Archives pour la catégorie Chouchou 2021

Le chouchou du mois de mars 2021

En mars, les jours rallongent et le moral remonte en flèche, nonobstant ce nouveau confinement … En même temps, nous attendons avec impatience en avril une avalanche de polars, dont un grand nombre sont tant attendus et seront chroniqués ici … dès que je les aurais lus, bien sûr. En attendant, mes chroniques vous proposent de beaux moments de lectures, pleines d’émotions et de réflexions.

Sortir de sa sphère de contact, être déstabilisé par une intrigue, la réaction d’un personnage, ou même changer carrément de décor, se plonger dans un futur imaginaire et imaginé, pour se poser des questions, avancer ou juste s’amuser.

Dans cette dernière catégorie, au rayon Angoisse, La maison à Claire-Voie de Brice Tarvel (Zinedi) est un recueil de nouvelles dont la précision d’écriture fait monter sans cesse la tension.

Au rayon Anticipation, Cinquante-trois présages de Cloé Mehdi (Seuil) démontre la talent de cette jeune auteure qui, après nous avoir expliqué l’avènement d’une Multitude de divinités, nous présente une de leurs messagers avec toutes ses difficultés spirituelles et matérielles. Ce roman nous offre la possibilité de réfléchir à la fois sur les pauvres et leur manque d’espoir mais aussi sur la religion et son devenir, ce qui en fait un roman puissant.

Enfin, au rayon Science-Fiction, dans L’oiseau moqueur de Walter Tevis (Gallmeister), les robots gèrent la Terre et facilitent notre vie à tel point que les humains ne se reproduisent plus, ne savent plus lire et deviennent des inutiles à la recherche de divertissement. Là aussi, l’auteur défend la culture, en particulier la littérature dans un roman visionnaire à faire froid dans le dos.

Toutes les autres chroniques parues ont porté sur des auteurs que je connaissais déjà, enfin presque …

L’art de la fuite est un secret de Gilles Vidal (La Déviation) propose un roman où un artiste peintre s’enfuit de chez lui après avoir vu sa dernière toile. Le peintre cherche-t-il quelqu’un dans sa fuite ou se cherche-t-il lui-même ?

Dernier tour lancé d’Antonin Varenne (Manufacture de livres) est le dernier roman de cet auteur que j’aime tant. Sur un sujet a priori peu intéressant pour moi, il arrive à me passionner en parlant intelligemment de la psychologie des champions, du fric pourri qui empoisonne le sport et des difficiles relations père/fils. Impressionnant !

Le pari n’était pas gagné d’avance de faire un roman situé dans l’univers carcéral. Avec Mort à vie de Cédric Cham (Jigal), l’auteur s’en sort avec une palme, tant le scénario est bluffant, passionnant et les personnages sont fantastiques.

Quand on a commencé les enquêtes de Rocco Schiavone, on était resté sur un final terrible à la fin du précédent opus, sans comprendre le passé du sous-préfet. 07 07 07 d’Antonio Manzini (Denoël) revient sur son passage à Rome, ses amitiés douteuses et une enquête menée de main de maître. Seuls quelques dialogues qui sonnent faux lui ont fait manquer le titre du chouchou du mois.

Chastity Riley est un autre personnage récurrent dont on n’avait plus de nouvelles depuis quelque temps et son formidable Quartier rouge. Nuit bleue de Simone Buchholz (L’Atalante) inaugure à la fois une nouvelle collection dédiée au polar, Fusion et un nouveau cycle pour cette procureure décidément pas comme les autres. Quand le fond s’allie à la forme, cela laisse augurer du meilleur et cela donne envie de lire la suite.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Ces montagnes à jamais de Joe Wilkins (Gallmeister), parce que c’est un premier roman, parce que cette histoire est dramatique, parce qu’elle est triste et belle, parce que les personnages sont fantastiques et que le message, intelligemment distillé montre des campagnards ivres de liberté en conflit avec les bureaucrates de la ville. Ce roman illustre de façon magistrale le mal dont souffre les Etats-Unis aujourd’hui.

J’espère que ces avis vous auront été utiles dans le choix de vos lectures. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, protégez-vous, protégez les autres et n’oubliez pas le principal, lisez !

Le chouchou du mois de février 2021

Déjà amorcé en 2020, le virage vers la littérature française, ou francophone se fait plus marqué ce mois-ci. Ceci est dû en partie aux sorties de romans étrangers qui ont marqué le pas mais aussi à certaines lectures que j’ai trouvées moyennes.

A part ma lecture Oldies, Sukkwan Island de David Vann (Gallmeister), roman américain bardé de prix, nous présentant un homme en plein désarroi qui se lance un défi de vivre en Alaska accompagné de son fils adolescent, et qui ne m’a pas emporté comme il l’aurait dû, tous les autres romans que j’aurais chroniqués sont français.

Enfin, presque … disons francophones … Jugez donc :

FrasseMikardsson : franco-suédois

Joseph Incardona : Suisse

Dominique Forma : Franco-américain

Parmi les lieux visités, on y trouvera la Suède, la Suisse, L’Amérique du Sud, la République Tchèque, l’Algérie, les Etats-Unis et la France bien sûr. De quoi voyager en restant confiné. En faisant ce bilan, le nombre de romans non estampillés « polar » m’a étonné, dû probablement au fait que j’aie eu besoin de faire une incursion hors de mon domaine de prédilection.

C’est le cas de Presqu’îles de Yan Lespoux (Agullo), premier écrit de notre collègue blogueur, et premier recueil de nouvelles qui nous présente des histoires parfois touchantes, parfois plus dures, avec toujours des personnages habitant les Landes que l’auteur nous présente avec tendresse et avec une plume remarquable.

Le silence des carpes de Jerôme Bonnetto (Inculte) n’est pas non plus à proprement parler un polar, même si le personnage principal part à la recherche d’une femme suite à la découverte d’une vieille photographie. Il nous donne l’occasion de découvrir la République Tchèque, ses habitants, leur mode de vie et surtout leur humour décalé. Ce deuxième roman de l’auteur est une vraie réussite, originale par son ton.

Origine Paradis de Thierry Brun (Hors d’Atteinte) est le nouveau roman de cet auteur que j’aime beaucoup par les thèmes qu’il aborde. Il nous parle comment les micro-partis lèvent de l’argent pour l’extrême droite et nous assène son message défenseur de l’amour mais aussi sur la lucidité des femmes.

Autopsie pastorale de Frasse Mikardsson (Editions de l’Aube) représente aussi pour moi une belle découverte puisque c’est un premier roman. L’originalité est au rendez-vous une nouvelle fois, les enquêteurs étant par des médecins anatomopathologistes. L’auteur nous fait part de sa passion pour son métier et aussi pour le mode de vie des Suédois.

Manaus de Dominique Forma (Manufacture de livres) nous propose un voyage en Amérique du Sud, dans les années 60. Ce court roman nous montre la mission d’un barbouze et le style efficace emporte l’adhésion.

Pour finir, deux auteurs viennent compléter cette liste de chroniques, deux auteurs que je lis systématiquement et que j’adore. Nous sommes bien pires que ça de Guillaume Audru (Editions du Caïman) nous parle des bagnes au sortir de la première guerre mondiale, en plein désert algérien où tout est permis puisque rien ne fuite vers la métropole ; une nouvelle réussite de Guillaume Audru.

Sous ce titre alléchant, Dehors les chiens de Michael Mention (10/18) est le dernier roman de cet auteur surprenant. A chaque roman, le contexte change, le genre change, le message change mais le style reste toujours aussi personnel. Cette plongée dans le western comporte des scènes visuelles incroyables, et cette lecture nous amène un plaisir jouissif, bien que ce ne soit pas ma tasse de thé. Michael Mention a dû beaucoup s’amuser à créer cette intrigue et le plaisir se ressent et est largement partagé.

Le titre du chouchou du mois revient à La soustraction des possibles de Joseph Incardona (Finitude) par son sujet (la finance des années 80 et les évasions fiscales vers la Suisse), par ses personnages mais aussi par son style et sa construction, tout à tour provocant, innovant, choquant, tendre, éblouissant.

J’espère que ces avis vous auront été utiles dans le choix de vos lectures. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, protégez-vous, protégez les autres et n’oubliez pas le principal, lisez !

Le chouchou du mois de janvier 2021

C’est reparti pour une nouvelle année de polars ! je ne sais pas si toute l’année va continuer sur cette lancée, mais quand je regarde les avis que j’ai publiés, j’ai noté la présence de beaucoup de romans français et beaucoup de premiers romans.

Cette année, la rubrique Oldies sera consacrée aux 15 années d’existence des éditions Gallmeister. Nous avons commencé par L‘insigne rouge du courage de Stephen Crane (Gallmeister), un classique du 19ème siècle de la littérature américaine qui nous plonge dans la guerre de Sécession. Le style flamboyant nous emporte par son évocation du front, faisant appel à tous nos sens.

Autre roman américain, Ohio de Stephen Markley (Albin Michel) fut très remarqué l’année dernière et je dois dire qu’il m’a impressionné par l’image qu’il donne de la société. L’auteur nous montre, de façon subtile, que toute personne non politiquement correcte se retrouve confrontée au Système institutionnel qui se charge de le laminer. Bien qu’un peu bavard, ce premier roman, roman choral qui plus est, étonne et détonne.

A part ces deux romans américains, tous les autres romans chroniqués sont français. Et signe des temps (Sign’ o’ Times), j’aurais chroniqué deux romans humoristiques, Tantum Ergo de Maurice Daccord (L’Harmattan) qui inaugure une série par une enquête originale, fort bien construite et fort drôle, et La route coupée de Guillaume Desmurs (Glénat), deuxième enquête se déroulant dans la station de ski fictive de Pierres-Fortes, meilleure à mon avis que la première. Les deux racontent une recherche d’un tueur en série, mais pas comme les thrillers américains, avec classe. Si vous cherchez à vous changer les idées, à faire des provisions de bons mots, de jeux de mots et de phrases incontournables, tournez-vous vers ces deux romans là.

En termes de premiers romans, les curieux vont être comblés avec Les Abattus de Noëlle Renaude (Rivages), un roman social d’un homme né dans une famille pauvre qui voit des morts apparaitre dans son entourage. Ce roman possède un vrai ton original et mérite qu’on se penche dessus. Avec Nos corps étrangers de Carine Joaquim (Manufacture de livres), l’auteure réalise une très belle autopsie d’un couple en crise, avec une plume simple mais bigrement expressive.

Depuis quelque temps, je me penche de plus en plus souvent sur des nouvelles. Dans Il y a un ange dans le garage de Daniel Pasquereau (Zinedi), l’auteur, au lieu de nous présenter des scènes, nous peint des pans de vie qu’une décision fait basculer. Ce recueil possède quelques pépites autant dans le polar que dans le genre fantastique.

Parmi les auteurs que je suis, par pur plaisir, Solitudes de Niko Tackian (Calmann-Lévy) est un roman qui apparait très personnel. Ecrit pendant le premier confinement, l’auteur choisit de jouer sur une opposition entre enfermement (intérieur) et grands espaces (l’action est située dans le Vercors dans des paysages neigeux grandioses). Les âmes sous les néons de Jérémie Guez (La Tengo) est paru après sept années d’absence depuis Le dernier tigre rouge. Roman noir mais aussi poésie brillante, cette histoire simple est constituée de paragraphes ne comportant qu’une phrase et nous emporte dans un monde sans pitié au détriment de la loyauté et l’amitié.

Le titre de chouchou du mois revient donc Rosine une criminelle ordinaire de Sandrine Cohen (Editions du Caïman), un premier roman que j’ai adoré. En démarrant par un fait divers horrible, l’auteure met au-devant de la scène Clélia, enquêtrice de personnalité, dont le travail consiste à comprendre les raisons et les causes de ce drame. Sandrine Cohen choisit de nous faire vivre une femme forte et sans concession, en utilisant une écriture vive et rapide, qui donne à ce roman une originalité et le rend impossible à lâcher.

J’espère que ces avis vous aideront à choisir vos lectures. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !