Archives pour la catégorie Chouchou 2017

Le chouchou du mois de novembre 2017

Nous sommes déjà à la fin novembre, et il va falloir songer aux fêtes de Noël et aux cadeaux à acheter pour remplir la hotte de Père du même nom. Parmi les chroniquées publiées ce mois-ci, vous y trouverez beaucoup d’idées de polars qui démontrent une nouvelle fois la diversité que l’on peut trouver dans ce genre littéraire.

Commençons le tour d’horizon avec les polars anciens car cela fait toujours plaisir à un fan de littérature policière de trouver au pied du sapin des romans connus voire « cultes ». C’est le cas de Le bikini de diamants de Charles Williams (Gallmeister), publié une première fois dans la Série Noire de Gallimard et qui est édité dans une nouvelle traduction. Voilà un fantastique polar qui nous est raconté par un gamin, une histoire de truands dans l’Amérique profonde qui est hilarant par le décalage entre ce que comprend le garçon et les mensonges que racontent les adultes.

Il faut aussi savoir que les éditions French Pulp rééditent La compagnie des glaces 3-4 de GJ Arnaud (French Pulp), l’une des plus grandes sagas de science fiction jamais écrites. Dans ce deuxième volume qui regroupe les tomes 3 & 4, l’auteur développe l’aspect politique de la saga, en réécrivant une partie de l’histoire du vingtième siècle. C’en est tout simplement impressionnant.

Enfin, pour ceux qui recherchent des thrillers incluant du fantastique, rien de tel que de se pencher sur les enquêtes de Charlie Parker, le personnage récurrent créé par John Connolly. Avec La colère des anges de John Connolly (Pocket), sa douzième enquête, une mystérieuse liste de personnes va engendrer une bataille meurtrière. Avec ce roman, on tient là l’un des meilleurs épisodes de cette série.

Le polar peut aussi se décliner en western. Une assemblée de chacals de S. Craig Zahler (Gallmeister) en est la démonstration, version sans concession. Avec des personnages durs au mal, avec un décor désertique, le mariage prétexte à la réunion des truands va s’avérer un carnage impressionnant par le style imagé et cinématographique de l’auteur.

De violence, il en est question aussi dans Les corps brisés d’Elsa Marpeau (Gallimard Série Noire), même si elle est plus psychologique. Ce roman noir, qui nous présente une championne de rallye qui, après un accident en course, se retrouve handicapée, place le lecteur dans une position inconfortable qui dans un premier temps plonge dans la paranoïa avant de sombrer dans l’horreur. Voilà un roman très impressionnant.

De psychologie, il en sera question aussi dans Ne me quitte pas de Mary Torjussen (Bragelonne), puisque l’auteure nous présente une femme qui connait une grande réussite professionnelle et dont la disparition de l’homme de sa vie remet tout en cause, jusque dans ses moindres certitudes. Paranoïa encore, mystères et stress sont au programme pour ce premier roman prenant à la fin bien trouvée et renversante.

Avec Mort à Florence de Marco Vichi (Editions Philippe Rey), nous avons droit à un roman plus riche au niveau des thèmes abordés, de la solitude à la frustration, des conséquences de la guerre à la nostalgie du fascisme italien. C’est aussi un roman qui, grâce à la métaphore de l’inondation de Florence en 1966, nous montre la saleté de cette ville aux extérieurs si enchanteurs.

Peut-être recherchez-vous des polars français ? Rien de tel qu’un auteur qui part d’une situation simple pour y apporter ce léger décalage qui en fait un excellent roman. Les gens comme Monsieur Faux de Philippe Setbon (Editions du Caïman) est une nouvelle fois la démonstration que chaque publication de cet auteur est à ne pas manquer.

C’est le cas aussi de Enfants de la Meute de Jérémy Bouquin (Rouergue), qui nous propose un duel à distance à partir de l’enlèvement d’un enfant. Avec son style à découper au couteau, Jérémy Bouquin, auteur que je défends ardemment, dévoile son talent dans une intrigue coup de poing.

Deux nouveaux auteurs font aussi leur apparition dans Black Novel : La chance du perdant de Christophe Guillaumot (Liana Levi) avec un roman policier dans le cadre de la Brigade des Jeux, dont l’intrigue et le sujet sont originaux. Et La reine noire de Pascal Martin (Jigal), roman malicieux, qui nous présente une ville qui souffre de la fermeture de son usine principale et où la situation va dégénérer avec l’arrivée de deux personnages mystérieux.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Gueule de fer de Pierre Hanot (Manufacture de livres), qui nous offre la biographie d’un boxeur français champion du monde dans la période de la première guerre mondiale. Ce roman m’a beaucoup touché, ébranlé, aussi bien par son sujet que par son personnage. C’est aussi un style minimaliste qui dit tant de choses avec si peu de mots, et par conséquent un excellent moment de littérature.

Je vous donne donc rendez-vous le mois prochain pour un bilan annuel. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Publicités

Le chouchou du mois d’octobre 2017

En ce qui concerne mes lectures du mois d’octobre, elles auront été sous le signe de l’émotion et de la révolte. Il y aura bien eu quelques lectures de pur divertissement, mais toutes sans exception auront été des lectures marquantes.

Au premier rang des émotions, je ne peux que placer Candyland de Jax Miller (Ombres noires), mon deuxième coup de cœur de l’année, qui présente un souffle romanesque et une créativité étonnante, surtout si l’on se rappelle que Candyland n’est que le deuxième roman de Jax Miller. On se laisse porter par un voyage hors du temps dans cette petite ville imaginaire des Etats-Unis, gangrenée par la fermeture de ses mines. Énorme !

Je me dois aussi de vous signaler que les éditions French Pulp ont décidé de rééditer La compagnie des glaces, qui est la plus grande saga de science fiction jamais écrite. J’ai chroniqué les 2 premiers tomes, La compagnie des glaces 1-2 de GJ Arnaud (French Pulp) et je dois dire que l’aspect politique et l’immersion dans un monde futuriste est impressionnant. Il ne vous reste plus qu’à patienter pour que je vous parle des autres tomes … très bientôt.

Émotions aussi du coté de Bangkok avec La cité de l’ange noir de Harlan Wolff (Editions GOPE) qui au travers d’une enquête plutôt classique nous fait visiter les quartiers de cette asiatique qui regorge de secrets. Émotions encore quand il s’agit d’explorer la psychologie d’un homme fou d’amour de sa femme qui décide de l’empoisonner pour mieux la garder pour lui dans Les enlisés d’André Lay (French Pulp). Émotions enfin avec Retour à Duncan’s Creek de Nicolas Zeimet (Jigal) et ses bouffées de nostalgie et ses scènes incroyablement fortes ou Assassins d’avant d’Elisa Vix (Rouergue) où une jeune femme cherche la vérité sur l’assassinat de sa mère institutrice en pleine salle de classe. Du grand art en terme d’intrigue (jusqu’à la dernière ligne) et de roman choral !

Par contre, rien de tel qu’une intrigue qui vous met mal à l’aise ou qui vous place en face de questions qui peuvent s’avérer personnelles. Par exemple, n’avez-vous jamais été non pas envieux mais ébloui par des gens à qui tout réussit ? Et si les apparences n’étaient pas du tout la réalité des choses. C’est le fond de l’intrigue de Mon amie Adèle de Sarah Pinborough (Préludes), qui est un pur roman psychologique. Quant à Punk Friction de Jess Kaan (Lajouanie) sous ses dehors de roman policier classique, il a pour lui une intrigue bien menée, des personnages attachants et surtout un coté social qui retient l’intérêt.

Et puis, il y a les polars qui grattent là où ça fait mal …

Quoi de mieux que de fouiller notre histoire, celle dont on parle trop peu, telle que l’anti-communisme et les actions des collabos dans le Périgord ? Je servirai la liberté en silence de Patrick Amand (Editions du Caïman) est le genre de polar où on apprend plein de choses, et il a pour lui une ambiance remarquablement restituée ainsi qu’une documentation impressionnante.

Un autre sujet m’a bouleversé et c’est celui abordé dans Danser dans la poussière de Thomas H.Cook (Seuil). Pour l’occasion, l’auteur créé un pays africain, avec ses mœurs et son histoire et met ses personnages en face d’un dilemme qui est le rôle des ONG dans le développement des pays en voie de développement. Une phrase ne cesse de me hanter : On fait le mal en voulant faire le bien. Profond et marquant.

Sur un sujet plus classique, Le club des pendus de Tony Parsons (La Martinière) et son personnage principal récurrent Maw Wolfe nous questionne sur la justice au travers d’une intrigue où un groupe d’hommes sème ses propres sentences. Ce roman frappe d’autant plus fort que son personnage est formidablement humain. Cette série de Tony Parsons est assurément à suivre.

Islanova de Camut & Hug (Fleuve Noir) quant à lui nous parle de revendications humaines, de terrorisme, de responsabilités individuelles et collectives, de la famille, du dépassement de soi, de choix difficiles dans la vie, de violences, et de bien d’autres choses. C’est un roman qui m’a surpris, que j’ai avalé en quelques jours car c’est un roman populaire plein d’action et d’humanité qui ne prend pas position et qui oblige le lecteur à se regarder dans une glace.

Le titre de chouchou du mois revient donc à La daronne d’Hannelore Cayre (Métaillié), ce roman si simple en apparence mais si passionnant à lire. Comment une femme qui a toujours vécu honnêtement en arrive à devenir une trafiquante de drogue tout en suivant son idéal d’aider ses filles. D’une sorte de biographie inventée, Hannelore Cayre en tire un roman à la fois drôle et émouvant, cynique et noir, dans la veine de Thierry Jonquet. Un roman indispensable.

Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou du mois. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Le chouchou du mois de septembre 2017

Comme je me limite à 3 billets par semaine au maximum, il y aura forcément moins de romans évoqués dans cette synthèse du mois, puisque le mois de septembre est un mois un peu plus court que les autres.

Je pourrais organiser un petit jeu autour de ce billet qui s’appellerait : « cherchez l’intrus ». car l’intrus n’est pas à chercher du coté des romans qui datent un peu. Il y en a eu trois ce mois ci, le plus récent étant La nuit des corbeaux de John Connoly (Pocket), onzième enquête du détective Charlie Parker. Je continue donc mon exploration de son univers même si cette enquête là ne comporte pas d’éléments fantastiques mais se révèle plutôt un roman policier, avec une intrigue tortueuse comme sait les concocter ce diable de John Connoly.

Retour en arrière en ce qui concerne deux romans français, dont l’un est excellent et l’autre divertissant. Quand on lit beaucoup de nouveautés comme moi, l’envie est forte de revenir aux racines, à des romans qui ont bâti le polar que l’on aime aujourd’hui. Parfois, le style est daté, presque démodé (si on peut utiliser cet adjectif concernant le style), et parfois c’est l’inverse. C’est le cas de Drôle de pistolet de Francis Ryck (French Pulp), très moderne, qui est classé dans les romans d’espionnage mais qui n’en est pas un. En fait, cette fuite d’un espion qui a trahi et qui essaie de survivre à ses poursuivants revanchards s’avère d’une modernité étonnante et donne un roman psychologique formidable basé sur une réflexion sur la confiance. Le deuxième roman « ancien », c’est un bon vieux San-Antonio, Tout le plaisir est pour moi de Frédéric Dard (Pocket), parce que, à force de lire des auteurs qui sont les dignes héritiers de ce grand auteur, il est bon parfois de revenir aux sources pour se fendre la poire, sans arrière pensée, juste rigoler un bon coup.

De roman psychologique, il en sera aussi question chez nos amis américains avec deux romans totalement différents dans l’intrigue et le style mais tout aussi intéressants. Nulle part sur la terre de Michael Farris Smith (Sonatine) met en scène des personnages que le rêve américain a oublié, qui ont un passif et qui doivent mener leur vie, en se disant que quelle que soit leur décision, elle continuera à les enfoncer. Le deuxième est une variation dans le style de ce qu’écrit Thomas H.Cook, mais écrit par un grand Monsieur de la littérature contemporaine. Par le vent pleuré de Ron Rash (Seuil) s’avère une nouvelle fois un formidable roman de la part d’un auteur qui ne m’a jamais déçu jusqu’à présent.

De l’action, il y en aura eu aussi pendant ce mois de septembre, en commençant par le deuxième tome de Pukhtu, nommé Pukhtu-Secundo de DOA (Gallimard Série Noire), un roman plus axé sur les salons où l’on fait de la politique et où l’on se bat contre les autres pour avancer ses propres pions. Mais vous en trouverez aussi dans Le Meurtre d’O’Doul Bridge de Florent Marotta (Taurnada), qui est une lecture plus divertissante, et qui vous proposera un style rythmé et une intrigue fort bien menée. Dans Ne prononcez pas leur nom de Jacques Saussey (Toucan), c’est un roman sous haute tension qui vous attend, écrit dans le sang avec plein de rage et dont l’auteur doit être fier d’avoir su écrire ses sentiments envers les meurtriers de masse.

Si vous êtes plus enclins à lire de la lecture noire, Prendre les loups pour des chiens de Hervé Le Corre (Rivages) en est probablement l’une des lectures à ne pas rater en cette année 2017. Personnellement, j’y ai vu des envies de se rapprocher de l’univers de Jim Thompson et l’atmosphère lourde, étouffante et glauque de ce roman en font une totale réussite, accompagnée par une écriture lumineuse. De l’écriture éblouissante, c’est ce que vous trouverez dans Le diable en personne de Peter Farris (Gallmeister), sorte de duel qui fait penser à un western moderne, même si j’ai eu l’impression d’avoir déjà lu ce genre d’intrigue.

Enfin, les romans policiers ne sont pas en reste avec deux romans marquants en ce qui me concerne. Comme de longs échos de Elena Piacentini (Fleuve noir) démarre un nouveau cycle dans l’œuvre de cette auteure, avec de nouveaux personnages formidables et un nouveau lieu. C’est incontestablement l’un des romans à ne pas manquer de cette rentrée littéraire. Enfin, j’attire votre attention sur un premier roman, Il ne faut jamais faire le mal à demi de Lionel Fintoni (Editions de l’Aube) qui est d’une grande ambition, et qui malgré ses nombreux personnages, nous emmène dans une intrigue qui vous fera forcément réagir. C’est écrit simplement, l’accent étant mis sur les personnages justement et sur une description d’une société qui ne s’impose plus aucune limite.

Pour le titre honorifique de chouchou du mois, je n’ai pas l’habitude de vous faire part de mes atermoiements. Mais j’ai eu bien du mal à choisir entre Ron Rash, Hervé Le Corre et Elena Piacentini. J’ai donc choisi celui qui n’a jamais nommé chouchou du mois à savoir Prendre les loups pour des chiens de Hervé Le Corre (Rivages).

Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou du mois. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Vous avez trouvé qui est l’intrus ?

Le chouchou de l’été 2017

Après une période estivale mi-figue mi-raisin (mais évidemment, cela dépend du lieu où vous avez passé vos vacances), j’ai fait en sorte qu’un maximum de chroniques paraisse pour vous aider dans vos choix de lectures. Et comme j’aime bien me lancer des challenges, je vais vous en donner la liste avec un adjectif correspondant à mon avis. Cette liste est classée par ordre alphabétique des auteurs (car je n’ai pas trouvé mieux !).

Bref, faites votre choix, mesdames et messieurs !

Sisters de Michelle Adams (Bragelonne) : Magnifiquement pervers

Lagos Lady de Leye Adenle (Métaillié) : Voyage dans les bas-fonds du Nigéria

Une femme de ménage de Jérémy Bouquin (French Pulp) : Polar populaire

Les larmes noires de la terre de Sandrine Collette (Denoel) : Humain

Les murmures de John Connoly (Pocket) : La dixième de Charlie Parker

L’innocence pervertie de Thomas H.Cook (Points) : Une œuvre de jeunesse

Ne dis rien à papa de François-Xavier Dillard (Belfond) : Brillant dans sa forme

Dis-moi que tu mens de Sabine Durrant (Préludes) : Magnifiquement vicieux

Révolution de Sébastien Gendron (Albin Michel) : Révolté

Les sanctuaires du mal de Terry Goodkind (Bragelonne) : LA chronique de Suzie

Le Diable n’est pas mort à Dachau de Maurice Gouiran (Jigal) : Révoltant

Défoncé de Mark Haskell Smith (Rivages) : Humour décalé au programme

Je vis je meurs de Philippe Hauret (Jigal) : LE premier Hauret

Que Dieu me pardonne de Philippe Hauret (Jigal) : Le superbe deuxième Hauret

Compte à rebours de Martin Holmén (Hugo & Cie) : La deuxième enquête d’Harry Kvist

Brève histoire de sept meurtres de Marlon James (Albin Michel) : Saga Jamaïcaine

Maudit printemps d’Antonio Manzini (Denoel) : Schiavone est toujours détestable

Les disparus du phare de Peter May (Rouergue) : Protégeons les abeilles

Ice cream et châtiments de Nadine Monfils (Fleuve éditions) : Hilarant comme toujours

Le jeu des apparences de Muriel Mourgue (Ex-Aequo) : Voyage en 2046

Le bon frère de Chris Offutt (Gallmeister) : Un grand roman

Le douzième corps de Janine Teisson (Editions Chèvre-Feuille) : Saga familiale

La pension de la Via Saffi de Valerio Varesi (Agullo) : LE coup de cœur 2017

Le diable de la Tamise de Annelie Wendeberg (10/18) : Sherlock Holmes 30est de retour

La pomme de discorde de Donald Westlake (Rivages) : Hommage à un grand du polar

Pas facile de choisir ! Le titre honorifique du chouchou de l’été 2017 est donc décerné à Révolution de Sébastien Gendron (Albin Michel) qui est un livre qui m’a réellement secoué. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant n’oubliez pas le principal, lisez !

Le chouchou du mois de juin 2017

On peut dire qu’on aura eu chaud pendant ce mois de juin, et que, en ce qui me concerne, ce n’est pas forcément les meilleures conditions pour lire. J’ai donc arrêté quelques livres en cours de lecture, ce qui est très rare dans mon cas, mais j’aurais tout de même dégoté de très bons polars dont voici un petit récapitulatif. Et comme nous nous apprêtons à préparer nos valises pour les vacances, j’espère que ces quelques avis vous aideront dans votre choix :

Je commence par une découverte d’un roman de 1957, Un homme dans la foule de Budd Schulberg (Equateurs Parallèles), ou plutôt devrais-je dire une nouvelle. Je suis tombé dessus par hasard et l’ai acheté car, en période d’élection, le sujet me tentait bien. Cela raconte l’histoire d’un pauvre gars qui débarque dans une radio avec une guitare et qui devient la coqueluche du peuple par son discours simple et populiste. Il faut que vous lisiez ce texte qui est plus que jamais d’actualité.

Au niveau des découvertes, je vous encourage à jeter un œil à Lowlifes de Brian Buccellato & Alexis Sentenac (Glénat), une Bande Dessinée pur Hard Boiled. Même si l’histoire est simple, les dessins font beaucoup pour nous plonger dans l’ambiance glauque des bas-fonds de Los Angeles.

Vade Retro Satanas de Luc Fori (Pavillon Noir) est aussi une belle dé »couverte sur un sujet bien casse-gueule. 4ème roman de l’auteur, avec un personnage principal con et misogyne, aux prises avec ses préjugés sur la vie et des djihadistes en particulier. Et le fait d’avoir mis beaucoup d’humour et d’autodérision en font un roman très intéressant et surtout très divertissant.

Quand on parle de découvertes, ce mois de juin rime avec premiers romans. Bon, je sais, c’est une rime pauvre, très pauvre. Par contre, les premiers romans chroniqués sont riches, eux, très riches. Karst de David Humbert (Liana Levi) nous emmène en Normandie et nous parle de nappes phréatiques avec un personnage de gendarme original, puisque c’est un homme qui s’ennuie et qui du coup, fourre son nez là où il ne faut pas. Je suis innocent de Thomas Fecchio (Ravet Anceau) nous pose ouvertement la question des a priori que nous avons tous, surtout quand il s’agit d’un criminel récidiviste. Quand des corps de jeunes femmes violées sont retrouvés, il fait un suspect presque coupable. Un moindre mal de Joe Flanagan (Gallmeister) souffre de son bandeau publicitaire, puisqu’il le compare à James Ellroy. Passé cette déconvenue, le roman s’avère un polar costaud au scénario implacable. Enfin, vous trouverez plein de nouveaux auteurs dans les nouvelles publiées chez Ska en cette année 2017. Des auteurs fort intéressants qu’il va falloir suivre de près.

On ne parle pas assez de Naïri Nahapetian dont les trois romans mettant en scène Parviz, un espion en free lance, sont édités aux éditions de l’Aube. J’adore son style direct et efficace et sa façon de nous mener en bateau avec ses intrigues complexes entre politique et espionnage. Comme je l’ai écrit, il y a du Dominique Manotti dans ces romans là.

Après les découvertes, La vodka du diable de George Arion (Genèse éditions) est aussi une confirmation que les polars mettant en scène Andreï Mladin sont des incontournables, et à apprécier en se rappelant qu’ils ont été écrits pendant la dictature de Ceaucescu et qu’ils sont passés à l’époque au travers de la censure. Énorme !

Enfin, si vous cherchez un bon pavé, une valeur sure, Profanation de Jussi Adler Olsen (Livre de poche) est une lecture pour vous. Ecrit avec plein de rage, ce deuxième épisode du Département V est pour moi le meilleur de la série, parmi ceux que j’ai lus. Voilà une enquête policière qui mérite très largement votre attention.

Le titre du chouchou du mois revient haut la main au dernier roman en date de Nicolas Lebel, De cauchemar et de feu (Marabout). En abordant la guerre civile en Irlande, et sans prendre parti, il écrit un polar exemplaire et passionnant. Un grand roman, tout simplement, une lecture obligatoire pour cet été !

J’espère que ces quelques chroniques vous auront donné des idées de lecture. Je vous donne rendez à la fin de l’été pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Le chouchou du mois de mai 2017

Nous voici déjà en fin de mois. Je me suis aperçu que systématiquement, au mois de mai, je lis et chronique des romans issus de différentes régions du globe. Je vous convie donc à un petit voyage, ce qui est de bonne augure avant les grandes vacances qui approchent.

Nous allons commencer par les Etats Unis, destination pas forcément rassurante … Les éditions Points nous proposent un retour à Providence, ville où a vécu HP.Lovecraft, et rééditent dans de nouvelles traductions quelques nouvelles du Maître de l’Horreur. Les trois nouvelles (L’appel de Cthulhu, La Maison Maudite, Celui qui hante la Nuit) que j’aurais lus permettent de réhabiliter les grandes qualités de cet auteur hors normes.

Il n’est pas sur que Todd Robinson nous donne envie de visiter Boston. Pour le coup, il a créé deux personnages de videurs, dont les (més) aventures donnent lieu à de sacrées scènes de bourre-pif, agrémentées d’un excellent scenario. Tout l’équilibre de ses romans tiennent, à mon avis, dans le couple Boo et Junior et dans l’humour omniprésent des dialogues. Si j’ai adoré Cassandra, Une affaire d’hommes souffre de la séparation de ce couple pas comme les autres, alors que sa fin est tout bonnement géniale. Ces deux romans sont édités chez Gallmeister.

La banlieue lointaine de New-York sont tout de même plus calmes … quoique. Avec un roman purement psychologique, Darcey Bell nous propose un personnage de femme qui élève seule son fils, en manque d’amitié, et qui tient un blog formidable de maman idéale. Sauf que tout ce qu’elle imagine ne se passe pas tout à fait comme elle le voudrait, et qu’elle n’aurait jamais pu imaginer la machination dont elle va être victime. Le roman s’appelle Disparue (Hugo & Cie), et ça fait froid dans le dos …

Si l’auteur est irlandais, ses romans mettant en scène le détective Charlie Parker se déroulent dans la Maine. Pour L’empreinte des amants de John Connoly (Pocket), notre héros récurrent cherche à connaitre la vérité sur le suicide de son père. Cela nous donne un roman plus introspectif et attachant que les autres, mâtiné de fantastique, et c’est un des épisodes que j’ai beaucoup apprécié.

Si la nationalité de l’auteur est italienne, Le nu sur un coussin bleu de Massimo Nava (Editions des falaises) se déroule dans plusieurs pays d’Europe, de Monaco à Paris en passant par la Suisse. Ce roman policier classique dans la forme nous détaille le marché de l’art et c’est bigrement intéressant.

Une disparition inquiétante de Dror Mishani (Points) nous emmène dans une banlieue calme de Tel-Aviv. Si en Israël, la criminalité n’est pas élevée, ce roman nous présente un nouveau personnage de flic récurrent et nous propose un vrai questionnement sur le doute à travers un passionnant hommage à la littérature policière. A suivre donc …

Il n’est pas sur qu’au travers des romans que j’ai chroniqués, vous ayez plus envie de visiter la France. Prenez le cas du Havre, par exemple. On y rencontre des gens pas trop fréquentable, nazis sur les bords et pas que, et il faut toute la hargne d’un prêtre exorciste pour y faire un peu de ménage. Dieu pardonne, lui pas ! de Stanislas Petrosky (Lajouanie) traite d’un sujet grave et connu et c’est un putain de bouquin humoristique, politiquement incorrect comme le commerce et les idées de ces gens là.

Fourbi étourdi de Nick Gardel (Editions du Caïman) va nous faire traverser la France. Avec un humour décalé et plein de dérision, il nous montre des personnages formidables et tous les travers de notre société par le petit bout de la lorgnette. Une belle découverte.

La prophétie de Langley de Pierre Pouchairet (Jigal) est plutôt à ranger du coté des thrillers, ou du moins des romans d’action. Alors qu’il démarre dans une banque, où on découvre le travail des traders, le rythme s’accélère pour plonger dans le monde du terrorisme. La réputation de l’auteur n’est pas usurpée, loin de là, c’est un des meilleurs auteurs de romans d’action à l’heure actuelle, que j’ai découvert avec ce roman.

Quand on parle de traders et de gain de fric à tout prix, Il ne nous reste que la violence d’Eric Lange (La Martinière) nous montre un animateur radio confronté au rachat de sa radio et qui va trouver une solution originale et sanglante. Cela rappelle Le contrat de Donald Westlake, remis à jour, et le style direct comme un coup de poing emporte tout sur son passage. C’est incontestablement une des lectures les plus importantes du mois pour moi.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Haute voltige de Ingrid Astier (Gallimard Série Noire), un roman populaire comme on n’en fait que trop rarement. Il y a tout dans ce roman, de la force des personnages aux scènes époustouflantes, des paysages des toits de Paris grandioses à la psychologie fine. Il y a surtout ce pari de faire revivre cette grande tradition du roman populaire, dans un style simple et Ô combien expressif, qui en font un divertissement très haut de gamme.

J’espère que j’aurais été d’une quelconque utilité dans le choix de vos lectures. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

 

Le chouchou d’u mois d’avril 2017

Incroyable, nous sommes déjà fin avril ! Et pour Black Novel, cela veut dire aussi une nouvelle année bouclée puisque le blog fêtera le 1er mai prochain son huitième anniversaire, avec, comme d’habitude, un petit concours pour gagner un roman noir extraordinaire. Mais nous en reparlerons demain.

Honneur à ma nouvelle invitée, chroniqueuse de luxe, que je suis heureux d’accueillir pour la première fois (et pas la dernière, j’espère), Kris. Elle a eu la gentillesse de partager son avis sur le dernier roman de Cédric Bannel La Kaboul express (Robert Laffont). Ce roman va vous plonger dans un Afghanistan réaliste, loin de tout ce que les journaux télévisés peuvent nous montrer ou nous faire croire.

Au niveau des curiosités, je ne peux que vous conseiller de vous pencher sur les nouvelles parodiques mettant en scène Sherlock Holmes. Le recueil s’appelle Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes (Baker Street) et c’est très à la fois très drôle et très divertissant. De la même façon, Histoire d’un chien mapuche de luis Sepulveda (Métailié) est un conte pour enfants écrit par un grand auteur sud-américain. Cette histoire noire et poétique ravira les petits et les grands et pourrait être utile aux parents pour raconter des histoires le soir à leurs enfants. Greenland de Heinrich Steinfest (Carnets Nord) est aussi un conte, mais pour adulte. Ce voyage d’un adolescent entre le monde réel et un monde imaginaire vert est tout simplement magnifique. De sac et de corde de Gilles Vidal (Les presses littéraires) est un roman original, écrit à la façon d’un short cut de Robert Altman, où l’intrigue est faite de multiples personnages qui se rencontrent et se perdent pour se retrouver plus tard. C’est un roman à découvrir, de qualité supérieure.

Au rayon thriller, j’ai été emballé par Nuit de Bernard Minier (XO éditions). J’attendais beaucoup du duel entre Servaz et Hirtmann et les ambiances et l’angoisse m’ont ravi. Plus surprenant, l’enquête de Charlie Parker Les anges de la nuit de John Connoly (Pocket) fait un retour sur la jeunesse de Louis, pour un roman d’action avec moins de fantastique.

Au rayon polar, Nu couché sur fond vert de Jacques Bablon (Jigal) confirme que cet auteur prend une place d’importance dans le paysage littéraire français. Une nouvelle fois, son style direct et efficace et sa façon de mener les intrigues font mouche. De même, Zanzara de Paul Colize (Fleuve éditions) est un roman d’action qui montre que Paul Colize fait un sans faute dans ses romans récents. C’est le cas aussi avec Au scalpel de Sam Millar (Seuil), qui est annoncé comme le meilleur de la série Karl Kane à ce jour, et je confirme : c’est un excellent polar. Enfin, En mémoire de Fred de Clayton Lindemuth (Seuil) vient confirmer le talent littéraire de cet auteur dont c’est la deuxième traduction en France. Il a un style tout simplement fascinant.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Tu n’auras pas peur de Michel Moatti (HC éditions), parce que ce roman m’a bluffé. Il nous montre, à travers le passage de témoin entre un vieux et une jeune journaliste l’évolution du journalisme actuel. C’est passionnant dans son traitement, angoissant dans sa forme, et très intelligemment mené dans le fond. C’est une formidable réussite qu’il ne faut pas que vous ratiez.

Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !