Archives pour la catégorie Chouchou 2015

Le chouchou du mois de novembre 2015

On entre dans l’hiver et la proximité de l’hiver n’est pas forcément pour me réjouir. Je ne reviendrai pas sur les horreurs du 13novembre …

Quand en plus, je repense à la mort de Henning Mankell, qui m’a beaucoup marqué, ça ne m’aide pas à me remonter le moral. C’est pour cela que j’ai voulu lui rendre un hommage en lisant la dernière enquête parue de Kurt Wallander, même si ce n’est pas sa meilleure. J’ai donc chroniqué Une main encombrante de Henning Mankell (Points).

Depuis quelque temps, je publie mes avis sur des romans de format poche. Pour le moment, j’arrive à suivre le rythme et cela me permet de lire à la fois des nouveautés et de revenir vers des classiques du polar. C’est ainsi que j’aurais parlé de Les gravats de la rade de Marek Corbel (Wartberg), un roman ambitieux d’un auteur que j’aime beaucoup, de Ne meurs pas sans moi de Suzanne Stock (Points) un premier roman qui flirte avec l’horreur, de King Suckerman de George Pelecanos (Points), l’un des meilleurs polars de cet auteur et un classique indémodable, et de Opération bigoudis de Ben Orton (Editions létales), la dernière aventure en date de Dari Valko qui nous surprend bien par son sujet.

Je me serai aussi bien amusé pour le billet sur Block 46 de Johana Gustavsson (Bragelonne). En faisant appel à ma fidèle chroniqueuse Suzie, nous avons réalisé un dialogue sur un roman que nous avons tous les deux lu, et aimé, un roman passionnant parce qu’écrit avec passion.

Pour les autres chroniques, elles concernent toutes des romans français et balaient une large palette de genres. Un temps de chien de Pascal Jahouen (Lajouanie) est un roman drôle, humoristique qui penche vers du cynisme. Jour de colère de Diego Arrabal (Arcane 17) est plutôt à classer dans les romans policiers, bien que son sujet me pousse à le classer dans les romans noirs. Son évocation des enfants volés du Franquisme m’a touché. Le pacte des innocentes de Valérie Saubade (Anne Carrière) est quant à lui un pur roman policier, un peu comme aurait pu le faire la grande Agatha, un roman aux accents british passionnant. Violences d’état de André Fortin (Jigal) est un roman important qui flirte avec les magouilles politiques dans lequel j’ai adoré sa précision et son rythme infernal. Cécile et le monsieur d’à coté de Philippe Setbon (Editions du Caïman) est un roman simple qui démontre qu’avec de la créativité, on peut écrire un roman génial sur les petites gens.

Le titre de chouchou du mois revient donc à Mala Vida de Marc Fernandez (Préludes), qui reprend aussi le thème des enfants volés du Franquisme en prenant un personnage de journaliste fascinant et qui nous livre une intrigue qui va à cent à l’heure. C’est un roman que j’ai adoré, qui m’a passionné aussi bien dans sa forme que dans son fond.

Je vous donne rendez vous le mois prochain. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Mala Vida de Marc Fernandez (Préludes)

Avec un titre qui rappelle les meilleurs moments de la Mano Negra, avec un sujet qui rappelle les pires moments de l’histoire espagnole, Marc Fernandez, avec ce premier titre en solo nous offre un pur polar d’action. Remarquable !

L’Espagne semble avoir oublié les sombres années du Franquisme. Le peuple a massivement voté pour l’Alliance pour la Majorité Populaire. Paco Gomez, un jeune conseiller municipal AMP de 36 ans, rejoint sa voiture après une soirée électorale de fête. Une jeune femme le suit, s’approche, et lui tire une balle dans la tête.

Diego Martin est prêt à lancer son émission radiophonique hebdomadaire, « Ondes confidentielles », sur Radio Uno. Après une dernière clope, il se lance : « Amis du noir, bonsoir ». Son émission concerne la justice en général, et les affaires judiciaires. Ce soir, il diffusera un reportage sur le LAPD. Lors de son émission intervient aussi le procureur X, qui vient parler d’affaires criminelles contemporaines. Son émission est devenue incontournable, tant elle a révélé d’innombrables scandales. La force de l’émission de Diego, c’est qu’il est le seul à maitriser son contenu.

Six mois plus tard, Isabel Ferrer, une avocate d’une quarantaine d’années, débarque à Madrid en provenance de Paris. Elle a tout laissé tomber pour se mettre au service d’une association des enfants volés du Franquisme. Elle organise une conférence de presse, annonçant qu’elle détient des preuves de plusieurs dizaines d’enfants disparus.

Et pendant ce temps, le deuxième meurtre d’un éminent et richissime industriel Pedro de la Vega survient dans la rue, celui ayant été assassiné d’une balle dans la tête.

Dès les premières lignes de ce roman, on est pris par le rythme de la narration, du style de l’auteur. Marc Fernandez nous prend à la gorge avec ses phrases courtes, et insuffle un rythme effréné pour ce polar dans la plus pure tradition du genre. D’ailleurs, ils sont peu nombreux les romans à me plonger dans leur intrigue de cette façon. Que je vous raconte : je marchais pour rejoindre l’arrêt de mon bus et pour cela je dois longer une voie réservée aux bus. J’étais tellement pris par la lecture que je n’ai pas entendu le bus arriver et je ne me suis rendu compte qu’il était là que quand je suis arrivé à sa hauteur … et qu’il démarrait.

Marc Fernandez a de toute évidence pris un sujet qui lui tient à cœur, a muri ce roman pour nous livrer un polar extraordinaire, avec des personnages forts, un contexte grave et une intrigue en béton. Chacun des trois personnages principaux ont leurs failles : Diego qui a perdu sa femme quand il a fait un reportage sur les trafiquants de drogue, le juge Ponce (le fameux procureur X) qui voue sa vie à la justice, et Ana Duran enquêtrice douée et transsexuelle d’origine argentine. On y croit, on est à fond derrière eux, et on court à en perdre haleine.

Pour un premier roman, c’est une formidable réussite, un formidable moment de lecture, dont le rythme ne baisse pas du début à la fin. Car ça aussi, c’est très fort. Marc Fernandez arrive à nous tenir le rythme tout au long des 280 pages que comporte ce roman, et que vous ne verrez pas passer. Il y a bien un ou deux passages qui manque de réalisme mais franchement, ce n’est rien par rapport à ce formidable moment passé en compagnie de Diego et ses amis.

On peut se demander alors comment ce roman peut se terminer. S’il s’était terminé bien, on le lui aurait reproché. S’il s’était terminé mal, on le lui aurait reproché. Finalement, trouver une fin entre les deux est une excellente trouvaille et transforme ce coup d’essai en coup de maitre. Vous l’aurez compris, j’ai adoré ! J’espère que vous l’adorerez aussi ! ça s’appelle Mala Vida et c’est définitivement à ne pas rater.

Le chouchou du mois d’octobre 2015

Honneur aux invités, donc honneur à Suzie qui en ce mois d’octobre, a chroniqué La défense de Steve Cavanagh (Bragelonne), un polar juridique dont le personnage principal, ancien voleur, va devoir sauver sa fille prise en otage par la mafia russe. C’est plein d’action, c’est divertissant et le final est explosif …

Dans le cadre de l’hommage à la Série Noire qui fête ses 70 ans, j’ai bénéficié des conseils avisés de Jacques-Olivier Bosco pour découvrir un super polar Pas de dragées pour le baptême de Jean Dorcino (Série noire). Il s’agit d’un polar étonnant, moderne, qui nous montre de formidables personnages, mais aussi l’ambiance du Paris des années 50.

J’aurais aussi continué à proposer les vendredis des romans au format de poche. J’ai donc parlé du formidable Et justice pour tous de Michael Mention (Rivages), qui est un roman noir dont on ne sort pas indemne tant sa lecture est dure. J’aurais aussi présenté Laissez toute espérance de John Connoly (Pocket), le deuxième tome des enquêtes de Charlie Parker qui nous plonge dans l’univers glaçant du nord des Etats-Unis.

Enfin, parmi les moyens ou grands formats, j’ai été étonné par les voyages que m’auront permis de faire mes lectures. Dans Le crime de Julian Wells de Thomas H.Cook (Seuil), nous aurons parcouru le monde à la recherche d’une explication du suicide de Julian Wells, avec toute la subtilité dont cet auteur est capable. Nous serons partis du coté du Gabon, avec Les voleurs de sexe de Janis Otsiemi (Jigal), où cet auteur que j’adore nous présente une autre facette de son pays, entre superstitions et modernité. Nous serons partis du coté du Vietnam, avec Personne ne court plus vite qu’une balle de Michel Embarreck (Archipel), un pur roman d’aventures qui ressemble à s’y méprendre à un hommage non dissimulé aux aventures de Bob Morane et Bill Ballantine. Puis nous serons partis dans le Nord, en Suède plus exactement, pour un roman policier psychologique passionnant avec Les noces perdues de Anna Jansson (Toucan) .

N’oublions pas la France, avec la dernière enquête en date du capitaine Mehrlicht dans Sans pitié ni remords de Nicolas Lebel (Marabooks), qui est un mélange d’enquête et d’action et qui fait encore une fois la part belle aux envolées lyriques de cet excellent personnage.

Le titre du chouchou revient donc fort logiquement à Nid de vipères de Edyr Augusto (Asphalte), pour son sujet, ses personnages, et l’originalité de sa forme, sorte de puzzle passionnant et à l’intrigue à perdre haleine.

Je vous donne rendez le mois prochain et d’ici là, n’oubliez pas le principal, lisez !

Le chouchou du mois de septembre 2015

Ma foi, le mois de septembre a été un bon mois, en ce qui concerne les lectures. Car je n’ai pas l’occasion de mettre plusieurs coups de cœur en un mois. Alors, bien sur, on peut se dire que je n’ai pas pris de risques : mettre un coup de cœur à un roman tel que Le grand sommeil de Raymond Chandler (Gallimard) est une évidence. Et pourtant, même en le lisant aujourd’hui, on ne peut qu’être emporté par la modernité, époustouflé par son écriture et la complexité de l’intrigue, par l’évidence du texte, tout simplement.

Le deuxième coup de cœur est un roman dur, mais un roman casse gueule. 911 de Shannon Burke (Sonatine) aurait pu être un document sur les ambulanciers et leur difficile métier. Ça aurait pu être un roman mièvre, empathique au possible. Ça aurait pu être une somme de messages triviaux. Ce n’est rien de tout cela, c’est un vrai roman, un roman dur mais un roman fort, un grand roman tout simplement.

En ce mois de septembre, j’ai décidé de mettre en valeur les romans au format de poche. Et je vais essayer de tenir le rythme et vous proposer, à partir de maintenant, chaque vendredi, une chronique sur un roman au format de poche. En tout état de cause, en septembre, j’ai eu l’occasion de chanter (écrire) les louanges d’un certain nombre d’entre eux dont Vénéneuses de Jean Pierre Ferrière (Campanile) qui est un formidable polar avec des personnages forts (comme d’habitude, j’ai envie de dire, quand on parle de Jean Pierre Ferrière) ; Art brut de Elena Piacentini (Ravet Anceau), le deuxième roman de Elena Piacentini qui nous dévoilait déjà le talent de cette jeune auteure ; Sacré temps de chien de James Holin (Ravet-Anceau), un premier roman fort prometteur pour l’avenir ; Nozze Nere [1] de Jérome Sublon (Editions du Caiman) un polar addictif dont il ne faudra pas rater la deuxième partie prévue en 2016 ; Nos disparus de Tim Gautreaux (Seuil) un formidable roman qui impose cet auteur parmi les grands de la littérature contemporaine.

Parmi les Grands formats, j’aurais eu l’occasion de tester la nouvelle collection de Bragelonne, avec De mort naturelle de James Oswald (Bragelonne), un roman à mi-chemin entre Ian Rankin et John Connoly. Comme c’est une série, on piaffe d’impatience pour le deuxième tome. Les assassins de RJ.Ellory (Sonatine) démontre une nouvelle fois toute la force et le talent de cet auteur britannique obsédé par les Etats Unis et leurs travers. Hiver rouge de Dan Smith (Cherche Midi) enfin est le deuxième roman de cet auteur à être publié en France et si vous avez aimé Le Village, vous aimerez celui-ci, sans aucun doute.

Le titre du Chouchou du mois de septembre revient donc à Ne crains pas la faucheuse de Alexis Aubenque (J’ai lu) car c’est un vrai roman d’action et de suspense, un roman qui remet au gout du jour la lecture de divertissement, un roman passionnant de par ses intrigues mais aussi avec des personnages forts.

Je vous donne rendez vous le mois prochain. En attendant, n’oubliez pas le principal : lisez !

Ne crains pas la faucheuse de Alexis Aubenque (J’ai lu)

Alexis Aubenque est bien connu des lecteurs de polars, car c’est un auteur prolifique (il sort deux romans par an) et écrit des histoires qui se situent en général aux Etats Unis. Ce que j’aime chez cet auteur, outre son extrême gentillesse, c’est cette volonté de raconter des histoires dans le seul but de distraire ses lecteurs. Si je peux vous donner un conseil, ou plutôt devrais-je dire un ordre, c’est : Courez acheter ce roman car c’est une formidable réussite !

A la suite de son changement d’affectation, le lieutenant de police Gregory Davis quitte sa ville de San Francisco pour Pacific View, une destination qui doit lui permettre de tourner une page sur son passé douloureux. En effet, il vient de perdre sa femme quelque temps auparavant, et doit s’occuper de ses deux enfants Raphaël et Penny. Raphaël a 17 ans et ne demande qu’à s’émanciper ; Penny 8 ans est une petite fille calme à qui sa mère manque beaucoup.

Pacific View, petite station balnéaire calme de 42000 habitants doit leur permettre d’aborder une vie plus sereine. Mais Gregory Davis a aussi postulé pour ce poste afin de pouvoir toucher l’héritage de l’oncle de sa femme, qui était immensément riche. D’ailleurs, ils débarquent dans une propriété digne d’un château et tout semble s’annoncer sous les meilleurs auspices.

Le lendemain, lundi 6 juillet, Gregory Davis débarque au poste de police et fait connaissance avec ses nouveaux collègues. Certains sont indifférents, d’autres plus agressifs tel Barney Simpson qui juge que Veronica Bloom, qui élève seule son enfant, aurait mérité ce poste. Mais la séance de présentation est écourtée en raison d’un meurtre que l’on vient de découvrir : Garth Nolan vient d’être retrouvé dans sa baignoire horriblement mutilé.

Il faut aussi que je vous parle de Faye Sheridan. Elle est journaliste pour le San Francisco Chronicle, et comme il ne se passe rien à Pacific View, elle est frustrée que rien ne se passe. Célibataire, amie d’enfance de Veronica, elle habite dans une caravane en compagnie de son chien Riggs. Tous ces personnages vont être confrontés à une enquête bien complexe qui risque d’impliquer de hauts dignitaires de la ville.

Dans ce roman, Alexis Aubenque a écrit ce que je considère comme son meilleur roman à ce jour. Et ce qui me remplit de joie, c’est que c’est le premier tome d’une nouvelle série, ce qui augure bien du plaisir à venir. Car ce qui retient l’attention dès le début de ce roman, ce sont les personnages, fort bien décrits, avec juste ce qu’il faut de psychologie, de qualités et de défauts, de parts d’ombres aussi vis-à-vis de leur passé respectif.

Ensuite, la narration passe d’un personnage à l’autre avec une facilité qui est une marque des grands auteurs. On reconnait très facilement chacun des personnages, on suit l’intrigue sans aucune difficulté et je dirais même que le style simple de l’auteur fait qu’il nous donne envie de poursuivre la lecture, sans jamais s’arrêter.

Enfin, à coups de chapitres relativement courts, d’une dizaine de pages environ, Alexis Aubenque trouve sans cesse des rebondissements qui font que l’on est tout le temps sur le qui-vive. Avec une trame de fond concernant la résolution du (des) meurtre (s), le mystère n’en est pas moins épais concernant chacun des personnages et le lecteur que je suis se pose plein de questions, en imaginant toutes les possibilités … mais le savoir faire de cet auteur n’est plus à démontrer et nous n’aurons pas les réponses tant attendues. Par contre, nous aurons envie de vite revenir à Pacific View pour avoir les fins mots de ces histoires. Pour un nouveau cycle, c’est un coup de maitre, un excellent roman de suspense.

Ne ratez pas l’avis de l’oncle Paul qui confirme mon avis

Les autres romans que j’ai chroniqués de cet auteur sont :

Stone Island ;

Canyon Creek

Le chouchou de l’été 2015

Quand j’ai regardé les billets que j’ai publiés cet été, je me suis rendu compte que j’avais balayé un large panel de genres de littérature. Mais avant tout, je tenais à mettre en avant mon dernier coup de cœur en date : Il s’agit de Papillon de nuit de Roger Jon Ellory (Sonatine) qui est un roman magnifique qui montre en parallèle la perte de l’innocence d’un jeune homme et celle de son pays. J’aurais aussi profité de cet été pour fêter un bon anniversaire eu Poulpe qui a 20 ans cette année. Pour l’occasion, je vous aurais parlé de deux excellents numéros : Blood Sample de Karim Madani et La catin habite au 21 de Hervé Sard, tous deux édités par les éditions Baleine.

Revenons donc sur ce que je disais ci-dessus : la littérature noire et policière couvre un large panel de genres, que ce soit le roman d’action ou le roman psychologique, il y en a pour tous les goûts. Je me suis amusé à classer par genre les billets parus durant ces mois de juillet et aout 2015.

Roman littéraire : Authopsie d’un bouquiniste de François Darnaudet (Wartberg)

Nouvelles : Franco la muerte de Collectif (Arcane 17)

Roman social : Un caddie nommé désir de Roland Sadaune (Val d’Oise éditions)

Roman noir : Le carnaval des hyènes de Michael Mention (Ombres noires)

Roman policier : Le commissaire Bordelli de Marco Vichi (Philippe Rey)

Roman d’art africain : Tiré à quatre épingles de Pascal Marmet (Michalon)

Roman psychologique : Sauve toi ! De Kelly Braffet (Rouergue)

Roman politique : Or noir de Dominique Manotti (Gallimard Série Noire)

Roman poétique : Voici le temps des assassins de Gilles Verdet (Jigal)

Roman humoristique : La bonne, la brute et la truande de Samuel Sutra (Flamant noir)

Roman philosophique : Le mondologue de Heinrich Steinfest (Carnets Nord)

Roman historique : Sale époque de Gilles Schlesser (Parigramme)

Roman d’action : Haïku de Eric Calatraba (Editions Sudaresnes)

Roman contemporain : Bouclage à Barcelone de Xavier Bosch (Liana Levi)

Thriller : Aveuglé de Stona Fitch (Sonatine)

Devant la qualité de tous ces romans, le choix pour le chouchou fut bien difficile. En fait, si je m’étais écouté, j’aurais mis 5 romans ex-aequo : ceux de Michael Mention, Marco Vichi, Kelly Braffet, Gilles Verdet et Gilles Schlesser.

Comme il faut choisir, le titre du chouchou du mois est décerné à Sale époque de Gilles Schlesser (Parigramme)

Je vous donne rendez vous le mois prochain … d’ici là, n’oubliez pas le principal, lisez !

Le chouchou du mois de juin 2015

Les vacances approchent à grands pas. Le hasard de mes lectures, et de mes avis fait que j’ai pensé à alléger la masse de vos bagages, et aussi celui du portefeuille. Je pourrais d’ailleurs appeler la rubrique de ce mois « Bons plans ». Et commençons par un coup de cœur, le troisième de cette année avec L’enfer de Church Street de Jake Hinkson (Gallmeister) qui inaugure de belle façon la nouvelle collection Néo Noir de Gallmeister. Ce roman m’a fait penser à du Jim Thompson, par ses thèmes, son style, ses personnages, ses décors, tout en ayant sa propre personnalité. Un pur joyau.

Je tiens aussi à défendre Black out de Marc Elsberg (Piranha), livre catastrophe, qui nous décrit comment on peut immobiliser un continent par l’arrêt de la distribution d’électricité. C’est terrifiant à souhait, surtout que cela est très réaliste.

Dans une rubrique que j’aurais pu appeler Bons plans, nombre de romans peu chers ont été chroniqués ce mois. Tout d’abord, honneur à la réédition des 4 tomes du cycle de Cybione regroupés dans un livre. Ça s’appelle Le cycle de Cybione de Ayerdhal (Au diable Vauvert), et si la première aventure est un ton en dessous, les autres sont des mélanges d’action, de politique et c’est passionnant.

Ce qui n’est pas écrit de Rafael Reig (Points) est une réédition en format poche du livre éponyme sorti chez Métaillié. Il pose la question du regard que les gens posent sur les auteurs, sur le fait que les lecteurs confondent la fiction avec la vie de l’auteur. Personnellement, je n’ai pas été totalement emballé, mais c’est une curiosité qui vaut le détour. A vous de vous faire votre avis.

Des novellas sont éditées chez Ombres Noires et les deux que j’ai présentées m’ont parues tout simplement fantastiques. Elles sont signées de deux grands auteurs. C’est à ne pas rater. Il s’agit de Le secret des tranchées de Thomas H.Cook et de Prière d’achever de John Connoly.

Enfin, je ne peux que vous conseiller les deux derniers épisodes en date des aventures de Dari Valko. L’humour y est toujours omniprésent, l’auteur prend à partie le lecteur et dans ces deux épisodes là, il pose des questions qui font reflechir. Bref, du divertissement, certes, mais intelligent. Les titres en sont : Tranquille le chat ! et La lune aux Français (Editions létales).

Parmi les auteurs auxquels je suis fidèle, là encore, que de bons polars à noter. Trois fourmis en file indienne de Olivier Gay (Masque) nous donne à lire une aventure mouvementée au scenario remarquablement construit. L’innocence des bourreaux de Barbara Abel (Belfond) est un polar psychologique surprenant et plein de suspense. A mort le chat ! De Jeremy Bouquin (Lajouanie) joue plutôt dans la catégorie des polars outranciers, politiquement incorrects avec un personnage à haïr. Enfin, comme à son habitude, Une nuit trop douce pour mourir de Maurice Gouiran (Jigal) va pointer une dérive de notre société avec une enquête comme seul Maurice Gouiran sait les faire.

Le titre de chouchou du mois revient donc ce mois ci à Coupable vous êtes de Lorenzo Lunar (Asphalte), pour ces formidables personnages auxquels il donne la parole, pour ce décor réaliste qu’il nous peint, pour ce témoignage sur son pays si important.

Je vous donne rendez vous fin aout pour le chouchou de l’été. D’ici là, n’oubliez pas le principal, lisez !

Le chouchou du mois de mai 2015

En ce mois de mai 2015, nous aurons fêté en grande pompe le sixième anniversaire du blog. Fichtre ! ça ne me rajeunit pas. Alors, je me suis fait un petit plaisir, pour la rubrique Oldies, en ressortant du fin fond d’une de mes bibliothèques, un roman d’un auteur que j’adore : Le maitre des nœuds de Massimo Carlotto (Métaillié). La lecture de ce roman est une bonne raison pour se rappeler qu’il faut lire tous les romans de Massimo Carlotto.

Au rayon des découvertes, j’ai lu un intéressant thriller, en lecture électronique, qui laisse augurer la naissance d’un auteur au style déjà affirmé, et dont j’attends les futures productions : L’Alicanto de Amadeo Alcacer (Santa Rosa). J’aurais été emballé par le polar de Didier Fossey, Burn out (Flamant noir) qui, grâce à un scenario bien construit, creuse les personnalités des flics et leur mal-être devant un travail de jour en jour plus difficile. J’aurais aussi lu la dernière enquête parue de Inger Wolf, Noir septembre (Mirobole) et il se peut bien que je suive à l’avenir les enquêtes de Daniel Trokic, tant c’est bien écrit et passionnant.

Enfin, avec les commémorations du 8 mai, j’aurais lu Ravensbrück mon amour de Stanislas Petrosky (Atelier Mosesu), roman de la mémoire, qui prend pour cadre un camp d’extermination, et pour personnage principal un dessinateur qui va devenir le témoin des horreurs de ce camp. S’il faut avoir le cœur bien accroché pour lire ce roman, il n’en reste pas moins que ce roman est à lire et à mettre à coté de La mort est mon métier de Robert Merle.

Durant le mois de mai, on voit aussi apparaitre les romans qui seront sans nul doute entre vos mains durant vos futures vacances estivales. J’aurais pu donner le titre de chouchou du mois à chacun d’eux tant ce sont tous des réussites. Perfidia de James Ellroy (Rivages), mon auteur favori, est un roman qui comble les attentes que l’on peut avoir de ce roman de fou, un roman à la démesure de son auteur. Une putain d’histoire de Bernard Minier (XO éditions) est un roman hommage aux romans psychologiques américains, avec un scenario machiavélique qui vous surprendra jusqu’au dénouement final. Lignes de fuite de Val McDermid (Flammarion) montre notre auteure écossaise au meilleur de sa forme, et sous le prétexte de la disparition d’un enfant, dénonce le système des reality shows.

Le titre du chouchou du mois revient donc à La rascasse avant la bouillabaisse de Gilles Del Pappas (Editions Lajouanie), parce que c’est un roman d’aventures comme on ne les fait plus, malheureusement. Parce que l’on passe plus de vingt ans en 300 pages de la vie d’un truand et que c’est passionnant. Parce que le dénouement est d’un humour noir grinçant. Parce que c’est du divertissement très haut de gamme, du roman d’aventures comme on aimerait en lire plus souvent. Parce que j’avais envie de saluer le travail des éditions Lajouanie qui, jusqu’à présent, et à mon avis, font un sans fautes dans le choix de leur production.

Voilà, je vous donne rendez vous le mois prochain. D’ici là, n’oubliez pas le principal : lisez !

La rascasse avant la bouillabaisse de Gilles Del Pappas (Lajouanie)

Allez savoir pourquoi, je n’avais jamais lu de roman de Gilles Del Pappas. Et pourtant, ce n’est pas un débutant puisqu’il a publié plus d’une vingtaine de romans, et a voyagé pour porter la bonne parole de la création littéraire dans plusieurs pays. Et cette Rascasse est un roman d’aventures, noir, mais aussi humoristique dans lequel on rit … jaune.

Robert dit Bob tient enfin sa vengeance. Il planque devant une maison d’apparence tranquille, où va se dérouler une partie de poker clandestine, dans un quartier résidentiel de Marseille, sa ville. Ils sont cinq à se réunir ; il y a un notaire, un promoteur immobilier, un truand, une femme à la tête d’un réseau d’escort girls et un cinquième homme, la cible.

Cela fait vingt ans qu’il est parti de Marseille, pour éviter de se faire prendre, suite à un mauvais coup qui a entrainé la mort d’un flic. Alors, il traverse l’Atlantique, en clandestin, direction la Martinique. Puis, profitant d’un voilier de touristes, il reprend son bagage pour la Guyanne. Là bas, il y rencontre dans un bar un Bordelais qui lui propose de lui faire visiter l’ile. Cet homme affable se nomme Guy Descombe et lui propose une balade dans la jungle, en compagnie d’un guide. Ils tombent bientôt sur un camp d’orpailleurs et Bob découvre une autre facette de Guy : Il est violent et totalement hors contrôle. Guy s’arrange pour tuer des chercheurs d’or, voler une sacoche pleine d’or et finit même par assassiner leur guide.

Même si Bob devient riche du jour au lendemain, il se retrouve avec une compagnie dont on se passerait bien. Car Guy peut se montrer fort sympathique comme le pire des assassins. Ils sont évidemment obligés de quitter la Guyane et traversent donc le fleuve pour se retrouver au Surinam.

Ce roman se retrouve au croisement de différents genres et déroule avec une facilité déconcertante une intrigue se déroulant sur une vingtaine d’années. En fait, l’auteur passe de scènes en scènes sans particulièrement insister sur un repère Temps, mais en additionnant des scènes émotionnellement fortes ce qui nous fait ressentir beaucoup de sympathie envers un personnage qui est finalement un truand qui peut même se montrer violent et sans pitié.

Quand je parle de rencontres entre les genres, le sujet est emprunté au roman policier, le décor au roman d’aventures et le style au roman noir. Ce mélange est une vraie réussite, c’est du pur plaisir car cela va vite, et le talent de l’auteur suffit en quelques mots à nous dessiner un paysage exotique.

La même efficacité se retrouve aussi dans la psychologie des personnages. On se retrouve avec un Bob qui ne s’intéresse qu’à lui, et qui présente Guy tel qu’il le voit. Cela nous montre un homme extrêmement naïf, qui forcément va subir beaucoup de déceptions et connaitre beaucoup de désillusions.

Surtout, on se retrouve avec un roman qui se lit vite, et qui nous plonge dans l’aventure, si bien que l’on ne se pose jamais de questions. On est totalement immergé dans ce qui arrive à Bob, et je dois dire que j’ai adoré me laisser balader durant toute cette aventure, qui nous balade de Marseille à la Guyane, en passant par le Brésil ou même Barcelone. En fait, l’air de rien, Gilles Del Pappas nous fait faire une moitié de tour du monde en moins de 300 pages, on aura visité la jungle équatoriale, les quartiers marseillais, les palaces parisiens, les ruelles barcelonaises, tout ça en mélangeant des scènes d’action et des scènes intimes, et on en redemande. D’ailleurs, il se pourrait bien que je le relise, tant j’ai apprécié cette lecture. C’est un excellent polar.

Le chouchou du mois d’avril 2015

Voilà une bonne façon de conclure la cinquième année de Black Novel : parler de bons romans. Eh oui, dès le premier mai, je ferai l’annonce officielle de sa sixième année d’existence, et comme tous les ans, j’organiserai un concours. Mais vous en saurez plus le 1er mai prochain.

Deux nouvelles rubriques ont vu le jour ce mois-ci. L’une s’appelle Hommage et met en avant un auteur qui a disparu. C’est parce que j’ai eu l’occasion de discuter avec Abdel Hafed Benotman que cette idée m’est venue, et que j’ai décidé de parler de Garde à vie de Abdel Hafed Benotman (Syros). Par la même occasion, une rubrique Espace Jeunesse est venue égayer Black Novel, parce que, pour les jeunes, il sort des romans qui sont passionnants. J’ai lu et beaucoup apprécié Un cri dans la nuit de Marin Ledun (Syros), à un point tel que certains passages m’ont stressé !

Comme chaque mois, de nouveaux auteurs sont apparus ici, et L’Étrange histoire de l’ours brun abattu dans les quartiers espagnols de Naples de Antonio Menna (Liana Levi) m’a fait forte impression. C’est drôle, c’est enlevé, c’est vivant et ça donne envie de lire la prochaine production de cet auteur. Quant à Les ténèbres et rien de plus de Julia Tommas (Anne Carrère), c’est un thriller qui va ravir les fans du genre et à propos duquel j’en attendais plus. C’est stressant, ça va vite et c’est divertissant.

Black Novel parle aussi des Poids Lourds, des auteurs connus et reconnus dans le genre. Ce mois-ci, en attendant le prochain Ellroy, j’aurais parlé de La voie des âmes de Laurent Scalese (Belfond) qui est un fantastique roman, simple et beau qui est aussi un hommage au roi Stephen King. Et j’aurais été heureux de parler de deux auteurs que j’adore et qui ont sorti de solides polars, à savoir Red Fury de George Pelecanos (Calmann Levi) qui nous fait faire un retour dans les années 70, et Missing : New York de Don Winslow (Seuil) qui introduit un nouveau personnage fort excitant.

Il y a des auteurs que je suis, dont je lis les nouveaux romans, parce que, à un moment donné, leur univers s’est calqué sur ma perception et que, par voie de conséquence, je suis devenu fidèle à leur production. Il en va ainsi de Gilles Vincent à qui j’ai décerné un coup de cœur pour son impeccable et implacable thriller Hyenae (Jigal). Aller simple pour Nomad Island de Joseph Incardona (Seuil) lui nous a emmené en vacances sur une ile, dans une forme d’hommage aux séries des années 80. Une valse pour rien de Catherine Bessonart (Editions de l’Aube) est la troisième enquête de Chrétien Bompard, et je souhaite qu’il revienne avec son humour cynique et moins de déprime. Quant à La pieuvre de Jacques Saussey (Toucan), il démontre une nouvelle fois que cet auteur est une perle et probablement un des meilleurs conteurs français à l’heure actuelle.

Le titre du chouchou du mois d’avril revient donc à Trait bleu de Jacques Bablon (Jigal)   parce que c’est un premier roman, parce que son ton est personnel, parce que son auteur a su digérer la culture du roman noir américain pour en faire une œuvre totalement propre à lui, parce que j’ai été impressionné par le talent qui se dégage de ces quelques pages, parce que c’est trop bon.

Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou, et d’ici là, n’oubliez pas le principal : lisez !