Archives pour la catégorie Chouchou 2014

2014, quelle année !

Avant tout, je tiens à vous souhaiter une excellente année 2015. Que 2015 vous apporte toutes les joies que vous pourriez désirer, dans votre vie professionnelle ou personnelle. Que 2015 vous comblent à travers vos lectures. Je tiens aussi à vous remercier. Merci aussi à tous ceux qui suivent chaque semaine mes billets, merci pour vos commentaires, merci aux auteurs qui me contactent, merci aux éditeurs et attachés de presse qui me font confiance. Et puis, merci à tous les potos et les potesses blogueurs passionnés … je vous envoie une bise !

2014 fut une année extraordinaire quant aux lectures que j’aurais faites. Moi qui d’habitude ne donne que quatre ou cinq coups de cœur par an, j’en ai décerné douze cette année. Le constat est le même pour les chouchous. J’ai eu quatorze chouchous là où je n’en donne que onze par an. Une année pleine et surtout pleine de sentiments, de passion et de rencontres avec des lecteurs, des blogueurs que j’espère revoir bien vite.

C’est Claude Le Nocher qui disait dans un commentaire qu’il ne servait à rien de faire pour la synthèse 2014 une liste interminable des romans. Au début je pensais en citer 14 (comme 2014) mais cela aurait voulu dire que l’année prochaine, j’en citerais 15. Donc, j’ai décidé de me saigner, et d’extraire de ma liste de romans extraordinaires dix titres. Et je peux vous dire que ce fut dur, une véritable torture de sortir des titres qui m’ont fait vibrer.

Voici donc une liste des 10 romans qui m’auront fait vibrer en 2014 … sur les 26 que j’aurais adorés … sur la centaine que j’aurais chroniquée … sur les 142 que j’aurais lus. Je les ai classés par ordre alphabétique du nom de l’auteur. Et pour être honnête, je serai bien incapable d’en sortir un seul par rapport à tous les autres.

Dernière conversation avec Lola FayeDernière conversation avec Lola Faye de Thomas H.Cook (Points)

Poubelle girlsPoubelle’s girls de Jeanne Desaubry (Lajouanie) ;

Abandonnés de DieuAbandonnés de Dieu de Peter Guttridge (Rouergue) ;

Ne reste que la violenceNe reste que la violence de Malcolm MacKay (Liana Levi) ;

Aux animaux la guerreAux animaux la guerre de Nicolas Mathieu (Actes Sud) ;

Jeudi noirJeudi noir de Mickael Mention (Ombres noires)

Rouge ou mortRouge ou mort de David Peace (Rivages) ;

Des forêts et des amesElena Piacentini : Des forêts et des âmes (Au délà du raisonnable) ;

Kind of blackSamuel Sutra : Kind of black (Terriciaë) ;

3000 chevauxAntonin Varenne : Trois mille chevaux vapeur (Albin Michel) ;

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une excellente bascule vers 2015, à découvrir de nouveaux auteurs, à être curieux. Et n’oubliez pas le principal, lisez !

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Le chouchou du mois de novembre 2014

En vue des fêtes de Noel, j’ai forcément beaucoup lu et beaucoup chroniqué, pour donner des idées de bons polars parmi ceux qui sont proposés sur les étals des libraires. Et, quoi de mieux que d’avoir la chance d’avoir lu 3 coups de cœur en un mois. C’est d’ailleurs le record toutes catégories, puisque, pour cette année 2014, j’aurais chroniqué pas loin d’une dizaine de coups de cœur, là où d’habitude, j’en ai 5 ou 6.

Que vous dire, sur ces romans ? Que les mots m’ont manqué pour parler de Abandonnés de Dieu de Peter Guttridge (Rouergue), tant ce roman alterne les modes de narration, et que chacun m’a paru parfait. Qu’une nouvelle fois, j’ai été enthousiasmé par Dernière conversation avec Lola Faye de Thomas H.Cook (Points), car même si cet auteur, réputé pour sa subtilité, semble creuser les mêmes thèmes, il arrive encore à nous surprendre. Que Jeudi noir de Michael Mention (Ombres noires), qui reprend la fameuse demi-finale France-Allemagne de 1982 arrive à nous faire revivre ce match d’anthologie, avec tant d’émotions et tant d’intelligence, que l’on ne peut que fondre.

S’il y eut deux romans de Michael Mention, ce fut bien un hasard. Avec Adieu demain de Michael Mention (Rivages), j’ai pu m’apercevoir que cet auteur changeait de ton, devenait plus incisif, s’affirmait dans ses thématiques. Ce que Jeudi noir m’a confirmé.

S’il n’y eut qu’une rubrique Oldies, j’aurais très bien pu en faire apparaitre deux. Tout d’abord, il y eut le formidable Des voleurs comme nous de Edward Anderson (Points), qui date de 1937, et qui est d’une modernité incroyable, un petit joyau du noir. Puis, il y eut la réédition de La velue de Nadine Monfils (Fragrance), premier roman de cette grande dame, une curiosité mais aussi un florilège à situer entre La métamorphose de Kafka et Histoire d’Ô. J’aurais pu ajouter à cette liste la réédition d’un document, Un métier de chien de Marc Louboutin (Rouge sang), qui nous décrit le métier de policier de l’intérieur, et grâce auquel on comprend mieux les dysfonctionnements actuels.

Quant aux premières fois, honneur à Minna de Roland Sadaune (Val d’Oise éditions), le trentième de son auteur, qui m’a secoué et ému ; un livre auquel je tiens beaucoup par l’humanisme qu’il dégage, sans tomber dans le pathos. Il y eut aussi deux premiers romans à propos desquels je ne peux que vous engager à en retenir au moins les noms, voire même à succomber à l’éclosion de deux auteurs en devenir. Le premier Corps défendant de Baptiste Madamour (Ska) est à situer à mi-chemin entre Brett Easton Ellis et Philippe Djian, dans la précision de sa plume et dans son portrait d’une génération en quête de plaisirs simples. Le deuxième Les roses volées d’Alexandre Geoffroy (Ex-Aequo) est plutôt à classer du coté des livres speedés et c’est une belle découverte à en perdre haleine.

Le titre du mois de novembre revient donc à Une terre d’ombre de Ron Rash (Seuil), tant ce roman en forme de fresque historique nous parle de la bêtise et de la violence des hommes. Que l’on se le dise, Ron Rash est un des plus grands auteurs actuels. Prenez n’importe quel de ses romans, vous serez emportés par le souffle de ses histoires.

Je vous donne rendez vous le mois prochain pour une synthèse de l’année 2014, et d’ici là, n’oubliez pas le principal : lisez !

Le jour des morts de Nicolas Lebel (Marabout)

Je ne connaissais pas Nicolas Lebel, et mal m’en a pris. Ce roman, c’est du pur plaisir de lecture, un vrai polar dense avec de succulents personnages. Bref, voilà un roman avec lequel on passe un excellent moment de divertissement. A déguster !

Le commandant Mehrlicht visite son ami Jacques, à l’hôpital Saint Antoine, où ce dernier suit une chimiothérapie. On ne va pas se laisser abattre, alors les deux compères profitent de la vie, dans la chambre, en buvant du vin et en fumant des cigarettes. Certes, les infirmières gueulent, mais on n’a qu’une vie, après tout ! C’est d’ailleurs à l’hôpital Saint Antoine qu’un patient, Malauron, vient d’être empoisonné. Un voisin de chambre indique qu’il a vu une jeune femme, habillé de blanc, sortir de la chambre de Malauron … elle ressemble à la faucheuse ! Mehrlicht, appuyé par son équipe de lieutenants Sophie Latour et Mickael Dossantos, vont être chargés de l’enquête. Quand d’autres meurtres apparaissent par empoisonnement, et que la suspecte est toujours une jeune femme brune, les media s’emparent de l’affaire, la pression s’intensifie, et la peur envahit la France. Tout le monde a peur de « l’empoisonneuse ».

Car après l’autopsie, il s’avère que le poison utilisé est issu d’un champignon que l’on trouve dans les montagnes françaises. La dose utilisée aurait pu terrasser un éléphant. L’affaire va s’avérer bien complexe, impliquer certaines personnes haut placées à la tête de l’état et trouver ses racines dans un passé lointain.

Dans ce résumé sommaire des premières pages, je me dois d’ajouter que Mehrlicht va être affublé d’un stagiaire (alors qu’il n’en veut pas), que celui-ci est le fils d’un haut dignitaire de l’état et qu’il a une attitude détestable.

Car c’est un polar franchement réussi que nous a concocté Nicolas Lebel. Outre qu’il regorge de péripéties, et que son style, rapide et direct, donne un rythme soutenu au roman, on ressort de ce roman emballé, avec l’envie de déplacer des montagnes. Voilà, c’est ça ! ce roman donne envie de sourire à la vie, donne du moral aussi surement qu’une dizaine de boites de médicaments et c’est rudement bon !

Et la difficile alchimie, celle qui fait que l’on adhère ou non à un roman, c’est grace à ses personnages qu’on la doit. Car ils sont tous truculents, hilarant ou détestables, mais toujours justes. Avec Sophie Latour, amoureuse d’un sans papier et qui désespère de voir son amoureux rester, Avec Dossantos qui est capable de vous débiter les articles de loi par cœur et qui a une foi sans borne en son métier, toujours prêt à aider les autres, avec le stagiaire Lagnac qui est une vraie tête à claques, avec Matiblout, le commissaire qui subit une pression d’enfer et cherche à faire pour le mieux. Avec Mehrlicht, aussi et surtout, personnage central et formidable héraut du bien vivre, excessif en tout, aussi bien pour ses consommations d’alcool ou de cigarettes que capable de descendre en flammes un patron de restaurant qui sert de la merde à manger. Rarement, j’aurais été aussi proche d’un personnage, défenseur du mieux vivre, réfractaire à la vie moderne avec laquelle on passe au travers de trop de bonnes choses.

Dans ce roman, aux péripéties multiples, aux scènes hilarantes, on n’a pas affaire à des enquêteurs surdoués, mais à des bosseurs, des besogneux de la déduction, qui avancent petit à petit avec les éléments qu’ils récupèrent sur leur chemin. Mais je peux vous dire que c’est un vrai plaisir à lire, du pur divertissement qui se permet de pointer les conneries que l’on voit (ou pas) tous les jours comme cette scène où Latour vient régulariser la situation de son amant, en vain. Si on peut éventuellement reprocher à ce roman une intrigue linéaire, on en ressort avec une pêche d’enfer, et on se dit que l’on tient là un excellent roman de divertissement, idéal pour une lecture d’été.

En un mot, lisez ce livre. Quant à moi, je vais acheter son premier roman (L’heure des fous), car c’est le seul regret que j’ai eu en tournant la dernière page.

Oldies : La crève de Frédéric Dard (Fleuve Noir)

Ce billet se veut un hommage à Frédéric Dard, inoubliable auteur français. Outre qu’il fut le créateur de San Antonio, il écrivit aussi des romans noirs. La crève que je vous présente ici est une œuvre de jeunesse qui date de 1947 réédité par les éditions Fleuve Noir.

L’auteur :

Le père de Frédéric Dard, Francisque, d’abord ouvrier de la société de Dietrich, lance une entreprise de chauffage central à Bourgoin-Jallieu. Sa mère, Joséphine-Anna Cadet, est fille d’agriculteurs. Frédéric Dard nait avec un bras atrophié, inerte1. Ses parents, très occupés par l’affaire familiale, le font élever par sa grand-mère. Il en gardera un souvenir ému et le goût pour la lecture.

Le krach de 1929 précipite le déclin de l’entreprise familiale, qui est mise en faillite. Tous leurs biens sont saisis, sous les yeux du jeune Frédéric. La famille émigre alors à Lyon, dans un petit appartement du boulevard des Brotteaux. Frédéric suit sans grand intérêt des études commerciales à l’école La Martinière. Il est présenté en 1938 à Marcel E. Grancher, le fondateur des Éditions Lugdunum et du journal Le Mois à Lyon, par son oncle, ouvrier-mécanicien dans un garage automobile que Grancher fréquente. Engagé comme stagiaire, il assume peu après un rôle de secrétaire de rédaction (fonction qu’il assumera officiellement à la fin de l’été 1940), puis de courtier en publicité. Ses premiers articles, certainement encouragés par ses ainés comme le docteur Edmond Locard ou le romancier Max-André Dazergues sont publiés anonymement dans le journal dès 1939. Enfin journaliste, le métier qui l’attire depuis longtemps, il passe à l’écriture à proprement parler et publie fin octobre 1940 son premier livre La Peuchère (une nouvelle paysanne, ainsi que la qualifiera son éditeur Marcel Grancher), son premier vrai roman, Monsieur Joos, récompensé par le premier Prix Lugdunum décerné sur manuscrit lui apportant enfin en mars 1941 la notoriété.

Frédéric Dard se marie en novembre 1942 avec Odette Damaisin, dont il aura deux enfants, Patrice (né en 1944) et Élizabeth (1948 – 2011)2. Il s’installe avec sa femme à Lyon, dans le quartier de la la Croix-Rousse, au 4 rue Calas, où il réside entre juillet 1944 et mars 1949.

Frédéric Dard écrit des livres pour enfants et des romans populaires pour nourrir sa petite famille, rencontre des écrivains repliés à Lyon. Sa notoriété commence à dépasser les limites de la capitale rhodanienne. Très influencé par le roman noir américain (Faulkner, Steinbeck et surtout Peter Cheyney), il se lie avec Georges Simenon, qui lui rédige une préface pour son livre Au massacre mondain. Sous la houlette de Clément Jacquier, il écrit des romans avec ses premiers pseudonymes pittoresques : Maxell Beeting, Verne Goody, Wel Norton, Cornel Milk, etc.

Sur un coup de tête (il a pris ombrage d’un livre de Marcel E. Grancher, qui le cite dans ses souvenirs), il part en 1949 s’installer aux Mureaux avec sa famille, dans un pavillon de banlieue. Après quelques années de vache maigre, il connaît ses premiers succès d’écriture, au théâtre (notamment La neige était sale, adaptation du roman de Simenon, est montée par Raymond Rouleau au Théâtre de l’Œuvre en décembre 1950). C’est en 1949 que paraît Réglez-lui son compte !, roman policier signé San Antonio, et qui est un échec commercial. Il rejoint alors les éditions du Fleuve noir, où il va côtoyer Jean Bruce et Michel Audiard, et y publie deux romans : Dernière Mission, et le second San-Antonio, Laissez tomber la fille.

En 1954, Frédéric Dard et Robert Hossein montent au Grand-Guignol Les Salauds vont en enfer, première pièce d’une longue collaboration théâtrale.

La notoriété naissante du Commissaire San-Antonio engendre le succès, qui, dès lors, ne le quittera plus. Dard écrit vite et beaucoup, au rythme de quatre à cinq ouvrages par an : romans policiers, romans d’espionnage ou d’épouvante, scénarios, adaptation de roman pour le cinéma. En 1964 Frédéric Dard détient le record du nombre de livres vendus en France4.

Cependant, sa vie de couple avec Odette Damaisin n’est pas heureuse. Dans les mois précédant leur séparation, il tente de se pendre. Il se remarie le 14 juin 1968 avec Françoise de Caro, la fille d’Armand de Caro, le fondateur des éditions Fleuve noir.

En 1968, il prend la route de la Suisse avec sa nouvelle femme. Le couple se fait construire le « chalet San Antonio » à Gstaad.

Ils auront une fille, Joséphine, née en 1970 qui épousera Guy Carlier en 2006. Quelques semaines après sa naissance, le couple Dard adopte un jeune Tunisien, prénommé Abdel. En mars 1983, Joséphine, âgée de 13 ans à l’époque, est enlevée5 durant plus de cinquante heures de leur domicile de Vandœuvres par un cadreur de télévision6. Il la cache dans un appartement à Annemasse. Elle sera libérée contre le versement d’une rançon de 2 millions de francs suisses grâce au chalet de Gstaad qui venait d’être vendu. Le ravisseur sera arrêté et la rançon récupérée, mais l’épisode a longtemps traumatisé Frédéric Dard et sa fille7.

Il noue des liens très forts avec le R. P. Bruckberger (à qui il dédiera La Sexualité…) et avec Albert Cohen. Il se passionne pour la peinture, notamment les œuvres de Domenico Gnoli, peintre hyperréaliste, ou celles de René Magritte, peintre surréaliste. Il rend hommage à l’œuvre du poète belge Louis Scutenaire.

Avec le temps, il commence à prendre du recul, il accorde de longues interviews à la presse. En 1975, il fait paraître Je le jure, signé San-Antonio, un livre d’entretiens où il évoque son enfance, ses débuts, sa famille, ses idées. En 1978, il acquiert à Bonnefontaine une ferme du xviiie siècle qu’il restaure : c’est dans ce domaine de L’Eau vive qu’il poursuit son œuvre en composant une centaine de romans et de nombreuses peintures, sa vocation contrariée8.

Frédéric Dard meurt le 6 juin 2000, à son domicile de Bonnefontaine, en Suisse. Il est inhumé suivant ses volontés au cimetière de Saint-Chef en Dauphiné, village où il a vécu, enfant, en 1930, dans une maison appartenant à la famille de sa mère. L’ancienne école de Saint-Chef qu’il a fréquentée, porte une plaque commémorative rappelant ce fait.

Depuis la mort de son père, son fils Patrice poursuit l’écriture des San-Antonio.

(Source Wikipedia)

  Crève

Mon avis :

Le roman débute comme un huis clos et se situe à la fin de la deuxième guerre mondiale. Une famille de quatre personnes et autant de caractères se réfugient dans la petite maison d’un village français. Le père Albert est un honnête travailleur, un peu dépassé par les événements et la mère Constance est le genre de femme un peu effacée qui fait tourner le ménage sans faire de bruit.

Hélène, la fille de la famille, est très belle mais a eu l’erreur de succomber au charme d’un officier allemand M.Otto. Quant à Petit Louis, le cadet de la famille, il a été un peu plus que « collabo » puisqu’il a aidé les nazis à tuer des Français. Tout ce petit monde sait bien qu’une nouvelle ère arrive et qu’ils ont intérêt à se cacher. Mais on ne peut pas échapper très longtemps à son destin de salaud.

Moi qui connais (un peu) les romans de San Antonio, j’ai été très surpris par ce roman. En fait, j’y ai découvert un formidable auteur de roman noir, avec une acuité et une finesse dans la description des personnages et de leur psychologie qui annonçait le talent d’un grand auteur. Si le roman commence comme un huis-clos, cela permet de voir de sacrés personnages que l’on déteste se retrouver traqués, obligés de se confronter à leur passé.

Frédéric Dard fait preuve de cynisme et de beaucoup d’humour, mais aussi de poésie dans la description de certaines scènes et c’est dans ces phrases simples que j’ai redécouvert cet auteur. On y trouve aussi des réparties dans les dialogues qui font mouche, qui mériteraient de figurer dans un dictionnaire de citations. En cela, les deux premiers tiers du roman sont hautement jouissifs.

Dans le dernier tiers, quand la famille sort de sa maison, j’ai trouvé l’intrigue moins maitrisée, voire même une fin un peu précipitée. Mais comme ce roman est édité en format poche à un faible prix (6,80€), je ne peux que vous encourager à redécouvrir un de nos meilleurs et prolifiques auteurs de polars.

Poubelle’s girls de Jeanne Desaubry (Editions Lajouanie)

Jeanne Desaubry est bien connue des spécialistes du polar, pour avoir écrit trois romans noirs (Hosto, Le passé attendra et Dunes froides) et deux romans pour la jeunesse (Hacking et L’incendie d’Halloween) mais aussi et surtout pour avoir fait partie de la maison d’éditions Krakoen et aujourd’hui Ska. Car outre le fait qu’elle soit une auteure de talent, elle fait beaucoup pour la découverte de nouveaux talents. Et si vous parcourez les allées de quelques salons, ou les librairies proposant des dédicaces, vous la rencontrerez et pourrez discuter avec elle des polars.

Elisabeth est une femme séparée de son mari, qui élève seule son jeune fils adolescent Mathis. Au chômage, elle est obligée de se rendre dans une agence de Pôle Emploi pour répondre aux exigences du système et être comptabilisée parmi les chômeuses. Elle y rencontre une autre femme, dans le même cas qu’elle, mais physiquement différente puisque celle-ci est petite et grosse. Elles se lient d’amitié et Elisabeth, qui vit de quelques heures de ménage au noir, a une idée : loger Paloma dans la caravane d’un vieil homme, Monsieur Armand, chez qui elle faisait le ménage et qui est maintenant en maison de retraite.

A l’autre bout de la ville, Blanche est juriste et mariée à Pierre, avocat de renom. Elle ne supporte plus sa vie, ni son mari, qui est tout le temps absent et qui la trompe sans même s’en cacher. Alors, elle se dit que si elle s’en débarrassait, sa vie serait meilleure, sans contraintes. Alors elle se met à lire des polars et à réfléchir à des solutions criminelles.

Elisabeth et Paloma ont aménagé la caravane. Elles s’imaginent que M.Armand était un truand et qu’il avait caché une fortune dans sa caravane. Quand elles trouvent des billets en francs, cette fortune ne leur sert à rien mais leur donne une idée : et si elles faisaient à leur tour des casses pour avoir un peu d’argent et ainsi survivre ?

D’un coté, on a le couple Élisabeth et Paloma ; de l’autre, nous avons Blanche et Pierre. Ces deux couples vont suivre leur itinéraire, jusqu’à se rencontrer. Vous l’avez compris, cette histoire est dramatique, humaine, bien ancrée dans notre actualité de tous les jours. Et ces deux personnages pourraient inspirer de la pitié ou bien du rejet, leurs malheurs pourraient inspirer de la peine ou de l’indifférence. Et que dire de Blanche, à l’opposé de nos deux comparses, qui fait indéniablement partie des privilégiés et qui s’épanche sur ses petits malheurs égoïstes.

Le talent de Jeanne Desaubry est justement de faire vivre ce tableau social sans émotions, sans jugement, mais en laissant ses personnages vivre devant nos yeux. En aucune façon, elle ne va donner un avis sur les uns ou les autres, juste les accompagner sur leur chemin, avec son style si clair, si précis, si imagé. Et si parfois, on lit une remarque bien cinglante sur la société ou bien sur nos petits travers, ils portent d’autant plus qu’ils ressortent de façon étincelante du reste de l’histoire, sans la dénaturer.

Car c’est bien une fable moderne et humaniste que Jeanne Desaubry nous a concocté. Elle n’est pas là pour donner des solutions, juste pour nous décrire la trajectoire de ces êtres humains, malmenés, poussés à bout, obligés de se débrouiller pour s’en sortir, pour survivre. Et on se demande si la société n’a pas oublié l’humain, si le modernisme n’a pas oublié l’essentiel, l’Homme. Évidemment, j’ai ressenti de la sympathie pour ces deux femmes que sont Elisabeth et Paloma, j’ai été plus froid avec Blanche, mais c’est là où Jeanne Desaubry réussit son pari : nous faire prendre position dans une histoire commune, réelle et contemporaine. Ce roman dramatique, à la plume à la fois efficace et humoristique, s’avère aussi dérangeant, émouvant et parfois cynique.

La société se plaint des criminels, les chasse et les enferme mais ne les engendre-t-elle pas quand elle appauvrit et affame ses citoyens ? De ce roman, je garderai de formidables portraits, de formidables personnages et une histoire qui, outre sa force, possède une fin très bien trouvée, témoin du drame quotidien. Après avoir lu ce roman, vous regarderez différemment les gens que vous rencontrerez dans la rue, ou vous les regarderez, tout simplement.

Vous pouvez aller voir l’avis de l’oncle Paul ici.

L’hexamètre de Quintilien de Elisa Vix (Rouergue Noir)

De Elisa Vix, j’ai lu La nuit de l’accident, un roman que j’ai bien aimé (et que je devrais chroniquer un de ces jours), et Rosa Mortalis qui m’a permis de faire connaissance avec son policier récurrent Thierry Sauvage. Ce roman est, comme La nuit de l’accident, un roman orphelin, un roman qui fait passer de fortes émotions. Le lieu unique de ce roman est un immeuble, et nous allons suivre l’intrigue à travers les témoignages des différents habitants. C’est donc un roman choral FORMIDABLE !

Dans un petit immeuble haut de quatre étages …

Lucie est journaliste free-lance, parce que free-lance, ça fait mieux que pigiste …

Pierre est médecin de nuit. Depuis la perte de sa femme, morte d’un cancer, il a des problèmes de conflits avec son fils adolescent Kevin …

Marco est gérant d’un Apple Store, c’est le playboy du coin …

Leila est une jeune mère qui doit élever ses deux enfants en bas âge, qu’elle a eu de deux pères différents …

Yanis, c’est le nom de l’enfant de Leila que les éboueurs retrouvent dans un sac poubelle, un sale matin. Il a reçu de violents coups à la tête.

Le commissaire Beethoven va enquêter sur ce meurtre.

Elisa Vix va tenter de répondre à cette question en utilisant l’hexamètre de Quintilien, qui est une série de questions qui doivent permettre à tout journaliste (et donc à nous même) de comprendre ce qui s’est passé. Les questions, au nombre de six sont : Qui ? Où ? Quoi ? Quand ? Comment ? Pourquoi ?

Ce roman est très fort, émotionnellement parlant. Parce qu’il touche une corde des plus sensibles (la mort d’un nourrisson), parce que le fait divers dont il est question est sordide (le corps est emballé dans un sac poubelle), parce que les personnages sont comme vous et moi. De Lucie qui cherche un sujet de reportage pour boucler ses fins de mois, de Pierre qui a du mal à concilier sa vie professionnelle et personnelle, de Kevin un adolescent qui a du mal à faire face à ses drames personnels, de Marco le dragueur sans vergogne, tous sonnent juste. Et même si Elisa Vix ne fait pas varier son style d’une personne à l’autre, elle écrit avec la simplicité des gens simples, communs. Et les faits qu’elle relate sont d’autant plus frappants.

Car le roman est fait de trois parties. La première relate à travers les yeux de chacun des protagonistes l’enquête relative à la découverte du petit corps. La commissaire Beethoven intervient peu, ponctuellement, mais malgré cela, cette partie se termine par une conclusion aberrante. La deuxième est plus calme, je dirai même que c’est le calme avant la tempête, puisque l’on y voit la vie des habitants de ce petit immeuble, les uns interagissant avec les autres, et on ne voit pas bien où l’auteure veut en venir. Mais c’était sans compter sur la conclusion et cette troisième partie terrible (et je pèse mes mots) qui vont en émouvoir et en horrifier plus d’un.

Vous l’avez compris, ce roman, bien qu’il possède une trame policière, un contexte de roman noir, s’avère un formidable roman choral dramatique, qui nous fait nous poser bien des questions après avoir tourné la dernière page dont celle-ci : Et nous, à leur place, qu’aurions nous fait ?

Le cimetière des chimères de Elena Piacentini (Au-delà du raisonnable)

Pour que vous lisiez ce roman, je n’ai pas trouvé d’autre argument que celui-ci : Le cimetière des chimères est tout simplement le meilleur roman policier que j’ai lu ces dix dernières années, avec Guerre sale de Dominique Sylvain. Je pense que cela devrait vous suffire. Si j’ajoute que ce roman a obtenu le Prix Calibre 47 au Festival Polar’Encontre en 2014, ainsi que le prix Soleil Noir 2014 de Vaison La Romaine., cela devrait vous décider

1989. deux jeunes adolescentes Nathalie et Milutka sont inséparables. Même si ce n’est pas encore de l’amour, elles passent toutes leurs journées ensemble, comme deux sœurs jumelles. Quand un programme immobilier projette d’expulser les parents de l’une d’elles, elles décident de fouiller dans les vieux papiers d’une des personnes impliquées dans ce qui ressemble à une rentable affaire immobilière … pour leur plus grand malheur.

2009, Lille. Lors de l’enterrement d’un renommé chef d’entreprise qui s’est suicidé, des coups de feu éclatent. Hervé Podzinsky, célèbre journaliste du cru, en fait les frais. Si celui-ci est surtout connu pour ses photographies, on peut décemment se demander si les personnes visées n’étaient pas plutôt ceux qui assistaient à l’enterrement.

Être à la tête de la Police Judiciaire de Lille quand on est corse n’est pas forcément facile. Mais Pierre-Arsène Leoni a réussi à faire effacer les aprioris. Il habite chez sa grand-mère Mémé Angèle, noue une relation avec la médecin légiste, et est très respecté dans son service. Leoni s’intéresse tout de suite aux pontes qui ont assisté à l’enterrement, dont Vincent Stevenaert, qui est à la tête d’une importante société immobilière, ou bien l’un des grands pontes de la franc-maçonnerie André Kaas.

Surpris, épaté, emballé, passionné par ce roman. Du début à la fin, j’ai été emporté par la narration d’Elena Piacentini, d’une fluidité rare, ses personnages si humains, et son intrigue, ou devrais je dire ses intrigues qui s’entremêlent pour mieux nous embrouiller, et nous mener vers une fin inéluctable. L’auteure utilise un procédé bien connu d’alterner les chapitres d’un personnage à l’autre, et on n’est jamais perdu. Elle se permet même d’insérer des chapitres sur ce qui s’est passé vingt ans plus tôt pour suivre la destinée des deux jeunes filles.

Et de destinée, je devrais parler de funeste destin. Car comme Elena Piacentini nous fait adhérer à ses personnages, c’est d’autant plus dur pour le lecteur de subir certains passages. Et pour le coup, on a droit à de belles bandes de salauds, qui abusant de jeunes gens, qui montant des affaires juteuses sur le dos des subventions d’état, qui poignardant ses propres soutiens, ses propres amis pour le seul attrait du fric. Et tout ce petit monde ne vivant que pour son petit profit est prêt à vendre père et mère pour assouvir son besoin. Ces portraits ne font que remonter l’estime que l’on peut avoir envers Leoni et autres petites gens, qui dans ce roman ne peuvent être que les victimes.

Mais ce roman ne serait qu’un excellent roman policier s’il ne sortait très largement du lot par son style, formidablement littéraire. Et, à la lecture de ce roman, je peux vous dire que Elena Piacentini nous a concocté une superbe œuvre littéraire. Ses expressions, son choix des descriptions, ses dialogues, tout est finement fait, si parfaitement agencé que parfois on ne s’en rend pas compte, et parfois, on relit une phrase pour sa subtile poésie. Je n’oublierai pas les expressions humoristiques typiquement corses de Mémé Angèle et qui permettent d’ajouter de l’humour au propos très noir.

Vous l’aurez compris, c’est à un formidable roman policier auquel je vous invite, écrit de façon magnifique, et dont le propos ne peut qu’interpeler. Tout dans le propos, dans la forme, dans le fond, y est parfaitement maitrisé. Bravo Madame Piacentini, vous avez écrit un superbe roman policier.

Ce roman a reçu un coup de cœur chez l’ami Claude. Ne ratez pas aussi la superbe interview d’Elena Piacentini chez l’ami Concierge Masqué.