Tous les articles par Pierre FAVEROLLE

Donnybrook de Frank Bill (Gallimard – Série Noire)

Avec Chiennes de vie, on sentait qu’une belle plume venait de naitre aux Etats Unis, de celles capables de décrire les laissés pour compte du rêve américain. Forcément, ce recueil de nouvelles avait créé des attentes. Ce n’est pas la première fois que des auteurs nous déçoivent ou bien nous ravissent. Frank Bill est indéniablement à classer dans la deuxième catégorie. Donnybrook est un putain de bon, de très bon bouquin !

Au dix-huitième siècle, Donnybrook était un lieu en Irlande où était organisée une foire tous les 26 aout pendant 15 jours. Il se dit que ceux qui y venaient préféraient se taper dessus qu’acheter ou vendre quelque chose. Ce terme est devenu une façon de décrire une manifestation tapageuse et désordonnée. Ne cherchez pas, je viens de vous faire un résumé de l’encart de la première page ! Mais si le contexte est bien le Donnybrook organisé dans le comté d’Orange, dans l’Indiana, le bouquin que voici parle d’hommes et de femmes, il parle de l’Amérique de la campagne, de l’Amérique oubliée.

« Il aiguisait le tranchant (du couteau) sans cesser de penser au journal qu’il avait lu plus tôt dans la journée. Des articles sur les réductions de salaire et la montée du chômage, les entreprises qui s’effondraient les unes après les autres, à travers tout le pays. Celles qui ne coulaient pas tentaient de faire plus avec moins. Le rêve américain avait vécu, puis il s’était perdu. A présent, travailler aux Etats Unis signifiait juste que vous étiez un numéro qui essayait de gagner un peu plus de fric pour ceux d’en haut. Et si vous en étiez incapable, il existait d’autres numéros pour prendre votre place. » (Page 61-62)

Dans la campagne profonde, on y trouve des gens dont on a oublié l’existence. Chacun essaie de survivre comme il le peut. Il y a Marine Earl, père de deux enfants, Zeek et Caleb, marié à Tammy, qui a besoin de 1000 dollars pour aller au Donnybrook. Alors, il braque un marchand d’armes pour lui prendre la somme avant de se diriger vers Orange. Le Donnybrook, c’est un combat sans limites, où vingt gars entrent sur le ring et le dernier debout va en finale. Le gagnant remportera 100 000 dollars. Il y a Angus, qui, en guise de travail, s’est reconverti dans la fabrication de méthamphétamine. Outre qu’il fut une légende dans les combats, il est aussi connu pour ne pas prendre de gants. Son surnom : La découpe.

Liz, la sœur d’Angus, est du genre droguée et nymphomane. Son petit plaisir : baiser un homme et au moment de l’éjaculation, lui tirer une balle dans la tête. Elle vient d’accepter un marché avec un dénommé Ned : Voler la drogue et le fric de son frère, et le flinguer ; ce qu’ils font. Puis ils se dirigent vers Orange pour vendre la drogue. Sauf que … Angus n’est pas tout à fait mort.

Voilà pour les personnages principaux. Mais on va trouver toute une bande de frappés, de décalés du bulbe lors du trajet de Marine et de Ned et Liz. On ne peut pas dire que Frank Bill fait de la publicité pour le tourisme dans l’Indiana. On peut même dire qu’il est dangereux d’adresser la parole à ces gens là ! Trêve de plaisanterie : Avec ce roman que l’on pourrait essayer de classer dans la rubrique Road book, Frank Bill va rejoindre les grands auteurs de romans noirs tels Larry Brown ou Harry Crews.

Au travers de tous ces personnages, il nous montre des gens amochés par la vie, abandonnés de tous, qui se sont recroquevillés sur eux-mêmes et sont retournés à l’état de bêtes. Plutôt que de nous montrer des combats à mains nues, Frank Bill nous détaille le parcours de ces gens qui vont vers leur destinée, celle d’un combat dont on a peu de chances de sortir vivant. Mais c’est la seule option restante pour pouvoir nourrir sa famille. Et leur trajectoire va aboutir dans une scène finale d’apothéose.

« – Pour quelqu’un qui a quitté l’école, on dirait que la seule manière de survivre est de se salir les mains.

  • Le monde change. Nous entrons dans une ère où l’éducation, le mérite n’ont plus aucune importance. On revient à l’époque où l’homme doit prendre conscience de ses aptitudes. Ton passé est soit un atout, soit un handicap.

(…) De nos jours, les gens oublient que l’histoire se répète, vu qu’on retient rien de nos propres erreurs. Et maintenant, plus personne peut arrêter ce qui est commencé.

(…) On est au début d’un cycle de violence. Plus de boulot. La dignité et les valeurs morales ont été bradées. » (Pages 126-127)

C’est aussi la confirmation d’une plume extraordinaire et rare, de celles qui vous décrivent en une phrase et le lieu, et l’ambiance et les personnages présents. Et Frank Bill a rencontré un traducteur qui lui va à merveille, à savoir Antoine Chainas, et on peut lui faire confiance pour trouver les mots justes.

Evidemment, cela parle de d’affreux, et en ce sens, toutes les scènes, aussi visuelles soit elles sont d’une violence rare. Chaque scène sent la sueur, la peur, la sang, la sable. Chaque personnage a ses blessures, ses bleus, ses cicatrices, sa mort par balle. Et pour autant tout se tient, l’intrigue nous amène vers le ring final. Au final, il n’en restera qu’un mais il ne pourra pas pour autant vivre une vie tranquille, pas dans un monde d’une telle violence.

Donnybrook est un roman hallucinant, de couleur rouge sang, qui va vous salir les mains car tout ce qui est décrit est sale. Frank Bill y montre l’état de son pays qu’on a gratté le vernis de surface et vous ne sortirez pas indemne de cette lecture. C’est une lecture à ne pas mettre entre toutes les mains, violente à l’extrême, vulgaire, crade et dont on se remet difficilement.

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Hiver de Mons Kallentoft (Le serpent à plumes)

Sorti en novembre 2009, dans une indifférence quasi générale, il aura fallu des émissions télévisées pour mettre en évidence ce polar d’ambiance. Il est aussi sélectionné pour le prix Polar SNCF pour la sélection du printemps 2010.

La Suède connaît un de ses hivers les plus froids, il fait -40°C. Un homme de 150 kilogrammes est découvert au milieu de la campagne, pendu à un chêne, complètement nu. Il a été défiguré, poignardé et laissé à l’abandon, au bout de sa corde.

La brigade criminelle est chargée de l’enquête. Parmi eux, Malin Fors et Zackarias « Zeke » Martinsson font équipe pour résoudre ce mystère. Le visage du mort est vite reconstitué, et des témoins reconnaissent en lui Bengt Andersson dit Bengt le Ballon. C’est un marginal qui adore regarder les matches de football de l’équipe locale, seul derrière le grillage, en espérant que la balle lui parvienne et qu’il puisse la renvoyer.

Bengt est seul et personne dans la population ne s’intéresse à lui. Un vieil homme se rappelle de lui. Sa mère est morte du cancer, son père était un homme violent qui frappait sa femme, Bengt et sa sœur, Lotta. Un jour, n’en pouvant plus, Bengt donne un coup de hache sur la tête de son père, lui coupe l’oreille, mais cela suffit pour le mettre en fuite. Sa sœur, elle, est adoptée et change de nom : elle devient Rebecka Stenlundh et travaille aujourd’hui dans un supermarché, cherchant à oublier ce passé horrible.

Toutes les hypothèses portent sur une secte, qui pratique le culte des Ases. Ils rencontrent Richard Skoglôf, qui leur explique qu’ils effectuent bien des sacrifices d’animaux, qu’ils possèdent l’esprit de Sjed, cette faculté de voir et de modifier le cours des choses. Ils rencontrent leurs adeptes via Internet, et semblent avoir un alibi. Et je pourrais continuer comme cela bien longtemps tellement cette enquête est très bien menée et passionnante.

Et, comme j’ai plein de choses à dire, cela va être un article un peu plus long que d’habitude. Tout d’abord, je ne me suis pas pressé pour lire ce livre, à cause de la couverture. Ces pieds d’un pendu, à moitié décomposé ne me disaient rien qui vaille, ayant peur de tomber sur un roman gore. C’est parce qu’il a été sélectionné par Polar SNCF que je me suis décidé. Mais parlons un peu de ce bouquin.

C’est l’histoire d’un homme qui ne respecte pas les standards de beauté que l’on nous fait avaler à longueur de journée. C’est un marginal qui se marginalise. C’est un malchanceux, né dans une famille violente, au milieu d’un monde violent, rempli de haine envers tout ce qui est différent. C’est l’histoire d’un pendu, abandonné au milieu de nulle part, dans une campagne balayée par le vent glacial du nord de la Suède.

C’est l’histoire d’une commissaire, Malin Fors, qui a eu une fille très jeune, trop jeune. Une femme mal à l’aise dans sa vie, dans son coeur, qui s’abandonne dans son métier pour ne pas s’abandonner à autre chose. Elle est confrontée aux difficultés de l’adolescence de sa fille et à une enquête d’un homme abandonné comme elle.

C’est l’histoire d’une région, d’un pays piégé par un froid extraordinaire. C’est l’hiver et la météo influence les attitudes de ses habitants. Les gens vivent chez eux, repliés sur eux mêmes. La violence nait là, quand on n’a plus de respect envers son prochain, quand les relations sociales se distendent jusqu’à ne plus exister. Ceux qui se regroupent en clans survivent, ceux qui s’isolent sont destinés à mourir. Quel peinture que celle de ce pays dont on vante tant les qualités sociales.

C’est avant tout un auteur doué. Un auteur jeune, capable de créer un personnage attachant, une ambiance glacée, un rythme soutenu. Tout cela grâce à son style et non avec des artifices. On court tout au long du bouquin, grâce à des mots courts, des phrases courtes, des paragraphes courts, des chapitres courts. L’intrigue est impeccablement menée, on marche, on court, on ne làche plus ce livre avant le dénouement final. Une grande réussite sans aucun doute et, pour une fois, on se dit qu’on aura droit à une suite, et on est impatient de lire les autres tomes. Au début, il faut s’habituer au choix de la narration, mélangeant première et troisième personne, entrecoupé par la voix du mort. Passé cette initiation, ce livre n’est qu’un pur moment de plaisir que j’ai avalé avec l’appétit d’un affamé. A ne pas rater.

L’évangile du billet vert de Larry Beinhart (Série Noire)

Larry Beinhart, je l’ai découvert avec Le Bibliothécaire. Dire que ce fut un choc pour moi est un euphémisme. C’est un roman fantastique sur les coulisses du pouvoir aux Etats Unis, et ce qui est inquiétant, c’est que beaucoup d’exemples dans son livre sont vrais. Mais je ne suis pas là pour parler du Biliothécaire, mais de son dernier roman en date : L’évangile du billet vert. Et accrochez vous, car c’est aussi prenant que le biliothécaire et ça va plus vite …

Carl Vanderveer fut un flic à la brigade des stups. Il a connu un drame dans sa vie : sa première femme est morte dans un accident de voiture. Il s’est alors remarié avec une droguée, et a commencé doucement à sombrer, jusqu’à ce qu’un de ses collègues le sauve enlui faisant découvrirJésus. Depuis ce jour, Carl vit dans la foi inébranlable des chrétiens de la Cathédrale du Troisième Millénaire tenue par le pasteur Paul Plowright.

Il a donc quitté la brigade des stups et est maintenant détective privé. Il est heureux en ménage avec sa nouvelle femme et sa fille. L’un de ses plus gros clients est le cabinet d’avocats Grantham, Glume, Wattly & Goldfarb. Et justement, Emmanuel Goldfarb, dit Manny, lui demande de l’aider dans une nouvelle affaire : Nathaniel MacLeod, professeur de philosophie,  a été assassiné. Le désigné coupable s’appelle Ahmad Nazami, et est musulman d’origine iranienne.

Dans une Amérique aveuglée par ses peurs de l’autre, dans un climat d’oppression lié au sombre 11 septembre 2001, Carl se retrouve à enquêter seul, contre ses propres croyances. Il veut se débarrasser au plus vite de cette affaire, car il subit des pressions venant de sa propre église. Quand Manny se fait assassiner par un membre de la Cathédrale du Troisième Millénaire, il fait jurer à Carl de retrouver le vrai coupable.

Larry Beinhart est un auteur rare, au sens où il sort peu de livres, mais à chaque fois ils sont de grande qualité. On a affaire ici à un sacré thriller qui ne se lâche pas une fois commencé. Le personnage principal est immédiatement sympathique et ses aventures se déroulent avec une logique qui fait que on le suit avec énormément de plaisir.

Et puis, il y a cette charge contre les évangélistes américains. Ils sont ici plus obnubilés par l’argent et au delà de cela par le pouvoir, que par la foi. Et Larry Beinhart utilise un artifice toujours efficace : un membre de la congrégation remet en cause ses croyances. Et il nous fait une charge contre cette Amérique paranoïaque, qui voit dans les gens différents des coupables en puissance. Le tableau dressé est d’une telle intelligence, d’un tel réalisme que cela fait froid dans le dos.

Et Larry Beinhart fait montre de tout son talent. Dans le Biliothécaire, les descriptions étaient nombreuses, avec peu de dialogues. Ici, les dialogues sont nombreux, comme pour montrer que le business des évangélistes passe par la négociation et la persuasion. Et il est formidablement doué dans son domaine, et c’est ce qui m’a fait peur dans ce livre. Les arguments sont effrayants. Le propos est d’ailleurs suffisamment étayé pour éviter de généraliser ou remettre en cause les croyances des gens. Le message est explicite : Pas besoin d’évangélistes pour vous pomper votre argent, votre croyance est avant tou en vous. Et n’oubliez pas que l’Amérique est le pays des libertés et que tout le monde doit avoir le droit de penser et dire ce qu’il veut.

J’avais adoré Le Bibliothécaire, j’ai beaucoup aimé cet Evangile du billet vert. Deux petits reproches me sont venus au cours de la lecture. Tout d’abord la construction en petits chapitres donne du rythme à l’histoire mais je n’aime pas quand on coupe une scène en plusieurs chapitres. Ensuite, l’esprit de Manny vient à plusieurs reprises aider Carl dans son enquête, et même si la spiritualité de cette apparition a sa place dans l’histoire, cela me paraît superflu pour l’intrigue en général.

Au global, c’est un très bon thriller qui fait réflechir, voire même qui donne des frissons dans le dos par le portrait de la société américaine si paranoïaque que Larry Beinhart nous décrit. Vous pouvez l’acheter les yeux fermés, vous allez adorer. Un roman qui donne à réflechir, cela ne court pas les rues.

Sans laisser de trace de Joseph Finder (Albin Michel)

Et encore un nouvel auteur à découvrir. Je le connaissais car je le vois souvent quand j’arpente les linéaires des libraires. Comme Albin Michel m’ a donné l’occasion de le lire en avant première, voici donc ce que je pense de Sans laisser de trace. Je remercie Albin Michel au passage, et je vous signale que ce livre fait partie de mon défi de la littérature policière des 5 continents dont voici le lien.

Nick Heller est un des meilleurs enquêteurs d’une agence privée, Stoddard Assiociates, qui travaille pour les plus grandes entreprises multinationales. Lors d’une de ses enquêtes à Los Angeles pour retrouver un colis qui a disparu dans un petit aéroport, son neveu Gabe l’appelle : « Papa a disparu ».

En effet, Roger et sa femme Lauren étaient de sortie dans un restaurant de Washington quand elle s’est fait agresser. Quand elle se réveille à l’hôpital, Roger a disparu. La police pense tout de suite à une disparition volontaire car rien ne lui a été volé, et aucune marque de violence n’est présente sur le lieu de l’agression qui pourrait laisser croire que Roger est mort. Aucune demande de rançon n’est déposée.

Nick va donc enquêter en collaboration avec la police sur la disparition de son frère dont il n’est pas si proche. Nick a décidé d’arrêter ses études et de s’engager dans l’armée en Bosnie et en Irak avant d’intégrer une agence de renseignements du Pentagone, puis d’en démissionner avant d’intégrer Stoddard Associates. Roger, lui, a suivi les traces de son père, personnage douteux dans le domaine de la finance, autoritaire en famille. D’ailleurs, Nick pense que son enlèvement peut avoir un lien avec ses activités professionnelles plus ou moins douteuses.

C’est donc plutôt pour des raisons de lien familial que Nick va se lancer dans cette enquête, mettant de côté ses rancœurs entre frères, et pour affection pour sa belle-sœur et son neveu, avec qui il s’entend à merveille. Et c’est une enquête bien surprenante qui l’attend.

J’avais envie de titrer cet article : « Chronique d’un succès annoncé ». Car ce roman a tout pour plaire : un héros sympathique, un style efficace qui fait qu’on avale ce bouquin très rapidement, des chapitres courts qui donne une impression de célérité. Joseph Finder est décidément doué pour mener une intrigue complexe avec une description psychologique fouillée. Tout ça fait que c’est réaliste.

La majorité du livre est écrit à la première personne avec peu de sentiments, ce qui colle bien avec le personnage de Nick Heller, puisqu’il a été formé par l’armée et a combattu dans des guerres difficiles. Finder insère aussi quelques chapitres du passé de Heller pour complexifier le personnage, mais sans en dire trop, car ce roman est le premier tome d’une trilogie. Tout est fait et extrèmement bien fait pour que l’on achète les deux prochains volumes.

Il y a aussi un autre aspect , celui qui m’a le plus intéressé, c’est les liens familiaux. Nick déteste son père car il est en prison pour malversation financière. Il déteste son frère car celui-ci veut ressembler à son père. Malgré cela, les liens familiaux sont plus forts que toute sentiment d’indifférence. Par dessus tout, Roger est le frère de Nick. Ils sont du même sang. Même si ce sujet, somme toute classique, est sousjacent, il est lui aussi bien traité.

Alors, par moment, par son style, ses descriptions, son rythme, je me suis un peu ennuyé, vite repris par des rebondissements inattendus. Finder m’aura bien manipulé dans ce roman, qui finalement fait parfois office d’introduction au cycle Heller. On verra ce roman souvent entre les mains des touristes cet été sur les plages. C’est un bon thriller, fait avant tout pour le grand public, qui donne envie d’attendre les prochaines aventures de Nick Heller. L’objectif est accompli, et j’aurais bien pu titrer cet article : « chronique d’un succès annoncé ». Du bon boulot.

Comment L.A. de Alain Wagneur (Suite Noire 33) et Des manches et la belle de Jean Paul Nozière (Suite Noire 34)

Je rattrape mon retard car je n’ai pas abandonné ma collection Suite Noire. Il faut juste prendre le temps de les lire, ce qui est assez facile, car ils se lisent en une journée. Voici donc les deux tomes parus en janvier 2010.

Comment L.A. de Alain Wagneur raconte l’histoire d’un détective privé qui se recycle dans le recouvrement de dettes pour le compte du groupe Volkswagen Audi. Lors de la recherche d’une Touareg, ils tombent sur M.Bouteillier, le magnat des céréales. Celui ci leur paie rubis sur l’ongle la voiture que son gendre a acheté à un revendeur / truand. Puis, notre détective privé tombe sur Jackie Delorme qui n’a pas payé ses traites pour une Audi A4. Jackie exerce le métier de stripteaseuse pour vivre, sous le nom de Vanessa Champagne. Comme il a été éclairagiste pour des films dans une autre vie, il va participer à l’amélioration des numéros de scène de Vanessa Champagne. Sa vie bascule quand il tombe amoureux d’elle.

Tous les ingrédients d’un bon polar sont présents : un détective privé, une femme belle, un homme riche avec plein de vices. Vous mettez tout cela dans un mixer, et quand l’histoire est bien racontée et bien écrite, vous avez entre les mains un bon polar écrit en forme d’hommage pour tous les grands auteurs de polar. De nombreux clins d’oeil sont parsemés tout au long de cette petite histoire fort distrayante pour un grand plaisir de lecture.

Des manches et la belle de Jean Paul Nozière raconte l’histoire de DD de son vrai nom Delicious Dembele. Enfin, c’est comme ça qu’il aime se faire appeler. il souffre d’atroces migraines, qu’il soigne en dézinguant son prochain. Sa mission, cette fois-ci, est de voler deux millions d’euros en fausses coupures à deux Finlandais, sur le parking de l’Isardrome sur l’A7. Le problème, c’est que DD ne retient pas les nombres. Et qu’il se retrouve sur un parking d’autoroute (jusque là, c’est bon), qu’il rencontre deux hommes blonds conduisant un corbillard (jusque là c’est bon !), mais que dans le corbillard, il n’y a pas deux millions d’euros mais le corps d’un noir plein de cocaine.

Dès le début de l’histoire, on a droit à un festival boosté à l’adrénaline. Cela va vite et surtout, c’est loufoque. Le ton est résolument plein d’autodérision, avec l’utilisation de noms pour les différents personnages qui force à sourire. Tout n’est pas bien sérieux, mais le but est avant tout de divertir, tout en plaçant de petites remarques par ci par là, des petites critiques pour que tout le monde en prenne pour son grade. Mais cela n’est jamais méchant, je me suis marré tout au long du livre, et c’est partuclièrement agréable. Jean Paul Nozière s »est éclaté à écrire cette histoire et nous, on s’éclate à la lire.

Brooklyn requiem de Ken Bruen (Fayard Noir)

Allez, hop ! C’est reparti pour une deuxième année de Black Novel. Et on commence par du lourd. Le dernier Ken Bruen, dont je suis fan, dont je lis tous les livres, est une vraie bombe, une folie dopée à l’adrénaline.

Matt O’Shea est Guarda à Galway en Irlande. Mais ce qui le frustre, c’est que les guardai n’ont pas d’armes. Ils ont juste droit à une matraque. Alors quand la police américaine et la police irlandaise proposent un échange d’une vingtaine de policiers entre leurs deux services, Matt fait un chantage auprès d’une personne haut placée pour obtenir sa mutation à New York.

Il se retrouve donc à New York à faire équipe avec Kurt Browski dit Barka, car il cache une barre dans sa manche, et n’hésite pas à en faire usage pour arrêter les truands. Barka a une soeur attardée, et il l’a placéedans un établissement spécialisé privé. Mais cela coûte horriblement cher, et, quand il est approché par un malfrat du nom de Morronni, il accepte de vendre son âme au diable en échange de renseignements qui premettraient à Morronni de ne pas être inquiété par la police. En plus d’être un chien sans limites.

Lors d’une intervention pour « calmer » un mari qui tape sa femme, Matt O’Shea tue un homme qui s’apprêtait à descendre Barka. A partir de là, Barka commence à apprécier Shea et lui dévoile petit à petit ses combines et sa vie. Il va même jusqu’à lui présenter sa soeur. Matt, lui, reste un peu à l’écart car il a un problème : Il viole et étrangle les femmes avec un long cou blanc et pur.

Imaginez Jack Taylor croisé avec le psychopathe de Au-delà du mal ou de n’importe quel psychopathe. Cela donne un mélange aussi explosif que nitro et glycérine ou de Tri-nitro et Toluène. Bon, d’accord, c’est facile ! Mais voilà un bouquin qui va à cent à l’heure, du début à la fin. Et on retrouve tout ce qu’on aime chez Bruen : cette facilité à écrire des histoires, ces personnages explosés et hargneux, ces dialogues brillants et pleins d’humour.

Ken Bruen fait encore mouche, et pourtant, j’avais un peu d’appréhension en attaquant ce livre. Autant il est génial dans ses cycles Jack Taylor et R&B, autant ses livres « orphelins » m’avaient moins convaincu. Là, dès les premières pages, on est pris dans l’ouragan, retrouvant toute la hargne, toute la morve, toute la démesure que l’on peut trouver chez Jack Taylor.

Et ça marche, ou plutôt nous, pauvres lecteurs, nous courons. D’ailleurs, pas besoin d’être très endurant pour avaler ces 300 pages, car c’est bouclé en trois heures, trois petites heures de pur bonheur, de pure jouissance. Et c’est le seul reproche que je ferai à ce livre : Je l’ai lu trop vite. Mais quelle plaisir !

Alors, ceux qui n’aiment pas Ken Bruen diront que c’est du léger, que ça n’apporte rien, que c’est du déjà vu. Oui, mais avec du style ! Ken Bruen est un des auteurs les plus doués de sa génération, je le dis, je le répète et je continuerai à le répéter tant que ses livres seront à ce niveau et tant que vous, humbles visiteurs de Black Novel, vous n’aurez pas compris. Avec toute la quantité de nouveautés de polars qui sortent par an, il nous sort un voire deux excellents bouquins. Pourrez-vous continuer à passer à côté de ce phénomène qu’est Bruen encore longtemps ?

Mexicali city blues de Gabriel Trujillo Munoz (Les allusifs)

Morgado épisode 3. Après avoir lu le premier, Tijuana city blues, qui était très bon, puis Loverboy très bien mais trop court, je continue avec Mexicali city blues.

Morgado, notre avocat est contacté par une amie d’enfance Cecilia Montaño, dont le mari Jesús Bull Aguirre a disparu depuis plus d’un mois. Celui-ci est pilote d’hélicoptère et a eu un accident d’hélicoptère. Il avait été engagé par un groupuscule écologique, le Parti Naturaliste Mexicain pour recenser les derniers exemplaires d’un cactus en voie de disparition. Rapidement, Morgado s’aperçoit que le Parti Naturaliste Mexicain n’existe pas, que toute cette affaire cache un trafic de drogue, et que la police est impliquée.  Mais que s’est-il passé, qui a trompé qui, qui est mort, et comment ? Morgado a vite l’impression qu’il s’agit d’une mise en scène, mais l’identité des manipulateurs ne cesse d’être remise en cause.

On retrouve avec plaisir notre avocat favori, genre d’enquêteur fouineur un peu bourru, mais qui plait beaucoup aux femmes. Après un premier épisode franchement emballant, un deuxième qui souffrait du format très court de ses aventures, voici une histoire fort bien écrite, qui tire pleinement partie du format court du roman.

C’est très bien écrit, bien maitrisé dans la forme et le fond. Et cela procure au lecteur un grand plaisir de lecture pour suivre l’histoire. C’est probablement l’épisode le mieux maitrisé de la série, ou en tous cas des trois que j’ai lus.

Et puis, Munoz continue à appuyer là où ça fait mal. A travers ses aventures, il dénonce les travers (excusez moi de ce jeu de mot) de la société mexicaine. Ici , c’est l’implication de la police dans le trafic de drogue, et cela va au-delà de l’inaction vue dans les précédents épisodes. Avec comme d’habitude, l’implication des Etats-Unis, désignés comme l’une des causes de la descente aux enfers du Mexique.

Avec une couverture toujours aussi belle, une qualité de papier inégalée, un petit format qui tient dans une poche pour un prix toujours discutable (12,5 euros, c’est un peu cher), cette aventure là est passionnante à lire. Pour sûr, je lirai la prochaine.