Archives pour la catégorie Littérature américaine

Défoncé de Mark Haskell Smith

Editeur : Rivages

Traducteur : Julien Guérif

Sur les recommandations de mon ami Richard, voilà une lecture fort plaisante avec une foultitude personnages déjantés … euh … défoncés.

Quatrième de couverture :

Miro Basinas, passionné de botanique, cultive ses plants avec amour. Il ne s’agit ni de fleurs ni de fruits et légumes, mais de marijuana. Comme c’est un artisan doué et consciencieux, il remporta la prestigieuse Cannabis Cup d’Amsterdam, une véritable consécration qui doit lui ouvrir les portes de la gloire. Dès lors, tout ce que l’univers compte de plus défoncé se met en quête de son « produit ». Gangsters, mormons, belle Portugaise enceinte, hommes d’affaires douteux : toux n’ont plus d’yeux que pour Miro. Et bien sûr, les ennuis commencent…

« Sans doute le chef-d’oeuvre de Mark Haskell Smith. » (Jerry Stahl)

Mark Haskell Smith adore les histoires échevelées dans lesquelles des personnages dépassés par les événements luttent pour leurs survie dans les conditions les plus improbables. Drôles, distrayants, satiriques, ses romans sont aussi des hymnes aux plaisirs de ce monde et des dénonciations de la bigoterie ou du consumérisme.

Mon avis :

Ça commence par un homme qui se prend une balle dans le torse. Par chance, la balle ne touche aucun organe vital.

Avant la balle, Miro gagne le concours de la meilleure herbe de cannabis. Il fait la connaissance de Guss et Marianna.

Après la balle, on a volé à Miro ses plants de cannabis. Ce n’est pas grave, en tant que botaniste, il est capable d’en créer une meilleure. Mais qui a bien voulu le tuer ?

A travers une intrigue simple, amusante et décalée, Mark Haskell créé un roman gentiment loufoque avec plein de personnages tous plus frappés les uns que les autres. Et je peux vous dire que certains valent vraiment le coup doeil, entre les bandits qui sont de véritables caricatures ou ce Mormons qui s’attache à son lit tous les soirs pour éviter la tentation de la masturbation.

Et malgré cette histoire déjantée qui comporte des scènes hilarantes, je suis resté en dehors de ce roman. Je l’ai lu, je l’ai fini mais sans grande passion. Je pense que le style très propret m’a rendu l’ensemble très lisse ce qui fait que ce qui est raconté ne se ressent pas dans le style. Peut-être est-ce du simplement au fait que ce n’était pas le bon moment pour lire ce roman ? Bref, un bon polar marrant mais qui ne casse pas des briques, en ce qui me concerne.

Oldies : La pomme de discorde de Donald Westlake

Editeur : Rivages

Traducteur : Denise May et Marc Boulet

Quand je ne sais pas quoi lire, je me tourne souvent vers les Grands du polar. Elmore Leonard, Donald Westlake, David Goodis, William Irish ou Lawrence Block sont quelques noms vers lesquels je me tourne. Donald Westlake pour moi est un incontournable.

L’auteur :

Donald Westlake (1933-2008) est né à Brooklyn. Écrivain prolifique et éclectique, il a écrit plus d’une centaine de livres, approchant bon nombre des genres de la littérature policière que ce soit le polar humoristique (son genre de prédilection), le roman policier, le roman noir, le thriller, le fantastique ou même la science-fiction.

Il a écrit sous divers pseudonymes, en particulier ceux de Richard Stark et Tucker Coe.

Spécialiste du roman de « casse », ses deux personnages préférés et récurrents sont John Dortmunder, cambrioleur professionnel aux aventures rocambolesques poursuivi par la poisse et Parker (sous le pseudonyme de Stark), jumeau sérieux de Dortmunder, un cambrioleur froid, cynique et efficace.

Il a remporté par trois fois le Edgar award, et a été désigné en 1993 Grand Master de l’association Mystery Writers of America.

Quatrième de couverture :

Depuis son renvoi de la police de New York, Mitch Tobin flirte avec la dépression nerveuse. Aussi, lorsqu’il est interné dans un établissement de soins psychiatriques, peut-on se demander s’il est là en tant qu’enquêteur privé ou en tant que patient…

Mon avis :

Donald Westlake a écrit plus d’une centaine de romans, balayant tous les genres. Il est certes connu et reconnu pour ses romans humoristiques (la série Dortmunder, Aztèques dansants …) mais aussi pour ses romans plus sociaux (Le contrat) mais aussi pour ses romans plus violents mettant en scène le tueur à gages Parker. Avec une telle quantité de romans à son actif, il serait faux pour moi d’affirmer que tous ses romans sont incontournables mais il y en a beaucoup.

Ce roman fait partie de la série Mitch Tobin, que Westlake avait écrit sous le pseudonyme de Tucker Coe. La pomme de discorde, publié en 1970, avait été traduit en France la même année sous le titre « Alerte aux dingues », à la Série Noire. Rivages a eu la bonne idée de ressortir ce roman, dans une traduction complétée, car c’est un drôle de roman d’enquête.

Je ne connaissais pas Donald Westlake dans ce registre, moitié roman psychologique, moitié Whodunit. Mitch Tobin a été durement atteint par la mort de son partenaire de la police. N’étant pas encore détective privé, il accepte d’enquêter sur des actes de malveillance dans un asile, ou plutôt dans une maison de repos, qui renferme des doux dingues. Et Mitch va avoir fort à faire …

C’est un roman psychologique bien fait, qui allie la description des lieux avec les difficultés de Mitch Tobin. Il est d’ailleurs amusant de voir Mitch s’enfermer pour résoudre cette affaire. Et c’est un roman d’enquête fort bien mené, que Agatha Christie n’aurait pas renié. D’une rigueur à toute épreuve, Westlake va nous amener vers une solution que l’on n’aurait pas vu venir !

Dire que c’est un des meilleurs romans de Westlake serait un mensonge. C’est un bon polar qui révèle une nouvelle facette de cet auteur aux multiples facettes, qui a une nouvelle fois su me captiver.

La chronique de Suzie : Les sanctuaires du mal de Terry Goodkind

Editeur : Bragelonne

Traducteur : Jean-Claude Mallé

Suzie est de retour ! Il faut savoir que c’est une experte en littérature Fantasy. Alors, quand j’ai appris que Terry Goodkind sortait un thriller, je ne pouvais que lui demander son avis. C’est fort gentiment qu’elle a accepté ma demande, et à cause de son avis, je vous assure que j’emmènerai le roman de Terry Goodkind en vacances !

Je lui laisse donc la parole :

Bonjour amis lecteurs,

Me voici, de nouveau, hors de ma cave pour deux raisons : tout d’abord pour m’approvisionner en bouquins, denrée importante et toujours fluctuante. Ensuite, à l’invitation de Black Novel, je vais vous parler d’un nouveau livre qui vient de sortir chez Bragelonne. Ce bouquin, c’est « Les Sanctuaires du Mal », connu également en anglais sous le nom de « Nest » paru aux Etats-Unis en novembre 2016.

La dernière fois que j’ai émergé de ma cave, j’avais pu vous parler du deuxième tome de Johanna Gustawsson « Mör ». On va continuer avec ce nouveau thriller. Pour les fans de fantasy, l’auteur n’est pas un inconnu, c’est même un phénomène. Il a écrit une des séries majeures dans le domaine : le cycle de l »Épée de Vérité » en quinze volumes auquel il faut rajouter deux préquels. Dans ce cycle, on peut y insérer son premier thriller, si l’on peut dire, dont le nom est « La Loi des Neuf » et qui reste rattaché au cycle, bien que l’histoire se passe dans un univers différent.

Mais revenons à nos moutons. Si vous lisez le synopsis de la quatrième de couverture, vous aurez l’impression de tout connaitre de l’histoire. Cela serait une erreur fatale car il y a beaucoup plus, derrière cette histoire, qu’une simple vision du mal. J’y reviendrai un peu plus tard.

Le choix de l’éditeur français est intéressant sur le choix de la couverture. Sur la version anglaise, la couverture de « Nest » tourne autour de cette vue du mal et celle-ci est illustrée par un œil, unique, grand ouvert qui a l’air de donner accès à des informations informelles ou de mettre une pression sur le potentiel lecteur. Une des impressions données, me semble-t-il, est « je te vois ». Pour la version française, on va se retrouver dans un tunnel avec, semble-t-il, une silhouette de femme qui suit ou est suivie par une deuxième ombre et qui croise une voiture, tous projecteurs allumés. Du coup, cette couverture génère une sensation d’angoisse qui est accentuée par le titre de l’ouvrage. Titre particulièrement bien choisi car l’histoire va porter sur ces sanctuaires du mal. Comment ? Ça, c’est quelque chose que je vous laisse découvrir.

Si nous nous intéressons à l’histoire, on va faire la connaissance d’une jeune femme, tranquille et sans histoires, Kate Bishop, qui va se découvrir un don à la suite du décès de son frère qui lui disait tout. Enfin, tout, pas vraiment. Suite à ce fait, elle va rencontrer un inspecteur bien sous tous rapports avec une conception pratico-pratique de la justice. Ce dernier va l’entraîner dans un monde qu’elle ne faisait qu’apercevoir jusqu’à sa rencontre avec Jack Raines.

L’histoire va se diviser en plusieurs intrigues : une qui concerne Kate, une autre Jack et une troisième sous-jacente qui lie les deux autres et s’avère être l’intrigue principale. L’auteur va faire une démonstration du monde actuel à travers un prisme assez particulier qui pourrait expliquer beaucoup de choses. Ce prisme va conditionner l’état d’esprit des protagonistes principaux et leur démontrer qu’ils n’ont qu’une seule voie pour survivre, voire vivre.

Comme souvent, dans ses livres précédents, l’auteur met ses héros face à des décisions très difficiles à prendre et qui changent totalement leur mode de pensée et de vivre. Vous allez le comprendre particulièrement avec le comportement de Kate qui, bien qu’elle ait des prédispositions et que celles-ci soient expliquées, tourne complètement casaque, une fois ces nouveaux schémas de pensées intégrées.

Fan de Fantasy, je connais (très bien !) l’auteur à travers ses livres précédents. Me faisant systématique attrapée, je le redécouvre toujours avec un grand plaisir. Lorsque j’ai su que son prochain bouquin serait un thriller complètement déconnecté de son cycle précédent, j’ai sauté de joie et je n’ai pas été déçue. Tout d’abord, impossible de lâcher l’intrigue avant la fin qui malheureusement m’a laissée sur des charbons ardents. Ensuite, le prisme que propose l’auteur pour expliquer ses différentes thèses a été renforcé par une conférence sur la sensibilité de l’information avec des exemples qui semblent hallucinants. C’est à se demander si c’est la réalité. Du coup, cela m’a plongé dans une réalité qui pourrait être possible. Juste pour dire que cette histoire m’a fascinée du début à la fin et qu’elle pousse à analyser le monde dans lequel on vit sous un autre angle. Spécialiste des scènes de tortures, il y a deux scènes qui m’ont fait un peu tiquer mais qui passent rapidement. Ah, j’allais oublier ! Le début de l’histoire semble également incompréhensible de prime abord mais c’est pour mieux nous appâter et nous retenir par la suite. Enfin, il semblerait que ce livre soit appelé à avoir une suite mais je vous laisse en juger.

Sur ces bonnes paroles, je vous abandonne et retourne m’immerger dans la cave avec mes provisions. J’espère que ce livre vous plaira. A bientôt

 

Quatrième de couverture :

Quand son frère John est brutalement assassiné, le monde de Kate Bishop s’écroule : elle a échoué à sauver cet être si sensible qui voyait le mal partout. Et si sa mort était la preuve qu’il avait raison ? Impliquée malgré elle dans l’enquête, Kate découvre qu’elle partage ce don : d’un regard, elle sait reconnaître les tueurs. Jack Raines, un spécialiste du « dark web », prétend pouvoir la protéger. Mais Kate n’a qu’une envie : fuir. Car si elle peut voir le mal, le mal la voit aussi… et les yeux de Jack Raines ne lui disent rien qui vaille.

Oldies : Le bon frère de Chris Offutt

Editeur : Gallimard La Noire (Grand format) : Gallmeister Totem (Format poche)

Traducteur : Freddy Michalski

Cela faisait un sacré bout de temps que je voulais lire ce roman. Et c’est bien la raison pour laquelle existe cette chronique des oldies : se rappeler des grands romans, des romans importants. Le bon frère est une lecture immanquable.

L’auteur :

Chris Offutt, né le 24 août 1956 à Lexington dans le Kentucky, est un écrivain américain de roman policier. Principalement connu pour ses romans et ses recueils de nouvelles, il a également collaboré, de manière épisodique, comme scénariste à plusieurs séries télévisées américaines.

Fils de l’écrivain Andrew J. Offutt, il grandit dans le Kentucky et suit les cours de l’Université d’État de Morehead. Diplômé, il entreprend un voyage à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de neuf nouvelles, intitulé Kentucky Straight, qui dépeint le quotidien rural du Kentucky. Il commet par la suite deux romans semi-autobiographiques, un roman de fiction et un second recueil de nouvelles.

Ses cinq titres ont été traduits en France, dont trois au sein de la collection La Noire de Gallimard, ce qui laisse penser que Chris Offutt est un simple écrivain de roman policier, quand bien même ces écrits dépassent le cadre du genre et peuvent se rattacher à l’univers d’auteurs aussi différents que William Faulkner, Larry Brown ou Daniel Woodrell. Deux nouvelles de l’auteur sont par ailleurs présentes dans le recueil Le Bout du monde, paru à la Série noire en 2001.

En parallèle à sa carrière d’écrivain, Chris Offutt a été professeur dans plusieurs universités américaines et a collaboré avec différentes revues et journaux américains (New York Times, Men’s Journal …). Il a également travaillé comme scénariste pour des séries télévisées américains (Weeds, True Blood et Treme).

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Virgil Caudill a toujours respecté la loi, laissant la rébellion et la violence à son frère Boyd. Mais Boyd est mort et tout le monde (y compris le shérif et la propre mère de Virgil) s’attend à ce que Virgil, se pliant ainsi au vieux code des collines du Kentucky, venge la mort de son frère.

Virgil ne peut briser ce code, mais, s’il accepte de tuer, il est bien déterminé à stopper la spirale de la vengeance. Il abandonne ses collines et ses modestes espérances, change d’identité et, comme d’innombrables fugitifs l’ont fait avant lui, il met le cap sur l’Ouest. Virgil s’attend à ce que les paysages désolés du Montana lui offrent une chance de se cacher mais les parents de l’homme qu’il a tué continuent à le chercher et, trébuchant sur un autre acte de violence, il rejoint malgré lui les milices du Montana dans leur lutte sans merci contre le gouvernement fédéral. Virgil comprendra alors que, quoi qu’il fasse, la violence colle à sa vie comme une seconde peau.

Mon avis :

Si ce roman ne fait pas partie des classiques de la littérature américaine, il devrait les rejoindre très rapidement. Clairement, la plume de Chris Offutt est très littéraire et atteint des sommets entre la poésie et la beauté, un style à la fois détaillé, descriptif et efficace. Il est réellement difficile d’y trouver un défaut, tant tout s’y enchaîne magnifiquement et il est impossible de ne pas être fasciné.

Ce roman peut être divisé en deux parties, la première étant l’errance de Virgil avant de prendre sa décision suite au meurtre de son frère aîné, la deuxième étant la fuite de son passé. Dans la première, chaque scène est très détaillée entre son travail et sa visite de sa famille, portée par des dialogues qui en disent plus long que toute description. Et à chaque fois, nous retrouvons Virgil plongé dans ses marasmes quotidiens, alors que la nature qui l’entoure est si belle. Dans la deuxième partie, Virgil se retrouve au milieu de la nature, et son errance qui n’en pas une se retrouve être une renaissance.

Si dans la première partie, le roman nous propose une réflexion sur le doute, la difficulté de prendre une décision, et les questionnements qui vont impacter une vie, la deuxième partie nous parle de renaissance, d’émancipation, mais aussi de politique. Car ce roman s’avère être une forte et belle charge contre la démocratie américaine qui va se terminer par un final extraordinaire (car je ne trouve pas d’autre mot) qui vous marquera longtemps en laissant un gout bien amer dans la bouche.

Si le roman est centré sur le personnage de Virgil, il devient grand, énorme dans sa deuxième partie, s’ouvrant sur le monde. D’une modernité qui interpelle, d’une lucidité qui fait mal, Chris Offutt nous montre comment circule l’information, comment le pouvoir gère le peuple, et comment on étouffe l’opposition, tout en ayant l’air de leur laisser le choix. Du choix individuel au choix collectif, ce roman pose des questions plus qu’il n’y répond et c’est sa grande force, de nous placer face à nos responsabilités de citoyen.

Il est tout de même incroyable de s’apercevoir que ce roman est le seul roman de fiction écrit par Chris Offutt. Y en aura-t-il un deuxième ? Je le souhaite de tout cœur !

Un moindre mal de Joe Flanagan

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Comme beaucoup de mes collègues blogueurs, je vais vous donner le même conseil : ne lisez pas le bandeau qui est sensé vendre le roman. Dire de ce roman qu’il est l’équivalent du L.A. Confidential de James Ellroy transposé à Cape Cod est exagéré. Certes, c’est vendeur mais c’est faux. Et je vous détaillerai tout cela juste après mon petit résumé.

Cape Cod, 1957. Un corps de jeune enfant vient d’être découvert, tué et violé. Alors que les élections approchent, la pression se fait forte sur les épaules de la police pour résoudre ce crime, que l’on espère isolé. Hélas, d’autres corps vont suivre …

Au premier rang de ceux qui vont subir la pression, il y a Warren, qui fait partie de la police locale. Il a un fils légèrement attardé, et la disparition de sa femme, vraisemblablement partie sous d’autres cieux l’oblige à gérer difficilement sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Comme son fils fait figure de bouc émissaire, Warren est bien obligé de le placer dans une institution spécialisée.

Dans cette école, des ecclésiastiques viennent aider les institutrices. C’est le cas du Père Boyle, trituré entre sa foi et ses envies. D’un naturel solitaire, il passe beaucoup de temps à se balader seul dans les bois, et considère de son devoir de visiter les malades et d’aider les enfants.

Quand d’autres corps apparaissent, le procureur Elliott Yost fait appel à la police d’Etat. On leur dépêche Dale Stasiak, un policier à la réputation sulfureuse. Celui-ci a le vent en poupe, puisqu’il vient de faire tomber un caïd de la pègre de Boston, dans l’affaire Attanasio. Par contre ses méthodes violentes et son non respect des règles font de lui quelqu’un d’honni dans la police.

Ce n’est pas parce que l’on a affaire à trois personnages que l’on est en droit de comparer ce roman avec ceux de James Ellroy. Et c’est la même remarque pour le fonctionnement de la police, la corruption, les religieux ou les politiciens. Et ce n’est pas non plus le style de l’auteur, plutôt littéraire et imagé qui va rappeler James Ellroy. Bref, déchirez le bandeau, afin de mieux apprécier ce roman.

Car on ne va tout de même pas juger un roman sur son bandeau de publicité !  Et pour un premier roman, c’est une vraie réussite. On a droit à un scenario très bien mené, des personnages tous très typés, représentant chacun leur confrérie, et une illustration de ce que les Etats Unis sont capables de nous sortir quand ils parlent de leur système et de son dysfonctionnement.

Sans forcément vouloir dénoncer quoi que ce soit, ce roman nous montre beaucoup de choses, de la corruption généralisée à l’impunité des religieux, de la lutte entre le bien et le mal et des liens familiaux. De ces thèmes abordés, on retiendra évidemment le combat entre deux façons de rendre la justice : l’honnête (Warren) et la violente (Stasiak). Même si les confrontations sont rares, la tension entre les deux monstres (entendez personnages) est constante et grimpe au fur et à mesure des pages.

J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur, tout en retenue, ne s’encombrant pas de sentiments, laissant la part belle à l’intrigue, qui elle est fantastique. Se contentant de décrire les paysages, les personnages par leurs actions, on est plongé dans un film de façon très classique, très académique mais bigrement efficace. Et sans en rajouter plus que cela, on est transporté dans une autre époque, les années 50 et les positions de la pègre pour s’octroyer plus de pouvoir dans la reconstruction.

C’est donc un premier roman impressionnant, de ceux qui font plaisir à lire, de ce genre de polar costaud que l’on est heureux d’avoir ouvert, de ceux qui nous remplissent de satisfaction. Et pour finir de vous convaincre, je vous joins un certain nombre d’avis de collègues, plus ou moins d’accord avec le mien, dont Nyctalopes, Lecturissime, K-Libre, Unwalkers, La Belette et Jean-Marc.

 

 

 

Espace BD : Lowlifes de Brian Buccellato (Scenario) & Alexis Sentenac (Dessins)

Editeur : Glénat

Il est bien rare que je chronique des bandes dessinées. Mais quand elles allient un scenario 100% pur polar et un dessin sombre, je ne peux que vous le conseiller.

Quatrième de couverture :

On dit que la vie n’a pas de prix. La leur ne vaut rien.

Los Angeles… Derrière le soleil, les plages de surfeurs et les tapis rouges, la cité des anges cache un monde de démons, sans morale et sans rêves. Grand est un flic hanté par la vengeance qui tente désespérément de s’accrocher au type bien qu’il croyait être. Leonard est un toxico qui veut retrouver sa famille. Rip est un voyou impliqué dans les combats clandestins. Wendall est celui qui tire toutes les ficelles… Quand la juteuse recette d’une de ses parties de poker est dérobée, ces trois vauriens vont se rendre compte que rédemption et destruction sont leurs seuls tickets de sortie.

Après Sukeban Turbo, Glénat Comics vous propose un nouveau mariage d’auteurs transatlantiques ! L’Américain Brian Buccellato et le Français Alexis Sentenac conjuguent ici leurs talents pour ce récit noir comme la nuit, dans les rues glauques et sauvages de Los Angeles…

En fin d’ouvrage retrouvez, en bonus, le making of de l’album, des études graphiques de personnages et des hommages exclusifs d’auteurs phares de la scène BD ou comics.

Mon avis :

Dans cette bande dessinée écrite en quatre chapitres, nous allons suivre Richard Grand est un flic dont la femme a été violée. La vengeance le mine alors qu’il connait le coupable et ne peut rien faire d’autre que le regarder continuer à vivre. Jusqu’à ce qu’il rencontre Wendall, un caïd avec qui il va passer un marché. Mais il devra payer l’addition !

Le scenario est simple, et d’une redoutable efficacité, et montre une descente aux enfers, alors qu’on lui a promis le paradis. Il fait appel aux meilleurs romans hard-boiled américains, et nous balade dans les bas-fonds de Los Angeles. Quant aux dessins, ils sont d’une simplicité étonnante, et surtout d’une précision remarquable. Avec les couleurs sombres de l’histoire, ils nous plongent dans cet univers sans pitié, avec ce scenario qui vous surprendra jusqu’à la dernière page. Tout est dans l’ambiance sombre que l’ensemble créé, très visuel, très cinématographique.

A la fin du volume, on trouvera une interview des auteurs ainsi que des pages illustrant tout le travail du dessinateur, la façon dont il construit sa pages, ses dessins et le coloriage, ce qui est très instructif.

Il est à noter que cette bande dessinée ferait un excellent film, et que si les discussions sont entamées, rien n’est encore fait. Par contre, Brian Buccellato annonce que c’est une trilogie. Les personnages suivants n’auront rien à voir avec ceux rencontrés ici, le seul point commun étant Los Angeles, la cité des anges perdus.

Oldies : Un homme dans la foule de Budd Schulberg

Editeur : Editions des Equateurs

Traducteur : Christophe Mercier

Paru initialement dans un recueil de nouvelles chez Rivages, je suis tombé sur ce roman totalement par hasard et j’ai craqué en lisant la quatrième de couverture.

L’auteur :

Budd Schulberg, né le 27 mars 1914 et décédé le 5 août 2009, est un scénariste, producteur de télévision, romancier et écrivain sportif américain. Il est surtout connu pour ses scénarii de Sur les quais en 1954 pour lequel il reçoit un oscar, et Un homme dans la foule en 1957. Il a également établi sa réputation avec ses romans Plus dure sera la chute, adapté au cinéma en 1956, et Qu’est-ce qui fait courir Sammy ?

Au cours de ses études au Dartmouth College, Schulberg participe activement au magazine humoristique local, le Dartmouth Jack-O-Lantern. En 1939, il collabore au scénario de la comédie Winter Carnival de Charles Reisner, dont l’action se déroule sur le campus. Parmi les co-auteurs figure F. Scott Fitzgerald, mais qui est renvoyé pour sa consommation excessive d’alcool lors d’une visite à Dartmouth. L’université octroiera à Schulberg un diplôme honoraire en 1960.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il s’engage dans la Marine et est affecté à l’OSS, dans l’équipe de John Ford chargée de réaliser des documentaires sur le conflit. À la suite de l’armistice, il est au nombre des premières troupes américaines qui découvrent et libèrent les camps de concentration. Il participe à rassembler les preuves contre les criminels de guerre en vue du procès de Nuremberg, notamment par l’arrestation de la réalisatrice Leni Riefenstahl dans son chalet de Kitzbühel en Autriche : on exige d’elle qu’elle identifie les responsables nazis à partir de bobines de films allemands capturés par les Alliés.

Fils de producteur, Schulberg a une connaissance intime d’Hollywood, que restituent ses écrits. Son roman le plus célèbre, Qu’est-ce qui fait courir Sammy ? (What Makes Sammy Run?, 1941), décrit cet univers qui, pour son héros Jimmy Glick, commence comme un conte de fée mais dont la fin est loin d’y ressembler.

En 1950, il publie Le Désenchanté (The Disenchanted), l’histoire d’un jeune scénariste qui doit collaborer au scénario d’un film sur les fêtes hivernales d’une université, avec un célèbre écrivain. Celui-ci, derrière lequel se dessine assez nettement la figure de F. Scott Fitzgerald mort dix ans auparavant, est dépeint comme un personnage imparfait et tragique, au contact duquel le jeune scénariste devient désabusé. Le roman est adapté au théâtre à Broadway en 1958, avec Jason Robards, qui emporte un Tony Award à cette occasion.

En 1951, il se retrouve au cœur des controverses du maccarthysme lorsque le scénariste Richard Collins témoigne devant la commission des activités anti-américaines en le désignant comme ancien membre du parti communiste américain. Il comparaît alors devant la commission et témoigne que des membres du parti avaient cherché à influencer le contenu de Qu’est-ce qui fait courir Sammy ? et désigne à son tour d’autres membres et sympathisants communistes à Hollywood.

1954 voit la sortie de Sur les quais (On the Waterfront) d’Elia Kazan avec Marlon Brando, dont le scénario est écrit à partir d’une série d’articles sur le milieu des dockers et la personnalité du père John M. Corridan (le Père Barry, dans le film), et qui lui vaut d’obtenir l’oscar du meilleur scénario original.

En 1957, Schulberg écrit le scénario de Un homme dans la foule (A Face in the Crowd), à nouveau d’Elia Kazan, au sujet de l’ascension d’un jeune chanteur de country qui devient maniaque dans le contrôle de son succès. En 1958, il écrit et coproduit avec son jeune frère Stuart La Forêt interdite (Wind Across the Everglades) de Nicholas Ray. Ultérieurement, il ne travaillera plus que pour la télévision, notamment en tant que producteur, dans les années 1960, de la série Everglades.

Autre facette de sa carrière, Schulberg est également écrivain du sport et correspondant en chef pour la boxe du magazine à grand tirage Sports Illustrated. À ce titre, il entre au hall de la célébrité de la boxe (Boxing Hall of Fame) en 2002, en reconnaissance de sa contribution pour ce sport, qui est le cadre de son roman Plus dure sera la chute (The Harder They Fall, 1947).

À la suite des émeutes de 1965 qui secouent le quartier de Watts à Los Angeles, Schulberg crée l’atelier des écrivains de Watts (Watts Writer Workshop) en vue d’insuffler des approches artistiques et culturelles à la population défavorisée.

Schulberg a été marié quatre fois : Virginia Ray, Victoria Schulberg, l’actrice Geraldine Brooks et Betsy Ann Langmann et a eu cinq enfants.

(Source Wikiedia adapté par moi-même)

Quatrième de couverture :

« “Mon pépé Bascom a jamais été dans aucune école, et pourtant c’était l’type l’plus futé du pays. Tout c’que j’sais, je l’dois à mon pépé Bascom, qui savait rien du tout. Mais pépé Bascom, c’vieux pirate, il disait une chose…“ Et alors Lonesome se lançait dans une histoire loufoque et, avant que j’aie eu le temps de me retourner, je me trouvais devant un boisseau de lettres auxquelles je devais répondre en disant que, vraiment, c’était une honte que Lonesome ne soit pas à Washington pour donner un peu de bons sens à tous ces beaux parleurs de politiciens. »

Lonesome Rhodes, trublion faussement naïf, à peine embauché dans une petite radio du Wyoming, connaît rapidement une renommée qui dépasse les frontières de l’État. Les chroniques de son prétendu village d’origine, concentré d’une nation rurale et conservatrice, pétrie de bon sens, touchent des milliers d’auditeurs. Recruté par la télévision, où son show devient incontournable, ce Vagabond de l’Arkansas abandonne peu à peu le registre du divertissement pour la politique. Il donne son avis sur tout, veut remédier aux maux, réels ou inventés, dont souffre le pays. Ivre de son propre succès autant que d’alcool, il s’imagine sauver l’Amérique.

Adaptée au cinéma par Elia Kazan en 1957, cette charge virulente contre le populisme et les médias de masse demeure d’une troublante actualité.

Mon avis :

Un jeune homme débarque dans une radio avec sa guitare. Il propose sa contribution à Marcia Jeffries, qui deviendra sa secrétaire. Lonesome Rhodes chante faux et invente les paroles de ses chansons au fur et à mesure qu’il chante, agrémentant celles-ci d’anecdotes inventées qui parlent des vrais américains, ceux qui vivent dans de petits villages et qui cultivent la terre.

Cette nouvelle de 80 pages est tout simplement édifiante. Car en très peu de pages, nous allons suivre cet énergumène au travers d’un regard extérieur, et passer du rire au sourire puis au grincement de dents. Ecrit en 1957, cette nouvelle prend une toute autre dimension quand on regarde notre vie d’aujourd’hui. Elle permet de prendre du recul par rapport à tout ce qu’on voit ou qu’on écoute dans les médias.

On peut ainsi voir un jeune homme parler avec un langage simple, que les gens comprennent. Plus il remporte de succès, plus il se sent des ailes pour annoncer des prises de position populistes, pour prendre des positions tranchées dans des domaines qui le dépassent comme les relations internationales. C’en est tout simplement édifiant car on finit par y croire et faire le parallèle entre des politiques que personne ne comprend et des extrémistes qui savent trouver les mots qui frappent, qui touchent.

De l’importance des médias à la dangerosité des mots mal utilisés ou détournés de leur contexte, cette nouvelle est une mise en garde mais aussi une dénonciation de l’importance que prend l’information, quand on ne peut plus la trier et qu’elle est manipulée. Tout le monde devrait lire ce livre, et surtout éteindre la radio et la télévision pour mieux réfléchir. Comme je le dis souvent, n’oubliez pas le principal : lisez !

Ne ratez pas la préface de Caroline Bokanowski, elle est formidable et indispensable à la lecture de ce livre.