Usual victims de Gilles Vincent

Editeur : Au diable Vauvert

J’avais un peu perdu de vue Gilles Vincent, depuis qu’il avait quitté les éditions Jigal, et les nombreux avis positifs des collègues blogueurs m’ont fait acheter son dernier roman en date, Usual victims, un polar au scénario implacable, dont le titre nous rappelle un célèbre film de Bryan Singer.

Après avoir bourlingué avec son diplôme d’officier de la Police Nationale, Martin Delbard atterrit à Tarbes avec le grade de capitaine. Depuis le collège, il ressent une attirance pour les hommes et doit cacher ce penchant dans sa vie professionnelle. Le hasard le fait rencontrer Florent, le facteur, avec qui il vit une idylle parfaite.

Clémentine Rucher lui a été rattachée, non pas pour ses qualités professionnelles mais pour le fait qu’elle soit lesbiennes. Leurs supérieurs ont surement dû juger que cela éviterait de mauvaises blagues. Elle vit une parfaite idylle avec Maïwen, professeure de lettres, depuis sept ans.

Stéphane Brindille se retrouve sans ses parents à l’âge de vingt-deux ans, ses parents s’étant noyés en barque deux ans auparavant. Le cinéma américain est sa passion première, et il en apprend les répliques cultes. Dans sa commode, il cache des cahiers dans lesquels il inscrit le poids des choses, de tous les objets qu’il rencontre. Diagnostiqué atteint du syndrome d’Asperger, il ne ressent aucune empathie et arrive dans l’équipe du capitaine Delbard en tant que stagiaire.

La plus grosse entreprise du coin se nomme Titania, le mastodonte du commerce en ligne. Dans une région abandonnée de ses riverains, Titania a bâti un gigantesque entrepôt et offre des emplois à tous les désœuvrés du coin, à tel point qu’elle pèse maintenant quatre mille cent soixante salariés en CDI. Sauf qu’on vient de découvrir le suicide de Camille Barrere juste avant son service, la quatrième en quelques semaines.

Tout est affaire de sentiments, de ressenti. Pour ce roman, j’ai été surpris par les premiers chapitres. Après l’introduction et le suicide de Camille, l’auteur laisse la parole aux trois policiers l’un après l’autre, pour leur présentation personnelle. Et je me suis dit que j’allais me retrouver dans un reportage criminel type « Présumé innocent » ou Affaires criminelles », ce que j’ai trouvé amusant.

Dès le quatrième chapitre, on entre dans le vif du sujet, avec une narration à la troisième personne, et au premier plan les trois flics, même si Stéphane semble mis en avant. Vous l’aurez compris, ce roman ne propose pas de « héros », de personnage principal, mais déroule une enquête dont le scénario est sans cesse surprenant, fait de multiples révélations, et nous malmène dans nos certitudes.

Car dès l’arrivée des flics sur le site de Titania, l’auteur nous décrit le monde ultra-sécurisé des grandes entreprises, les parkings où les voitures sont rangées en épi, les contrôles par badge à l’entrée, les vestiaires déshumanisés, les séparations entre les postes pour privilégier l’efficacité et le rendement, le rythme infernal demandé aux employés et les méthodes de motivation à base de récompenses futiles.

Même si le roman présente une enquête classique, et finit par faire un détour par le Darkweb, il présente l’avantage de nous présenter un contexte peu connu, et bénéficie d’un style remarquablement fluide, de personnages formidablement bien croqués, et d’un scénario noir dans lequel bien peu de protagonistes s’en sortiront. Et l’amusement que j’avais ressenti au début du roman s’est transformé en excellent divertissement avec un fond social important, en même temps qu’il est un hommage au cinéma policier.

Publicité

4 réflexions sur « Usual victims de Gilles Vincent »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.