Archives pour la catégorie Littérature américaine

Pour services rendus de Iain Levison

Editeur : Liana Levi

Traducteur : Fanchita Gonzalez Batlle

Iain Levison est connu pour ses romans cyniques et lucides sur la situation de la société aux Etats-Unis. Son style direct et ses intrigues sont souvent une charge efficace contre ce qui parait être la meilleure démocratie au monde. Son dernier roman entre complètement dans ce cadre, et je ne peux que vous conseiller de vous accrocher.

1969, Vietnam. Le sergent Mike Fremantle est dans sa deuxième année de bourbier, avec au cœur l’envie de soutenir l’effort de son pays mais aussi de sauver ses hommes. Quand débarque le jeune Billy Drake, il lui apprend les bases de la jungle, comme voir les singes, creuser son abri, et survivre. Et Fremantle ne peut compter que sur lui, puisque son supérieur gage s’arrange pour ne jamais être sur le front.

2016, dans la petite ville de Kearns, Michigan. Mike Fremantle est devenu le chef de la police de Kearns et il se bat pour rendre les clés de la police dans un meilleur état que quand il est arrivé. Mais la délinquance est en hausse, les budgets en baisse et ce sont des équations qui ne vont pas ensemble. Mais il sent qu’il est temps pour lui de passer la main, de profiter de sa retraite et seule sa loyauté envers sa ville et ses habitants le pousse à continuer.

Deux hommes demandent à le voir, venant du Nouveau Mexique. Il est surpris d’apprendre qu’ils ont été envoyés par William Drake, sénateur de cet état. Fremantle le connaissait sous le nom de Billy. En pleine campagne électorale, Billy a raconté une anecdote sur le Vietnam, reprise sur Youtube. Mais l’adversaire de Billy a trouvé un témoin qui dit que Billy s’est lui-même blessé pour être exempté de la suite de son engagement militaire. Fremantle va donc accepter de témoigner à la télévision. Sans le savoir, il vient de mettre le doigt dans un engrenage sans contrôle.

Autant je n’avais pas été enthousiasmé par son précédent roman, autant celui-ci bénéficie d’un scénario concocté aux petits oignons. Iain Levison part d’une situation simple, et nous enfonce petit à petit dans une spirale infernale où les petits mensonges ou omissions finissent par avoir de lourdes conséquences. Mais est-ce que la vérité est importante au bout du compte, ou bien est-ce l’utilisation qu’on en fait, la manipulation des images et des gens ? C’est là toute la problématique soulevée dans ce roman.

Les deux personnages sont particulièrement bien trouvés et leur psychologie à l’avenant. Fremantle est chef de la police, du bon coté de la ligne jaune, d’une loyauté, droiture et honnêteté exemplaires. Billy, pardon, William Drake, doit montrer une image plus blanche que blanche à ses électeurs et ne se formalise pas de petits écarts par rapport à la vérité quand cela va dans son sens, c’est-à-dire quand il gagne des intentions de vote.

Evidemment, ce roman est une violente charge contre la politique, mais aussi contre les média car s’il n’est pas si primordial qu’un élu veuille cacher certains aspects de sa vie passée, c’est bien l’exploitation qui m’a le plus choqué. Car sans être totalement naïf, j’ai trouvé tout ce scénario bigrement réaliste, volontairement loin de toute esbroufe, simple mais bigrement efficace. Et je ne vous parle pas du dernier chapitre qui va forcément vous tirer un sourire jaune puisqu’au long des 200 pages précédentes, vos illusions seront déjà parties en fumée. Du grand Iain Levison, en somme !

Ne ratez pas les avis de Franck, Yan, Joyeux Drille,  Claude, Nyctalopes et Baz-art

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Oldies : La reine de la nuit de Marc Behm

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Nathalie Godard

Je continue ma rubrique Oldies qui est consacrée en cette année 2018 à la collection Rivages Noir. Voici un roman choisi presque par hasard dans ma bibliothèque, puisque j’ai suivi le bandeau signé Romain Slocombe : « L’apocalypse érotique du IIIème Reich ».

L’auteur :

Marc Behm, né le 12 janvier 1925 à Trenton, New Jersey, mort le 12 juillet 2007 à Fort-Mahon-Plage (Somme), est un écrivain de roman policier et un scénariste américain ayant vécu à Paris en France. Behm a écrit le scenario du film Help ! des Beatles (1965) et de Charade (1963). Son roman le plus connu est le roman noir surréaliste Eye of the Beholder (1980), traduit sous le titre Mortelle randonnée.

Behm a développé une fascination pour la culture française tout en servant dans l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale; plus tard, il est apparu en tant qu’acteur sur plusieurs programmes de télévision français, avant de s’y installer de façon permanente.

Ses romans font preuve d’un humour ravageur et d’un style surréaliste.

Quatrième de couverture :

La mère d’Edmonde Kerrl adorait Wagner, mais son père traduisait Shakespeare. Elle fut donc prénommée Edmonde en l’honneur du traître Edmund dans le roi Lear. Rien d’étonnant à ce qu’elle soit devenue la « reine de la nuit », ait rejoint le parti nazi sur un malentendu et, d’aventures en tribulations, se soit retrouvée membre des S.S. puis dans le lit d’Eva Braun…

Premier roman de Marc Behm au scénario pour le moins déroutant, la reine de la nuit est un livre à l’humour noir ravageur, dont l’exceptionnelle force subversive n’a pas fini de marquer les esprits. On peut y trouver une parenté avec le Inglourious Bastards de Tarantino, mais le ton de Marc Behm est unique comme l’est sa façon d’aborder le basculement dans la folie totalitaire à travers un thriller palpitant.

« Quoi qu’il en soit, un fabuleux roman. » Jean-Pierre Deloux, Polar

Mon avis :

Edmonde Kerrl, voilà un nom que je ne risque pas d’oublier, même si j’ai plus ou moins apprécié ce roman. Cette jeune femme va nous raconter sa vie, guidée par ses pulsions sexuelles et l’absence de son père, à travers la montée et la chute des nazis en Allemagne. De son adolescence et la découverte de ses premiers émois avec sa cousine jusqu’à sa condamnation à mort, elle ne nous cache rien et Marc Behm nous rend ce roman à la fois érotique et horrible, violent jusqu’à l’inacceptable et sarcastique.

Grossissant le trait jusqu’au grotesque, Marc Behm a certainement voulu montrer l’absurde du nazisme. Mais là où cela cloche, ce sont toutes ses libertés prises vis-à-vis de la vérité historique et le déroulement de l’intrigue qui place Edmonde toujours là où il se passe quelque chose.

Elle va fréquenter les plus hauts dignitaires de l’Allemagne, grâce aux innombrables orgies auxquelles elle participe, va frayer son chemin sans le vouloir, car elle n’est pas plus nazie qu’une autre. Elle est juste guidée par son égoïsme et son seul plaisir. Si au début j’ai bien accroché, surtout par l’acuité de la psychologie, j’ai petit à petit relâché mon intérêt par la violence de la fin. Vous êtes prévenus, c’est une sacrée charge contre le nazisme, sur un ton sarcastique et cynique mais c’était un peu trop pour moi.

Double Noir Saison 1

Claude Mesplède, le pape du polar s’est lancé dans une nouvelle aventure. L’association Nèfle Noire propose des nouvelles noires sous un format original (Format A6, c’est-à-dire tout petit, ça tient dans une poche de pantalon) à un prix tout aussi original (2€ !). Le contenu est aussi original, puisqu’il regroupe dans un volume 2 nouvelles, l’une écrite par une auteur classique, l’autre par un auteur contemporain. Ce qui veut dire que pour 2 euros, vous avez droit à une heure de lecture (car la fonte de l’écriture est riquiqui, et c’est le seul reproche que je ferai, mais essayez de proposer 2 nouvelles en 20 pages !)

Chaque année, nous avons donc droit à une série de nouvelles. La saison 1 se compose de 4 volumes (ou épisodes si on se réfère aux séries télévisées). Ah oui, j’ai oublié de vous dire : les frais d’envoi à partir de 4 livres sont de 4 euros ! C’est donné ! Franchement, parfois, je me demande pourquoi vous hésitez encore ! Du coup, j’ai acheté les 2 premières séries, la troisième devant voir le jour en octobre de cette année.

Ah oui, j’ai une question d’une petite dame au fond de la salle. Comment ? Où peut-on se procurer ces petits volumes au contenu aussi étonnant que formidable ? C’est simple : vous allez sur le site www.doublenoir.fr/, vous téléchargez le bon de commande, un petit chèque et hop ! L’affaire est conclue. Ah ! une autre question de la petite dame du fond : De quoi parlent la première saison ? Eh bien, voici un petit aperçu des 8 nouvelles de la saison 1 :

Saison 1 / Episode 1 :

Erckmann-Chatrian: La voleuse d’enfants

En 1787, à Mayence, une femme erre dans la ville en appelant sa fille, disparue. Tout le monde la prend pour une folle. Il faudra la disparition du fils d’un colonel pour que le prévôt veuille bien lancer une enquête. En une dizaine de pages, l’ambiance brumeuse et sombre est formidablement posée. Et le mystère va nous mener à un dénouement noir et macabre digne des thrillers actuels. Une nouvelle énorme !

Marc Villard : Chorus

Sam est un génie méconnu de la trompette. Il joue dans des petits bars et son ancienne petite amie Diana lui demande un service. Mais il n’aurait jamais dû écouter son cœur sur ce coup là. Marc Villard nous écrit un pur polar réjouissant. Tout y est : l’ambiance, les méchants, les gentils, la femme fatale … et l’amour du jazz. Là ou des auteurs mettent 300 pages à vous intéresser, Marc Villard le fait en 11 !

Saison 1 / Episode 2 :

Abraham Lincoln: L’affaire Trailor

William, Henry et Archibald Trailor ne sont pas connus pour être des frères bandits ou assassins. Fisher, voisin de William, partit avec lui rejoindre ses autres frères. Arrivés à Sptingfield, ils prirent une chambre dans une pension. Le soir, ils partirent faire un tour dans les bois et Fisher ne revint jamais. Avec cette histoire mystérieuse, le Président des Etats-Unis Abraham Lincoln demande et se demande ce que doit être une société juste et la place de la justice dans celle-ci.

Franck Thilliez : Gabrielle

Gabrielle et Pierre sont deux amoureux de la nature. Tous les ans, ils observent et filment les grizzlis à la chasse automnale, qui se préparent pour un hiver rigoureux. Ils habitent au milieu des bois, derrière un grillage électrifié. Mais cette année-là , les saumons ne sont pas au rendez vous, et les grizzlis ont faim, désespérément faim. Le stress monte, monte, jusqu’à un dénouement totalement inattendu. J’ai trouvé cette nouvelle excellentissime, et non dénué de tendresse.

Saison 1 / Episode 3 :

Emile Zola: Les disparitions mystérieuses

Emile Zola est un de mes auteurs favoris que j’ai découvert lorsque j’étais au collège. Avant les Rougon-Macquart, en 1867, il publiait une chronique dans le Figaro, qui se voulait une critique acerbe et humoristique, tournant en dérision les novellistes qui inventent des histoires sur la base de disparitions de gens. Commencé comme un reportage pour rassurer ses lecteurs, il transforme cette chronique en un charmant petit morceau de comédie.

Laurence Biberfeld : Treize, impair et manque

Martin Saroyo avait tout pour lui : riche, PDG, et venant de gagner de fortes sommes au casino. Alors comment expliquer qu’on le retrouve mort, suicidé, ayant croqué une pilule de cyanure. De cet événement dramatique, Laurence Biberfeld nous concocte une nouvelle bien noire au dénouement aussi inattendue qu’inhumain.

Saison 1 / Episode 4 :

Scott Fitzgerald : Pendant le bal

Il est étonnant de lire une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald qui lorgne du coté du roman policier. On a du mal à l’imaginer, pour qui a lu Gatsby le Magnifique. On y retrouve tous les ingrédients d’un roman policier, un personnage féminin, une scène de meurtre, et on se laisse bercer par ce style inimitable et nonchalant de ce grand auteur, à la fois dandy et subtil dans sa façon de fondre les personnages dans des décors éthérés.

Elsa Marpeau : Jeu de main

Elle aime l’informatique et s’est créé son propre monde imaginaire. Avant de préparer le repas de la famille, elle s’évade dans ce monde parfait. Parfait ? Pas sur ! En quatre pages, seulement, Elsa Marpeau arrive à nous plonger dans un monde plus vrai que vrai. L’effet en est saisissant et la chute d’autant plus violente pour le lecteur. Un sacré coup de force pour cette auteure décidément trop méconnue.

Espace jeunesse : A la nuit je mens de Kara Thomas

Editeur : Castelmore

Traducteur : Cécile Chartres

Je vous avais parlé le mois dernier de Little Monsters, le premier roman de Kara Thomas à être publié en France. Je devais vous parler de son deuxième, sorti tout récemment. Mais comme j’ai du retard dans mes lectures, j’ai fait appel à mon amie Suzie qui m’a fait la gentillesse de m’offrir son avis que voici :

Bonjour amis lecteur. Me voici de retour pour vous parler d’un nouveau livre intitulé « A la nuit je mens » de Kara Thomas.

Récemment, mon ami et hôte Pierre vous a parlé de son livre précédent « Little monsters », livre que j’ai également lu et qui m’a suffisamment intriguée pour lire les autres romans de cette auteure. Cette dernière est connue sous les pseudonymes de « Kara Thomas » ou de « Kara Taylor » et elle écrit des romans « Young Adult » c’est-à-dire des histoires dont les héros se trouvent dans la tranche d’âge 15 – 20 ans à peu près. « A la nuit je mens » est son deuxième roman traduit en français après « Little monsters ».

Le titre anglais de  « A la nuit je mens »  est « The darkest corners » qu’on pourrait traduire par les coins les plus sombres. Si on compare les deux couvertures, vous constaterez qu’elles véhiculent deux messages différents. Pour l’original, cette dernière est composée de morceaux d’une photo qui aurait été déchirée et qu’on aurait reconstruite par la suite. Comme si la psyché d’un des personnages féminins aurait été morcelée et reconstruite selon une logique différente. Pour la version française, elle reflète l’aspect de se murmurer des secrets voire des mensonges à l’oreille. C’est la position typique de deux amies ayant une discussion hautement confidentielle.

Si on revient à la quatrième de couverture, le synopsis nous raconte une drôle d’histoire :  Celle d’une jeune femme de dix-sept ans qui revient dans la ville de son enfance, Fayette,  qu’elle a quittée il y a dix ans, après l’éclatement de sa famille. Son enfance a été marquée par son témoignage, avec sa meilleure amie, contre un homme qui serait un serial killer. Mais, les années passant, le doute s’instaure et lors de son retour dans cette petite ville, de nouveaux éléments émergent. Les apparences sont trompeuses et plus que trompeuses. L’auteur va en jouer pendant toute l’histoire.

Le personnage principal, Tessa, apparaît comme un personnage qui apporte un œil neuf sur le microcosme de Fayette. Après une absence de dix années, elle a évolué et elle revient avec ses doutes mais également des secrets qu’elle n’a jamais dévoilés à quiconque. Pour appuyer encore plus le point de vue de Tessa, l’histoire est racontée à la première personne du singulier. Cela renforce cette impression d’étrangeté.

Car c’est un personnage qui se retrouve entre le marteau et l’enclume. Elle connait le passé des protagonistes de cette histoire mais pas leur évolution, qu’elle a du mal à appréhender. De plus, cette transplantation forcée entre Fayette et la Floride a transformé Tessa. Elle est devenue beaucoup plus secrète, plus inquiète, ne supportant pas qu’on la touche, ainsi qu’indépendante. Elle a une conscience très forte des secrets qu’elle garde ainsi qu’une compréhension trop mature des relations avec sa famille.

Enfin, il y a une certaine culpabilité qui va l’accompagner pendant des années. Alors que Tessa est plutôt introvertie, Callie semble être son exact contraire. Elle semble être intégrée mais elle cache également d’autres secrets. En ce qui concerne les parents de Callie, ces derniers sont toujours sous le choc de l’homicide de leur nièce malgré le temps passé, en particulier la mère. Cette affaire d’homicide aura secoué cette petite ville et lorsqu’un autre homicide a lieu, les secrets et les mensonges ont tendance à remonter à la surface. Les autres personnages sont montrés par couches successives qui leur donnent du relief au fur et à mesure que Tessa va les côtoyer.

Si on regarde l’intrigue, cette dernière va comporter deux axes : le témoignage de Tessa et de Callie pour incriminer Wyatt Stokes ainsi que la famille de Tessa dont deux des membres ont brutalement disparu, sans laisser de traces. Dans la première intrigue, c’est celle qui va appâter les lecteurs et qui est décrite dans le synopsis. Elle démontre l’instrumentalisation des enfants c’est-à-dire, dans ce cas, la concordance du témoignage des deux fillettes jusqu’à obtenir une reconstitution unique pour pouvoir inculper un homme sur des preuves indirectes ainsi que leurs conséquences sur la vie des différents habitants.

La deuxième intrigue qui reste sous-jacente pendant une bonne partie de l’histoire est la recherche par Tessa de sa sœur. Cette dernière ayant disparu lors de l’homicide de sa meilleure amie, refait une brève apparition au début de cette histoire. Cela va pousser Tessa à chercher à comprendre comment la personne la plus importante de sa vie a pu disparaître sans laisser de traces. Cette intrigue secondaire met en exergue la recherche de son identité, la compréhension de ses racines à travers la recherche de cette sœur tant aimée. Mais, les secrets qui vont en émerger, vont modifier la vie de Tessa ainsi que celle de la ville. Mais, je ne peux vous en dire plus. A vous de le découvrir

Je ne connaissais pas cette auteure avant de lire son livre précédent « Little monsters » avec lequel elle a réussi à me surprendre. J’avais hâte de pouvoir lire celui-ci et cela m’a fait le même effet que le précédent, surtout la fin. J’ai eu droit à un retournement de crêpe. L’auteure passe son temps à vous balader entre les différents secrets des uns et des autres, leurs mensonges, leurs problèmes et leurs doutes. Elle nous appâte avec une intrigue assez controversée : le témoignage d’enfants dans un procès pour de multiples homicides avec des problèmes bien spécifiques comme la concordance des faits, la préparation des témoins, la divulgation des preuves, … Et de cette intrigue primaire, l’auteure nous fait rebondir sur une intrigue secondaire qui va, au fur et à mesure, passer au premier plan pour nous emmener vers une conclusion très particulière. J’attends avec une grande impatience son prochain roman et je me demande à quelle sauce Kara Thomas compte nous déguster. Sur cela, je retourne dans ma cave avec de nouvelles provisions et j’espère que vous apprécierez les différentes thématiques de ce livre. Bonne lecture à tous et à bientôt. 

Les incurables de Jon Bassoff

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons

Après une premier roman plus que prometteur, Corrosion, Jon Bassoff nous revient avec un roman qui nous plonge dans l’Amérique profonde des années 50 avec un roman tout simplement génial.

1953. Le Dr Walter Freeman est une des sommités de l’hôpital psychiatrique dans lequel il travaille. Il est un spécialiste de la lobotomie trans-orbitale, et a sauvé nombre de personnes. Ce matin-là, Edgar, son patient du jour, s’avère être un jeune homme extrêmement violent. Armé de son pic à glace et de son marteau, il lui enlève les zones du cerveau à l’origine de sa violence. Après l’opération, Edgar semble avoir oublié toute idée de meurtre. Pour le Dr Freeman, il vient de sauver une personne supplémentaire. C’est d’ailleurs tout ce qui lui reste, depuis qu’il n’a pas pu sauver son fils lors d’une randonnée dans les Rocheuses.

Sa situation est remise en cause par McCloud, le directeur de l’hôpital et par l’amélioration récente des médicaments. Il lui demande de cesser ces opérations inhumaines et vire le Dr Freeman, qui se retrouve face à sa femme alcoolique. Sa décision est prise : il partira sur les routes sauver de nouvelles âmes. Après avoir récupéré Edgar, les deux hommes partent arpenter les petites villes et leur marché.

Deux ans plus tard, Dans une petite ville de l’Oklahoma. Sur un podium, Stanton, un vieil homme exhorte les passants, leur annonçant la venue du messie. En effet, à coté de lui, Durango, son fils est assis sur un trône de fortune, une couronne d’épines sur la tête. La foule se moque d’eux jusqu’à ce qu’une femme apparemment aveugle affirme avoir retrouvé la vue après que Durango ait apposé ses mains sur sa tête.

Puis Durango rencontre Scent dans un bar, une jeune fille qui vit avec sa mère folle qui croit que son mari va revenir en jour. Scent ne rêve que d’une chose : récupérer l’argent de sa mère et partir de cet enfer. Le lendemain, le Dr Freeman et Edgar débarquent, proposant de faire une démonstration de leur solution ultime à tous les problèmes.

C’est dans les campagnes américaines que les auteurs américains ont trouvé l’inspiration et le don de décrire la nature humaine, celle qui nous rappelle que nous ne sommes rien d’autre que des animaux doués de réflexion. Bien qu’il situe son roman dans les années 50, probablement pour des raisons scénaristiques, Jon Bassoff nous livre là un roman intemporel, prenant, impressionnant, encore meilleur que Corrosion à mon avis.

Dès les premières lignes, dès les premières pages, on est plongé dans un décor surnaturel, dans une sorte de mélange de Vol au dessus d’un nid de coucou et Shutter Island. Et dans cette ambiance de folie, où les docteurs sont aussi fous que leurs patients, Jon Bassof nous place ses personnages dans une première partie qui va durer quatre chapitres. Puis on arrive deux ans plus tard dans un autre décor impressionnant, une place dans un village avec des marchands ambulants, qui collent parfaitement à l’idée que l’on peut se faire des badauds et des petits podiums, des hurleurs cherchant à vendre leurs solutions miracles.

Dans cette période et ce lieu qui ressemblent à la fin du monde, les personnages sont tous à la recherche de quelque chose, et plus particulièrement d’une possibilité de fuite, car, dit-on, l’herbe est plus verte ailleurs. Je ne sais pas si Jon Bassoff a voulu y insérer un message, mais tous ses personnages veulent être sauvés, et la solution n’est ni dans la médecine, ni la religion, ni le Diable qui fera son apparition vers la fin du livre. Toujours est-il que son livre, inoubliable et brillant à tous points de vue, évoque beaucoup de choses et nous amène vers une fin en forme d’apocalypse.

Avec son style minimaliste et bigrement évocateur, Jon Bassoff nous guide dans son cauchemar qu’il a patiemment dessinés avec juste quelques traits de fuseau, un fuseau comportant deux couleurs : le noir et le rouge. Et en seulement 200 pages, il nous aura parlé de plein de choses, sans jamais les imposer, juste pour nous faire grandir. Après avoir tourné la dernière page, je me suis dit que je n’avais jamais lu un roman aussi proche et aussi empreint d’humilité pour l’univers du grand Harry Crews. Les incurables est pour moi un des incontournables de cette année 2018

Ne ratez l’avis de Quatre Cent Quatre

Oldies : Smoke de Donald Westlake

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Marie-Caroline Aubert

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, il fallait que j’insère un roman de Donald Westlake. J’adore cet auteur et pas seulement pour sa série Dortmunder. J’adore sa façon de regarder le quotidien de travers, sur un ton décalé. Et j’adore sa créativité dans ses scènes comiques.

L’auteur :

Donald Edwin Westlake, né le 12 juillet 1933 dans le district de Brooklyn, à New York et mort le 31 décembre 2008 à San Pancho au Mexique, est un écrivain et scénariste américain, également connu sous de nombreux pseudonymes (Richard Stark, Alan Marshall, Tucker Coe …). Auteur prolifique et polyvalent, il est notamment célèbre pour ses romans policiers humoristiques mettant en scène les aventures de John Dortmunder, Parker et Alan Grofield.

Westlake passe son enfance dans le quartier populaire de Brooklyn et complète ses études à l’Université d’État de New York à Binghamton. De 1954 à 1956, il accomplit son service militaire dans la US Air Force. De retour à la vie civile, il exerce plusieurs petits métiers. Il devient notamment rédacteur dans une agence de littérature. Cette fréquentation du milieu littéraire le décide à embrasser la carrière d’écrivain en 1958. Deux ans plus tard paraît son premier roman, Le Zèbre (The Mercenaries). La notoriété de l’auteur ne prend toutefois son envol qu’à partir de 1967, quand Divine Providence (God Save the Mark) décroche l’Edgar du meilleur roman policier de l’année.

Écrivain prolifique et éclectique, Westlake a écrit plus d’une centaine d’ouvrages, approchant bon nombre des genres de la littérature policière que ce soit le polar humoristique (son genre de prédilection), le roman policier, le roman noir, le thriller, le fantastique ou même la science-fiction. Il a remporté par trois fois le prix Edgar-Allan-Poe, et s’est vu décerner en 1993 le Grand Master Award par l’association des Mystery Writers of America.

Donald Westlake collabore à quelques scénarios ou les rédige seul : Flics et voyous (1973) par Aram Avakian, adaptation de son propre roman Gendarmes et voleurs (Cops and Robbers) ; Le Beau-père par Joseph Ruben, d’après une histoire originale de Westlake, écrite en collaboration avec Carolyn Lefcourt et Brian Garfield, et surtout Les Arnaqueurs, film de Stephen Frears, une adaptation du roman éponyme de Jim Thompson pour laquelle Westlake est nommé pour l’Oscar du meilleur scénario adapté en 1991.

En 2008, Westlake meurt d’une crise cardiaque la veille du Jour de l’an, alors qu’il séjourne au Mexique en compagnie de son épouse Abigail.

(Source Wikipedia adaptée par mes soins)

Quatrième de couverture :

Freddie Noon n’est pas un criminel endurci. Il se définirait plutôt comme  » semi-tendre « . Alors quand il choisit de cambrioler le laboratoire Loomis-Heimhocker, il envisage une petite effraction tranquille. Ce que Freddie ne sait pas, c’est que ce laboratoire est financé par les industriels du tabac et que si l’on y effectue des recherches sur le cancer, en aucun cas elles ne doivent aboutir à la conclusion que fumer pourrait… provoquer des maladies graves. Pour se garder de tomber par hasard (on ne sait jamais) sur des résultats gênants, les deux médecins qui dirigent le labo se sont intéressés au traitement du mélanome, et ils sont en passe de réussir ; ils ont mis au point deux formules qui ne demandent qu’un cobaye pour être testées. Freddie ne pouvait mieux tomber. Il y aura cependant des conséquences imprévues : il devient invisible, ce qui, même dans son métier, présente quelques inconvénients. Essayez donc de vous raser quand vous n’apercevez pas votre visage. Essayez de vous faire (bien) voir de votre femme. Comme le dit Freddie,  » être un homme invisible, c’est un job plutôt solitaire « . Westlake improvise brillamment sur le thème classique de l’invisibilité. Il en profite pour railler les travers de l’Amérique où l’anti-tabagisme prend des formes assez intolérantes et il prouve avec ce roman plein d’humour qu’il a toujours autant de souffle. Lire Westlake nuit gravement à la morosité.

Mon avis :

Donald Westlake a écrit tellement de romans, dans tous les genres, et sous différents noms, qu’il était bien difficile de faire un choix. Claude Mepslède a attiré mon attention sur celui-ci et c’est un pur plaisir de comédie. Et comme souvent chez Westlake, tout part d’un petit voleur, une profession qui devait être une passion pour cet auteur. Smoke est l’occasion de revisiter le mythe de l’homme invisible.

Freddie U. Noon (U comme Urbain, vous savez, le pape … et même les papes, il y en a eu plusieurs avec ce prénom ridicule, dixit Westlake) est donc un petit voleur et s’introduit dans la maison d’un couple de docteurs, qui font des recherches sur le cancer. Leur dernière trouvaille touche plutôt aux cancers de la peau, partant du principe qu’en gommant les pigments de la peau, on ne peut plus attraper le cancer. Ils en sont au stade de l’essai grandeur nature et obligent Freddie à prendre leur produit n°1, en mentant sur le fait que la fiole n°2 est un antidote. Freddie s’échappe et boit donc les 2 produits, devenant invisible.

Avec cette intrigue, Westlake décline son humour envers les chercheurs en médecine, mais aussi les avocats qui se font un fric monstre, leur rôle trouble en jouant sur tous les tableaux, et surtout l’industrie du tabac qui, en créant des sociétés derrière un écran de fumée ( !) paient des chercheurs pour démontrer que le tabac n’est pas nocif. Finalement, on s’aperçoit que les plus nocifs, les plus truands ne sont pas les petits voleurs mais bien les grands pontes, les légalistes et les scientifiques. Et le personnage le plus attachant s’avère être finalement le pauvre Freddie ! Un comble !

Donald Westlake disait que pour écrire un roman, il suffisait de partir d’une idée et de se laisser entraîner par l’intrigue, d’improviser. C’est totalement l’impression que l’on a en lisant ce roman. Car l’intrigue, qui suit plusieurs personnages de Freddie aux deux docteurs, en passant par les avocats ou les policiers, ne va jamais dans le sens où on pourrait le croire. On est tout le temps surpris et on se marre, voire on rit jaune quand Westlake nous sort une pique bien sentie envers une profession.

On retrouve tout le talent de Westlake dans ce roman pour construire ses scènes comiques : Les personnages sont décrits avec des termes et des comparaisons détournées ; les décors sont très détaillés et chaque détail prête à rire ; les scènes sont construites patiemment jusqu’à à arriver à une chute qui est bien souvent des chefs-d’œuvre de comique de situation. Il est grand temps de découvrir, lire et relire Donald Westlake, qui nous manque tant. Westlake, c’est de la lecture jouissive assurée.

Espace jeunesse : Little monsters de Kara Thomas

Editeur : Castelmore

Traducteur : Sébastien Baert

Parfois il m’arrive de lire des romans destinés à la jeunesse, soit parce que je cherche des livres pour ma fille (dans ce cas-ci), soit parce qu’ils me les conseillent. Ce n’est pas le cas pour ce roman puisque c’est la quatrième de couverture qui a attiré mon attention. Quand on parle d’un roman psychologique d’une héritière de Gillian Flynn, il ne faut pas longtemps pour que je m’y intéresse.

Kacey est une jeune lycéenne âgée de 17 ans, qui vient d’arriver à Broken Falls, dans le Wisconsin, pour habiter avec sa belle famille. Elle a en effet du quitter sa mère à New York, après avoir fait une énième fugue. Elle débarque donc dans la famille de son père, qui comporte deux enfants : Andrew qui va bientôt partir à la fac et Lauren âgée de 13 ans. Elle se sent étrangère dans sa vie : sa belle-mère ne sera jamais sa mère et elle ne se sent pas acceptée dans le village, ni au lycée.

L’important pour les filles de leur âge, c’est de s’intégrer à un groupe. Ses deux meilleures copines sont Bailey et Jade. Elle a rencontré Bailey lors d’un cours d’histoire et elles devaient faire un exposé en couple. Bailey s’est retrouvée seule et a été obligée de choisir Kacey. Depuis, elles sont inséparables et se racontent tout. Enfin, presque tout car il faut bien garder une part de secrets …

Cette nuit-là, Bailey et Jade ont promis à Kacey d’aller faire une virée nocturne à Sparow Hill. C’est là-bas qu’a eu lieu le massacre de la famille Leeds : le père a tué ses enfants en mettant le feu à sa maison avant de se suicider. On n’a jamais retrouvé sa femme, Josephine Leeds. Depuis, des légendes courent sur celles qu’on appelle la dame en rouge. Elle hanterait la grange. Quand les deux filles arrivent, la petite Lauren se réveille et elles décident de l’emmener avec elles. Mais rien ne se passe comme prévu et le toit de la grange s’effondre sous le poids de la neige, manquant tuer Kacey et Lauren.

Le lendemain, Kacey assure le service chez sa belle-mère Ashley, gérante du Milk and Sugar. Jade passe en coup de vent, lui assurant qu’elle lui enverra un SMS quand Bailey et elle iront à la fête de Sully. Mais Kacey ne reçoit aucun SMS. Et Bailey qui a bien été présente à la fête a disparu et n’est jamais rentrée chez elle.

Si ce roman est vendu dans une collection qui est destinée aux « Young Adults », (Jeunes adultes pour les non anglophones), je suis sur que les « vieux adultes » vont y prendre un grand plaisir. Car ce roman est remarquablement bien fait, et que l’on se fait avoir dans les dernières pages, avec la révélation du coupable. Et pourtant, en prenant un peu de recul, comme il est difficile de passionner un lecteur autour de la vie très rythmée et balisée des lycéens. Défi réussi !

C’est donc un roman psychologique que Kara Thomas nous propose et sa lecture est donc destinée aux aficionados de ce genre littéraire. Kara Thomas nous plonge immédiatement dans le cœur de la vie de Kacey, sans aucune explication, ce qui permet de nous plonger dans son quotidien. Pour autant, on suit ses pensées et ses pérégrinations sans se poser de questions. C’est quelque chose que j’ai apprécié, cette faculté de nous immerger dans une vie qui n’est pas la nôtre.

Petit à petit, Kara Thomas va nous expliquer le contexte, la vie de Kacey, comment elle est devenue amie de Bailey et Jade. Et l’auteure arrive à insuffler une sorte d’urgence, de stress dans son style, pour mieux nous plonger dans la tête d’une adolescente, et nous décrire ses soucis et ses centres d’intérêt, ses petits secrets et les ragots. Mais quand une copine disparaît, les petits secrets peuvent se transformer en gros mensonges et les conséquences devenir dramatiques.

Entre deux chapitres, de temps en temps, Kara Thomas insère des extraits d’un journal intime, que l’on devine vite être celui de Bailey, la jeune femme qui a disparu. Si au début, cela n’apporte pas grand’chose à l’histoire, ces chapitres finissent par éclairer cette histoire différemment. Et malgré les 300 pages, et le petit monde qui tourne autour de Kacey, l’auteure arrive à un dénouement surprenant.

Si les recettes de ce roman s’avèrent classiques, c’est un roman très bien fait qui a eu le mérite de passionner l’amateur de romans psychologique que je suis, et qui peut aussi faire découvrir ce genre à des lecteurs plus jeunes. Je pense que cette lecture peut intéresser les jeunes à partir de 16 ans, voire un peu plus, mais ce n’est que mon avis. Et si la quatrième de couverture fait référence à Gillian Flynn, je pencherai plutôt du coté de Megan Abbott pour la thématique abordée, même si l’écriture de Megan Abbott est plus subtile et destinée à un public plus âgé. Little Monsters est donc une bien belle découverte.