Archives pour la catégorie Littérature allemande

Rue Mexico de Simone Buchholz

Editeur : L’Atalante – Fusion

Traductrice : Claudine Layre

Il y a un certain nombre de personnages récurrents que je suivrais au bout du monde. Parce que ce personnage de Chastity Riley possède sa propre vie et nous parle de notre société, de façon rude, juste et lucide.

Une voiture a brûlé à Hambourg, à City-Nord. Rien d’étonnant à cela, cela arrive à Hambourg et n’importe où ailleurs dans le monde. Chastity Riley a été appelée ce matin, car cette fois-ci, il y a un corps dans la Fiat fermée à clé. Le jeune homme est transporté dans un état critique, après avoir inhalé des gaz toxiques pendant plus de dix minutes. Effectivement, il ne passe pas la journée.

La carte grise dénichée dans la boite à gants est au nom de Nouri Saroukhan. L’hôpital déniche les papiers de la victime qui confirme son identité, né à Brême, résidant à Eimsbüttel dans les immeubles du Grindel. Autour d’un café dégueulasse, Chastity et son collègue Ivo Stepanovic aperçoivent quelqu’un qui les épie d’un toit. Quand ils s’y rendent, il est trop tard pour l’appréhender.

Un groupe de travail est formé et les informations sur Nouri Saroukhan tombent : Il a interrompu ses études de droit et est employé par une compagnie d’assurances ; il fait partie du clan Saroukhan, qui détient tous les trafics imaginables de Brême. Les origines du clan sont à chercher dans la communauté Mahallami, une tribu ottomane apatride. Chastity et Stepanovic vont enquêter à Brême.

Quatrième enquête de Chastity Riley, quatrième pur plaisir de lecture ! Quel fantastique personnage que cette procureure qui promène son mal-être personnel et professionnel au long de ces romans courts, comme des uppercuts fatals. Derrière un style simple, se cache une salve d’émotions et un souci d’efficacité qui créé un besoin viscéral de la suivre dans ses enquêtes liées à des faits de société.

Car on ne peut que craquer pour ses mésaventures privées tant elle montre dans sa narration une honnêteté, une mise à nu, une crudité vraie. Et on ne peut que la suivre dans ses enquêtes qui montrent à chaque un problème de société sans jamais juger mais en posant clairement un problème, souvent insoluble, toujours dramatique, qui heurte la parcelle humaniste qui se rebelle en moi.

Simone Buchholz aborde le sujet de l’immigration, et le conflit de civilisation en montrant ce clan sans territoire, dédié à la protection de l’empire ottoman. Ultra violent et se basant sur la protection de la tribu, les Mahallami n’ont aucun sentiment humain autre que la survie des siens. Ils n’adoptent aucun précepte de la civilisation occidentale dite civilisée et ne croient qu’en la violence pour gérer les conflits. Je ne vous parle même pas de la façon dont sont traitées les femmes, simples monnaies d’échange pour calmer une bataille entre deux clans.

Loin de prendre position, Simone Buchholz, fort intelligemment, préfère poser les faits tels qu’ils sont, vieux de plusieurs centenaires, et nous déroule une histoire d’amour à la façon de Roméo et Juliette. Et son minimalisme stylistique fait mouche et nous tire des larmes dans la scène finale, nous faisant soupirer de façon bien fataliste. Cette quatrième enquête est à nouveau fantastique.

Je vous rappelle les enquêtes de Chastity Riley :

Quartier rouge (Piranha éditions)

Nuit Bleue (L’Atalante – Fusion)

Béton Rouge (L’Atalante – Fusion)

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Babylon Berlin 1 – Le poisson mouillé de Volker Kutscher

Editeur : Seuil (Grand format) ; Nouveau Monde – Sang Froid (Format poche)

Traducteur : Magali Girault

Les éditions Nouveau Monde inaugure leur nouvelle collection de romans en format poche par la série mettant en scène un commissaire de police allemand nommé GereonRath, adaptée en série sous le titre Babylon Berlin.

Commençons par expliquer le titre : Un poisson mouillé est une affaire criminelle non résolue, voire que l’on enterre, expression par Ernst Gennat, directeur de la police criminelle qui a vraiment existé, et qui apparait dans le livre.

Fin Avril 1929, Berlin. Avec l’appui de son père, Gereon Rath a été transféré de la police criminelle de Cologne à la Police des Mœurs de Berlin, suite à une bavure. Il fait ses premières armes avec son collègue Bruno Wolter dit Tonton et participe à une descente dans un studio réalisant des clichés pornographiques avec des sosies de personnages royaux. Un des « acteurs » arrive à s’enfuir et les deux policiers arrivent à le rejoindre dans un bâtiment en construction. Après négociation, Tonton décide d’en faire un de ses indics.

Rath loue une chambre chez Elisabeth Behnke, veuve d’un ami soldat de Tonton, et a pour voisin Berthold Weinert, journaliste. Un matin, il est réveillé par un homme saoul qui se fait appeler Boris, et qui veut parler Alexeï Kardakov, l’ancien locataire. Dans la rue, la colère monte, poussée par les communistes, en vue du premier mai approchant. Rath essaie d’éviter de se prendre des coups ou pire des balles.

Alors qu’il se rend à la morgue, quelques jours plus tard, il reconnait Boris que l’on vient de repêcher dans le canal au volant d’une voiture. Le corps présente plusieurs traces de torture et Boris était mort avant que la voiture ne sombre dans les eaux. Rath décide de ne rien dire pour mener sa propre enquête ; cette affaire lui permettra peut-être de réintégrer la police criminelle. Il remarque alors Charlène Ritter, une jolie sténodactylo qui fait des études de droit pour devenir enquêtrice.

Volker Kutscher a écrit un sacré pavé pour son premier roman, plus de 600 pages dans cette édition de Nouveau Monde. De par sa formation d’historien, il décide de créer un personnage de flic ambitieux et donc à la psychologie complexe. Ce roman comporte les défauts de ses qualités. Voulant montrer la situation de l’Allemagne avant la Grande Dépression, il nous détaille les forces en présence, en particulier les nombreux Russes divisés en trois camps, les bolcheviks, les pro-staliniens et les pro-tsaristes. Les Allemands se méfient des Russes, sans distinction ; ils les prennent tous pour des « rouges », craignent le communisme et les considèrent comme les ennemis de la République. A cela, s’ajoute la défaite non digérée de la première guerre mondiale et l’obligation de ne pas dépasser 100 000 soldats dans leur armée.

En tant qu’historien, il veut être clair dans sa présentation du pays et créé donc une intrigue fortement complexe, par volonté de nous détailler l’état de son pays. Ceci explique la taille de son roman mais aussi les méandres qu’il déroule dans son scénario. Si le roman est très instructif (enfin, cela me passionne), il n’évite pas des longueurs et des détours qui servent essentiellement à appuyer son « cours » d’histoire. Il nous présente évidemment les différents services de la police (dont la police politique !) et les milices créées par les partis politiques, dont les SA.

Dans ce contexte hostile entre les nombreux camps, Volker Kutscher nous présente un personnage qui pense avant tout à lui et à sa carrière. Même s’il va tomber amoureux, et que nous allons y croire, il n’en demeure pas moins que ce personnage parait tout d’abord sympathique avant de laisser un gout amer devant sa capacité à dérouler la pelote de laine et à fomenter des intrigues pour arriver à ses fins.

Il vous faudra du temps pour avaler ce pavé, vous accrocher un peu pour assimiler tous les personnages et toutes les forces en présence, et passer quelques passages inutilement bavard. Pour ma part, j’ai pris du plaisir à lire cette histoire, d’autant plus que Gereon Rath est un personnage récurrent, et j’aime ça. D’ailleurs, le deuxième tome, La mort muette, sort au mois de mai et je serai au rendez-vous.

Enfin, un dernier mot pour les érudits du polar : Philip Kerr avec son personnage de Bernie Gunther reste la référence dans le domaine, notamment avec sa Trilogie Berlinoise. Le poisson mouillé vient compléter une année qui n’a pas été traitée par l’auteur écossais.

Le parfum de Patrick Süskind

Editeur : Fayard (Grand Format) ; Livre de Poche (Format poche)

Traducteur : Bernard Lortholary

Attention, coup de cœur !

Les titres de la rubrique Oldies de l’année 2023 sont consacrés aux éditions du Livre de Poche pour fêter leurs 70 années d’existence.

L’ayant acheté il y a une éternité, il me fallait une occasion d’aborder ce roman annoncé comme un monument littéraire, voire un chef d’œuvre.

L’auteur :

Patrick Süskind est un écrivain et scénariste allemand. Il est né le 26 mars 1949 à Ambach à côté du lac de Starnberg (am Starnberger See), en Bavière près de Munich. Il a grandi dans le village bavarois de Holzhausen. Il étudie l’histoire (histoire médiévale et contemporaine) et la littérature à Munich et à Aix-en-Provence. Il travaille ensuite comme scénariste pour la télévision.

Il écrit une pièce de théâtre à un personnage : La Contrebasse, qui sera jouée pour la première fois à Munich en 1981. Elle sera publiée en 1984. Depuis sa création, cette pièce est régulièrement jouée en Allemagne et a également été interprétée à Paris par Jacques Villeret dans le rôle-titre.

Le Parfum est son premier roman édité en 1985 à Zurich, sous le titre Das Parfum, Die Geschichteeines Mörders, puis publié en France en 1986 aux éditions Fayard dans une traduction de Bernard Lortholary. Il vaut à son auteur un succès mondial. Il a d’ailleurs fait l’objet d’une adaptation au cinéma en 2006 : Le Parfum, histoire d’un meurtrier.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Au XVIIIème siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque.

Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille.

Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre que lui n’aurait pas survécu.

Mais Grenouille n’avait besoin que d’un minimum de nourriture et de vêtements, et son âme n’avait besoin de rien. Or ce monstre de Grenouille avait un don, ou plutôt un nez unique au monde, et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout-puissant de l’univers, car « qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes ».

C’est son histoire abominable… et drolatique, qui nous est racontée dans Le Parfum, un best-seller mondial.

Mon avis :

On entre dans ce roman comme un voyage dans le temps. On est projeté dans un marché parisien, sur un étal de poissonnerie. On est harcelé par les odeurs de puanteur, des égouts aux entrailles de poisson qui encombrent les rues. La vendeuse de poisson, enceinte, accouche et coupe le cordon ombilical avec son couteau avant de perdre connaissance. De toutes façons, elle l’aurait laissé mourir, ne pouvant le nourrir. Mais le bébé va survivre.

Récupéré par une nourrice, puis par un moine, il est finalement élevé par une femme qui touche de l’argent pour les nourrir. Outre son nez « parfait », qui lui permet de détailler n’importe quelle odeur, Jean-Baptiste Grenouille n’en dégage aucune dans ce monde de relents immondes. Il va être rejeté de tous, être comparé au Diable et trouver un travail chez un tanneur.

J’ai été impressionné, époustouflé par la faculté de l’auteur à nous faire vivre, voir, entendre et sentir la façon dont le peuple vivait au dix-huitième siècle. Dès les premières pages et pendant tout le roman, la multitude de détails mais aussi la justesse des descriptions vont nous emmener ailleurs, et suivre l’itinéraire de ce jeune homme doté d’un talent unique et la façon dont il va se transformer en monstre.

Nous allons ainsi le suivre de Paris au massif central, Montpellier, Grasse pour revenir enfin à Paris. On en apprend à chaque page sur les conditions de vie, les écarts entre les pauvres et les nobles, sur la fabrication des parfums, sur l’essor de cette manufacture mais aussi sur les ambiances. Toute la magie de ce roman repose sur sa capacité à nous immerger dans cette période lointaine.

L’aspect psychologique des différents personnages croisant Jean-Baptiste Grenouille est aussi remarquablement décrit sans jamais être pédant. Il est d’ailleurs original de constater que l’itinéraire de Grenouille est principalement décrit via les personnes qui le rencontrent ou avec qui il travaille. Cela laisse une aura de mystère quant à ce que Grenouille pense réellement et insiste sur la façon dont il est vu et interprété. Car il ne faut pas oublier que dans sa folie, il nous montre une logique implacable le menant à sa fin.

En parlant de fin, l’auteur n’entre jamais dans des descriptions horribles, alors que ses actes le sont. Il se situe plutôt à un niveau technique de parfumerie ce qui évite des scènes à vomir. Et je ne peux qu’insister sur l’issue de ce roman, d’une folie à la hauteur de ce meurtrier, avec un aspect humour noir terrible (c’est mon ressenti). Et alors que l’on peut éprouver de la compassion envers cet enfant que l’on a vu grandir, on termine cette lecture en étant effrayé de ce qu’il fait, avec une rage noire collé au ventre.

J’ai été tellement pris par ce roman que je suis allé chercher sur Internet si ce Grenouille avait existé ! Impressionné de bout en bout, moi qui ne suis pas un fan de romans historiques, je dois bien vous avouer que ce roman vient d’intégrer mon TOP20. Il n’est pas étonnant de constater qu’il se situe en 16ème place des lectures préférées des Français pour sa qualité d’écriture et son immersion dans la France du 18ème siècle. Un roman hors normes.

Coup de cœur, oh que oui, énorme coup de cœur !

Béton rouge de Simone Buchholz

Editeur : L’Atalante – Fusion

Traducteur : Claudine Layre

Oyé, oyé ! Chastity Riley est de retour dans une nouvelle enquête, l’occasion de profiter de belles heures de polar, fouiller un autre pan de la société moderne et de partager sa vie et ses soucis de femme moderne. Après Quartier Rouge, Nuit Bleue, Simone Buchholz nous en fait voir de toutes les couleurs, retour dans le rouge avec Béton Rouge.

Alors qu’elle sort de chez elle, elle découvre une jeune cycliste qui vient de se faire renverser par une voiture. La police délimite le lieu de l’accident et elle se présente en tant que procureure. De toute évidence, il s’agit d’un délit de fuite. Elle ne peut rien faire de plus, la police judiciaire va bientôt arriver, alors elle rentre chez elle, sous l’œil morne de la lune.

La procureure générale Kolb l’appelle en plein milieu d’un café. Riley doit se rendre au pied de l’immeuble Mohn & Wolff, le plus gros groupe de presse de Hambourg, où on signale un homme enfermé dans une cage. Arrivé sur place, elle découvre un home en mauvais état, torturé et enfermé dans des cages dans lesquelles on met plutôt de gros chiens, avant de les emmener chez le vétérinaire.

Les flics qui protègent le périmètre indiquent que les gens crachaient sur l’homme. Riley va devoir faire équipe avec Ivo Stepanovic, du Département Affaires Spéciales. La victime se nomme Tobias Rösch, DRH de groupe de presse. Le mystère à résoudre ressemble à un choix : s’agit-il d’un acte sadomasochiste ou bien d’une vengeance ? Acte professionnel ou personnel ? Quand une deuxième victime est retrouvée et qu’il s’agit d’un directeur de groupe de presse, Riley et Ivo vont enquêter sur ce groupe.

Les personnages féminins récurrents ne sont pas nombreux dans la paysage du polar et pourtant, c’est toujours un grand plaisir de suivre leurs enquêtes ou aventures. Je citerai, pour celles que je connais, bien entendu Ingrid Diesel de Dominique Sylvain, Lisa Heslin de Jacques Saussey, Léanne Vallauri de Pierre Pouchairet. Ou le lieutenant Ferreira chez Eva Dolan.

Mais quand on lit un roman de Simone Buchholz, on pense tout de suite à sa cousine de caractère Ghjulia Diou Boccanera de Michèle Pedinielli. On retrouve cette même attitude de profiter de la vie, cette humanité envers les autres et cette ténacité dans les résolutions des enquêtes. On retrouve aussi cette même complexité chez ces deux jeunes femmes, qui ont besoin d’un mentor et de rencontres fortuites avec les membres du sexe opposé.

Tout cela pour vous dire que si vous avez aimé les romans précédents de Simone Buchholz, vous allez aimer celui-là. L’auteure a réussi à créer un personnage avec lequel on a une vraie intimité, un plaisir à la côtoyer ; Chastity devient une proche dont on partage le dégout du monde individualiste moderne et actuel. Et cette enquête lui donne l’occasion de plonger dans le monde des grandes entreprises et des licenciements pour faire plus de profit.

On retrouve donc les mêmes recettes que dans les précédents romans, et donc la même joie jouissive de parcourir ces 200 pages. Chastity va découvrir une issue inattendue à son enquête et subira même des déceptions voire des trahisons qui vont nous donner lieu à des aventures à venir encore plus passionnantes, professionnellement et personnellement parlant. Vous l’avez compris, je ne peux vous en dire plus, sous peine de déflorer l’intrigue. Donc il ne vous reste plus qu’une seule option : courir acheter le livre et le dévorer.

Et même si ce livre peut se lire indépendamment des autres, je vous conseille de lire Nuit Bleue auparavant.

Nuit bleue de Simone Buchholz

Editeur : L’Atalante. Collection : Fusion

Traductrice : Claudine Layre

Ce roman me donne l’occasion de parler de deux retours, celui de L’Atalante dans le monde du polar avec une nouvelle collection nommée Fusion et celui de Chastity Riley sur les étals de nos libraires.

Fusion, voici le nom de cette nouvelle collection estampillée Polar aux éditions de l’Atalante. A sa tête, on trouve Caroline de Benedetti et Emeric Cloche, connus pour avoir créé l’association Fondu au noir depuis 2007, et éditeurs de l’excellente revue trimestrielle L’indic, une véritable source de savoir du polar.

Chastity Riley a fait une brève apparition en France, aux éditions Piranha en 2015, dans un roman nommé Quartier rouge, qui était le premier de la série. Il nous présentait un personnage féminin complexe, « rentre dedans », extrême, mais aussi attachant et original.

Il est tabassé par trois hommes dans une ruelle et laissé en sale état. Allongé sur son lit d’hôpital, il se fait appeler Joe, car il se terre dans son mutisme et ne veut rien dire. Dans le cadre de la protection des victimes, on lui octroie un policier de garde devant sa chambre.

Chastity Riley est passé tout proche de la correctionnelle. Pour avoir voulu faire tomber son chef pour corruption, on lui offre un placard doré, la création d’un poste de procureure spéciale pour la protection des témoins. Sa première affaire va être celle de Joe et à force de visites à l’hôpital, elle va réussir à lui tirer quelques informations, en forme de pièces de puzzle pour découvrir une affaire qui fait froid dans le dos.

Le titre de ce roman vient directement du nom du bar BlaueNacht, où Chastity passe ses nuits et rencontre ses amis. Je retrouve avec un énorme plaisir ce personnage féminin hors norme dans une enquête qui va petit à petit se mettre en place, au gré de ses errances diurnes (elle s’ennuie dans ce faux poste) et nocturnes dans les quartiers chauds de Hambourg lors de virées alcooliques.

Je ne vais pas entrer dans le détail pour vous décrire Chastity puisque je l’ai fait grandement dans mon billet sur Quartier rouge. Elle s’appuie sur son entourage, entre amis, amies et amants, ainsi que sur sa cicatrice principale, celle de n’avoir pas connu son père. C’est bien pour cela qu’elle reste proche de Georg Faller, un de ses anciens chefs à la retraite. D’ailleurs, ce dernier a conservé une obsession en tête, celle de faire tomber le ponte albanais de Hambourg, Malaj Gjergj.

On ne peut qu’apprécier la façon d’aborder cette intrigue, et ce style direct, fait de petites phrases, en disant peu mais suffisamment pour créer des personnages plus vrais que nature. Ni bons, ni mauvais, ils ont tous une vraie personnalité et une loyauté que seuls les vrais amis peuvent avoir. On ne peut aussi que se passionner par les valeurs disséminées dans ce roman, par les obsessions de ses personnages et par le sujet de fond, une drogue puissamment mortelle qui va déferler sur l’Europe.

Entre deux chapitres, nous trouvons des témoignages ne dépassant pas quelques paragraphes, passant en revue les pensées de certains des protagonistes. Toute l’originalité tient dans ces passages qui vont nous expliquer certaines choses, puis nous embrouiller pour enfin nous montrer que ce qui est montré n’est pas aussi simple qu’on peut le croire. Même la fin nous pousse à nous demander qui, dans cette histoire, a manipulé qui ?

Jetez-vous sur cette enquête de Chastity Riley car vous allez y rencontrer une femme formidable, inoubliable ; vous allez être plongé dans leurs relations, devenir membre de leur clan, au milieu des Klatsche, Faller, Calabretta, et Carla. Et puis, vous succomberez au style de Simone Buchholz, court, simple, rapide. Et même après la dernière page, vous n’aurez qu’une envie : reprendre tout depuis le début, ne serait-ce que pour aller boire une bière au Blaue Nacht.

Ne ratez pas l’avis de Jean-Marc Lahérrère

Des poches pleines de poches

Suite de cette nouvelle rubrique dans Black Novel, consacrée aux livres de poche. La précédente était là.

Entre deux romans grand format, je lis aussi des romans au format de poche et je ne prends jamais le temps d’en parler. D’où ce titre énigmatique qui répertorie des romans de plus court format qui sont aussi bien des novellas que des romans.

Pyromane de Wojciech Chmielarz

Editeur : Livre de poche (Grand format : Agullo)

Traducteur : Erik Veaux

Le fait que cet hiver soit aussi froid à Varsovie arrange plutôt le criminel qui va mettre le feu à une maison bourgeoise de la banlieue de Varsovie. Il va trouver une échelle dans le jardin, et balancer son cocktail Molotov par la cheminée. A l’intérieur, Klaudia Kameron, ancienne star de la chanson s’efforce de sortir du dressing dans lequel elle est bloquée. Elle arrivera à sortir avec de nombreuses blessures en sautant par la fenêtre alors que son mari, l’industriel Jan Kameron, finira carbonisé.

L’inspecteur Jakub Mortka, dit le Kub, est chargé de l’enquête et se rend sur le site avec son adjoint Kochan. Le responsable des pompiers demande à le voir : l’aspirant Marcin Kowalski lui confirme l’origine criminelle de l’incendie par la présence de morceaux de verre et l’odeur d’essence. Kowalski annonce ensuite au Kub qu’il s’agit du troisième incendie de ce type, les deux autres n’ayant pas fait de victimes.

Premier roman de Wojciech Chmielarz et premier roman d’une série mettant en scène le Kub, cette lecture constitue une très belle découverte. Elle permet en tous, au travers d’une enquête policière que je qualifierai de classique, d’avoir une bonne vision de la société polonaise, pays qui connait des températures extrêmes en hiver. C’est l’un des aspects très intéressant de ce roman, avec le personnage du Kub, rustre et solitaire, divorcé et loin des enquêteurs doués que l’on connait, puisque l’on découvre un policier travailleur et acharné, aimant aller au bout des choses avec obstination.

L’autre aspect de ce roman est de montrer un peuple mystérieux et taiseux, où certains hommes frappent leur femme, où la pègre est bien implantée et a mis la main sur les industriels, où les travailleurs subissent le règne de l’argent volé par les mafias. Le dernier aspect qui va vous décider à lire ce livre est bien l’intrigue, qui malgré quelques longueurs est remarquablement bien menée et qui réserve une surprise de taille dans le dernier chapitre. Décidément, c’est un premier roman qui donne envie de lire la suite, qui est déjà sortie chez Agullo, qui s’appelle La ferme des poupées et dont je devrais vous parler très bientôt.

La dernière expérience d’Annelie Wendeberg

Editeur : 10/18 (Grand format : Presses de la cité)

Traductrice : Mélanie Blanc-Jouveaux

Après une première enquête menée avec Sherlock Holmes (voir Le Diable de la Tamise), Anna Kronberg s’est retirée dans son cottage du Sussex. La jeune femme médecin pensait qu’elle et son célèbre coéquipier étaient parvenus à annihiler une organisation secrète qui expérimentait des bactéries pour en faire des armes de guerre. Mais le professeur Moriarty, véritable dirigeant de l’organisation, a survécu.

Et il a décidé d’utiliser Anna pour entamer des recherches sur la peste… Pour arriver à ses fins, Moriarty kidnappe Anna ainsi que son père. Si la jeune femme veut revoir ce dernier en vie, elle devra obéir. Vivant désormais sous haute surveillance entre la demeure luxueuse de son geôlier à Londres et un entrepôt où elle réalise ses expériences, Anna tente de trouver un moyen pour prendre contact avec Holmes.

Alors qu’elle fomente le meurtre de Moriarty, une relation ambiguë s’instaure avec cet homme violent, manipulateur et effrayant.

Ceux qui ont lu Le Diable de la Tamise vont se jeter sur cette deuxième aventure d’Anna Kronberg, cette jeune femme brillante qui s’est déguisée en homme pour obtenir son diplôme de médecin dans l’Angleterre victorienne. Ceux qui ne l’ont pas lu devront le faire avant de lire celui-ci car l’auteure dévoile beaucoup de choses de l’intrigue de la précédente aventure.

C’est un roman de séquestration auquel Annelie Wenderberg nous convie, et donc on n’y trouvera point d’enquêtes. Tout juste y verra-t-on l’esprit brillant de la jeune chercheuse à l’œuvre pour en déduire où elle est, et son aptitude à monter des stratagèmes pour s’en sortir. Il est tout de même intéressant de voir comment Anna est écartelée entre le professeur Moriarty à la fois brillant et violent et entre son désir de lutter contre la manœuvre maléfique basée sur une guerre bactériologique.

Construit de façon chronologique, égrenant les jours les uns après les autres, nous allons suivre Anna dans un roman très psychologique, avec peu d’action mais beaucoup de détails quant à ses recherches qu’elle est obligée de mener sous peine de voir son père assassiné. Sherlock Holmes fera quelques apparitions comme quelqu’un qui agit dans l’ombre et la fin appelle un tome supplémentaire qui promet, je ne vous dis que ça. Ce roman est tout de même à réserver aux aficionados du grand enquêteur anglais.

Ne ratez pas l’avis de la Belette, grande spécialiste de Sherlock Holmes et de l’ami Claude

Peur de Dirk Kurbjuweit

Editeur : Delcourt

Traducteur : Denis Michelis

Voilà un roman conseillé par mon ami Richard le Concierge Masqué, que j’avais l’intention de lire … mais pas tout de suite. Il faut dire que la couverture me faisait penser à un thriller et j’avais peur que cela soit sanglant … mais pas du tout. C’est un pur roman psychologique.

Randolf Tiefenthaler va rendre visite à son père en prison, qui a dépassé les soixante dix ans. Il vient d’en prendre pour 7 ans, pour avoir tué Dieter Tiberius, le voisin de Randolf. Randolf va le voir avec toute la famille, sa mère, sa femme, ses enfants. Ils ne se disent pas grand-chose, ils ne se sont jamais beaucoup parlé. Randolf considère qu’il a eu une enfance heureuse, mais il a toujours eu peur.

Son père était fan d’armes à feu. Il les collectionnait, s’entrainait dans un centre de tir, et apprenait à ses enfants à tirer. Randolf en a conçu une peur, celle que son père puisse le tuer. Sa réaction a été de se construire une vie confortable à l’abri des dangers. Il est devenu architecte, a épousé une femme belle et intelligente, a de beaux enfants, a acheté l’appartement de ses rêves. Mais ses rêves deviennent bientôt un cauchemar quand son voisin du dessous commence à les menacer par lettre interposée d’actes ignobles qu’ils n’ont pas fait.

Comme je le disais plus haut, il s’agit d’un pur roman psychologique, voire d’un roman entre littérature blanche et littérature noire. C’est le genre de roman qui peur réconcilier les lecteurs de tout bord, à condition d’aimer le genre en question. Car le sujet s’avère être bien dérangeant, poussant les limites de la morale grâce à un scénario bigrement bien fait et surtout bigrement vicieux. Ce qui est sur, c’est qu’il nous met dans une position bien inconfortable, et que cela ne peut que marquer les responsables de famille que nous sommes.

Si le roman commence par une visite en prison, le narrateur va vite tenter d’expliquer au lecteur comment sa vie de famille a pu arriver à un tel désastre. Il va revenir sur sa jeunesse, sur la passion de son père pour les armes à feu, et sa peur de la figure paternelle. Cette absence de vraie relation paternelle va engendrer une peur de la vie, des autres. Il va donc consacrer sa vie à se créer une zone de confort.

Son confort, il le trouve dans son métier d’architecte et dans son appartement cossu. Il se marie avec une femme belle et intelligente, a deux beaux enfants et trouve dans sa vie de famille la sphère de repos à laquelle il a toujours rêvé. Jusqu’à ce que son voisin de dessous en vienne à exercer un chantage affectif, un harcèlement moral à base de lettre de dénonciation, à propos desquels il ne peut rien.

Autant vous le dire, l’histoire est racontée par le narrateur et il n’y a aucun dialogue ou presque. Mais le narrateur fait preuve d’une justesse et d’une lucidité rares quand il se décrit, à base de retours vers le passé. A force de nous raconter ses souvenirs, à chercher les causes de son malheur, il arrive à nous mettre dans sa position, celle d’un homme aux prises à un problème où tous les choix qui s’offrent à lui ne sont des bonnes solutions.

Et cette position est bigrement inconfortable, voire insupportable. Il n’y pas vraiment de suspense, même si nous avons accès à la vérité à la fin du roman, mais il y a une vraie mise en position, d’un mari qui veut protéger sa famille et ne sait pas quoi faire. En tant que légaliste, c’est révoltant, mais en tant qu’homme, c’est marquant. Parce qu’on se retrouve pris entre deux feux, ne sachant finalement pas quoi faire … comme le narrateur. Vous l’avez compris, ce roman est dérangeant, et m’a bien marqué.

Le diable de la Tamise d’Annelie Wendeberg

Editeur : Presses de la cité (Grand Format), 10/18 (Format poche)

Traducteur : Mélanie Blanc-Jouveaux

Cela fait bien longtemps que je n’avais pas lu d’enquêtes de Sherlock Holmes, à part le recueil de nouvelles humoristiques publié par les éditions Baker Street. J’ai voulu tester une nouvelle auteure mettant en scène le génial détective, dont c’est le premier roman. Ce roman est tout simplement impressionnant pour beaucoup de raisons que ja vais vous exposer un peu plus loin.

Eté 1889. Une infirmière remet un télégramme au Docteur Anton Kronberg, spécialiste de bactériologie à Londres. « Votre présence est Requise. Possible cas de cholera à l’usine de traitement des eaux de Hampton. Venez sur-le-champ. Inspecteur Gibson, Scotland Yard. Quand le docteur Kronberg arrive sur les lieux, il apprend que les pompes fonctionnent en circuit ouvert. Londres est donc protégée. Le corps qui flottait dans le canal a été déplacé. Anton demande à désinfecter elle même tous ceux qui ont touché le corps.

L’inspecteur l’informe qu’un corps peut difficilement escalader une clôture. Il s’agit donc d’un meurtre et on a balancé le corps dans la canal. Anton remarque un homme de grande taille, bien mis, qui file tout de suite vers les bords de la Tamise. L’inspecteur lui présente alors Sherlock Holmes, qui va aider la police sur cette affaire. Holmes annonce que le corps a été jeté en amont à environ 12 lieues, et il en fait la démonstration. Le corps a été habillé par quelqu’un d’autre que lui-même puisqu’il est droitier. Des traces de liens montrent qu’il a été ligoté. Enfin, une plume de loriot femelle s’est logée dans sa boutonnière.

Puis, une fois seuls, Anton pose la question à Holmes : A-t-il l’intention de le dénoncer, d’annoncer aux autorités qu’Anton Kronberg est en fait une femme, et qu’elle se déguise en femme pour mener à bien sa mission : sauver des gens en tant que docteur ?

Pour un premier roman, c’est impressionnant. Pour un roman de Sherlock Holmes, c’est impressionnant aussi. Evidemment, on peut louer la qualité de l’intrigue, la tortuosité de l’intrigue et la fin du roman qui est géniale. Car nous parlons ici de recherche médicale et de la façon dont on trouvait des cobayes au XIXème siècle. Sur tous ces points, Annelie Wendeberg remporte la manche haut la main.

J’ai aussi été époustouflé par l’ambiance que l’auteure arrive à créer, des rues crasseuses de Londres, aux salles d’attente de l’hopital où des miséreux atteints des pires maladies attendent leur fin, faute de médicament. Mais il faut louer aussi les sons, les odeurs et le calme de la campagne environnante, les salles stressantes de l’asile, les salons cossus où les dirigeants vivent bien mieux que le peuple. Sur ce point aussi, Annelie Wendeberg remporte la palme.

Quant aux personnages, ce n’est pas une palme qu’il faut décerner mais carrément un grand prix. Tous sont formidables, Anton, ou devrais-je dire Anna, Sherlock Holmes et même tous les personnages secondaires. Sherlock apparait comme un personnage distant vis-à-vis des autres, qui s’allie avec Anna parce qu’elle est différente. Evidemment, c’est un esprit logique remarquable et ce roman est un bel hommage à sa capacité de déduction, mais aussi avec sa volonté quitte à prendre des risques pour sa vie.

Anna enfin, est à la fois la narratrice et le personnage central de ce roman. A travers elle, on a droit à une vraie description de la condition des femmes en ce temps là, Anna étant obligée de se cacher pour assouvir sa passion pour la médecine, alors qu’elle est plus compétente que beaucoup d’hommes. Rien que pour ce formidable personnage, vous vous devez de lire ce roman.

Ne ratez pas les avis de la Belette et de Claude Le Nocher.

Greenland de Heinrich Steinfest

Editeur : Carnets Nord

Traducteur : Corinna Gepner

Quand on lit un roman de Heinrich Steinfest, il faut s’attendre à entrer dans un monde parallèle, à lire un roman décalé, à regarder le monde autrement, pour mieux y voir ses défauts et travers. Greenland nous propose un conte, comme une invitation à retrouver notre âme d’enfant … mais pas seulement … comme d’habitude.

Quatrième de couverture :

« Comment s’appelle ce lac ?

– Tu ne le sais pas ?!

– Je n’ai pas dit que j’étais d’ici.

– Et d’où viens-tu ?

– Vous ne le croiriez pas.

– Probable. »

Telle fut la surprenante réponse du chauffeur. Il m’expliqua alors que ce lac portait le nom de Mohsee. Mais que les gens l’appelaient aussi La Mer des petits péchés.

« Et pourquoi ?

– Eh bien, parce que pour les grands péchés il existe déjà une mer. Une vraie. L’océan là-bas. Tu devrais le savoir. »

Tout a changé pour Theo la nuit où est apparu devant la fenêtre de sa chambre d’enfant un store vert. À sa surface, un paysage sous-marin et des hommes aux jumelles qui semblent l’épier. Passé le premier effroi, il ne peut résister à l’envie d’aller observer l’étrange objet de plus près. Et se retrouve happé dans le monde de Greenland.

Mon avis :

Theo est un enfant des années 2000. Heureux dans une famille de 3 enfants mais solitaire, il s’est habitué à ne pas avoir de rideau sur la fenêtre de sa chambre. Son monde va basculer le jour où on lui installe un store de couleur verte. En regardant de plus près, il s’aperçoit qu’il y a un monde vert derrière le store. Il y voit une jeune fille, attachée à une grosse corde. Une nuit, il décide de plonger dans ce monde vert pour la sauver. Il se trouve un compagnon, en la personne de Lucian, un grand couteau et va réussir à couper la corde. Mais l’aventure ne fait que commencer …

Effectivement, ce roman n’est pas comme les autres. Heinrich Steinfest écrivant des romans faisant appel à l’imaginaire, il était logique qu’il nous offre un conte. Et quelle merveille que ce roman ! L’auteur pousse même le vice jusqu’à écrire les passages avec de l’encre verte quand le lecteur aborde des passages dans Greenland. C’est amusant, et c’est surtout pas commun.

Dans la première partie, Théo März va donc tout faire pour sauver la jeune fille. Il croit qu’elle s’appelle Hélène, mais il s’avèrera qu’elle s’appelle Anna, Hélène étant le nom de son chien ! De cette première partie, l’auteur fait appel à notre âme d’enfant, aux mondes imaginaires que l’on se créé au fond de notre lit, tout en gardant les pieds sur Terre quand il décrit le monde des adultes et leurs travers.

Dans la deuxième partie, nous sommes en 2046. Théo a 46 ans et est deux fois divorcé. Il est devenu divorcé et est en voyage vers Mars. Ceci dit, avec un nom pareil, il ne pouvait pas faire un autre métier. Il apprend, là haut, que Anna a disparu. C’est alors qu’il décide de retourner à Greenland pour la trouver. Et c’est une nouvelle aventure qui démarre. Et Heinrich Steinfest en profite pour nous montrer l’évolution du monde vers plus de machines et plus d’ordinateurs, plaçant l’homme au deuxième plan.

Et c’est l’occasion pour l’auteur de défendre la puissance de l’imagination, l’importance de l’humanité à travers ce conte qui, personnellement m’a fait fondre. Outre sa forme originale, c’est une ode à l’Homme et à cette capacité à créer des choses plus grandes que lui. Si c’est une lecture qui me change de mes habitudes, ce voyage vers un autre monde m’a définitivement conquis. Un livre culte.

Quartier rouge de Simone Buchholz (Piranha)

Après avoir tourné la dernière page de ce roman, je peux d’ors et déjà vous dire que je vais être un fan de ce nouveau personnage récurrent Chastity Riley. Car Simone Buchholz nous offre comme sur un plateau un sacré bout de bonne femme, le genre de personne pour qui on ne peut que craquer.

Finalement, l’intrigue peut être résumée en quelques mots. Le personnage principal se nomme Chastity Riley et elle est procureure. Elle habite Hambourg et apprécie le quartier rouge, situé à coté du port. Elle y trouve une ambiance malsaine qui lui va bien et connait une bonne partie des prostituées qui y travaillent. Un matin, on découvre le corps d’une prostituée. Elle a été scalpée et on a posé sur sa tête une perruque colorée. L’autopsie démontre qu’elle a été endormie avant d’être tuée puis scalpée et qu’elle n’a pas eu de relations sexuelles.

Si je résume si rapidement l’intrigue, c’est bien parce que l’intérêt n’est pas là, du moins c’est mon avis. Car ce personnage de Chastity Riley, on ne risque pas de l’oublier … et on aimerait même la rencontrer. Simone Buchholz construit donc un personnage à la fois fort, mais aussi fragile par bien des aspects, et cela fonctionne parce que c’est fait sans esbrouffe, simplement, et que l’on y croit. En un mot, j’adore cette femme, et psychologiquement, il n’y a aucune erreur et on y croit. A fond !

Chastity Riley est la fille d’une Allemande et d’un Américain. C’est une trentenaire. Sa mère est partie aux USA, son père s’est suicidé à sa majorité. C’est donc une jeune femme sans racines ni repères qui s’est épris de cette ville de Hambourg. La présence de la mer apaise, le quartier du port vivant la nuit, tout est réuni pour un personnage qui cherche un sens à sa vie mais aussi qui se cherche et qui cherche à se perdre.

Du coté des amis, Chastity sort très souvent avec Carla qui est aussi différente d’elle que l’on puisse l’imaginer. Elles écument les bars quand Carla cherche à oublier son petit ami qui ne veut pas s’engager dans une relation digne de ce nom. Elles ne ratent pas un match de football pour toutes les émotions que cela procure. Mais surtout, ce sont des véritables fanas de cette équipe de Sankt Pauli qui évolue dans une division secondaire de football. Et on sent réellement la passion animer Chastity pendant ces matches.

Chastity est célibataire et fière de l’être … quoique … son voisin Klatsche qui n’a pas la vingtaine la fait craquer. Ils ont connu des nuits ensemble, mais elle refuse de se laisser aller, quand ses démons lui rappellent leur différence d’age. Pour autant, le passé de Klatsche n’est pas étranger au charme qu’elle lui trouve. Il a ce coté mauvais garçon qui représente une tentation de se laisser aller au coté obscur. Alors elle hésite, succombe, revient en arrière … et l’enquête va aider Chastity à se rapprocher de Klatsche ou du moins à lui donner de bonnes excuses …

Il y a aussi le commissaire Faller, qui est à ses ordres pour résoudre ses affaires, et qui fait figure de père pour Chastity. Elle ne veut pas se l’avouer mais il est bien ce père qui lui manque tant. Faller est à quelques années de la retraite et il est tout le temps là pour elle, toujours bienveillant quand il s’agit de lui donner des conseils ou pour l’épauler.

Vous l’aurez compris, c’est un roman fort avec un personnage fort. Mais je devrais aussi rajouter des scènes fortes, telles le dégout qu’elle a quand elle assiste à une autopsie, ou bien les lendemains de cuite quand elle doit assurer sa fonction. Parsemé de scènes marquantes, et comme on a déjà adhéré au personnage de Chastity, on ne peut que suivre l’enquête jusqu’au bout et être secoué par cette fin si noire et à laquelle nous ne nous attendions pas. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maitre, et j’ai hate de retrouver Chastity.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude qui lui a donné un coup de cœur.