Archives pour la catégorie Littérature allemande

Des poches pleines de poches

Suite de cette nouvelle rubrique dans Black Novel, consacrée aux livres de poche. La précédente était là.

Entre deux romans grand format, je lis aussi des romans au format de poche et je ne prends jamais le temps d’en parler. D’où ce titre énigmatique qui répertorie des romans de plus court format qui sont aussi bien des novellas que des romans.

Pyromane de Wojciech Chmielarz

Editeur : Livre de poche (Grand format : Agullo)

Traducteur : Erik Veaux

Le fait que cet hiver soit aussi froid à Varsovie arrange plutôt le criminel qui va mettre le feu à une maison bourgeoise de la banlieue de Varsovie. Il va trouver une échelle dans le jardin, et balancer son cocktail Molotov par la cheminée. A l’intérieur, Klaudia Kameron, ancienne star de la chanson s’efforce de sortir du dressing dans lequel elle est bloquée. Elle arrivera à sortir avec de nombreuses blessures en sautant par la fenêtre alors que son mari, l’industriel Jan Kameron, finira carbonisé.

L’inspecteur Jakub Mortka, dit le Kub, est chargé de l’enquête et se rend sur le site avec son adjoint Kochan. Le responsable des pompiers demande à le voir : l’aspirant Marcin Kowalski lui confirme l’origine criminelle de l’incendie par la présence de morceaux de verre et l’odeur d’essence. Kowalski annonce ensuite au Kub qu’il s’agit du troisième incendie de ce type, les deux autres n’ayant pas fait de victimes.

Premier roman de Wojciech Chmielarz et premier roman d’une série mettant en scène le Kub, cette lecture constitue une très belle découverte. Elle permet en tous, au travers d’une enquête policière que je qualifierai de classique, d’avoir une bonne vision de la société polonaise, pays qui connait des températures extrêmes en hiver. C’est l’un des aspects très intéressant de ce roman, avec le personnage du Kub, rustre et solitaire, divorcé et loin des enquêteurs doués que l’on connait, puisque l’on découvre un policier travailleur et acharné, aimant aller au bout des choses avec obstination.

L’autre aspect de ce roman est de montrer un peuple mystérieux et taiseux, où certains hommes frappent leur femme, où la pègre est bien implantée et a mis la main sur les industriels, où les travailleurs subissent le règne de l’argent volé par les mafias. Le dernier aspect qui va vous décider à lire ce livre est bien l’intrigue, qui malgré quelques longueurs est remarquablement bien menée et qui réserve une surprise de taille dans le dernier chapitre. Décidément, c’est un premier roman qui donne envie de lire la suite, qui est déjà sortie chez Agullo, qui s’appelle La ferme des poupées et dont je devrais vous parler très bientôt.

La dernière expérience d’Annelie Wendeberg

Editeur : 10/18 (Grand format : Presses de la cité)

Traductrice : Mélanie Blanc-Jouveaux

Après une première enquête menée avec Sherlock Holmes (voir Le Diable de la Tamise), Anna Kronberg s’est retirée dans son cottage du Sussex. La jeune femme médecin pensait qu’elle et son célèbre coéquipier étaient parvenus à annihiler une organisation secrète qui expérimentait des bactéries pour en faire des armes de guerre. Mais le professeur Moriarty, véritable dirigeant de l’organisation, a survécu.

Et il a décidé d’utiliser Anna pour entamer des recherches sur la peste… Pour arriver à ses fins, Moriarty kidnappe Anna ainsi que son père. Si la jeune femme veut revoir ce dernier en vie, elle devra obéir. Vivant désormais sous haute surveillance entre la demeure luxueuse de son geôlier à Londres et un entrepôt où elle réalise ses expériences, Anna tente de trouver un moyen pour prendre contact avec Holmes.

Alors qu’elle fomente le meurtre de Moriarty, une relation ambiguë s’instaure avec cet homme violent, manipulateur et effrayant.

Ceux qui ont lu Le Diable de la Tamise vont se jeter sur cette deuxième aventure d’Anna Kronberg, cette jeune femme brillante qui s’est déguisée en homme pour obtenir son diplôme de médecin dans l’Angleterre victorienne. Ceux qui ne l’ont pas lu devront le faire avant de lire celui-ci car l’auteure dévoile beaucoup de choses de l’intrigue de la précédente aventure.

C’est un roman de séquestration auquel Annelie Wenderberg nous convie, et donc on n’y trouvera point d’enquêtes. Tout juste y verra-t-on l’esprit brillant de la jeune chercheuse à l’œuvre pour en déduire où elle est, et son aptitude à monter des stratagèmes pour s’en sortir. Il est tout de même intéressant de voir comment Anna est écartelée entre le professeur Moriarty à la fois brillant et violent et entre son désir de lutter contre la manœuvre maléfique basée sur une guerre bactériologique.

Construit de façon chronologique, égrenant les jours les uns après les autres, nous allons suivre Anna dans un roman très psychologique, avec peu d’action mais beaucoup de détails quant à ses recherches qu’elle est obligée de mener sous peine de voir son père assassiné. Sherlock Holmes fera quelques apparitions comme quelqu’un qui agit dans l’ombre et la fin appelle un tome supplémentaire qui promet, je ne vous dis que ça. Ce roman est tout de même à réserver aux aficionados du grand enquêteur anglais.

Ne ratez pas l’avis de la Belette, grande spécialiste de Sherlock Holmes et de l’ami Claude

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Peur de Dirk Kurbjuweit

Editeur : Delcourt

Traducteur : Denis Michelis

Voilà un roman conseillé par mon ami Richard le Concierge Masqué, que j’avais l’intention de lire … mais pas tout de suite. Il faut dire que la couverture me faisait penser à un thriller et j’avais peur que cela soit sanglant … mais pas du tout. C’est un pur roman psychologique.

Randolf Tiefenthaler va rendre visite à son père en prison, qui a dépassé les soixante dix ans. Il vient d’en prendre pour 7 ans, pour avoir tué Dieter Tiberius, le voisin de Randolf. Randolf va le voir avec toute la famille, sa mère, sa femme, ses enfants. Ils ne se disent pas grand-chose, ils ne se sont jamais beaucoup parlé. Randolf considère qu’il a eu une enfance heureuse, mais il a toujours eu peur.

Son père était fan d’armes à feu. Il les collectionnait, s’entrainait dans un centre de tir, et apprenait à ses enfants à tirer. Randolf en a conçu une peur, celle que son père puisse le tuer. Sa réaction a été de se construire une vie confortable à l’abri des dangers. Il est devenu architecte, a épousé une femme belle et intelligente, a de beaux enfants, a acheté l’appartement de ses rêves. Mais ses rêves deviennent bientôt un cauchemar quand son voisin du dessous commence à les menacer par lettre interposée d’actes ignobles qu’ils n’ont pas fait.

Comme je le disais plus haut, il s’agit d’un pur roman psychologique, voire d’un roman entre littérature blanche et littérature noire. C’est le genre de roman qui peur réconcilier les lecteurs de tout bord, à condition d’aimer le genre en question. Car le sujet s’avère être bien dérangeant, poussant les limites de la morale grâce à un scénario bigrement bien fait et surtout bigrement vicieux. Ce qui est sur, c’est qu’il nous met dans une position bien inconfortable, et que cela ne peut que marquer les responsables de famille que nous sommes.

Si le roman commence par une visite en prison, le narrateur va vite tenter d’expliquer au lecteur comment sa vie de famille a pu arriver à un tel désastre. Il va revenir sur sa jeunesse, sur la passion de son père pour les armes à feu, et sa peur de la figure paternelle. Cette absence de vraie relation paternelle va engendrer une peur de la vie, des autres. Il va donc consacrer sa vie à se créer une zone de confort.

Son confort, il le trouve dans son métier d’architecte et dans son appartement cossu. Il se marie avec une femme belle et intelligente, a deux beaux enfants et trouve dans sa vie de famille la sphère de repos à laquelle il a toujours rêvé. Jusqu’à ce que son voisin de dessous en vienne à exercer un chantage affectif, un harcèlement moral à base de lettre de dénonciation, à propos desquels il ne peut rien.

Autant vous le dire, l’histoire est racontée par le narrateur et il n’y a aucun dialogue ou presque. Mais le narrateur fait preuve d’une justesse et d’une lucidité rares quand il se décrit, à base de retours vers le passé. A force de nous raconter ses souvenirs, à chercher les causes de son malheur, il arrive à nous mettre dans sa position, celle d’un homme aux prises à un problème où tous les choix qui s’offrent à lui ne sont des bonnes solutions.

Et cette position est bigrement inconfortable, voire insupportable. Il n’y pas vraiment de suspense, même si nous avons accès à la vérité à la fin du roman, mais il y a une vraie mise en position, d’un mari qui veut protéger sa famille et ne sait pas quoi faire. En tant que légaliste, c’est révoltant, mais en tant qu’homme, c’est marquant. Parce qu’on se retrouve pris entre deux feux, ne sachant finalement pas quoi faire … comme le narrateur. Vous l’avez compris, ce roman est dérangeant, et m’a bien marqué.

Le diable de la Tamise d’Annelie Wendeberg

Editeur : Presses de la cité (Grand Format), 10/18 (Format poche)

Traducteur : Mélanie Blanc-Jouveaux

Cela fait bien longtemps que je n’avais pas lu d’enquêtes de Sherlock Holmes, à part le recueil de nouvelles humoristiques publié par les éditions Baker Street. J’ai voulu tester une nouvelle auteure mettant en scène le génial détective, dont c’est le premier roman. Ce roman est tout simplement impressionnant pour beaucoup de raisons que ja vais vous exposer un peu plus loin.

Eté 1889. Une infirmière remet un télégramme au Docteur Anton Kronberg, spécialiste de bactériologie à Londres. « Votre présence est Requise. Possible cas de cholera à l’usine de traitement des eaux de Hampton. Venez sur-le-champ. Inspecteur Gibson, Scotland Yard. Quand le docteur Kronberg arrive sur les lieux, il apprend que les pompes fonctionnent en circuit ouvert. Londres est donc protégée. Le corps qui flottait dans le canal a été déplacé. Anton demande à désinfecter elle même tous ceux qui ont touché le corps.

L’inspecteur l’informe qu’un corps peut difficilement escalader une clôture. Il s’agit donc d’un meurtre et on a balancé le corps dans la canal. Anton remarque un homme de grande taille, bien mis, qui file tout de suite vers les bords de la Tamise. L’inspecteur lui présente alors Sherlock Holmes, qui va aider la police sur cette affaire. Holmes annonce que le corps a été jeté en amont à environ 12 lieues, et il en fait la démonstration. Le corps a été habillé par quelqu’un d’autre que lui-même puisqu’il est droitier. Des traces de liens montrent qu’il a été ligoté. Enfin, une plume de loriot femelle s’est logée dans sa boutonnière.

Puis, une fois seuls, Anton pose la question à Holmes : A-t-il l’intention de le dénoncer, d’annoncer aux autorités qu’Anton Kronberg est en fait une femme, et qu’elle se déguise en femme pour mener à bien sa mission : sauver des gens en tant que docteur ?

Pour un premier roman, c’est impressionnant. Pour un roman de Sherlock Holmes, c’est impressionnant aussi. Evidemment, on peut louer la qualité de l’intrigue, la tortuosité de l’intrigue et la fin du roman qui est géniale. Car nous parlons ici de recherche médicale et de la façon dont on trouvait des cobayes au XIXème siècle. Sur tous ces points, Annelie Wendeberg remporte la manche haut la main.

J’ai aussi été époustouflé par l’ambiance que l’auteure arrive à créer, des rues crasseuses de Londres, aux salles d’attente de l’hopital où des miséreux atteints des pires maladies attendent leur fin, faute de médicament. Mais il faut louer aussi les sons, les odeurs et le calme de la campagne environnante, les salles stressantes de l’asile, les salons cossus où les dirigeants vivent bien mieux que le peuple. Sur ce point aussi, Annelie Wendeberg remporte la palme.

Quant aux personnages, ce n’est pas une palme qu’il faut décerner mais carrément un grand prix. Tous sont formidables, Anton, ou devrais-je dire Anna, Sherlock Holmes et même tous les personnages secondaires. Sherlock apparait comme un personnage distant vis-à-vis des autres, qui s’allie avec Anna parce qu’elle est différente. Evidemment, c’est un esprit logique remarquable et ce roman est un bel hommage à sa capacité de déduction, mais aussi avec sa volonté quitte à prendre des risques pour sa vie.

Anna enfin, est à la fois la narratrice et le personnage central de ce roman. A travers elle, on a droit à une vraie description de la condition des femmes en ce temps là, Anna étant obligée de se cacher pour assouvir sa passion pour la médecine, alors qu’elle est plus compétente que beaucoup d’hommes. Rien que pour ce formidable personnage, vous vous devez de lire ce roman.

Ne ratez pas les avis de la Belette et de Claude Le Nocher.

Greenland de Heinrich Steinfest

Editeur : Carnets Nord

Traducteur : Corinna Gepner

Quand on lit un roman de Heinrich Steinfest, il faut s’attendre à entrer dans un monde parallèle, à lire un roman décalé, à regarder le monde autrement, pour mieux y voir ses défauts et travers. Greenland nous propose un conte, comme une invitation à retrouver notre âme d’enfant … mais pas seulement … comme d’habitude.

Quatrième de couverture :

« Comment s’appelle ce lac ?

– Tu ne le sais pas ?!

– Je n’ai pas dit que j’étais d’ici.

– Et d’où viens-tu ?

– Vous ne le croiriez pas.

– Probable. »

Telle fut la surprenante réponse du chauffeur. Il m’expliqua alors que ce lac portait le nom de Mohsee. Mais que les gens l’appelaient aussi La Mer des petits péchés.

« Et pourquoi ?

– Eh bien, parce que pour les grands péchés il existe déjà une mer. Une vraie. L’océan là-bas. Tu devrais le savoir. »

Tout a changé pour Theo la nuit où est apparu devant la fenêtre de sa chambre d’enfant un store vert. À sa surface, un paysage sous-marin et des hommes aux jumelles qui semblent l’épier. Passé le premier effroi, il ne peut résister à l’envie d’aller observer l’étrange objet de plus près. Et se retrouve happé dans le monde de Greenland.

Mon avis :

Theo est un enfant des années 2000. Heureux dans une famille de 3 enfants mais solitaire, il s’est habitué à ne pas avoir de rideau sur la fenêtre de sa chambre. Son monde va basculer le jour où on lui installe un store de couleur verte. En regardant de plus près, il s’aperçoit qu’il y a un monde vert derrière le store. Il y voit une jeune fille, attachée à une grosse corde. Une nuit, il décide de plonger dans ce monde vert pour la sauver. Il se trouve un compagnon, en la personne de Lucian, un grand couteau et va réussir à couper la corde. Mais l’aventure ne fait que commencer …

Effectivement, ce roman n’est pas comme les autres. Heinrich Steinfest écrivant des romans faisant appel à l’imaginaire, il était logique qu’il nous offre un conte. Et quelle merveille que ce roman ! L’auteur pousse même le vice jusqu’à écrire les passages avec de l’encre verte quand le lecteur aborde des passages dans Greenland. C’est amusant, et c’est surtout pas commun.

Dans la première partie, Théo März va donc tout faire pour sauver la jeune fille. Il croit qu’elle s’appelle Hélène, mais il s’avèrera qu’elle s’appelle Anna, Hélène étant le nom de son chien ! De cette première partie, l’auteur fait appel à notre âme d’enfant, aux mondes imaginaires que l’on se créé au fond de notre lit, tout en gardant les pieds sur Terre quand il décrit le monde des adultes et leurs travers.

Dans la deuxième partie, nous sommes en 2046. Théo a 46 ans et est deux fois divorcé. Il est devenu divorcé et est en voyage vers Mars. Ceci dit, avec un nom pareil, il ne pouvait pas faire un autre métier. Il apprend, là haut, que Anna a disparu. C’est alors qu’il décide de retourner à Greenland pour la trouver. Et c’est une nouvelle aventure qui démarre. Et Heinrich Steinfest en profite pour nous montrer l’évolution du monde vers plus de machines et plus d’ordinateurs, plaçant l’homme au deuxième plan.

Et c’est l’occasion pour l’auteur de défendre la puissance de l’imagination, l’importance de l’humanité à travers ce conte qui, personnellement m’a fait fondre. Outre sa forme originale, c’est une ode à l’Homme et à cette capacité à créer des choses plus grandes que lui. Si c’est une lecture qui me change de mes habitudes, ce voyage vers un autre monde m’a définitivement conquis. Un livre culte.

Quartier rouge de Simone Buchholz (Piranha)

Après avoir tourné la dernière page de ce roman, je peux d’ors et déjà vous dire que je vais être un fan de ce nouveau personnage récurrent Chastity Riley. Car Simone Buchholz nous offre comme sur un plateau un sacré bout de bonne femme, le genre de personne pour qui on ne peut que craquer.

Finalement, l’intrigue peut être résumée en quelques mots. Le personnage principal se nomme Chastity Riley et elle est procureure. Elle habite Hambourg et apprécie le quartier rouge, situé à coté du port. Elle y trouve une ambiance malsaine qui lui va bien et connait une bonne partie des prostituées qui y travaillent. Un matin, on découvre le corps d’une prostituée. Elle a été scalpée et on a posé sur sa tête une perruque colorée. L’autopsie démontre qu’elle a été endormie avant d’être tuée puis scalpée et qu’elle n’a pas eu de relations sexuelles.

Si je résume si rapidement l’intrigue, c’est bien parce que l’intérêt n’est pas là, du moins c’est mon avis. Car ce personnage de Chastity Riley, on ne risque pas de l’oublier … et on aimerait même la rencontrer. Simone Buchholz construit donc un personnage à la fois fort, mais aussi fragile par bien des aspects, et cela fonctionne parce que c’est fait sans esbrouffe, simplement, et que l’on y croit. En un mot, j’adore cette femme, et psychologiquement, il n’y a aucune erreur et on y croit. A fond !

Chastity Riley est la fille d’une Allemande et d’un Américain. C’est une trentenaire. Sa mère est partie aux USA, son père s’est suicidé à sa majorité. C’est donc une jeune femme sans racines ni repères qui s’est épris de cette ville de Hambourg. La présence de la mer apaise, le quartier du port vivant la nuit, tout est réuni pour un personnage qui cherche un sens à sa vie mais aussi qui se cherche et qui cherche à se perdre.

Du coté des amis, Chastity sort très souvent avec Carla qui est aussi différente d’elle que l’on puisse l’imaginer. Elles écument les bars quand Carla cherche à oublier son petit ami qui ne veut pas s’engager dans une relation digne de ce nom. Elles ne ratent pas un match de football pour toutes les émotions que cela procure. Mais surtout, ce sont des véritables fanas de cette équipe de Sankt Pauli qui évolue dans une division secondaire de football. Et on sent réellement la passion animer Chastity pendant ces matches.

Chastity est célibataire et fière de l’être … quoique … son voisin Klatsche qui n’a pas la vingtaine la fait craquer. Ils ont connu des nuits ensemble, mais elle refuse de se laisser aller, quand ses démons lui rappellent leur différence d’age. Pour autant, le passé de Klatsche n’est pas étranger au charme qu’elle lui trouve. Il a ce coté mauvais garçon qui représente une tentation de se laisser aller au coté obscur. Alors elle hésite, succombe, revient en arrière … et l’enquête va aider Chastity à se rapprocher de Klatsche ou du moins à lui donner de bonnes excuses …

Il y a aussi le commissaire Faller, qui est à ses ordres pour résoudre ses affaires, et qui fait figure de père pour Chastity. Elle ne veut pas se l’avouer mais il est bien ce père qui lui manque tant. Faller est à quelques années de la retraite et il est tout le temps là pour elle, toujours bienveillant quand il s’agit de lui donner des conseils ou pour l’épauler.

Vous l’aurez compris, c’est un roman fort avec un personnage fort. Mais je devrais aussi rajouter des scènes fortes, telles le dégout qu’elle a quand elle assiste à une autopsie, ou bien les lendemains de cuite quand elle doit assurer sa fonction. Parsemé de scènes marquantes, et comme on a déjà adhéré au personnage de Chastity, on ne peut que suivre l’enquête jusqu’au bout et être secoué par cette fin si noire et à laquelle nous ne nous attendions pas. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maitre, et j’ai hate de retrouver Chastity.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude qui lui a donné un coup de cœur.

Black out de Mark Elsberg (Piranha)

Vous connaissez probablement les films catastrophe, eh bien, ce livre se classerait aisément dans la catégorie des livres catastrophe. Imaginez qu’il n’y ait plus d’électricité … en voici un scenario, tout personnel :

Je me lève … en retard. Le réveil n’a pas sonné ! Vite, je me jette sous la douche mais l’eau est froide ! Je file à la cuisine pour me faire un petit café mais tout est éteint. Je suis obligé d’y aller à tâtons. Faute de petit déjeuner, je fonce à la gare pour prendre le RER … encore des retards ? non, le trafic est interrompu pour une cause indéterminée et il n’y a aucune information sur l’absence de trains. Imaginez que cela dure quelques minutes, quelques heures, quelques jours, quelques semaines.

Cette histoire commence en Italie. Sans prévenir, les feux rouges s’arrêtent. Piero Manzano, ingénieur en informatique et hacker pendant son temps libre, qui était en voiture, se retrouve pris dans un accident de la circulation. Ce qui aurait pu s’avérer un accident comme les autres est en fait le début d’une apocalypse. Car en Italie d’abord, puis en Suède, puis dans le reste de l’Europe, tout le réseau d’électricité va s’arrêter sans prévenir.

En effet, avec les compteurs électroniques, le réseau électrique est connecté au niveau européen à Internet. Ainsi, il est possible de savoir à distance la consommation d’un foyer, mais aussi d’appliquer une mesure d’urgence en cas de problème. Imaginez que ce code de sécurité soit piraté par des terroristes. Ils pourraient arrêter à distance un quartier, une ville, un pays tout entier, voire un continent.

Une fois qu’une ville entière ne demande plus d’électricité, les centrales électriques subissant une variation de la demande brutale appliquent automatiquement un arrêt d’urgence. C’est alors à l’échelle d’un pays que la catastrophe se dessine. Et comme le réseau est connecté au niveau européen, c’est à l’échelle du continent européen que se construit le scenario de ce roman.

Alors que les Américains nous auraient sortis un héros sauveur du monde (on imagine bien Bruce Willis dans le rôle titre), et d’ailleurs Jeffery Deaver nous avait concocté un scenario identique dans lignes de feu, Mrac Elsberg choisit dans son roman le coté informatif, journalistique, réaliste pour son intrigue. Et si Piero Manzano, affublé d’une journaliste de CNN, est bien le personnage principal, on nous fait voyager aux quatre coins de l’Europe pour montrer les conséquences d’une telle catastrophe.

Alors on va voyager en Italie, en Allemagne, dans les pays nordiques, en Allemagne, en Espagne, en France, pour montrer par le détail comment les événements vont s’enchainer comme des dominos bien rangés qu’un petit doigt vient faire tomber. De la coupure d’un quartier aux arrêts des centrales, des cellules d’urgence organisées dans les gouvernements aux réunions de crise des entreprises gérant la distribution électrique, de la famine aux morts des animaux (les vaches en particulier) qui sont les premiers à souffrir, de la pénurie en nourriture aux émeutes, tout cet ensemble est détaillé jour après jour avec beaucoup de réalisme.

Je dirais que ce roman se veut un roman à suspense, que le personnage principal va être balloté de droite et de gauche, qu’il va être soupçonné … mais l’intérêt n’est pas là. En effet, c’est bien dans ce scenario catastrophe, et dans son explication pédagogique que réside l’intérêt de ce roman. L’auteur nous montre les dangers de notre dépendance à l’électricité et le danger de ce réseau si fragile et si facile à pénétrer. C’est intéressant comme un document, passionnant comme un reportage et très instructif.

Ne ratez pas les avis de l’ami Yvan ou ceux des sites Raconte moi et La prophétie des ânes.

L’été des meurtriers de Oliver Bottini (Editions de l’aube)

J’en avais parlé lors d’un billet d’information du mardi, les quatrièmes de couverture me plaisaient beaucoup. Rien que l’idée de rencontrer un nouveau personnage récurrent, féminin, c’était suffisant pour que je me penche sur cet auteur.

2003, Kirchzarten, près de Fribourg. Nous sommes en plein été et il fait chaud, très chaud. Une grange, perdue au milieu des champs, brule. Adam Baudy est le premier à s’en apercevoir et il prévient les pompiers. Plusieurs casernes déplacent leurs véhicules, surtout pour éviter que le feu se propage aux champs ou forêts avoisinants. Baudy reste aux environs, il sait quoi faire dans ces cas là, il est pompier volontaire.

Le feu est vite maitrisé. Les pompiers s’apprêtent à aller fouiller les décombres, mais ne s’attendent pas à trouver quoi que ce soit, sauf du foin carbonisé. Mais Baudy a l’impression que le sol est prêt à s’effondrer, alors qu’on lui dit qu’il n’y a pas de cave. Gubnik, un des pompiers, s’avança vers la grange d’où s’échappe encore des fumées. Quand tout d’un coup, une gigantesque explosion secoue le bâtiment détruit.

Effectivement, il y avait une cave. Et dons la cave, on trouve quelques centaines d’armes, des armes de guerre. Mais on n’y trouve pas de munitions. Ce dépôt appartient-il à des extrémistes, des groupuscules néonazi, ou bien est-ce tout simplement une cache servant à un trafic d’armes à l’international. Louise Boni va mener l’enquête.

Quand on commence un roman d’un nouvel auteur, il y a forcément une phase d’adaptation à son style. Dans le cas d’Oliver Bottini, il faut savoir qu’il ne décrit jamais les lieux où évoluent ses personnages, il centre l’essentiel de ses actions sur ses personnages. De même, les dialogues sont réduits à leur plus simple expression, avec des réparties qui semblent incomplètes. Mais c’est aussi une façon de faire participer le lecteur, comme pour montrer que quand on parle, on discute beaucoup à demi-mot. Au début, c’est franchement déroutant ; puis au fur et à mesure, on se laisse prendre au jeu.

Car les qualités de cet auteur sont cette façon qu’il a de mener son intrigue. Il part d’un fait divers tout simple, et petit à petit, il rajoute sur la base de son gâteau une couche, puis une autre, puis une autre. Il ne s’encombre pas de fausses pistes, mais préfère plutôt creuser son sujet par couches successives. Et quand on veut montrer l’ampleur du trafic d’armes dans le monde, l’hypocrisie de nos politiques, la façon dont est organisé le meurtre des gens qui sont au dehors de nos frontières, ce procédé est redoutablement efficace. Rassurez-vous, je n’ai rien dévoilé de l’intrigue ! Mais sachez que Oliver Bottini aime secouer son lecteur, lui foutre des baffes pour que le propos entre bien dans sa petite tête lobotomisée de téléspectateur, qui s’abreuve de séries ou de films ineptes.

Evidemment, l’auteur ne propose pas de solution, il dénonce, il découvre, il montre ce qui se passe tous les jours. Loin d’être fait sur un ton fataliste, l’ensemble est tout de même bien pessimiste, à l‘image de son personnage principal, Louise, qui est l’autre énorme atout de ce roman. Elle est une ancienne alcoolique et revient d’une cure de désintoxication. Si Oliver Bottini passe beaucoup de temps à nous montrer son combat contre la rechute, il nous fait surtout partager sa souffrance, sans que cela soit trivial, évident, nunuche. J’ai adoré ce personnage, j’ai adoré ces moments où elle se retrouve dans son salon à regarder sa bouteille d’alcool sur la table du salon à se dire : « Pas aujourd’hui ». Pour faire une comparaison, j’ai trouvé dans ce personnage beaucoup de Malin Fors, le personnage de Mons Kallentoft. On y trouve aussi le regard que portent les autres, ses collègues, sur le retour de l’alcoolique au sein du service. Toutes ces scènes sont remarquables.

L’été des meurtriers, c’est la deuxième enquête de Louise Boti. Si on peut lire celle-ci sans avoir lu la précédente, je pense qu’il serait bien de lire Meurtre sous le signe du zen, avant d’attaquer celle-ci. Je ne l’ai pas fait et je pense que cela permettrait de s’imprégner plus facilement du service et des noms des collègues de Louise. Et ce que vous devez retenir, c’est que ce roman est d’une noirceur et d’un réalisme impressionnant. Et qu’à la fin, on a envie de crier : Courage Louise, j’arrive !

Ne ratez pas l’avis de Garoupe sur l’été des meurtriers ainsi que sur Meurtre sous le signe du zen