Archives pour la catégorie Littérature allemande

Le diable de la Tamise d’Annelie Wendeberg

Editeur : Presses de la cité (Grand Format), 10/18 (Format poche)

Traducteur : Mélanie Blanc-Jouveaux

Cela fait bien longtemps que je n’avais pas lu d’enquêtes de Sherlock Holmes, à part le recueil de nouvelles humoristiques publié par les éditions Baker Street. J’ai voulu tester une nouvelle auteure mettant en scène le génial détective, dont c’est le premier roman. Ce roman est tout simplement impressionnant pour beaucoup de raisons que ja vais vous exposer un peu plus loin.

Eté 1889. Une infirmière remet un télégramme au Docteur Anton Kronberg, spécialiste de bactériologie à Londres. « Votre présence est Requise. Possible cas de cholera à l’usine de traitement des eaux de Hampton. Venez sur-le-champ. Inspecteur Gibson, Scotland Yard. Quand le docteur Kronberg arrive sur les lieux, il apprend que les pompes fonctionnent en circuit ouvert. Londres est donc protégée. Le corps qui flottait dans le canal a été déplacé. Anton demande à désinfecter elle même tous ceux qui ont touché le corps.

L’inspecteur l’informe qu’un corps peut difficilement escalader une clôture. Il s’agit donc d’un meurtre et on a balancé le corps dans la canal. Anton remarque un homme de grande taille, bien mis, qui file tout de suite vers les bords de la Tamise. L’inspecteur lui présente alors Sherlock Holmes, qui va aider la police sur cette affaire. Holmes annonce que le corps a été jeté en amont à environ 12 lieues, et il en fait la démonstration. Le corps a été habillé par quelqu’un d’autre que lui-même puisqu’il est droitier. Des traces de liens montrent qu’il a été ligoté. Enfin, une plume de loriot femelle s’est logée dans sa boutonnière.

Puis, une fois seuls, Anton pose la question à Holmes : A-t-il l’intention de le dénoncer, d’annoncer aux autorités qu’Anton Kronberg est en fait une femme, et qu’elle se déguise en femme pour mener à bien sa mission : sauver des gens en tant que docteur ?

Pour un premier roman, c’est impressionnant. Pour un roman de Sherlock Holmes, c’est impressionnant aussi. Evidemment, on peut louer la qualité de l’intrigue, la tortuosité de l’intrigue et la fin du roman qui est géniale. Car nous parlons ici de recherche médicale et de la façon dont on trouvait des cobayes au XIXème siècle. Sur tous ces points, Annelie Wendeberg remporte la manche haut la main.

J’ai aussi été époustouflé par l’ambiance que l’auteure arrive à créer, des rues crasseuses de Londres, aux salles d’attente de l’hopital où des miséreux atteints des pires maladies attendent leur fin, faute de médicament. Mais il faut louer aussi les sons, les odeurs et le calme de la campagne environnante, les salles stressantes de l’asile, les salons cossus où les dirigeants vivent bien mieux que le peuple. Sur ce point aussi, Annelie Wendeberg remporte la palme.

Quant aux personnages, ce n’est pas une palme qu’il faut décerner mais carrément un grand prix. Tous sont formidables, Anton, ou devrais-je dire Anna, Sherlock Holmes et même tous les personnages secondaires. Sherlock apparait comme un personnage distant vis-à-vis des autres, qui s’allie avec Anna parce qu’elle est différente. Evidemment, c’est un esprit logique remarquable et ce roman est un bel hommage à sa capacité de déduction, mais aussi avec sa volonté quitte à prendre des risques pour sa vie.

Anna enfin, est à la fois la narratrice et le personnage central de ce roman. A travers elle, on a droit à une vraie description de la condition des femmes en ce temps là, Anna étant obligée de se cacher pour assouvir sa passion pour la médecine, alors qu’elle est plus compétente que beaucoup d’hommes. Rien que pour ce formidable personnage, vous vous devez de lire ce roman.

Ne ratez pas les avis de la Belette et de Claude Le Nocher.

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Greenland de Heinrich Steinfest

Editeur : Carnets Nord

Traducteur : Corinna Gepner

Quand on lit un roman de Heinrich Steinfest, il faut s’attendre à entrer dans un monde parallèle, à lire un roman décalé, à regarder le monde autrement, pour mieux y voir ses défauts et travers. Greenland nous propose un conte, comme une invitation à retrouver notre âme d’enfant … mais pas seulement … comme d’habitude.

Quatrième de couverture :

« Comment s’appelle ce lac ?

– Tu ne le sais pas ?!

– Je n’ai pas dit que j’étais d’ici.

– Et d’où viens-tu ?

– Vous ne le croiriez pas.

– Probable. »

Telle fut la surprenante réponse du chauffeur. Il m’expliqua alors que ce lac portait le nom de Mohsee. Mais que les gens l’appelaient aussi La Mer des petits péchés.

« Et pourquoi ?

– Eh bien, parce que pour les grands péchés il existe déjà une mer. Une vraie. L’océan là-bas. Tu devrais le savoir. »

Tout a changé pour Theo la nuit où est apparu devant la fenêtre de sa chambre d’enfant un store vert. À sa surface, un paysage sous-marin et des hommes aux jumelles qui semblent l’épier. Passé le premier effroi, il ne peut résister à l’envie d’aller observer l’étrange objet de plus près. Et se retrouve happé dans le monde de Greenland.

Mon avis :

Theo est un enfant des années 2000. Heureux dans une famille de 3 enfants mais solitaire, il s’est habitué à ne pas avoir de rideau sur la fenêtre de sa chambre. Son monde va basculer le jour où on lui installe un store de couleur verte. En regardant de plus près, il s’aperçoit qu’il y a un monde vert derrière le store. Il y voit une jeune fille, attachée à une grosse corde. Une nuit, il décide de plonger dans ce monde vert pour la sauver. Il se trouve un compagnon, en la personne de Lucian, un grand couteau et va réussir à couper la corde. Mais l’aventure ne fait que commencer …

Effectivement, ce roman n’est pas comme les autres. Heinrich Steinfest écrivant des romans faisant appel à l’imaginaire, il était logique qu’il nous offre un conte. Et quelle merveille que ce roman ! L’auteur pousse même le vice jusqu’à écrire les passages avec de l’encre verte quand le lecteur aborde des passages dans Greenland. C’est amusant, et c’est surtout pas commun.

Dans la première partie, Théo März va donc tout faire pour sauver la jeune fille. Il croit qu’elle s’appelle Hélène, mais il s’avèrera qu’elle s’appelle Anna, Hélène étant le nom de son chien ! De cette première partie, l’auteur fait appel à notre âme d’enfant, aux mondes imaginaires que l’on se créé au fond de notre lit, tout en gardant les pieds sur Terre quand il décrit le monde des adultes et leurs travers.

Dans la deuxième partie, nous sommes en 2046. Théo a 46 ans et est deux fois divorcé. Il est devenu divorcé et est en voyage vers Mars. Ceci dit, avec un nom pareil, il ne pouvait pas faire un autre métier. Il apprend, là haut, que Anna a disparu. C’est alors qu’il décide de retourner à Greenland pour la trouver. Et c’est une nouvelle aventure qui démarre. Et Heinrich Steinfest en profite pour nous montrer l’évolution du monde vers plus de machines et plus d’ordinateurs, plaçant l’homme au deuxième plan.

Et c’est l’occasion pour l’auteur de défendre la puissance de l’imagination, l’importance de l’humanité à travers ce conte qui, personnellement m’a fait fondre. Outre sa forme originale, c’est une ode à l’Homme et à cette capacité à créer des choses plus grandes que lui. Si c’est une lecture qui me change de mes habitudes, ce voyage vers un autre monde m’a définitivement conquis. Un livre culte.

Quartier rouge de Simone Buchholz (Piranha)

Après avoir tourné la dernière page de ce roman, je peux d’ors et déjà vous dire que je vais être un fan de ce nouveau personnage récurrent Chastity Riley. Car Simone Buchholz nous offre comme sur un plateau un sacré bout de bonne femme, le genre de personne pour qui on ne peut que craquer.

Finalement, l’intrigue peut être résumée en quelques mots. Le personnage principal se nomme Chastity Riley et elle est procureure. Elle habite Hambourg et apprécie le quartier rouge, situé à coté du port. Elle y trouve une ambiance malsaine qui lui va bien et connait une bonne partie des prostituées qui y travaillent. Un matin, on découvre le corps d’une prostituée. Elle a été scalpée et on a posé sur sa tête une perruque colorée. L’autopsie démontre qu’elle a été endormie avant d’être tuée puis scalpée et qu’elle n’a pas eu de relations sexuelles.

Si je résume si rapidement l’intrigue, c’est bien parce que l’intérêt n’est pas là, du moins c’est mon avis. Car ce personnage de Chastity Riley, on ne risque pas de l’oublier … et on aimerait même la rencontrer. Simone Buchholz construit donc un personnage à la fois fort, mais aussi fragile par bien des aspects, et cela fonctionne parce que c’est fait sans esbrouffe, simplement, et que l’on y croit. En un mot, j’adore cette femme, et psychologiquement, il n’y a aucune erreur et on y croit. A fond !

Chastity Riley est la fille d’une Allemande et d’un Américain. C’est une trentenaire. Sa mère est partie aux USA, son père s’est suicidé à sa majorité. C’est donc une jeune femme sans racines ni repères qui s’est épris de cette ville de Hambourg. La présence de la mer apaise, le quartier du port vivant la nuit, tout est réuni pour un personnage qui cherche un sens à sa vie mais aussi qui se cherche et qui cherche à se perdre.

Du coté des amis, Chastity sort très souvent avec Carla qui est aussi différente d’elle que l’on puisse l’imaginer. Elles écument les bars quand Carla cherche à oublier son petit ami qui ne veut pas s’engager dans une relation digne de ce nom. Elles ne ratent pas un match de football pour toutes les émotions que cela procure. Mais surtout, ce sont des véritables fanas de cette équipe de Sankt Pauli qui évolue dans une division secondaire de football. Et on sent réellement la passion animer Chastity pendant ces matches.

Chastity est célibataire et fière de l’être … quoique … son voisin Klatsche qui n’a pas la vingtaine la fait craquer. Ils ont connu des nuits ensemble, mais elle refuse de se laisser aller, quand ses démons lui rappellent leur différence d’age. Pour autant, le passé de Klatsche n’est pas étranger au charme qu’elle lui trouve. Il a ce coté mauvais garçon qui représente une tentation de se laisser aller au coté obscur. Alors elle hésite, succombe, revient en arrière … et l’enquête va aider Chastity à se rapprocher de Klatsche ou du moins à lui donner de bonnes excuses …

Il y a aussi le commissaire Faller, qui est à ses ordres pour résoudre ses affaires, et qui fait figure de père pour Chastity. Elle ne veut pas se l’avouer mais il est bien ce père qui lui manque tant. Faller est à quelques années de la retraite et il est tout le temps là pour elle, toujours bienveillant quand il s’agit de lui donner des conseils ou pour l’épauler.

Vous l’aurez compris, c’est un roman fort avec un personnage fort. Mais je devrais aussi rajouter des scènes fortes, telles le dégout qu’elle a quand elle assiste à une autopsie, ou bien les lendemains de cuite quand elle doit assurer sa fonction. Parsemé de scènes marquantes, et comme on a déjà adhéré au personnage de Chastity, on ne peut que suivre l’enquête jusqu’au bout et être secoué par cette fin si noire et à laquelle nous ne nous attendions pas. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maitre, et j’ai hate de retrouver Chastity.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude qui lui a donné un coup de cœur.

Black out de Mark Elsberg (Piranha)

Vous connaissez probablement les films catastrophe, eh bien, ce livre se classerait aisément dans la catégorie des livres catastrophe. Imaginez qu’il n’y ait plus d’électricité … en voici un scenario, tout personnel :

Je me lève … en retard. Le réveil n’a pas sonné ! Vite, je me jette sous la douche mais l’eau est froide ! Je file à la cuisine pour me faire un petit café mais tout est éteint. Je suis obligé d’y aller à tâtons. Faute de petit déjeuner, je fonce à la gare pour prendre le RER … encore des retards ? non, le trafic est interrompu pour une cause indéterminée et il n’y a aucune information sur l’absence de trains. Imaginez que cela dure quelques minutes, quelques heures, quelques jours, quelques semaines.

Cette histoire commence en Italie. Sans prévenir, les feux rouges s’arrêtent. Piero Manzano, ingénieur en informatique et hacker pendant son temps libre, qui était en voiture, se retrouve pris dans un accident de la circulation. Ce qui aurait pu s’avérer un accident comme les autres est en fait le début d’une apocalypse. Car en Italie d’abord, puis en Suède, puis dans le reste de l’Europe, tout le réseau d’électricité va s’arrêter sans prévenir.

En effet, avec les compteurs électroniques, le réseau électrique est connecté au niveau européen à Internet. Ainsi, il est possible de savoir à distance la consommation d’un foyer, mais aussi d’appliquer une mesure d’urgence en cas de problème. Imaginez que ce code de sécurité soit piraté par des terroristes. Ils pourraient arrêter à distance un quartier, une ville, un pays tout entier, voire un continent.

Une fois qu’une ville entière ne demande plus d’électricité, les centrales électriques subissant une variation de la demande brutale appliquent automatiquement un arrêt d’urgence. C’est alors à l’échelle d’un pays que la catastrophe se dessine. Et comme le réseau est connecté au niveau européen, c’est à l’échelle du continent européen que se construit le scenario de ce roman.

Alors que les Américains nous auraient sortis un héros sauveur du monde (on imagine bien Bruce Willis dans le rôle titre), et d’ailleurs Jeffery Deaver nous avait concocté un scenario identique dans lignes de feu, Mrac Elsberg choisit dans son roman le coté informatif, journalistique, réaliste pour son intrigue. Et si Piero Manzano, affublé d’une journaliste de CNN, est bien le personnage principal, on nous fait voyager aux quatre coins de l’Europe pour montrer les conséquences d’une telle catastrophe.

Alors on va voyager en Italie, en Allemagne, dans les pays nordiques, en Allemagne, en Espagne, en France, pour montrer par le détail comment les événements vont s’enchainer comme des dominos bien rangés qu’un petit doigt vient faire tomber. De la coupure d’un quartier aux arrêts des centrales, des cellules d’urgence organisées dans les gouvernements aux réunions de crise des entreprises gérant la distribution électrique, de la famine aux morts des animaux (les vaches en particulier) qui sont les premiers à souffrir, de la pénurie en nourriture aux émeutes, tout cet ensemble est détaillé jour après jour avec beaucoup de réalisme.

Je dirais que ce roman se veut un roman à suspense, que le personnage principal va être balloté de droite et de gauche, qu’il va être soupçonné … mais l’intérêt n’est pas là. En effet, c’est bien dans ce scenario catastrophe, et dans son explication pédagogique que réside l’intérêt de ce roman. L’auteur nous montre les dangers de notre dépendance à l’électricité et le danger de ce réseau si fragile et si facile à pénétrer. C’est intéressant comme un document, passionnant comme un reportage et très instructif.

Ne ratez pas les avis de l’ami Yvan ou ceux des sites Raconte moi et La prophétie des ânes.

L’été des meurtriers de Oliver Bottini (Editions de l’aube)

J’en avais parlé lors d’un billet d’information du mardi, les quatrièmes de couverture me plaisaient beaucoup. Rien que l’idée de rencontrer un nouveau personnage récurrent, féminin, c’était suffisant pour que je me penche sur cet auteur.

2003, Kirchzarten, près de Fribourg. Nous sommes en plein été et il fait chaud, très chaud. Une grange, perdue au milieu des champs, brule. Adam Baudy est le premier à s’en apercevoir et il prévient les pompiers. Plusieurs casernes déplacent leurs véhicules, surtout pour éviter que le feu se propage aux champs ou forêts avoisinants. Baudy reste aux environs, il sait quoi faire dans ces cas là, il est pompier volontaire.

Le feu est vite maitrisé. Les pompiers s’apprêtent à aller fouiller les décombres, mais ne s’attendent pas à trouver quoi que ce soit, sauf du foin carbonisé. Mais Baudy a l’impression que le sol est prêt à s’effondrer, alors qu’on lui dit qu’il n’y a pas de cave. Gubnik, un des pompiers, s’avança vers la grange d’où s’échappe encore des fumées. Quand tout d’un coup, une gigantesque explosion secoue le bâtiment détruit.

Effectivement, il y avait une cave. Et dons la cave, on trouve quelques centaines d’armes, des armes de guerre. Mais on n’y trouve pas de munitions. Ce dépôt appartient-il à des extrémistes, des groupuscules néonazi, ou bien est-ce tout simplement une cache servant à un trafic d’armes à l’international. Louise Boni va mener l’enquête.

Quand on commence un roman d’un nouvel auteur, il y a forcément une phase d’adaptation à son style. Dans le cas d’Oliver Bottini, il faut savoir qu’il ne décrit jamais les lieux où évoluent ses personnages, il centre l’essentiel de ses actions sur ses personnages. De même, les dialogues sont réduits à leur plus simple expression, avec des réparties qui semblent incomplètes. Mais c’est aussi une façon de faire participer le lecteur, comme pour montrer que quand on parle, on discute beaucoup à demi-mot. Au début, c’est franchement déroutant ; puis au fur et à mesure, on se laisse prendre au jeu.

Car les qualités de cet auteur sont cette façon qu’il a de mener son intrigue. Il part d’un fait divers tout simple, et petit à petit, il rajoute sur la base de son gâteau une couche, puis une autre, puis une autre. Il ne s’encombre pas de fausses pistes, mais préfère plutôt creuser son sujet par couches successives. Et quand on veut montrer l’ampleur du trafic d’armes dans le monde, l’hypocrisie de nos politiques, la façon dont est organisé le meurtre des gens qui sont au dehors de nos frontières, ce procédé est redoutablement efficace. Rassurez-vous, je n’ai rien dévoilé de l’intrigue ! Mais sachez que Oliver Bottini aime secouer son lecteur, lui foutre des baffes pour que le propos entre bien dans sa petite tête lobotomisée de téléspectateur, qui s’abreuve de séries ou de films ineptes.

Evidemment, l’auteur ne propose pas de solution, il dénonce, il découvre, il montre ce qui se passe tous les jours. Loin d’être fait sur un ton fataliste, l’ensemble est tout de même bien pessimiste, à l‘image de son personnage principal, Louise, qui est l’autre énorme atout de ce roman. Elle est une ancienne alcoolique et revient d’une cure de désintoxication. Si Oliver Bottini passe beaucoup de temps à nous montrer son combat contre la rechute, il nous fait surtout partager sa souffrance, sans que cela soit trivial, évident, nunuche. J’ai adoré ce personnage, j’ai adoré ces moments où elle se retrouve dans son salon à regarder sa bouteille d’alcool sur la table du salon à se dire : « Pas aujourd’hui ». Pour faire une comparaison, j’ai trouvé dans ce personnage beaucoup de Malin Fors, le personnage de Mons Kallentoft. On y trouve aussi le regard que portent les autres, ses collègues, sur le retour de l’alcoolique au sein du service. Toutes ces scènes sont remarquables.

L’été des meurtriers, c’est la deuxième enquête de Louise Boti. Si on peut lire celle-ci sans avoir lu la précédente, je pense qu’il serait bien de lire Meurtre sous le signe du zen, avant d’attaquer celle-ci. Je ne l’ai pas fait et je pense que cela permettrait de s’imprégner plus facilement du service et des noms des collègues de Louise. Et ce que vous devez retenir, c’est que ce roman est d’une noirceur et d’un réalisme impressionnant. Et qu’à la fin, on a envie de crier : Courage Louise, j’arrive !

Ne ratez pas l’avis de Garoupe sur l’été des meurtriers ainsi que sur Meurtre sous le signe du zen

La vallée des disparus de Bente Porr (Archipel)

En ce moment, le vendredi est consacré aux invités de Black Novel. Elle est venue parfois nous parler de ses lectures, avec sa passion et sa bonne humeur habituelle. C’est une lectrice folle, toujours un bouquin en main, et toujours prête à en parler. Ses goûts se protent plutôt sur les thrillers et le fantasy.

Quand j’ai reçu ce roman, où l’on parle de fantastique, j’ai tout de suite pensé à elle. C’était la bonne personne pour juger de ce roman. Et une nouvelle fois, Suzie fait merveille dans son analyse des personnages, avec toute sa sensibilité. Mais je lui laisse la parole, voici l’avis de Suzie :

Un village isolé en Provence, une panne de voiture  … et la vie d’une jeune femme et de ses deux compagnons de voyage se trouve bouleversée …

Lors d’une virée automobile vers la Côte d’Azur, Joachim Germer, sa petite amie Fee et son ami d’enfance Curt von Sedlitz vont se retrouver bloquer dans l’arrière-pays aixois, près du village de Moriac, à cause d’une panne de voiture. Dans ce petit village, tout devient problématique car comment faire confiance alors que la voiture est empruntée sans autorisation du père de Germer, que seul Curt parle le français, que le premier téléphone se trouve à deux heures de vélo. D’un tempérament bouillant et ayant l’habitude d’obtenir tout ce qu’il souhaite sans difficulté majeure, Germer s’énerve sur tous et pour tout, rabrouant son ami d’enfance, sa petite amie. La tension monte de plus en plus entre les trois protagonistes. Agacé par le comportement de son ami d’enfance, Curt apprend de la part d’un autre voyageur que la vallée, au pied du village, n’a jamais rendu ceux qui s’y sont aventurés. Au total, une douzaine de disparitions inexpliquées en deux siècles dont les dernières remontent à deux ans. N’ayant plus de nouvelles de ce voyageur, après son départ pour la mystérieuse vallée, Curt décide d’enquêter et de comprendre ce phénomène. Avec l’aide de Fee, il va se heurter à la loi du silence imposée dans le village mais également devoir surveiller ses arrières car, dans l’ombre, Germer guette le moindre de ses faux pas.

Ce titre a été édité une première fois en 2010 aux Editions France Loisir et, de nouveau, en février 2012, aux Editions l’Archipel. Ecrit sous la forme d’un journal, à la première personne, c’est la confession d’un homme sur un événement marquant de sa vie enfouie dans sa mémoire depuis plus de cinquante ans mais qui ne peut rester plus longtemps caché dans celle-ci. Un abcès qui s’est enflammé avec les années et qu’il faut crever. Un meurtre qui lui a donné accès au bonheur.

L’auteur, Bente Porr, construit une double intrigue. La première est la relation entre nos trois protagonistes, Germer, Curt et Fee et la dégradation accélérée de leurs rapports dûs au caractère lâche, cruel et veule de Germer ce qui remet en question la loyauté de Curt envers lui mais le place également en rival vis-à-vis de ce dernier. Ce que Germer accepte très, très mal. On a la constitution d’un rapport de force entre les deux amis qui va être renforcée par le changement de camp de Fee suite au comportement cruel et despotique de Germer à son encontre. De plus, Curt va comprendre que le soudain changement de comportement de Germer dans leur jeunesse n’était pas dû à l’amitié mais à un besoin bassement matériel. Sur cette première intrigue va se greffer l’histoire des disparus de la vallée et, plus précisément, celle du voyageur anglais dont Curt a fait la connaissance. Cela rajoute le piquant qui relève le conflit entre Germer, Curt et Fee, assaisonné d’un soupçon de mystère, de fantastique et de peur.

Au tout début de ma lecture, j’ai cru retrouver l’atmosphère d’un roman lu, il y a des années, «l’ami retrouvé» de Fred Uhlman mais je pense que cela est dû au contexte utilisé du début des années 30 et la confrontation de deux personnalités aussi différentes que sont celles de Curt et de Germer. Mais, j’avais beaucoup de mal à lâcher le livre. Je voulais comprendre pourquoi les villageois se taisaient sur les disparitions, ce qui s’était réellement passé dans cette vallée. On arrive rapidement à la fin, car le livre est court, sur une apothéose : le conflit entre les trois protagonistes et la légende. De plus, pour alimenter notre réflexion, l’auteur finit sur une note, vingt ans après la fin de l’histoire de Curt, sur une découverte bizarre qui fait douter sur la légende du comte de Larin. A vous de juger.

Le briseur d’âmes de Sebastian Fitzek (Archipel)

Ma femme m’avait dit : « il faut que tu lises Thérapie ». Je ne l’ai toujours pas fait ! Mais j’ai décidé de découvrir Sebastian Fitzek par son dernier roman en date, Le briseur d’âmes.

A Berlin, de nos jours. Un professeur d’université propose à six de ses élèves une expérience inédite en l’échange de 200 euros. Ils devront lire le dossier médical d’un dénommé Caspar, un jeune homme amnésique, qui a été traité dans la clinique psychiatrique de Tenfelsberg. Ce dossier est écrit comme un polar, et seuls deux étudiants acceptent de relever le défi : Patrick et Lydia. Ils devront lire la totalité du dossier sans faire une seule pause.

De nombreuses années avant la Peur, à la veille de Noël. Caspar ne se souvient de rien. Son médecin traitant, Sophia Dorn passe beaucoup de temps avec lui. Cette nuit là , la tempête de neige fait rage, une ambulance a un accident, et le conducteur Tom Schadeck ramène le malade, Jonathan Bruck, à la clinique. Ils vont se retrouver bloqués, sans aucun moyen de communication avec l’extérieur.

Au beau milieu de la nuit, Caspar trouve sa thérapeute, inconsciente, dans la chambre d’un patient. Son seul indice : un bout de papier portant une énigme est coincé dans sa main… Elle a été victime du Briseur d’âmes, ce tueur en série qui laisse ses victimes en état de léthargie. La nuit va être longue pour les résidents de la clinique, avec un tueur en liberté …

Cette  première incursion dans le monde de Sebastian Fitzek fut autant cauchemardesque qu’étouffante. Et malgré le fait que l’on devine son mode d’emploi, la façon dont il fait monter l’angoisse, je dois reconnaître que c’est redoutablement efficace. Si j’ajoute l’insistance de ma femme à lire Thérapie, nul doute que vous allez entendre parler très bientôt.

L’angoisse est constante dans ce roman, et le huis clos est parfaitement bien maîtrisé, amenant tout doucement les scènes de rebondissement pour éviter l’ennui. C’est surtout dans les non dits que Sebastian Fitzek excelle, et c’est grâce à eux qu’il fait monter une sensation d’étouffement, et d’angoisse. Il n’y a pas de description de lieux, pas de longs détails sur la psychologie des enfermés, juste quelques phrases disséminées au milieu de dialogues qui suffisent à situer les personnages.

Comme cela parait facile, et comme cela doit demander beaucoup de travail. D’autant que l’auteur nous dit bien que chaque phrase est importante pour découvrir le nom du Briseur d’âmes, et cela attise notre curiosité. Honnêtement, j’ai du m’arrêter, faire des pauses car l’atmosphère est vraiment pesante, mais j’y suis vite revenu pour terminer sur la conclusion en forme d’apothéose. Du bel ouvrage, un très bon thriller psychologique, de ceux qui sont marquants pour longtemps.