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Aller simple de Carlos Salem (Moisson rouge)

Après avoir lu tant de critiques élogieuses sur ce livre, je l’avais forcément mis sur ma liste de livres à acheter. Mais à chaque fois que j’allais dans une librairie pour acheter un bouquin, j’en trouvais un autre à acheter. Finalement, je l’ai mis sur ma liste de Noel, et le Père Noel, dans son immense bonté, l’a déposé au pied de notre sapin. Après Underworld USA, j’avais décidé de le prendre pour m’aérer un peu, pour avoir une lecture plus légère que le dernier Ellroy. Et c’est le livre le plus déjanté, le plus loufoque que j’aie jamais lu.

C’est l’histoire d’Octavio qui est en vacances au Maroc avec sa femme. Il est marié depuis 22 ans, et cela fait 20 ans qu’elle le fait chier (excusez du terme). Il est fonctionnaire espagnol au registre d’État Civil. En plein milieu de ces vacances, sa femme fait une crise cardiaque, s’écroule sur le lit de leur hôtel, se relève, se cogne la tête contre la table de nuit, et tombe sur le sol morte. Octavio se rend vite compte qu’avec la trace de coup qu’elle porte sur la tête, personne ne va croire à une mort naturelle. Il décide de la cacher sous le lit et d’aller prendre l’air. Au bar, il rencontre Soldati, un pseudo anarchiste et lors de leur périple, ils en viennent à voler le manteau d’un Bolivien, qui s’avère être un truand. Dans le manteau, se trouvent des faux papiers et de l’argent, faux aussi. Soldati, qui a par le passé cherché à vendre des glaces aux Touaregs et qui dispose d’un camion réfrigéré, aide Octavio à récupérer sa femme. Mais lors de leur retour à l’hôtel, Ils y mettent le feu et s’échappent sans trouver le corps. Les voilà donc poursuivis par la police et par les trafiquants colombiens.

Que voilà un résumé bien long pour un petit livre de 260 pages. Mais en fait, cela ne couvre que les 50 premières pages. Car ce roman part sur des chapeaux de roues pour présenter le canevas de cette intrigue aussi loufoque qu’hilarante. Ici, rien n’est sérieux, c’est drôle du début jusqu’à la fin. Et la suite est du même tonneau, avec des rencontres toutes plus improbables et délirantes les unes que les autres, d’un réalisateur qui tourne un film sans pellicule à Carlos Gardel.

La grande force de ce roman réside dans ses personnages, tous plus humains les uns que les autres. Voilà un auteur à propos duquel je peux dire sans me tromper qu’il aime ses personnages. On s’y attache facilement, on les suit avec plaisir, et quand on croit que l’intrigue s’embourbe, Carlos Salem fait une pirouette, en général très drôle, et l’intérêt est relancé.

J’ai particulièrement apprécié aussi les réflexions pseudo philosophiques, peut-être pour montrer que tout le monde peut le faire, ou pour monter le polar au niveau de la grande littérature, ou juste pour faire rire. Aucun sérieux n’est à retenir, ceci est une gigantesque potache, une énorme blague, avec d’excellents bons mots qui mériteraient leur place dans tout bon dictionnaire de citations. Et donc, le plaisir de lire est au rendez vous. Et j’avais l’impression parfois de lire du Westlake, pas en ce qui concerne le style, ou la construction de l’intrigue mais plutôt en ce qui concerne la volonté affichée d’abandonner la rationalité et le sérieux, pour se laisser entraîner dans les délires de l’auteur.

C’est aussi de très beaux portraits de personnages à la poursuite d’un objectif, d’un idéal qu’ils n’arriveront pas à atteindre. Entre Octavio qui cherche sa femme, le Bolivien qui court après un agenda, un réalisateur qui tourne un film sans pellicule, un écrivain qui cherche à écrire un livre, tous cherchent quelque chose qui donne un sens à leur vie. Même si ces objectifs sont plus loufoques les uns que les autres. On arrive à se demander si le monde entier n’est pas devenu fou.

Là où je suis un peu plus mitigé, c’est que par moments, j’ai décroché. Certes j’ai continué, et j’ai bien fait, car les rebondissements sont tellement bien faits que l’on est tout de suite repris par le rythme comique de l’ensemble. De plus j’ai regretté que les extraits des chansons de Gardel ne soient pas toutes traduites. Je ne parle pas espagnol, et j’ai peur d’être passé à coté de blagues supplémentaires ou tout simplement d’un peu de poésie. Enfin, des fautes d’orthographe en assez grand nombre m’ont un peu énervé.

En conclusion, Aller simple est une très bonne découverte, un auteur que je vais suivre pour son univers déjanté et décalé. Cela fait du bien de lire un polar différent et extrêmement bien construit, qui va au-delà de la simple blague. Je vous le conseille fortement. Un excellent polar qui n’est pas passé loin du coup de cœur en ce qui me concerne.

Dérive sanglante de William G. Tapply (Gallmeister)

Les deux fois où j’ai entendu parler de William G. Tapply, c’était sur RTL dans la rubrique C’est à lire (link) fin 2008 pour Casco Bay et en juillet 2009 pour l’annonce de sa mort. Fin 2008, j’avais donc acheté Casco Bay, et en 2009 le premier tome de la série Calhoun : Dérive sanglante :

Calhoun est un homme sans passé. Ayant pris la foudre, il se retrouve amnésique avec une cicatrice dans le dos. Après un long passage à l’hopital, il va s’installer dans le Maine et se construit une maison au fond des bois, avec l’aide de Lyle un jeune homme plein de bonne volonté, dont les passions sont la pêche , la chasse et les femmes. Calhoun trouve un travail comme vendeur – guide dans un magasin d’articles de pêche tenu par Kate. Rapidement, ils deviennent amants. Un matin de juin, un gros homme nommé Green veut trouver des coins inédits pour aller pêcher. Comme Calhoun ne le sent pas trop, il demande à Lyle de le guider. Deux jours plus tard, Lyle est retrouvé assassiné. Calhoun se sent coupable de l’avoir envoyé à la mort, et va se découvrir des qualités d’enquêteur … entre autres.

Comment puis-je commencer cet article ? Avez-vous déjà passé une matinée, au réveil, au bord de l’eau, avec une canne à pêche (pour faire bien, pas pour pêcher) ? Avez-vous déjà apprécié le calme, le silence, le temps qui passe au rythme de l’eau qui s’écoule et des poissons qui frétille ? Moi si. Quand j’étais plus jeune, ça m’est arrivé d’aller chercher un peu de calme comme ça. Et en cela, ce n’est pas très loin du personnage de Calhoun. Alors, évidemment, je me suis fortement identifié à ce personnage un peu particulier.

Le rythme de l’histoire est lent, calme comme l’eau qui s’écoule dans la rivière. Calhoun est un personnage qui apprécie la nature car il la connaît, il la comprend. C’est un personnage beau, fort (dans sa description psychologique, pas pour le physique !). Les personnages secondaires sont aussi parfaitement croqués, et facilement reconnaissables. Et on retrouve ce que j’apprécie : cette efficacité à décrire en quelques mots les traits physiques qui traduisent la psychologie du personnage.

L’enquête en elle-même sert plus d’alibi, car le vrai héros de ce roman, c’est le Maine. Ce sont ces forêts tellement luxuriantes le jour, tellement inquiétantes la nuit. Ce sont les rivières qui s’écoulent paisiblement. Ce sont les poissons qui vivent tranquillement, et Calhoun qui en observateur avisé, nous fait partager sa passion sans jamais faire de redites, ou nous lasser. Avis aux stressés de la vie : arrêtez vous cinq minutes, ouvrez ce livre et cela vous permettra de respirer cinq minutes. La grande qualité de ce livre est là : la pureté et le rythme de son écriture

En même temps, même si j’ai beaucoup aimé ce livre, l’histoire et son rythme peuvent être un de ses défauts. Il ne conviendra pas à ceux qui veulent du suspense, du rythme, de l’action. Ici, pas de course poursuite, pas de meurtre toutes les cinq pages. Cela se situe de nos jours, à la campagne, avec des gens qui ne vivent pas au même rythme que les citadins. Les préoccupations ne sont pas les mêmes, ces gens-là prennent le temps de vivre.

Pour finir, si vous n’êtes pas décidé à lire ce livre, je dois vous mettre en garde de ne pas vous fier à la quatrième de couverture. Je cite : « Calhoun se lance alors sur sa piste et accumule les découvertes macabres … Première aventure de Stoney Calhoun, Dérive sanglante nous promène à travers les paysages idylliques et chargés d’histoire du Maine, jusqu’à un final aussi violent qu’étonnant. ». Les découvertes macabres, je les cherche encore et la violence du final me laisse dubitatif. Je me demande si celui qui a écrit cela a lu le livre, ou s’il a juste été emporté par son enthousiasme, ou s’il a voulu faire du sensationnalisme pour vendre. En tous cas, ce roman n’a pas besoin de tels arguments falsifiés, c’est un roman rare, un OVNI face à beaucoup de publications actuelles. Je regrette aussi le titre car l’original « Bitch Creek » fait référence à l’étang où Lyle a été tué et cela aurait fait un bien meilleur titre.