Archives pour la catégorie Littérature africaine

Les voleurs de sexe de Janis Otsiemi (Jigal)

Voici le petit dernier d’un auteur que je défends depuis son premier roman paru chez Jigal, La vie est un sale boulot. Si le titre peut surprendre, il peut attirer l’œil de ceux qui arpenteront les rayons des libraires. Et pour le coup, ils tomberont sur un excellent polar. Bienvenue à Libreville, Gabon !

Akebe 2 est un quartier où il ne fait pas bon trainer à la nuit tombée. Benito et Tata sont deux jeunes garçons qui attendent leur troisième compère Balard. Né d’un père Burkinabé qui est retourné au pays, Benito est un passionné de musique, surtout de rap français hard-core, tels Tunisiano, Faf Larage ou Akhenaton. Tata lui est plutôt du genre fumeur et c’est le genre de gars qu’il ne faut pas chercher car il démarre au quart de tour et est toujours vainqueur dans ses bagarres. Balard quant à lui a une réputation de puceau et il vient annoncer à ses copains qu’il vient (enfin) de se faire une nana, la petite Nathalie qui a débarqué il y a à peine six mois et que tous les garçons convoitent.

Un accident de voiture a lieu pas loin de là où zonent les garçons. Le chauffeur a raté un virage dangereux. Quand ils arrivent sur les lieux, il est trop tard pour le chauffeur. Par contre, ils voient une valise avec beaucoup d’argent et une enveloppe kraft qui renferme des photos. Arrivés chez eux, ils sont ébahis par ce que montrent les photos : De nombreux membres du gouvernement et le président lui-même sont en pleine cérémonie maçonnique.

En parallèle, le capitaine Pierre Koumba est chargé de trouver un homme qui vole les sexes des Gabonais : Simplement en les touchant, les victimes sentent que leur sexe diminue. De nombreux cas sont déjà apparus et cela s’est terminé par une course poursuite pour attraper le soi-disant coupable, puis par un passage à tabac de celui-ci. Koumba et son équipe a intérêt à aller vite pour éviter la paranoïa et l’émeute. Car on ne plaisante pas avec le sexe au Gabon.

Avec ce roman, Janis Otsiemi, dont on vante les qualités d’écrivain, de ré-inventeur de la langue française, nous a concocté son roman le plus abouti à ce jour. Du moins, c’est mon avis.

Avec ce roman, on ne va plus lire Janis Otsiemi pour ses expressions imagées qui viennent de là-bas, du Gabon qui nous parait si loin. Car même si on y trouve toujours ces verbes bien trouvés, ces proverbes amusants, tout cela se retrouve bien intégré au récit, si bien qu’on ne les voit plus. Du moins, c’est mon avis.

Avec ce roman, On va se laisser transporter par ces personnages forts, mais si bien intégrés dans le décor. On ne s’étonne plus de la corruption des policiers, on ne s’apesantit plus sur les décors. On vit là-bas, on est plongés dans cette ville. Du moins, c’est mon avis.

Avec ce roman, Janis Otsiemi nous montre, avec la subtilité que l’on ressentait déjà auparavant, toutes les contradictions de cette société, ce mélange entre modernité (musique rap, truandise, violence) et superstitions (croyances dans des marabouts capables de jeter des sorts). Du moins c’est mon avis.

Avec ce roman, Janis Otsiemi aborde les différentes nationalités qui arrivent à Libreville, entre les Burkinabé qui viennent travailler ou les Ivoiriennes qui se prostituent, sans oublier les Chinois si discrets. Il montre une société qui évolue. Du moins, c’est mon avis.

Avec ce roman, Janis Otsiemi a écrit son meilleur roman à ce jour. Du moins, c’est mon avis. Et il a écrit un roman important sur une société en mutation, avec la verve qu’on lui connait, avec une langue si simple et si belle.

Avec ce roman, Janis Otsiemi a écrit un livre important.

Ne ratez pas l’avis de Claude ici même

La traque de la musaraigne de Florent Couao-Zotti (Jigal)

Les éditions Jigal, après avoir trouvé Janis Otsiemi, nous ont dégotté un autre auteur africain. Et je peux vous dire qu’il n’y a pas à hésiter, La traque de la musaraigne, c’est du bon, du tout bon, du très bon. Il nous propose de suivre l’itinéraire de deux personnages : Stephane Néguirec et Jesus Light à Porto Novo au Benin.

Stéphane Néguirec est Breton qui a émigré en Afrique sans réel but dans la vie. Il erre de bar en bar, profitant de la compagnie des prostituées. Dans l’un d’eux, il sort avec l’une d’elles quand il se fait agresser dans la rue. Une autre jeune femme lui propose de l’aider, lui offrant même de le guider et de le payer pour rester avec lui. De fait, elle sort une liasse de billets dans une peluche. Son attitude parait bien étrange, jusqu’à ce qu’elle lui propose un mariage blanc en l’échange d’argent. Mais leur aventure est loin d’être terminée.

Jesus Light s’appelle en réalité Ansah Ossey. Il est plutôt un petit bandit ghanéen à la petite semaine, sauf qu’il vient de faire un gros braquage et qu’il est le seul survivant de cette affaire. Et comble de malchance, sa petite amie Pamela est partie avec ce qui reste du butin. Il part donc à sa recherche et rejoint le Benin. A peine arrivé, un commissaire de police lui prend ce qui lui reste d’argent pour éviter une arrestation. La course poursuite commence.

Florent Couao-Zotti nous concocte là un super polar, très maitrisé, avec de superbes personnages, et surtout une ambiance poussiéreuse à souhait. Il nous montre, à travers les pérégrinations de ces deux personnages, la vie des pauvres gens, au gré des différentes rencontres, qui sont parsemées d’humour au second degré. Ces deux personnages vont donc avoir chacun à leur tour à un chapitre, principe classique mais redoutablement efficace quand il s’agit de décrire deux trajectoires qui sont destinées à se croiser.

Car c’est bien dans le dernier chapitre que tout va se dénouer, la rencontre tant attendue va avoir lieu dans le dernier chapitre et je peux vous dire que cela vaut largement le détour. L’ensemble du roman est maitrisé, de bout en bout, et je dois dire qu’en ce qui concerne le style, on ne fait pas mieux que les auteurs africains. Leur façon d’utiliser des expressions du cru, ajoutée à des mots, verbes ou phrases imagées sont redoutablement efficaces et surtout un formidable plaisir de lecture.

Contrairement à son collègue Janis Otsiemi, Florent Couao-Zotti ne va pas faire l’autopsie de sa société ou de son pays. Il utilise ses personnages pour nous montrer leur vie, pour nous immerger dans un nouveau contexte sans pour autant pointer ouvertement certains travers. Par contre, l’intrigue est parfaitement construite, et ce roman se savoure comme un repas beninois de luxe, tant le plaisir est au rendez vous. Et puis, en terme de style imagé, on fait difficilement mieux que les auteurs africains, tant ils semblent être les nouveaux créateurs de la langue française.

Mélanges de sangs de Roger Smith (Calmann Levy – Livre de poche)

Ça y est ! je l’ai lu ce roman de Roger Smith, que mes amis Richard et Jean me pressaient tant de lire, avec une telle insistance que ça ressemblait à du harcèlement. Ils avaient raison, c’est un premier roman exceptionnel, qui présente l’Afrique du Sud sous un jour où on a peu tendance à la montrer. Car dans ce roman, tout est question de personnages. On y trouve Burn, Benny, Barnard … et l’Afrique du Sud.

Jack Burn est un ancien Marines qui a participé à l’opération Tempête du Désert en Irak. Revenu au pays, il a retrouvé sa femme Susan et leur petit garçon Matt. Jack a eu du mal à se familiariser avec son pays, et a participé à un braquage au cours duquel un policier est tué. En fuite, Jack et sa famille s’installent en Afrique du Sud, dans une maison sécurisée. Ce soir là, en plein diner, deux malfrats du gang des Americans font irruption dans la maison familiale. Burn, pour protéger sa famille, va tuer les deux hommes, les découper et se débarrasser des corps dans une décharge publique.

En face de leur maison, Benny Mongrel est un gardien qui fait sa tournée avec sa chienne Bessie. Il a vu les deux malfrats entrer dans la maison de Burn mais ne les a jamais vus ressortir. Pour autant, il décide de ne rien dire à Barnard, un gros flic corrompu, qui incarne à lui seul tout ce qu’on peut détester dans un personnage. Sans pitié, profitant des trafics de drogue aussi bien que de la prostitution, il est à la recherche de ces deux malfrats qui lui doivent de l’argent. Quand, il sonne chez Burn, pour un interrogatoire de routine, pour savoir s’il a vu les jeunes qui conduisaient la BMW rouge, il sent que Burn lui ment.

Ce roman est construit comme un ballet, où les danseurs valsent entre eux, passant de main en main jusqu’à ce qu’ils finissent dans les bras de la mort. La construction est très bien maitrisée, et comme on parle là d’un premier roman, je peux donc vous dire que ce roman est exceptionnel. Mais la narration repose avant tout sur ses personnages.

Les personnages sont tous incroyablement vivants,horribles, et les scènes sont toutes criantes de vérité, toutes marquantes; l’auteur maitrise les temps calmes et les temps forts. Et en parlant de temps forts, il y en a à foison dans ce roman, des scènes d’une visibilité incroyable, d’une violence couleur rouge sang qui vous marqueront longtemps.

Car ce roman est violent, très violent, et ce que veut nous montrer l’auteur, c’est l’Afrique du Sud, celle des ghettos, des endroits où à chaque minute, à chaque seconde, on lutte pour sa vie. Chacun a perdu la moindre once d’humanité, la vie est devenue une jungle où la question est : Qui tuera le premier ? Et c’est d’autant plus marquant que Roger Smith nous décrit cela comme s’il n’y avait rien d’extraordinaire, comme s’il était parfaitement normal de tirer à bout portant dans la tête d’un enfant qui ne vous a rien fait.

Je me suis posé la question du titre, qui me fait penser à plusieurs choses. C’est un roman post apartheid, mais qui ne prend pas partie, qui veut montrer comme un reportage ce que l’on trouve dans des endroits délabrés que l’on ne veut pas voir. Et j’aurais aimé que Roger Smith, qui a un incroyablement talent pour créer des personnages, pour mitonner une intrigue sinueuse ou pour peindre des scènes écarlates s’engage un peu plus. De même, il m’a manqué quelques descriptions des quartiers pour m’y sentir emporté, imprégné.

Malgré ces deux réserves, c’est un premier roman incroyable, d’une richesse rare qui me fait dire que les Américains ne peuvent pas réussir à l’adapter. Malgré cela, sur la quatrième de couverture, il est indiqué que Samuel Jackson jouera dans le rôle du flic zoulou à la poursuite de Barnard. Alors, je préfère vous donner un conseil : lisez ce livre avant de voir le film qui risque d’être raté, au contraire de ce roman maitrisé de bout en bout. Epoustouflant !

Allez lire l’interview du concierge masqué ainsi que l’avis de mon ami Jean le Belge.

African Tabloid de Janis Otsiemi (Jigal)

Janis Otsiemi est un auteur que j’adore pour ses intrigues polardesques, pour la description vue de l’intérieur du Gabon et surtout de son style, parfait mélange de phrases efficaces et d’expression du cru imagées. Une nouvelle fois, Janis Otsiemi m’a enchanté.

Nous allons suivre deux groupes d’enquêteurs dans ce roman, Koumba et Owoula de la Police Judiciaire d’un coté ; et Boukinda et Envame de la gendarmerie de l’autre. Koumba et Owoula sont très occupés depuis qu’ils sont à la recherche d’un homme qui a écrasé une femme et son enfant. Mais ce n’est pas la seule affaire dont ils ont la charge. Des jeunes filles sont retrouvées assassinées, et il semblerait que cela soit du au fait qu’elles apparaissent sur des vidéos pédophiles sur internet.

Baoukida et Envame ont affaire quant à eux à une affaire plus chaude. Un corps est retrouvé près de la résidence du président, executé d’une balle dans la tête et les deux doigts d’une main coupée. Cela ressemble à un meurtre de la pègre locale, mais cela devient étrange quand on connait l’identité du mort : le célèbre journaliste Roger Missang. Entre l’indignation de la presse et le risque de voir le président mouillé dans une affaire alors qu’il est très agé et proche de la fin, la pression est grande sur nos gendarmes.

Le titre est évidemment un hommage à James Ellroy, plus qu’à Jean Hugues Oppel, pour mieux montrer l’influence de la politique sur la vie de tous les jours des policiers. Car c’est évidemment eux qui sont au centre de l’intrigue, ou plutôt des intrigues. Comme pour ses précédents romans, Janis Otsiemi nous fait découvrir un autre pan de son pays, avec son langage si beau, parsemé de mots du cru ou d’expressions explicites comme par exemple : « Quand le tambour change de rythme, le danseur change de pied. »

Je suis étonné de la facilité avec laquelle cet auteur arrive à installer des personnages sans en rajouter plus que ça, d’une efficacité qui force le respect. Evidemment, les policiers ne sont pas très clairs, pas tout blancs. Chaque infraction qu’ils voient leur permet de négocier auprès du fautif du liquide pour éviter une amende ou un procès. Mais quand cela touche le pouvoir en place, c’est un peu plus difficile.

Ce roman lève un nouveau voile de la société gabonaise, à savoir les hommes blancs venant utiliser les jeunes filles mineures pour faire des vidéos pédophiles jetées sur internet. Cela permet aussi à l’auteur de montrer l’impunité dont font preuve les blancs par rapport aux Gabonais. Par moments, sans en avoir l’air, Janis Otsiemi jette quelques remarques bien acerbes qui sont fort bien senties.

On s’aperçoit aussi que les policiers, aussi doués soient ils pour faire des déductions et trouver les coupables en sont réduits à suivre les indices donnés par leurs indics, devant le manque de moyens qu’ils ont à leur disposition pour résoudre les meurtres. On y voit aussi les rivalités entre services, ce qui semble exister dans tous les pays. Bref, vous l’aurez compris, si vous ètes fan de Janis Otsiemi, vous allez adorer. Si vous ne le connaissez pas, ce roman est une bonne occasion de lire un auteur africain témoin de son pays, porte parole des pauvres gens. J’adore !

Ne ratez pas son message sur livresque du noir : Janis Otsiemi écrit sans trame par avance, il se laisse porter par ses personnages. Alors, moi je dis : formidable et chapeau bas !

Ne ratez pas également les avis des amis Claude, Oncle Paul et Yvan.

Utopia de Ahmed Khaled Towfik (Ombres noires)

Le polar n’a pas de frontières, et l’excellent polar est à trouver autour du monde. Cette fois-ci, c’est en Egypte que je pose mes yeux, pour un roman d’anticipation bien noir, et je ne peux que vous conseiller cette lecture.

2023, Le Caire, Egypte. Les riches se sont regroupés dans un quartier isolé qui s’appelle Utopia. Aux alentours, les pauvres, qu’on appelle les Autres, se sont regroupés dans des bidonvilles et tentent par tous les moyens de survivre, surtout depuis qu’on leur a coupé tout moyen de communication, de circulation, d’accès à l’eau ou aux médicaments. Utopia est une ville fortifiée protégée par des mercenaires, pour la plupart des Marines américains, et sont totalement indépendants du pays depuis que le gouvernement égyptien a disparu.

Le jeune fils d’un directeur d’une entreprise de médicaments mène une vie de débauche. Il faut dire qu’il n’y a pas grand-chose à faire, entre manger énormément jusqu’à vomir dans le couloir, ou passer son temps à se droguer avec la nouvelle drogue, la phlogistine. Le seul intérêt de tous ces jeunes est de faire une descente chez les Autres et d’en tuer un, puis de ramener un trophée, par exemple un bras coupé, que l’on fait empailler. C’est justement ce qu’il envisage de faire en emmenant avec lui une amie, Germinal. Sauf que de jeunes nantis ne peuvent faire illusion au milieu d’un monde de désolation. Heureusement, un homme de trente ans, Gaber, décide de les sauver, pour quelque temps …

J’ai la chance, en tenant ce blog, de pouvoir faire des découvertes et d’assouvir mon esprit curieux. C’est pour cela que j’adore lire les premiers romans. C’est aussi pour cela que j’essaie des romans venant d’horizons très variés. Ce roman nous arrive d’Egypte et c’est une bombe. Bien que je ne sois pas adepte de romans d’anticipation, je dois dire que celui-ci est un pur roman noir dans la tradition de ce qui se fait de mieux dans le monde du polar.

Il faut croire que l’éclatement de la société et la séparation inéluctable entre les riches et les pauvres, la création de castes, de deux mondes séparés avec ce que cela implique en terme de destruction de société. J’avais adoré Serenitas de Philippe Nicholson, j’avais beaucoup aimé Le jour du fléau de Karim Madani. Ici, c’est un vrai roman noir avec deux mondes qui vont se télescoper dans une intrigue … horrible.

Ahmed Khaled Towfik a décidé de ne pas assommer le lecteur de descriptions inutiles, optant pour une efficacité maximale, à base de petites phrases et de nombreuses péripéties. Le ton est dur, froid, il n’y a pas à s’identifier à l’un ou l’autre, ni à aimer ou détester quiconque … jusqu’à la fin. C’est une vraie grande découverte et je souhaite que de nombreuses personnes lisent ce livre, pour la logique de l’histoire future de notre monde, et pour réfléchir. C’est un roman que l’on pourrait situer n’importe où, et intemporel ! Je viens de découvrir un grand auteur de roman noir et pour vous décider, je vous livre le texte qui ouvre le roman :

« L’Utopia évoquée ici est un lieu imaginaire, comme le sont les personnages qui y vivent à l’intérieur et à l’extérieur, même si l’auteur est convaincu qu’elle existera bientôt. Toute ressemblance avec des lieux et des individus de la réalité actuelle est purement fortuite. »

De toute évidence, l’auteur a resserré sa plume pour faire un roman coup de poing, qui ne se pose pas de questions et qui flingue à tout va. L’imagination est laissée entre les mains du lecteur, qui ajoutera les couleurs grises qui manquent à sa peinture. De toute évidence, l’auteur a écrit avec ses tripes, avec sa rage, et cela se sent et c’est bigrement bon.

Les soldats de l’aube de Deon Meyer (Points seuil et Points2)

Il était temps que je lise un roman de Deon Meyer. L’occasion était trop bonne de commencer par Les soldats de l’aube lors de sa ressortie en poche dans la collection Points2. Et c’est génial !

Johannesburg, 2001. Zatopeck Van Heerden, dit «  Zet », est un ancien policier qui essaie de surmonter sa dépression. Son collègue Kemp vient le sortir de prison pour lui proposer une affaire qui devrait le remettre en selle. Il lui demande d’enquêter en tant que détective privé pour le compte d’un cabinet d’avocats.

Il rencontre donc Hope Beneke, qui lui présente l’affaire en question. Johannes Jacobus Smit a été torturé à la lampe à souder avant d’être assassiné d’une balle de M16 dans le tête. Ses agresseurs ont vraisemblablement cherché à avoir le code de son coffre fort, lequel contenait le testament que sa maîtresse Wilma veut retrouver. Si Wilma ne met pas la main sur le testament, elle n’héritera de rien, alors qu’elle a vécu avec lui plus de dix ans.

Le meurtre ayant eu lieu dix mois auparavant, Van Heerden a sept jours pour retrouver le testament. Rapidement, il se penche sur le passé de Smit, et s’aperçoit que celui-ci vit sous une fausse identité. Qui était réellement Smit ? Pourquoi s’est-il caché sous une fausse identité ? Quel était donc le passé de ce paisible et reconnu antiquaire ?

Quel pied ! C’est la remarque que je me suis faite à chaque page lue, jusqu’à ce que j’aie refermé le livre. Car tout frise la perfection : l’intrigue est menée impeccablement, le personnage de Van Heerden est passionnant à suivre, les autres personnages sont consistants, et toutes les scènes sont un régal à lire, qu’elles soient des scènes intimistes ou d’action. C’est un livre assez conséquent en nombre de pages, que j’ai avalé en trois jours, tant le style est fluide et évident. Du vrai régal je vous dis.

J’ajouterai un petit mot sur la construction, assez particulière. L’enquête est entrecoupée de passages à la première personne du singulier, racontant la vie et le parcours de Van Heerden. Ces passages, parfois un peu long, montrent une psychologie du personnage complexe, d’un homme éduqué par sa mère seule, ayant perdu son père tôt. Van Heerden est un gentil, élevé dans le respect des autres et des lois. C’est un homme qui va toute sa vie être confronté au dilemme entre le bien et le mal, entre son éducation et la réalité de la vie. Passionnant à lire et extrêmement bien fait.

Ce roman est aussi l’occasion de montrer un monde en mutation, un pays en évolution. L’Afrique du Sud est une jeune démocratie, avec son héritage, ses blessures et ses cicatrices. Loin de nous faire une démonstration magistrale comme le ferait un professeur, Deon Meyer nous assène quelques vérités au travers des différents personnages par quelques petites touches subtiles. Cela fait de ce livre une pierre à l’édifice de l’histoire sud-africaine.

Vous l’aurez compris, c’est un livre à lire, à ne pas rater, à dévorer urgemment. Un dernier petit mot sur le format Points2, que j’avais testé précédemment lors de la lecture de Mémoire assassine de Thomas H.Cook. Ce format m’a permis de le loger dans une poche de veste. Comme j’avais du temps à perdre, et que je n’avais pas prévu de lecture, j’ai ressorti ce livre aux dimensions minuscules. Grand bien m’en a pris. Du coup, j’ai pris l’habitude de toujours me balader avec un de ces formats en poche. Une bonne idée que ce format Tom Pouce !

Le sang d’un autre de Amanda Coetzee (Toucan noir)

C’est la quatrième de couverture qui m’a décidé, avec ce personnage de flic, obligé de retourner là où il a été élevé. C’était aussi l’occasion d’ajouter un nouvel auteur à la liste qui s’allonge.

1985. Une jeune mère donne un billet de manège à son fils. Alors qu’il monte sur un cheval de bois, elle l’abandonne.

2001. Timmy est un jeune garçon qui aimerait bien continuer à jouer mais il n’a plus d’argent. Il s’approche d’un homme étrange pour faire la manche et celui-ci lui propose de vendre des cassettes spéciales. Elles sont dans le coffre de la voiture. Timmy va donc les chercher, et l’homme le bascule dans le coffre. Timmy se retrouve emprisonné dans un garage. L’homme va lui apporter à manger, lui donner des habits. Trois jours plus tard, l’homme massacre Timmy à coups de marteaux.

2009. Un jeune garçon de la communauté des Gens du Voyage a disparu. Ils parlent une langue différente, le shelta, dialecte traditionnel des Pavee ; ils n’ont pas confiance dans les autres, se méfient des flics ; seul le clan est fort. La police va chercher et trouver un flic qui peut les aider : il s’appelle Harry O’Connor, et est à la tête d’un groupe d’intervention anti-drogue au New Scotland Yard. Et cette enquête va le toucher bien plus qu’il ne l’aurait voulu, puisqu’il va être obligé de retourner dans le camp où il a été élevé.

Pour un premier roman, l’intrigue de ce roman est plutôt bien menée, et pourtant, je ne peux m’empêcher après avoir refermé la dernière page, de ressentir de la déception. C’est la faute à la quatrième de couverture probablement, qui m’avait si bien vendu le livre. Du coup j’ai l’impression d’avoir lu un roman qui n’a pas grand-chose à voir avec ce que j’espérais ou du moins, qui n’a fait qu’effleurer les sujets que j’attendais.

L’intrigue, donc, est bigrement bien faite, bien construite, et le suspense bien tenu jusqu’aux cinquante dernières pages. On passe d’un personnage à l’autre, ça va vite, avec un style concis dans un souci d’efficacité et je dois dire que c’est un livre que j’ai lu rapidement et sans jamais m’ennuyer. Le rythme de l’enquête est rapide car cela doit se dérouler sur trois jours, et, tout le temps, on ressent l’urgence de la situation. Ça, c’est pour le point positif.

Et voici ce que j’attendais : Un personnage écorché vif tiraillé entre le passé et le présent et la confrontation entre deux mondes, le monde sédentaire et celui des gens du voyage, avec leurs us et coutumes. Le personnage de Harry n’étant pas au centre de l’intrigue, ou pas complètement, sa description m’a semblé brossée, juste esquissée d’autant plus que la scène où il est introduit m’a semblé maladroite car trop centrée sur les événements (Harry est infiltré dans un gang de trafiquants de drogues et participe à leur arrestation). Et avec un personnage si prometteur, j’ai regretté que le roman ne soit pas narré par Harry lui-même, à la première personne.

Enfin, du monde du voyage, nous n’en saurons pas beaucoup plus. Ils parlent une langue étrange, ne se fient à personne d’autre qu’eux-mêmes, ont une chef de clan voyante prédiseuse de l’avenir. Je n’y ai rien trouvé sur les coutumes, leur vie, ni sur ce qu’ils pensent de notre société ou comment ils vivent. Là aussi, je suis resté sur ma faim, attendant bien plus du sujet promis.

C’est alors que je e appelle que c’est un premier roman, que ce roman plein de promesses par son intrigue et par le choix de son sujet n’est resté qu’au stade des promesses et que cette auteure est capable d’écrire quelque chose de bien mieux. Ou peut-être étais-je de mauvaise humeur quand je l’ai lu ? Ou peut-être fut-ce une rencontre ratée, de celles où on se dit que ce n’est que partie remise ? Alors, voici deux avis qui sont en opposition avec le mien, comme pour me rappeler que c’est un livre que je n’ai pas su apprécier :

http://www.lectures-plumeblanche.com/article-le-sang-d-un-autre-amanda-coetzee-ed-du-toucan-101497627.html

http://www.unwalkers.com/full-aux-as-au-edition-du-toucan/