La Main de Dieu de Valerio Varesi

Editeur : Agullo

Traductrice : Florence Rigollet

Outre Rocco Schiavone, le personnage d’Antonio Manzini, le deuxième personnage italien dont je suis avec assiduité les enquêtes se nomme le commissaire Soneri, dont La Main de Dieu est déjà la septième enquête publiée en France. Et on en redemande !

Quand il arrive au bureau, le commissaire Soneri s’aperçoit qu’on lui a envoyé un paquet. Inquiet, Juvara son second lui conseille de ne pas l’ouvrir. A l’intérieur, sont disposées des pâtisseries pour fêter la Saint-Hilaire, le protecteur de Parme, le 13 janvier. Il appelle Angela, sa compagne puis part se promener où des plaques de verglas résistent encore à la légère hausse des températures, laissant une sorte de bouillasse grise.

Arrivé au Ponte di Mezzo, Juvara l’appelle et lui annonce la présence d’un cadavre. Le hasard veut que le corps se soit échoué sous le pont que Soneri arpente. Il semblerait que le destin veuille qu’il s’intéresse à cette affaire. Le mort a dû rester longtemps dans l’eau avant d’arriver ici, vu son état, transporté par la crue. Il convie donc son ami médecin légiste Nanneti à faire quelques centaines de mètres pour faire la première analyse.

Le crâne étant enfoncé à l’arrière de la tête, il s’agit sans aucun doute d’un assassinat. En dehors de cela, ils n’ont aucune piste quant à l’identité du mort. Mais déjà, tous les média en font les choux gras. Alors qu’ils dégustent leur repas, Juvara appelle et signale une camionnette suspecte en amont de Parme, en amont, vers Pastorello. Elle comporte des impacts de balles de gros calibre. Le chef de Soneri Capuozzo et le magistrat sont en effervescence et Soneri décide de prendre les devants et de se rendre à Monteripa, village perdu dans les montagnes, où habite le propriétaire de la camionnette.

Chaque roman de Valerio Varesi nous emporte dans un rythme nonchalant, où grâce à une intrigue tortueuse, l’auteur nous propose de visiter son pays en prenant son temps, et de parler des changements de la société et leurs impacts. Le commissaire Soneri a sa propre logique pour mener son enquête, additionnant un a un les indices grâce à des discussions fort intéressantes avec les habitants du coin.

Sauf qu’ici, il va être confronté à un petit village où les gens préfèrent se taire que de s’ouvrir à un inconnu, un village qui survit grâce à une entreprise d’embouteillage d’eau minérale, peuplée majoritairement de pauvres gens et détenu par Malpeli. Comme à son habitude, Soneri passe d’un personnage à l’autre, et en profite pour se prouver une fois de plus son mal-être devant cette société avide de profits et pleine d’irrespect.

Et c’est en cela que Valerio Varesi est grand. Il aborde des thèmes contemporains, la course au profit par exemple quand on lui parle de créer des pistes de ski et que pour ce faire, il faut abattre ces forêts. Il nous parle de l’immédiateté inutile de l’information, la recherche de scoops des journalistes et les réactions des politiques qui y voient l’opportunité de créer un état policier toujours plus répressif.

Mais il aborde aussi d’autres thèmes plus généraux, presque philosophiques, comme la place de la religion dans la société moderne, mais aussi le mal être, la place de l’homme, la nécessaire recherche de l’espoir, autant de thèmes abordés par Soneri et le curé du village que j’ai trouvés passionnants. Valerio Varesi m’a encore pris par la main avec cette nouvelle enquête, nous avons cheminé des sentiers enneigés ensemble, nous avons devisé sur notre passé, notre monde d’aujourd’hui, nos peurs du lendemain, nos questions ou plutôt questionnements quant à l’avenir, et ce fut un déchirement de tourner la dernière page, celle d’avoir à quitter un ami cher (et virtuel) tel que le commissaire Soneri.

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