dimitri, qui habite avec lui, se rend compte que quelque chose ne va pas. Matis lui annonce que Lukas est mort. Matis et Lukas sont venus ensemble en Angleterre pour trouver du travail ; forcément, il se sent coupable. Dans la chambre, quatre autres hommes dorment déjà. Demain, ils devront être debout à quatre heures pour ramasser des poulets. Sans passeport, confisqué à leur arrivée, ils se trouvent sous la coupe d’Edikas Petrov, dans l’espoir d’avoir suffisamment remboursé leur dette.

Manon Bradshaw est réveillée par le petit Teddy, qui veut qu’on l’emmène au parc. Mark son compagnon s’occupera de Fly pendant ce temps-là. Teddy se jette sur la balançoire, et Manon remarque deux pieds dépassant d’un marronnier. Ne voulant pas que Teddy voit un homme pendu, elle appelle le commissariat pour qu’on dépêche une unité de patrouille.

Manon rentrée chez elle, les policiers attendent le photographe judiciaire. Ils remarquent un morceau de papier accroché à son pantalon : « Les morts ne parlent pas » en lituanien. Son identité est révélée par son permis de conduire : Lukas Balsys. Alors que Manon est censée travailler à mi-temps sur des cold-cases, la nouvelle superintendante Glenda McBain va confier cette affaire à Manon et à Davy Walker, son partenaire pour qui elle a un penchant certain.

Même si je n’ai pas lu les précédents tomes, j’ai été étonné de ne pas être perdu au début. Les situations présentées sont simples, et suffisamment explicites pour qu’on ne soit pas largué. Et on comprend vite qu’il y a de l’eau dans le vinaigre entre Manon et Brenda, de même que le sort des immigrés lituaniens ne passent pas en priorité dans les enquêtes de la police anglaise.

Si l’enquête parait simple, elle se révèle surtout très réaliste. On devine vite qui a le rôle du méchant. Mais ce manque de suspense est surtout là pour mettre en valeur l’horreur du trafic des travailleurs clandestins, qui n’ont droit à aucun soin s’ils se blessent, qui dorment entassés sur des matelas miteux et qui subissent les coups de celui qui organise ce trafic. L’auteure nous montre les faits sans s’appesantir, presque sans émotions mais on l’entend rugir derrière ses lignes.

Susie Steiner n’écrit pas des romans policiers comme il y a vingt ans. Derrière l’enquête, elle y peint la vie de famille, la difficulté d’être mère, de faire face à la maladie de Frank qui va se déclarer et les ami (e) s en proie à la crise de la quarantaine avec leur envie d’aller voir ailleurs. Et ces passages prennent autant de place que l’enquête policière, ce qui donne de l’épaisseur à son personnage principal.

S’il s’agit d’une belle découverte pour moi, ce roman s’inscrit dans la lignée des auteurs qui dénoncent le manque d’humanité de leur société ainsi que la montée de l’extrême droite, qui devient institutionnalisée. Son style est clair, explicite, et agréable à lire. Dans le même genre, Eva Dolan aborde des thèmes proches, avec un style plus sec, plus direct, et que je vous recommande aussi en accompagnement. Et ne croyez pas que ce roman ne concerne que l’Angleterre …

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