Archives pour la catégorie Littérature américaine

Espace BD : Lowlifes de Brian Buccellato (Scenario) & Alexis Sentenac (Dessins)

Editeur : Glénat

Il est bien rare que je chronique des bandes dessinées. Mais quand elles allient un scenario 100% pur polar et un dessin sombre, je ne peux que vous le conseiller.

Quatrième de couverture :

On dit que la vie n’a pas de prix. La leur ne vaut rien.

Los Angeles… Derrière le soleil, les plages de surfeurs et les tapis rouges, la cité des anges cache un monde de démons, sans morale et sans rêves. Grand est un flic hanté par la vengeance qui tente désespérément de s’accrocher au type bien qu’il croyait être. Leonard est un toxico qui veut retrouver sa famille. Rip est un voyou impliqué dans les combats clandestins. Wendall est celui qui tire toutes les ficelles… Quand la juteuse recette d’une de ses parties de poker est dérobée, ces trois vauriens vont se rendre compte que rédemption et destruction sont leurs seuls tickets de sortie.

Après Sukeban Turbo, Glénat Comics vous propose un nouveau mariage d’auteurs transatlantiques ! L’Américain Brian Buccellato et le Français Alexis Sentenac conjuguent ici leurs talents pour ce récit noir comme la nuit, dans les rues glauques et sauvages de Los Angeles…

En fin d’ouvrage retrouvez, en bonus, le making of de l’album, des études graphiques de personnages et des hommages exclusifs d’auteurs phares de la scène BD ou comics.

Mon avis :

Dans cette bande dessinée écrite en quatre chapitres, nous allons suivre Richard Grand est un flic dont la femme a été violée. La vengeance le mine alors qu’il connait le coupable et ne peut rien faire d’autre que le regarder continuer à vivre. Jusqu’à ce qu’il rencontre Wendall, un caïd avec qui il va passer un marché. Mais il devra payer l’addition !

Le scenario est simple, et d’une redoutable efficacité, et montre une descente aux enfers, alors qu’on lui a promis le paradis. Il fait appel aux meilleurs romans hard-boiled américains, et nous balade dans les bas-fonds de Los Angeles. Quant aux dessins, ils sont d’une simplicité étonnante, et surtout d’une précision remarquable. Avec les couleurs sombres de l’histoire, ils nous plongent dans cet univers sans pitié, avec ce scenario qui vous surprendra jusqu’à la dernière page. Tout est dans l’ambiance sombre que l’ensemble créé, très visuel, très cinématographique.

A la fin du volume, on trouvera une interview des auteurs ainsi que des pages illustrant tout le travail du dessinateur, la façon dont il construit sa pages, ses dessins et le coloriage, ce qui est très instructif.

Il est à noter que cette bande dessinée ferait un excellent film, et que si les discussions sont entamées, rien n’est encore fait. Par contre, Brian Buccellato annonce que c’est une trilogie. Les personnages suivants n’auront rien à voir avec ceux rencontrés ici, le seul point commun étant Los Angeles, la cité des anges perdus.

Oldies : Un homme dans la foule de Budd Schulberg

Editeur : Editions des Equateurs

Traducteur : Christophe Mercier

Paru initialement dans un recueil de nouvelles chez Rivages, je suis tombé sur ce roman totalement par hasard et j’ai craqué en lisant la quatrième de couverture.

L’auteur :

Budd Schulberg, né le 27 mars 1914 et décédé le 5 août 2009, est un scénariste, producteur de télévision, romancier et écrivain sportif américain. Il est surtout connu pour ses scénarii de Sur les quais en 1954 pour lequel il reçoit un oscar, et Un homme dans la foule en 1957. Il a également établi sa réputation avec ses romans Plus dure sera la chute, adapté au cinéma en 1956, et Qu’est-ce qui fait courir Sammy ?

Au cours de ses études au Dartmouth College, Schulberg participe activement au magazine humoristique local, le Dartmouth Jack-O-Lantern. En 1939, il collabore au scénario de la comédie Winter Carnival de Charles Reisner, dont l’action se déroule sur le campus. Parmi les co-auteurs figure F. Scott Fitzgerald, mais qui est renvoyé pour sa consommation excessive d’alcool lors d’une visite à Dartmouth. L’université octroiera à Schulberg un diplôme honoraire en 1960.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il s’engage dans la Marine et est affecté à l’OSS, dans l’équipe de John Ford chargée de réaliser des documentaires sur le conflit. À la suite de l’armistice, il est au nombre des premières troupes américaines qui découvrent et libèrent les camps de concentration. Il participe à rassembler les preuves contre les criminels de guerre en vue du procès de Nuremberg, notamment par l’arrestation de la réalisatrice Leni Riefenstahl dans son chalet de Kitzbühel en Autriche : on exige d’elle qu’elle identifie les responsables nazis à partir de bobines de films allemands capturés par les Alliés.

Fils de producteur, Schulberg a une connaissance intime d’Hollywood, que restituent ses écrits. Son roman le plus célèbre, Qu’est-ce qui fait courir Sammy ? (What Makes Sammy Run?, 1941), décrit cet univers qui, pour son héros Jimmy Glick, commence comme un conte de fée mais dont la fin est loin d’y ressembler.

En 1950, il publie Le Désenchanté (The Disenchanted), l’histoire d’un jeune scénariste qui doit collaborer au scénario d’un film sur les fêtes hivernales d’une université, avec un célèbre écrivain. Celui-ci, derrière lequel se dessine assez nettement la figure de F. Scott Fitzgerald mort dix ans auparavant, est dépeint comme un personnage imparfait et tragique, au contact duquel le jeune scénariste devient désabusé. Le roman est adapté au théâtre à Broadway en 1958, avec Jason Robards, qui emporte un Tony Award à cette occasion.

En 1951, il se retrouve au cœur des controverses du maccarthysme lorsque le scénariste Richard Collins témoigne devant la commission des activités anti-américaines en le désignant comme ancien membre du parti communiste américain. Il comparaît alors devant la commission et témoigne que des membres du parti avaient cherché à influencer le contenu de Qu’est-ce qui fait courir Sammy ? et désigne à son tour d’autres membres et sympathisants communistes à Hollywood.

1954 voit la sortie de Sur les quais (On the Waterfront) d’Elia Kazan avec Marlon Brando, dont le scénario est écrit à partir d’une série d’articles sur le milieu des dockers et la personnalité du père John M. Corridan (le Père Barry, dans le film), et qui lui vaut d’obtenir l’oscar du meilleur scénario original.

En 1957, Schulberg écrit le scénario de Un homme dans la foule (A Face in the Crowd), à nouveau d’Elia Kazan, au sujet de l’ascension d’un jeune chanteur de country qui devient maniaque dans le contrôle de son succès. En 1958, il écrit et coproduit avec son jeune frère Stuart La Forêt interdite (Wind Across the Everglades) de Nicholas Ray. Ultérieurement, il ne travaillera plus que pour la télévision, notamment en tant que producteur, dans les années 1960, de la série Everglades.

Autre facette de sa carrière, Schulberg est également écrivain du sport et correspondant en chef pour la boxe du magazine à grand tirage Sports Illustrated. À ce titre, il entre au hall de la célébrité de la boxe (Boxing Hall of Fame) en 2002, en reconnaissance de sa contribution pour ce sport, qui est le cadre de son roman Plus dure sera la chute (The Harder They Fall, 1947).

À la suite des émeutes de 1965 qui secouent le quartier de Watts à Los Angeles, Schulberg crée l’atelier des écrivains de Watts (Watts Writer Workshop) en vue d’insuffler des approches artistiques et culturelles à la population défavorisée.

Schulberg a été marié quatre fois : Virginia Ray, Victoria Schulberg, l’actrice Geraldine Brooks et Betsy Ann Langmann et a eu cinq enfants.

(Source Wikiedia adapté par moi-même)

Quatrième de couverture :

« “Mon pépé Bascom a jamais été dans aucune école, et pourtant c’était l’type l’plus futé du pays. Tout c’que j’sais, je l’dois à mon pépé Bascom, qui savait rien du tout. Mais pépé Bascom, c’vieux pirate, il disait une chose…“ Et alors Lonesome se lançait dans une histoire loufoque et, avant que j’aie eu le temps de me retourner, je me trouvais devant un boisseau de lettres auxquelles je devais répondre en disant que, vraiment, c’était une honte que Lonesome ne soit pas à Washington pour donner un peu de bons sens à tous ces beaux parleurs de politiciens. »

Lonesome Rhodes, trublion faussement naïf, à peine embauché dans une petite radio du Wyoming, connaît rapidement une renommée qui dépasse les frontières de l’État. Les chroniques de son prétendu village d’origine, concentré d’une nation rurale et conservatrice, pétrie de bon sens, touchent des milliers d’auditeurs. Recruté par la télévision, où son show devient incontournable, ce Vagabond de l’Arkansas abandonne peu à peu le registre du divertissement pour la politique. Il donne son avis sur tout, veut remédier aux maux, réels ou inventés, dont souffre le pays. Ivre de son propre succès autant que d’alcool, il s’imagine sauver l’Amérique.

Adaptée au cinéma par Elia Kazan en 1957, cette charge virulente contre le populisme et les médias de masse demeure d’une troublante actualité.

Mon avis :

Un jeune homme débarque dans une radio avec sa guitare. Il propose sa contribution à Marcia Jeffries, qui deviendra sa secrétaire. Lonesome Rhodes chante faux et invente les paroles de ses chansons au fur et à mesure qu’il chante, agrémentant celles-ci d’anecdotes inventées qui parlent des vrais américains, ceux qui vivent dans de petits villages et qui cultivent la terre.

Cette nouvelle de 80 pages est tout simplement édifiante. Car en très peu de pages, nous allons suivre cet énergumène au travers d’un regard extérieur, et passer du rire au sourire puis au grincement de dents. Ecrit en 1957, cette nouvelle prend une toute autre dimension quand on regarde notre vie d’aujourd’hui. Elle permet de prendre du recul par rapport à tout ce qu’on voit ou qu’on écoute dans les médias.

On peut ainsi voir un jeune homme parler avec un langage simple, que les gens comprennent. Plus il remporte de succès, plus il se sent des ailes pour annoncer des prises de position populistes, pour prendre des positions tranchées dans des domaines qui le dépassent comme les relations internationales. C’en est tout simplement édifiant car on finit par y croire et faire le parallèle entre des politiques que personne ne comprend et des extrémistes qui savent trouver les mots qui frappent, qui touchent.

De l’importance des médias à la dangerosité des mots mal utilisés ou détournés de leur contexte, cette nouvelle est une mise en garde mais aussi une dénonciation de l’importance que prend l’information, quand on ne peut plus la trier et qu’elle est manipulée. Tout le monde devrait lire ce livre, et surtout éteindre la radio et la télévision pour mieux réfléchir. Comme je le dis souvent, n’oubliez pas le principal : lisez !

Ne ratez pas la préface de Caroline Bokanowski, elle est formidable et indispensable à la lecture de ce livre.

Disparue de Darcey Bell

Editeur : Hugo & Cie

Traducteur : Claire Desserrey

Après avoir beaucoup apprécié Derrière la porte de BA.Paris, le précédent thriller paru aux éditions Hugo  Cie, j’étais curieux de tester leur petit dernier, d’autant plus qu’il est annoncé comme une parution simultanée avec sa sortie aux Etats Unis. En plus, c’est un premier roman … bref, toutes les raisons de voir de quoi il en retourne.

Stéphanie est une jeune maman qui élève seule son fils Miles, âgé de 5 ans. Elle tient un blog, où elle prodigue des conseils ou en demande à celles qui la suivent dans ses billets. Ce matin-là, Stéphanie lance un appel au secours : sa meilleure amie Emily, dont le fils Nicky est le meilleur copain de Miles, a disparu. Elle a demandé à Stéphanie de garder Nicky pour un déplacement professionnel. Depuis deux jours, Stéphanie n’a plus de nouvelles, ce qui commence à sérieusement l’inquiéter.

Cela fait trois jours que Stéphanie n’a plus de nouvelles. Elle tente d’appeler Sean, le mari d’Emily, mais celui-ci est en déplacement en Angleterre et n’a aucune idée d’où elle peut être. Mais son travail dans la mode l’oblige parfois à des périodes d’intense travail et Sean n’est pas inquiet plus que cela.

Dans son blog, Stéphanie raconte les événements dramatiques auxquels elle a eu à faire. Quand elle avait 18 ans, elle a perdu son père, et le jour de l’enterrement, elle a rencontré son demi-frère, Chris, dont elle ignorait l’existence. Après son mariage avec Davis, ils ont décidé de s’installer à la campagne. Quand Miles est né, la famille nageait dans le bonheur. Mais deux ans après, Chris et Davis se sont tués dans un accident de voiture. La voilà aux prises avec un nouvel événement dramatique …

Les premiers chapitres de ce roman sont des billets publiés sur le blog de Stéphanie. Je dois dire qu’ils sont bien faits, nous sommes en présence d’une mère courageuse, une mère parfaite qui donne des leçons aux autres … Je sais, tout cela peut sonner gnan gnan. Sauf que cela ne s’arrête pas là. La narration est ensuite donnée à Stéphanie et elle nous dit tout ce qu’elle ne peut pas écrire, une sorte de confession, et là, on a droit à une première surprise : La belle, la parfaite Stéphanie n’est peut-être pas aussi lisse qu’elle n’y parait … comme quoi les blogueurs ne sont pas totalement honnêtes aussi …

Le deuxième retournement de situation va intervenir vers la fin de la première partie, et au début de la deuxième. Et les questions vicieuses, gênantes que nous posait l’auteure dans la première partie se transforment en équilibrisme pour rendre son intrigue tangible. Car il y a bien quelques éléments qui clochent … malgré cela, on se laisse prendre par cette partie qui ne fait plus preuve de vice mais de cruauté envers le lecteur. La troisième partie, elle, m’a paru plus classique, et plus noire aussi, avec toujours cette envie de fouiller les psychologies de ses personnages.

Finalement, ce roman psychologique, qui bénéficie d’un bon scenario, est un bon premier roman. Ecrit de façon simple, il vous fera un bon moment. Pour autant, ce roman ne se positionnera pas comme la révolution dans le genre, mais vous fera passer un bon moment de distraction. Et surtout, on retiendra ce nom, car je pense que Darcey Bell va nous réserver de belles surprises à l’avenir.

Une affaire d’hommes de Todd Robinson

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laurent Bury

On reprend les mêmes acteurs, on reprend les mêmes ingrédients, et on recommence. Globalement, ce roman est la suite directe de Cassandra et en cela, on y retrouve le même plaisir dans ce polar de baston.

On retrouve Boo et Junior, ami depuis leur adolescence, quand ils se sont connus dans l’orphelinat de Saint Gabriel. Depuis, ils sont à la tête d’une boite de videurs, 4PC (Plans Pourris Pour Pas Chers) et œuvrent dans une boite de nuit appelée le Cellar. Cette nuit-là , ils ont été obligés de virer manu militari des hooligans qui attendaient le concert de Jason St John, chanteur des Kingly. Après avoir jeté les malpropres, ils ont pour mission de surveiller Jason St John, le chanteur, mais celui-ci leur échappe.

Ils le retrouvent au Raja, une boite connue pour être une des plaques tournantes de la drogue. Le raja est gardée par IronClad, des concurrents à 4PC. L’entrevue se termine par une baston dans l’antre même de Summerfield, le parrain de Boston. De retour au cellar, Boo et Junior sont inquiets : sans aucun doute, les gars d’Ironclad vont se venger et faire une descente. Finalement, Summerfield himself vient avec son armée. L’affaire se termine au corps à corps entre Boo et Summerfield et Boo prend cher.

Deux événements vont faire que Boo et Junior vont s’enfoncer dans la merde : L’un des mecs qui a tabassé Junior s’appelle Byron et bosse pour IronClad. Et au raja, Boo a vu Summerfield poser ses mains sur Kelly, son ex. Une vengeance s’impose. Alors, ils vont faire sa fête à Byron … Mais après ce petit moment de distraction, ils apprennent que l’on a retrouvé le corps de Byron. Les choses se gâtent …

On retrouve les deux mêmes personnages avec le même principe de narration : Boo raconte l’aventure, les dialogues fusent et c’est bourré d’humour. Alors, qu’est-ce qui change par rapport à Cassandra ? C’est relativement simple : l’intrigue est plus complexe, et donc mieux construite, il y a plus de baston, plus d’alcool, plus de femmes, plus de quiproquo, plus de tout. J’ai eu l’impression que l’auteur a cherché à faire mieux que le premier, ou du moins plus fort.

Pour autant, je dois dire que les deux énergumènes sont toujours aussi cons et aussi casse-cous. Toujours aussi cons, parce que le titre, qui peut paraitre énigmatique, se justifie totalement, et que cela nous donne quelques scènes vraiment poignante. Toujours aussi casse-cous car le nombre de scènes de bagarre a augmenté et que les états d’âme de Boo vont nous le rendre encore plus humains. On a aussi droit à de nombreux passages sur le passé de Boo et Junior, qui sont vraiment un plus dans la construction de leur psychologie respective.

La seule remarque ou bémol que j’y apporterais, est que cela fonctionne à fond tant que Boo et Junior sont ensemble. Dans cette aventure, ils vont être séparés, et j’ai trouvé que l’absence de Junior nous privait de cet humour qui rend cette série si indispensable. Malgré la présence de Twitch, un ami qui va les aider et qui est plus con encore qu’un Koala en pleine sieste, mais plus dangereux qu’un ours après une diète de huit jours, je dois dire que l’absence se fait sentir. Ce qui fait que le début est mouvementé, le milieu moyen et la fin géniale. Et quand je dis moyen, Todd Robinson nous donne un chapitre 13 qui est d’une longueur invraisemblable (80 pages) alors que ses romans ne fonctionnent bien que quand il y a du rythme et des dialogues qui pètent, donc quand les chapitres sont courts.

Dire que j’ai été déçu par ce roman est largement exagéré. J’ai pris mon pied au début et à la fin, et été ennuyé au milieu. Mais cela m’a permis aussi de comprendre que ce roman ne fonctionne qu’avec son couple de videurs au complet. Dès qu’il en manque un, le moteur tourne moins rond. Pour autant, les 120 dernières pages sont géniales et il serait dommage de passer au travers car elles sont une pierre de plus pour comprendre et apprécier Boo et Junior. A la prochaine, donc !

Cassandra de Todd Robinson

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laurent Bury

Alors que je m’apprêtais à lire Une affaire d’hommes, le petit dernier de Todd Robinson, Marie-France que j’avais rencontré aux Quais du Polar m’a conseillé de commencer par Cassandra, son premier roman. Et comme il venait de sortir en format poche, l’occasion faisait le larron.

Quatrième de couverture :

Boo et Junior ne se sont pas quittés depuis l’orphelinat. Aujourd’hui adultes, ils sont videurs dans un club de Boston. Avec leurs deux cent quinze kilos de muscles et leurs dix mille dollars de tatouages, ça leur va plutôt bien de jouer les durs. Mais quand on leur demande de rechercher la fille du procureur de Boston qui a disparu, ils vont devoir recourir à autre chose qu’à leurs biceps. Que la gamine fasse une fugue, soit. Il faut bien que jeunesse se passe. Mais quand elle se retrouve sous l’emprise de ses mauvaises fréquentations, c’est une autre histoire.

Mon avis :

Ah, que j’aime les polars de détectives. Encore plus, quand il s’agit de purs amateurs ! Boo et Junior se sont connus dans un orphelinat et ne se sont plus quittés. Boo, qui est le narrateur de cette histoire, ne cache rien quant à ses états d’âme. Pour eux deux, le mot d’ordre est amitié et loyauté à tout prix. Ce couple de gros bras a créé une entreprise de videurs appelée 4PC, Plans Pourris Pour Pas Chers (hommage à Dirty Deeds Done Dirt Cheap de AC/DC). Et pur arrondir leur fins de mois, ils acceptent de rendre service et de résoudre des affaires.

Le cas qui se présente à eux est la disparition de la fille du procureur, Cassandra, âgée de 14 ans. Si nos deux amis sont de grosses brutes, ils ont aussi un cœur quand on leur promet un chèque avec beaucoup de zéros dessus. Ils ont aussi un sens de la moralité qui, allié à une envie de rentrer dans le tas, fait des dégâts. Et quand nos deux compères découvrent que la petite Cassandra a tourné un film porno, ils voient rouge !

Les couples de détectives, ça marche bien à partir du moment où on y croit. Avec Todd Robinson, on n’a pas le temps de réfléchir, ça fonce, ça bastonne, ça boit de l’alcool et ça nous malmène comme un film d’action. Le but n’est pas de revendiquer quoi que ce soit, mais bien de faire passer un bon moment de divertissement. Et grace aux dialogues nombreux et bourrés d’humour, ce roman se lit comme du petit lait. On rigole beaucoup, on en oublie que l’intrigue avance par à-coups, et on a même droit à quelques rebondissements qui font que l’on classera ce roman parmi les bons souvenirs.

Vous l’aurez compris, un roman d’action de série B pendant lequel on s’amuse beaucoup, c’est bien. Mais quand il s’agit de les regarder foutre des beignes à des gens qui le méritent, ça peut être jouissif. Et puis, franchement, j’adore quand Boo et Junior sont devant une porte en train de discuter de leur plan pour entrer. Boo demande si Junior a un plan. Non ? Bon, alors on fonce ! Fendard !

Oldies : Points réédite Lovecraft

Editeur : Points

Traducteur : François Bon

Qu’on se le dise ! Les éditions Points sont en train de rééditer les romans et nouvelles de Howard Philips Lovecraft dans de nouvelles traductions. A consommer sans modération !

L’auteur :

Howard Phillips Lovecraft, né le 20 août 1890 à Providence (Rhode Island) et mort le 15 mars 1937 dans la même ville, est un écrivain américain connu pour ses récits fantastiques, d’horreur et de science-fiction.

Ses sources d’inspiration, tout comme ses créations, sont relatives à l’horreur cosmique, à l’idée selon laquelle l’homme ne peut pas comprendre la vie et que l’univers lui est profondément étranger. Ceux qui raisonnent véritablement, comme ses protagonistes, mettent toujours en péril leur santé mentale. On lit souvent Lovecraft pour le mythe qu’il a créé, le mythe de Cthulhu, pour employer l’expression d’August Derleth : l’ensemble des mythes de l’univers de Lovecraft constituaient pour l’auteur une sorte de « panthéon noir », une « mythologie synthétique » ou un « cycle de folklore synthétique ». Il voulait montrer essentiellement que le cosmos n’est pas anthropocentrique, que l’homme, forme de vie insignifiante parmi d’autres, est loin de tenir une place privilégiée dans la hiérarchie infinie des formes de vie. Ses travaux sont profondément pessimistes et cyniques et remettent en question le Siècle des Lumières, le romantisme ainsi que l’humanisme chrétien. Les héros de Lovecraft éprouvent en général des sentiments qui sont à l’opposé de la gnose et du mysticisme au moment où, involontairement, ils ont un aperçu de l’horreur de la réalité.

Bien que le lectorat de Lovecraft fût limité de son vivant, sa réputation évolua au fil des décennies et il est à présent considéré comme l’un des écrivains d’horreur les plus influents du XXe siècle. Avec Edgar Allan Poe, il a « une influence considérable sur les générations suivantes d’écrivains d’horreur ».

Stephen King a dit de lui qu’il était « le plus grand artisan du récit classique d’horreur du vingtième siècle ».

Je ne peux que vous conseiller de lire l’excellent billet de Wikipedia :https://fr.wikipedia.org/wiki/Howard_Phillips_Lovecraft

Mon avis :

Quand j’étais adolescent, au début des années 80, j’ai eu ma période « romans d’horreur ». J’ai découvert Stephen King, que j’ai adoré et que j’adore encore. J’ai dévoré Clive Barker pour son imagination débridée et Peter Straub pour ses intrigues de fou. Et puis, on m’a parlé de Lovecraft. Et je me rappelle avoir acheté des recueils publiés à l’époque par J’ai lu. Je ne vais pas dire que j’ai tout aimé, mais j’ai été impressionné par la cohérence de l’univers créé par cet auteur dont on parlait bien peu à l’époque, comme je l’ai été par la suite par des auteurs tels que Frank Herbert ou Isaac Asimov.

Je me rappelle aussi que certaines nouvelles étaient bien mal traduites. Et c’est une grande surprise de relire tant d’années après des histoires que j’avais peut-être lues (je ne me rappelle plus dans le détail celles que j’ai lues) et surtout de les découvrir dans une traduction qui rend hommage et met à l’honneur un auteur au style très littéraire et si évocateur. En ce sens, je me dois de rendre hommage au traducteur François Bon qui s’est mis au service de cette plume si impressionnante (dans tous les sens du terme). D’ailleurs, François Bon met en fin de livre des notices qui donnent plus de détails sur la nouvelle ou sur son travail, et c’est passionnant.

L’appel de Cthulhu peut être vu comme une des pierres fondatrices du mythe créé par Lovecraft. Pourtant, après cette lecture, je le vois plutôt comme une histoire classique comme sait en écrire l’auteur. Le narrateur de l’histoire exécuteur testamantaire de son grand-oncle George Gamell Angell tombe sur une malle contenant des années de recherche sur une croyance en des monstres ancestraux. Basé comme une histoire contée, on y trouve déjà cette obsession de Lovecraft sur des créatures ayant existé avant l’homme et représentant le Mal, utilisant l »homme à cet effet. Si quelques scènes sont effrayantes, on retrouve bien cette volonté de ne décrire que le minimum pour que le lecteur laisse vagabonder son imagination. Cette histoire est complétée par une notice de Lovecraft appelée Notes sur l’écriture de la fiction surnaturelle. Si ce n’est pas révolutionnaire, elle éclaire le mode de travail de cet auteur.

Le deuxième livre que j’ai lu m’a paru bien plus intéressant. La maison maudite et Celui qui hante la nuit sont deux nouvelles qui sont extraordinaires dans leur façon d’approcher l’horreur, de créer l’angoisse chez le lecteur. Dans le premier cas, le narrateur va s’intéresser à une maison de son quartier qui a connu des horreurs dans le passé. La deuxième nouvelle met en place un narrateur qui nous raconte la vérité sur la mort d’un écrivain nommé Robert Blake. Dans les deux cas, le point de départ est un lieu commun, classique. Dans un premier temps, ce lieu est décrit de façon très visuelle, puis on entre dans l’horreur, décrite avec des mots faisant appel à tous nos sens, mais sans en dire trop, puisque le narrateur se trouve face à une horreur qu’il ne peut comprendre. Cette façon de montrer sans le dire (comme un enfant qui regarde une image entre ses doigts ouverts) est remarquablement efficace et moderne.

Je ne peux que vous conseiller de lire ces courts romans, pour redécouvrir les grandes qualités de cet auteur, pendant que je me plonge dans Chuchotements dans la nuit. Je tiens aussi à vous signaler qu’Alan Moore, le grand, le génial auteur de scenario de Bandes Dessinées a écrit une série ne nommant Providence. Cette série (en deux tomes pour le moment) publiées par Panini comics imagine un personnage à la recherche du livre interdit, le Necronomicon,  écrit par un certain Abdul Alhazred. Pour avoir lu et adoré ces deux tomes, on y trouve tout le respect et l’hommage d’Alan Moore pour HP.Lovecraft et les dessins sont à l’avenant, n’en montrant que le nécessaire pour que le lecteur imagine ce qui est juste en dehors de l’image. A noter que le tome 3 est prévu pour fin juin 2017. Grandiose et très fort !

En mémoire de Fred de Clayton Lindemuth

Editeur : Seuil

Traducteur : Patrice Carrer

Après Une contrée paisible et froide, qui était un formidable roman noir, je ne pouvais que m’intéresser à la deuxième parution en France de cet auteur. On retrouve cette même narration dure et sèche et les mêmes paysages américains. Après le Wyoming, Clayton Lindemuth nous emmène dans une petite ville de Caroline du Nord. Le roman commence comme ça :

J’ai approché la lampe de la tête de Fred. Ses yeux étaient injectés de sang, tuméfiés, et je l’ai contemplé quelques instants en me demandant si j’aurais le cran de l’achever si ça devenait nécessaire.

Fred a dit : « Si tu réglais plutôt leur compte aux ordures qui m’ont lâchement jeté dans l’arène ? »

Baer Creighton vit seul, dans sa maison au milieu des bois. Il se dirige vers la maison de Joe Stipe, qui organise des paris lors de combats de chiens. Joe Stipe dirige tout ce qui rapporte de l’argent, de l’alcool à la drogue, en passant par ces combats sanglants. Un de ses gars a du kidnapper le chien de Baer et Fred le chien s’est fait massacrer mais a quand même trouvé la force de revenir à la maison en sale état. Ceux qui ont fait ça vont devoir payer le prix fort. Sa venue chez Stipe n’est pas bien accueillie, mais il reviendra.

Baer distille le meilleur alcool de la région. C’est probablement pour cela qu’il est encore en vie. Il a le don de savoir quand quelqu’un ment, puisqu’il ressent comme une décharge électrique. Et il entend son chien parler. Cela rend sa vie solitaire moins dure. Et puis, il doit défendre son alambic contre des attaques des hommes de Stipe qui veulent le détruire. Dans cette petite ville perdue au milieu de nulle part, c’est une véritable guerre de tranchée à laquelle ces hommes se livrent.

Baer écrit des lettres à son ancienne amoureuse, Ruth pour qui il ressent encore de l’amour presque trente ans après. Après avoir épousé Larry, le frère de Baer, elle est partie, laissant derrière elle une fille Mae. Baer passe souvent voir Mae et ses gosses qu’elle a eus avec le fils du shérif Cory, qui est le petit dealer du coin. Il constate que Cory frappe toujours sa femme et lui donne de l’argent pour subvenir aux besoins des enfants. Dans cet enfer sur Terre, Baer va devoir faire respecter les règles, ses règles.

Comme dans son précédent roman, nous sommes plongés dans une petite ville, comme si elle était perdue au milieu de nulle part. Les hommes et les femmes semblent vivre en totale autarcie. Ce petit monde comporte tout ce que l’on peut trouver en termes de sauvagerie et Baer survit au milieu de tous. Chacun a sa fonction, chacun a son commerce et ceux qui ne participe pas au système de trafic sont les plus pauvres.

Cette vision de la société est profondément pessimiste. Ce monde est fait de violence ou comme diraient les Romains : Panem et circenses. Au milieu de ce microcosme, Baer produit la meilleure gnôle et tout le monde lui en achète. Et tout le monde l’envie. Ces rivalités engendrent de nombreux conflits, comme des sortes de combats de rues, comme des guerres de gagne-terrain, de gagne-pain. Si Stipe fait office de parrain local, Baer fait office de contre-pouvoir. Il ne cherche pas à prendre le pouvoir mais juste à vivre de son alcool, qu’il revend à prix d’or. Et malheur à ceux qui s’opposent à Stipe.

La plupart des chapitres sont écrits à la première personne, l’intrigue étant racontée par Baer. Certains chapitres sont à la troisième personne quand il s’agit de voir les troupes de Stipe fomenter leurs actions, ce qui est plus critiquable à mon gout. Si le rythme est plutôt lent, il ressort du style de Clayton Lindemuth une sorte de fascination dans la façon qu’il a de décrire les émotions de Baer ou les scènes d’action. D’un cran au dessous de son précédent roman à mon avis, il montre une vision noire de la société américaine comme savent le faire les nouveaux auteurs américains. Et la morale de cette histoire, Œil pour œil, dent pour dent, s’avère finalement le seul moyen de survie dans ce monde animal, ce monde de brutes dirigé par la force et les armes.

Ne ratez pas le coup de cœur de l’ami Claude.