Archives pour la catégorie Littérature américaine

Le canard siffleur mexicain de James Crumley

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Jacques Mailhos

Illustrateur : Rabaté

Après Le dernier baiser, James Crumley revient avec son personnage de détective privé CW.Sughrue pour une aventure des plus déjantées. Sorti tout d’abord chez Gallimard dans la Série Noire, puis chez Folio, Gallmeister nous donne l’occasion de redécouvrir ce roman dans une nouvelle traduction et agrémenté d’illustrations en noir et blanc de toute beauté.

CW Sughrue a abandonné son métier de détective privé pour devenir tenancier au Hell Roaring Liquor Store à Meriwether. Parce que les agents de maintenance ont viré Hank Snow, il décide de se débarrasser de l’engin sur la voie de chemin de fer. Qu’elle aille au diable, cette machine ! Quand Sughrue est poursuivi par une horde d’avocats, ceux du cheminot, du juke-box, de la société de chemins de fer, et de sa femme, il laisse tomber l’affaire et trouve refuge chez Solly.

Solly, c’est Solomon Rainbolt, avocat impitoyable dans les affaires de drogues, craint de tous les procureurs, mais aussi trafiquant de substances illicites. Sughrue et lui se sont connus au Vietnam, où Solly a perdu une jambe mais gagné quelques kilos de médailles ainsi que des contacts chez des producteurs de drogue. Solly accepte de loger Sughrue dans son sous-sol, et lui trouve même une affaire pour se remplumer.

Sughrue se rend donc chez les Dhalgren, frères jumeaux que l’on n’arrive pas à distinguer tant ils se ressemblent. Ils veulent récupérer un poisson tropical qui vaut 5000 dollars et dont ils font commerce chez un client qui leur a fait un chèque en bois. L’argent ne les intéresse pas, ils veulent le poisson. Le seul problème réside dans l’identité du client malotru et mauvais payeur : Norman Hazelbrook.

Norman Hazelbrook, dont le surnom est l’Anormal, est le Président Directeur Général d’un gang de bikers appelé les Snowdrifters. Avec lui, on ne discute pas, on se prend du plomb dans la couenne. Coup de chance, les Dhalgren sont prêts à aider Sughrue en lui prêtant un char Sherman. Finalement, après une bataille mémorable, une entente est trouvée entre les frères jumeaux et la fiancée de Norman, Mary. Mais tout a un prix : il devra retrouver la mère de Norman pour son futur mariage, mère qui est recherchée par toutes les polies et le FBI et la CIA et que personne ne retrouve …

Voilà pour les 50 premières pages ! C’est vous dire combien les événements s’enchainent vite. Après, le rythme se calme, redescend, ce qui permet à James Crumley de parler du passé de Sughrue, au Vietnam, mais aussi de ses rencontres passées. Au passage, il ne se gêne pas pour égratigner les Américains, leur police, leur FBI … bref, tout le monde y passe, avec une bonne fessée.

Si j’emploie cette boutade, c’est bien parce qu’on a l’impression d’écouter parler Sughrue, ce détective à moitié raté, qui se laisse mener par les indices qui lui tombent dessus, à moitié saoul, à moitié drogué, à moitié déjanté. Et puis, il nous sert des scènes d’un visuel incroyable dans des décors hallucinants, avant de nous raconter une bonne blague à laquelle il n’est pas possible de ne pas rire.

En fait, même si ce roman n’est pas le meilleur de cet auteur, il y a sa patte incomparable, cet équilibre fort maîtrisé entre action et pause humoristique, entre retour vers le passé et description décalée. Et sous ces dehors pas très sérieux, il en ressort une société aux mains des pires salopards que l’on puisse imaginer, qui dérive vers sa propre destruction, à l’inverse de Sughrue qui se retrouve avec un bambin. Mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus, courez le lire.

Oldies : Necropolis d’Herbert Lieberman

Editeur : Seuil (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Attention, coup de cœur !

L’auteur :

Herbert Lieberman, né le 22 septembre 1933 à Nouvelle-Rochelle, dans l’État de New York, est un écrivain américain, auteur de roman policier.

Diplômé de l’Université Columbia, il est un temps journaliste avant de travailler dans le milieu de l’édition. Il est longtemps directeur de publication au Reader’s Digest Book Club.

En littérature, il se fait d’abord connaître par des romans psychologiques dans la plus pure tradition du roman policier anglo-saxon, notamment avec La Mainmise (aussi publié en français sous le titre La Maison près du marais) et La Huitième Case. Il devient ensuite le maître incontesté du grand thriller new-yorkais avec Nécropolis (Grand prix de littérature policière, 1976), La Traque, Trois heures du matin à New York et le désormais célèbre La Nuit du solstice. Le Maître de Frazé est un roman d’anticipation.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Nécropolis, c’est la «Cité des morts» : New York, sillonnée par les fous, les mythomanes et les drogués, les assassins et les paumés de toute sorte ; en proie aux intrigues de la municipalité et aux trafics d’influence ; quadrillée par les voitures de police et les ambulances dans un grand concert de hululements de sirène et de crissements de pneus. Avec comme destination finale : la morgue. Presque toujours.

Paul Konig, médecin-légiste en chef de la Ville, est au centre de ce roman et des différentes histoires policières qui s’y entrecroisent, comme il est le Maître qui règne sur les énormes dépôts macabres, ces charniers «propres» qui symbolisent en quelque sorte l’inhumanité et la violence de la plus grande métropole du monde.

Depuis les chambres froides où il procède aux autopsies et livre aux policiers les premiers renseignements qui leur permettront de proche en proche d’identifier les corps et de reconstruire leur vie, Paul Konig, sorte de héros shakespearien délirant et fort, mais étonnamment humain – et qui donne au livre sa vraie dimension littéraire -, surveille New York, sa ville, mène au besoin l’enquête, recherche sa fille Lolly qui a disparu, suit inlassablement des pistes, lui-même tourbillon au sein de toute cette démence.

Nécropolis n’est pas seulement l’un des sommets de la littérature policière, c’est aussi un extraordinaire document pour lequel Herbert Lieberman a passé plus d’une année à enquêter dans les morgues de Manhattan. C’est surtout, comme la presse américaine l’avait souligné lors de la parution, «sans aucun doute le plus beau livre jamais écrit sur New York».

Mon avis :

Comment rester insensible à Necropolis, à son histoire, à son cadre, à sa description de la société, à son personnage ? Ecrit comme un reportage, ce roman va nous plonger dans une profession qu’à l’époque on ne voyait pas souvent dans les polars. Il faudra attendre les années 2000 pour que des séries télévisées abordent le rôle de médecin légiste.

Forcément, avec ce métier au centre de l’histoire, on peut s’attendre à un roman sanglant et glauque. J’ai été surpris par la volonté de l’auteur d’éviter le gore gratuit, pour le remplacer par des descriptions minutieuses des autopsies, avec des termes scientifiques qui nous écartent de l’horreur que l’on a devant les yeux. Herbert Lieberman apporte toute la précision à ses paragraphes de la même façon que Paul Konig apporte du soin à résoudre les mystères qu’on lui demande de résoudre.

Paul Konig, personnage central du roman, est terriblement vrai et juste dans sa psychologie. On a affaire à un expert mondial reconnu dans sa discipline, qui est capable de reconstituer ce qui s’est passé en analysant les restes de corps. Il se retrouve dans une situation difficile, sous pression avec plusieurs enquêtes difficiles mais il doit aussi faire face à des mises en cause dans son travail. A cette pression professionnelle s’ajoute la chute abyssale dans sa vie personnelle, avec la mort de sa femme et la disparition de sa fille. Il se retrouve donc sous tension, toujours en colère, à hurler contre les autres, pour oublier son incapacité à retrouver sa fille ; lui si doué dans son travail est incapable d’avoir une vie familiale normale. Et les nombreuses scènes passées qu’il se rappelle sont autant de coups de poignards qu’il doit gérer sans rien montrer aux autres.

Et l’un des aspects de ce roman est la transformation de la société, une société de plus en plus violente, de plus en plus inhumaine. Les crimes auxquels il a affaire sont de plus en plus horribles, et sa seule réaction comme sa seule possibilité est de s’enfermer dans son travail, car c’est bien la seule chose qu’il a toujours su faire. Mais cela ne suffit pas à le soulager, ni à l’aider à vivre mieux.

C’est un roman effarant sur un homme qui perd tout et qui a tout moment cherche des causes chez les autres. Il refuse sa propre responsabilité, refuse sa culpabilité, refuse d’assumer ses choix qui s’avèrent tous mauvais. Ce roman dramatique dépasse le cadre d’un reportage sur une profession peu connue, elle est l’autopsie d’une société qui entre dans la négation de la vie humaine.

Coup de cœur !

Harry Bosch 1 : Les égouts de Los Angeles de Michael Connelly

Editeur : Seuil & Calmann Levy (Grand Format) / Points & Livre de Poche (Format Poche)

Traducteur : Jean Esch

Comme je l’avais annoncé lors de l’anniversaire du blog, après avoir lu les enquêtes de Charlie Parker de John Connolly, je me lance dans celles de Harry Bosch. C’est après avoir découvert la série Bosch que j’ai décidé de me jeter dans ce challenge. Il est à noter que la préface (présente dans l’édition du Livre de Poche), écrite par l’auteur lui-même est très intéressante : on y apprend ainsi que Michael Connelly a toujours voulu écrire des romans policiers et que Les égouts de Los Angeles est en fait le troisième livre qu’il a écrit.

Dimanche 20 mai. Un appel anonyme vient de signaler un corps dans un tuyau des égouts, au barrage de Mulholland. Harry Bosch et son équipier Jerry Edgar sont de garde et, comme ce dernier ne répond pas, il se rend à Hollywood Lake où se jettent les eaux des égouts. Tout le monde sur place pense à une overdose d’un toxico, d’autant plus qu’on en trouve ici avec encore la seringue dans le bras.

Quand Harry pénètre dans le tuyau, il ne trouve aucune trace, alors comment a-t-il pu arriver si loin dans le tuyau. De même, dans le noir, commenta-t-il peu s’injecter son héroïne ? Comme le corps ne sent rien, il séjourne là depuis cette nuit seulement. Il autorise qu’on sorte le corps et attend accoudé à la balustrade. Dans l’herbe environnante, il y trouve une bombe de peinture à moitié pleine.

Le légiste confirme que le corps a été placé dans la nuit, vraisemblablement vers 4 heures. Bizarrement, un de ses doigts est cassé, sans hématome. Il a donc été cassé post mortem. Tout l’attirail du drogué est présent dans le tunnel, mais il manque un couteau pour découper la canette de coca. Puis il remarque un tatouage, Non Gratum Anum Rodentum, la phrase des « rats de tunnel », les soldats envoyés au Vietnam. Cela rappelle de bien mauvais souvenirs à Harry Bosch. Il en faisait partie. Et Harry connait le mort, William Joseph Meadows : ils étaient ensemble en enfer.

Ce premier tome des enquêtes de Harry Bosch pose déjà une bonne partie des ingrédients de la série, sans toutefois donner trop d’indices. Il y aura donc de nombreux aspects à découvrir par la suite et on comprend que l’auteur a ouvert suffisamment de portes pour construire la suite de son œuvre.

Ce qui est frappant, dans ce roman, que je n’avais pas lu, c’est la logique de l’intrigue, qui avance doucement mais avec beaucoup d’application. Des mystères sont posés tout au long de l’enquête, comme des pièces de puzzle éparpillées et tout vient se mettre tranquillement en place à la toute fin du roman. C’est juste du grand art.

Michael Connelly présente son personnage central comme un rebelle, en butte avec sa hiérarchie mais aussi avec tous ceux qui la représente. Il n’est ni blanc ni noir, revenant d’une suspension et étant muté après avoir abattu un tueur en série à son réveil. N’étant pas amical, il se fait beaucoup d’ennemis de ses collègues aux Affaires Internes dirigées par le terrible Irvin Irving.

Mais c’est son passage au FBI et sa collaboration avec Eleanore Wish qui va présenter l’aspect le plus humain de ce roman. Lui si solitaire va nous découvrir une facette d’un personnage plein d’ambiguïtés, entre une volonté de solitude et un besoin d’être aimé. Même là, on se demande si ceci n’est juste une façon de faire avancer son enquête, car, taiseux, il garde des indices pour lui. Car ce qui compte pour Harry Bosch, c’est avant tout le résultat et la justice, quitte à franchir la ligne jaune.

C’est aussi un portrait édifiant de la ville de Los Angeles, où l’on rencontre des drogués, des prostitués masculins et féminins, mais aussi des femmes ayant pignon sur rue avec une activité de téléphone sexuel ou encore des pédophiles achetant des photos de jeunes gens en pleine rue. Sans en avoir l’air, et sans juger, Michael Connelly se pose en témoin de sa ville qui est en pleine décadence.

Après avoir lu ce roman, on a clairement envie d’y retourner, de retrouver ce personnage qui se trimbale avec son mal-être et qui se bat pour son idéal dans une société qui part en vrille. Cette enquête est pleine, complète, et on en ressort pleinement satisfait, car c’est difficile de trouver mieux en termes de premier roman d’un cycle. Mais on en ressort aussi avec un manque … comme si on était déjà victime d’addiction.

Du sang sur l’asphalte de Sara Gran

Editeur : Editions du Masque

Traducteur : Claire Breton

Après La ville des morts et La ville des brumes, voici donc le troisième tome des enquêtes de la meilleure enquêtrice de tous les temps, Claire DeWitt. Si vous me connaissez, vous savez que c’est avec une grande fébrilité que j’attendais ces aventures.

Oakland, 2011. Claire DeWitt se réveille dans une Ford Ka. Elle vient d’être victime d’un accident de la circulation. Enfin, accident si on veut. Elle revoit une grosse Lincoln lui foncer dessus volontairement. Cela ressemble plus à une tentative de meurtre. Mais on ne tue pas aussi facilement la meilleure détective du monde. Quand une policière s’approche, elle lui subtilise son arme, récupère le nom d’un témoin et arrive à prendre la poudre d’escampette. Qui donc veut lui faire la peau ? C’est l’affaire de l’Autoroute infinie.

Los Angeles, 1999. Claire DeWitt est détective et a rencontré la plus grande détective d’alors, Constance Darling. Adepte du grand Jacques Silette, qui a écrit le livre immortel Détection, sorte de recueil de citations philosophique à destination des détectives, elle a aidé Claire. Mais pour obtenir sa licence, Claire se rend compte qu’elle doit faire 5000 heures d’enquêtes et qu’il lui en manque 400. Adam Dubinsky accepte de lui confier une affaire d’accident de la route : le célèbre Merritt Underwood, artiste peintre, s’est tué dans un accident de la route et elle doit démontrer que c’est un meurtre. C’est l’affaire de la CBSIS.

Brooklyn, 1986. Claire DeWitt est une étudiante de 15 ans. Avec ses amies de toujours, Kelly et Tracy, elles rêvent de monter la plus célèbre agence de détectives. Alors qu’elles résolvent nombre d’affaires, Tracy disparait. Kelly et Claire n’ont pas été capables de la retrouver. Comme Jacques Silette qui n’a jamais été capable de retrouver sa petite fille. C’est l’indice du charnier.

Ceux qui ont déjà rencontré, littérairement parlant, Claire DeWitt vont comprendre ce que je dis. Les autres devraient se jeter sur le premier tome de cette série La ville des morts, puis enchaîner par le deuxième La ville des brumes. Car Claire DeWitt est un personnage attachant, speedé et complexe, aveuglée par cette volonté de devenir la meilleure détective du monde, sans écraser ses concurrents.

On reste ici dans la même veine, et l’intrigue va alterner trois lieux différents et trois enquêtes avec toujours la même volonté de placer au centre du roman ce personnage féminin hors-norme. Alors que j’avais été impressionné par La ville des brumes, par sa façon de montrer Claire au bord de l’autodestruction, on se retrouve ici face à un polar de détective plus classique, construit comme un jeu de piste linéaire.

Le style de Sara Gran est toujours aussi rapide, aussi vif et bien agréable à suivre. Et comme je suis déjà amoureux de ce personnage, j’y ai pris beaucoup de plaisir. Mais je ne peux que vous conseiller de lire les précédents, sinon vous allez être perdus, car l’intrigue est complexe. Enfin, j’ai trouvé que ce roman n’apporte pas grand-chose au personnage de Claire DeWitt. On a déjà lu son obsession pour Jacques Silette, son impuissance face à la disparition de sa meilleure amie. Cela donne donc un bon polar divertissant et j’attendrai le prochain pour être surpris et complètement emballé. Mais je suis toujours amoureux de Claire DeWitt.

Ne ratez pas l’avis de Yan

Déstockage : Doctor Sleep de Stephen King

Editeur : Albin Michel (Grand Format) ; Livre de Poche (Format Poche)

Traducteur : Nadine Gassie

Quand ce livre est sorti en grand format, je l’ai acheté de suite, en me disant que j’attendrai le bon moment, la bonne envie avant de le lire. Ce moment est arrivé … car Shining fait partie de mes lectures marquantes de jeune adulte. J’ai été surpris et emballé par cette suite.

Danny Torrance et sa mère Wendy ont réussi à s’enfuir de l’hôtel hanté, l’Overlook, et les propriétaires leur ont donné des indemnités pour l’explosion de la chaudière et les déboires qu’ils ont connus. Ils pensaient pouvoir tourner la page, jusqu’à ce que Danny voie un spectre apparaître dans leurs toilettes. Il fait donc appel au cuisinier Dick Halorann, qui lui apprend comment emprisonner les esprits dans sa tête.

Les années ont passé, mais les cauchemars et les visions n’ont jamais cessé pour Dan. Le seul moyen qu’il a trouvé est de se noyer dans l’alcool. Il lui arrive de se réveiller à coté de quelqu’un et de n’avoir aucune idée de son identité. A force de déambulations, il se retrouve à Frazier et trouve un poste d’infirmier dans l’hospice Helen Rivington en échange de la promesse d’arrêter de boire qu’il fait à Kingsley et de participer à des réunions d’Alcooliques Anonymes.

Mais son Don ne le laisse pas tranquille. Il lui permet de soulager les malades en fin de vie, mais aussi de prendre contact avec une fillette, Abra, née en 2001. Alors qu’elle avait quelques mois, elle a fait une crise de pleurs de plusieurs jours annonçant le 11 septembre. Depuis, son Don n’a cessé de grandir et elle trouve en Dan l’ami dont elle a besoin et qui comprend son état. Surtout, son pouvoir est d’une force gigantesque.

Ils s’appellent les Vrais et ils cherchent l’immortalité. Ni êtres humains, ni spectres, ils enlèvent de jeunes gens ayant le Don, les torturent jusqu’à la mort pour avaler la vapeur qui sort de leur corps. Cette brume leur apporte plus de vie. Leur troupe est menée par Rose O’Hara, Rose Claque comme l’appellent les membres du Nœud Vrai. Ils ont tous des noms étranges, et Rose est la plus puissante du groupe. D’ailleurs, Rose a ressenti une fillette très puissante. Ils vont se mettre à sa recherche.

Ceux qui ont lu Shining en gardent un souvenir énorme, comme une part de leur enfance. Ceux qui ont vu le film seront quelque peu désappointés. C’est pour cela que je vous conseille de lire Shining avant. Car toute la première partie fait la transition entre avant et après. Et après, c’est Doctor Sleep, et cela n’a rien à voir avec Shining si ce n’est le personnage principal. Vraisemblablement, Stephen King a voulu écrire une suite en écrivant autre chose, mais cet autre chose est très proche de lui et lui tient à cœur. Car ce roman regorge de passion et de thèmes forts.

La grande force, ce sont ses personnages. Danny qui devient Dan, est détestable en tant qu’alcoolique qui touche le fond au début du roman ; puis il devient touchant dans sa volonté de se racheter. Abra partage la vedette avec Dan et elle tient le haut du pavé tant sa présence est forte et sa psychologie très fouillée. Les Vrais ensuite sont effrayants au possible et par seulement Rose Claque. Tous ont une présence spectrale qui vous fait frissonner. Enfin, tous les autres personnages secondaires ont une importance et sont tous vraiment bien faits. C’est la magie King.

L’intrigue est simple : Dan va rencontrer Abra et devoir lutter contre les Vrais. Dit comme ça, ce n’est pas engageant. Mais c’est oublier le plaisir que l’on a à rencontrer des gens pas comme les autres et de visiter les Etats-Unis à travers les yeux du King. Car toute scène devient l’objet d’un mystère qui fait monter le stress, juste par de petites expressions ou par la peinture d’un décor. Et l’on se laisse bercer par le talent unique de conteur du King.

Malgré cela, on ne peut que déplorer quelques traductions maladroites et certaines expressions décidément mal choisies. De même, alors que cela fait presque une trentaine d’années que j’ai lu Shining, j’y ai trouvé quelques scènes où Stephen King étire ses descriptions. Parfois, on a l’impression qu’il remplit des pages, pour faire la bonne taille : 600  Pages.

Malgré cela, le plaisir est grand, intense. On referme le livre avec une satisfaction ajoutée à une impression d’avoir retrouvé un plaisir d’adolescent. On est heureux d’avoir ajouté ce livre à notre culture, parce qu’il parle de la lutte du Bien contre le Mal. Mais aussi parce qu’il parle de transmission : Le rôle que Dick Halorann a eu avec Danny, Dan va devoir l’assumer avec Abra. Et grâce à sa construction complexe (passage d’un personnage à l’autre, sauts dans le temps), si ce roman s’annonce comme la suite de Shining, il s’adresse tout de même à des adultes, des adultes qui veulent revenir quelques années en arrière, mais qui doivent assumer leur rôle de parent.

Blanc comme neige de George P.Pelecanos

Editeur : Editions de l’Olivier (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : François Lasquin et Lise Dufaux

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection Points, et les 40 ans de Points Policier. Et quoi de mieux que de se lancer dans le premier roman mettant en scène Derek Strange et Terry Quinn.

L’auteur :

La biographie de l’auteur est incluse dans un de mes précédents billets, Le chien qui vendait des chaussures.

https://blacknovel1.wordpress.com/2014/11/22/oldies-le-chien-qui-vendait-des-chaussures-de-george-p-pelecanos-gallimard-serie-noire/

Quatrième de couverture :

Washington (D.C.). Leona Wilson veut laver la réputation de son fils, policier noir tué à la suite d’une bavure, et faire graver son nom sur le mur du mémorial de la police de la ville. Elle fait appel à Derek Strange, un ancien flic noir d’une cinquantaine d’années, aujourd’hui détective privé, pour connaître la vérité.

L’affaire, qui a fait l’objet d’une enquête pointilleuse, s’est déroulée une nuit durant laquelle Wilson, qui n’était pas en uniforme, a été surpris par deux collègues alors qu’il braquait son arme sur un homme. Jugeant cette attitude menaçante, l’un des policiers, Terry Quinn, un Blanc, a abattu Wilson. Depuis, il a démissionné de la police pour devenir vendeur de livres et de disques d’occasion.

Pour mener sa contre-enquête, Derek Strange décide de le rencontrer et, convaincu de sa bonne foi, lui propose de l’assister dans ses recherches au cours desquelles les deux hommes vont visiter une partie des bas-fonds de la ville, côtoyer flics ripoux, junkies et exclus du système.

« Derek Strange est un nouveau personnage tout aussi attachant que le privé Nick Stefanos, qui, comme lui, officie à Washington. Ses origines ethniques et sa fine connaissance du terrain en font l’homme idéal pour témoigner à propos du racisme car, au-delà du fait-divers, cette question constitue le sujet central de ce roman noir plein de suspense. » – Claude Mesplède

Mon avis :

Ce roman narre la rencontre entre les deux personnages principaux de cette série, à savoir Derek Strange, la cinquantaine, détective privé noir ayant officié 30 ans auparavant dans la police et Terry Quinn, jeune policier blanc qui a tué Wilson, un collègue noir lors d’une rixe et a été innocenté lors de l’enquête. Depuis, Terry Quinn travaille dans une librairie. A priori, tout oppose ces deux hommes mais la mère de Wilson demande à Strange d’enquêter et ces deux compères vont se trouver, malgré leurs différences. Lors de leur enquête, ils vont croiser la route des Boone, Père et Fils, trafiquants de drogue et meurtriers.

Car, que ce soit par leur couleur de peau, par leur culture, leur âge ou leur psychologie, on ne peut être plus différent. Pourtant, il y a ce même détachement, cette même façon nonchalante de prendre les événements et de trouver le bon mot humoristique pour relâcher la pression. Alors que des auteurs insistent sur le côté impossible de leur rencontre, George P.Pelecanos en fait des scènes justes, simples et logiques.

Le style de George P.Pelecanos est très détaillé, nous décrivant jusqu’au bibelot ornant une étagère dans un bar des bas-fonds de Washington. Cela nous permet d’avoir immédiatement la scène devant les yeux. C’est un style très cinématographique que personnellement j’adore, surtout que les dialogues sont parfaits, savoureux, ce qui donne un bon équilibre à une scène. Un exemple du genre.

Pelecanos nous présente donc le Washington des années 90, multiraciale, avec une criminalité en augmentation. C’est un témoignage de cette époque pas si éloignée, seulement 30 ans, et pourtant, la criminalité a tellement progressé que l’on a l’impression de lire un roman historique ou un reportage sur la vie des flics et la façon dont ils sont perçus dans la société, cible d’actions de plus en plus violente, où il n’y a plus aucun respect de l’autorité sensée faire régner l’ordre et respecter la loi.

Ce roman est malheureusement épuisé. Il va donc être bien difficile de le trouver. Je ne peux que vous conseiller de fouiller vos greniers afin d’en retrouver un exemplaire, ou d’aller voir du coté des sites d’occasion. J’en profite pour lancer un appel aux éditions Points : Il serait grand temps d’envisager une réédition des enquêtes de Strange et Quinn, qui sont au nombre de quatre :

  • Blanc comme neige
  • Tout se paye
  • Soul Circus
  • Hard Revolution (Le meilleur de la série selon Polars Pourpres)

A noter que Red Fury est un prequel mettant en scène Derek Strange et qu’il est disponible au Livre de Poche

Santa Muerte de Gabino Iglesias

Editeur : Sonatine

Traducteur : Pierre Szczeciner

Si on ne me l’avait pas conseillé, notamment par les billets de Yan, Jean-Marc, Velda ou LauLo, mais aussi par mon dealer de livres Coco, je n’aurais pas dépassé le premier chapitre. Car c’est à partir du deuxième (chapitre), que j’ai été pris dans la tornade.

Pour Fernando, tout a commencé à déraper dans une boite de Mexico, El Colmillo. Quand il reçoit un appel d’Isabel, sa sœur, qu’elle lui raconte qu’un type l’a pelotée, il répond à sa loi de protéger sa famille plus que tout. Il embarque aux toilettes le type avec ses deux complices, Javi et Luis. Sauf que trois autres gars armés arrivent et c’est la fusillade. Luis reste sur le carreau, et Javi emmène Fernando parmi les petites ruelles de Mexico. Quelques jours après, Javi est assassiné dans les mêmes toilettes à coups de tesson de bouteille dans le cou. Fernando apprend qu’il a descendu un mec du cartel de Sinaloa. A force de prier Santa Muerte, il a réussi à sauver sa peau, mais maintenant il doit fuir aux Etats Désunis.

A Austin, Julio lui trouve un boulot dans de plongeur dans une pizzeria. En vidant les poubelles, il voit Collin, le gérant essayer de violer une serveuse. Il s’interpose et le tabasse. Là aussi, il est grillé. On lui propose de travailler pour Guillermo et de devenir dealer avec Nestor. Cinq ans plus tard, il est kidnappé et se retrouve dans un hangar. Nestor est attaché, vivant, pour le moment. Le gang fait partie de la Salvatrucha et exige l’exclusivité du commerce en centre-ville, entre l’I35 et l’autoroute 1. En guise de bonne foi, ils coupent les doigts de Nestor et finissent par le décapiter, avant de le laisser partir. Fernando va devoir prier longtemps la Santa Muerte pour s’en sortir.

Après un premier chapitre violent, très violent, l’auteur entre dans son sujet : montrer à travers la vie de Fernando, le quotidien des immigrés aux Etats Unis. Il sort donc du lot des romans noirs démonstratifs par sa faculté à nous plonger dans la psychologie du personnage, et surtout, il a un vrai talent de conteur qui nous donne l’impression que l’on écoute une histoire, la vie d’un jeune homme lâche.

Lâche, il l’est et ne se le cache pas. Quand on n’a pas de diplômes, qu’on n’a pas d’éducation, on cherche à survivre. On est prêt à accepter des studios sales pour avoir la chance de voir se lever le soleil le lendemain. Et quand il se retrouve face à un gang ultra-violent qui veut reprendre le commerce de la drogue, il cherche une main protectrice. Fernando, c’est le bébé qui cherche la protection de ses parents, un bébé qui n’a pas grandi. Et il ne lui reste plus que la croyance en cette sainte, Santa Muerte,

Il faut dire que la situation aux Etats-Unis ne fait rien pour aider les immigrés. C’est même grâce à cela qu’ils ont des salaires bas. Le chapitre 6 est à cet égard remarquable, car il nous interpelle dans notre culture française sociale. D’ailleurs, l’auteur nous prend à témoin, il nous tutoie, nous montre son quotidien qui devient le nôtre. C’est un chapitre remarquable qui participe à notre immersion dans cet environnement.

Avec toutes ces qualités, il serait bien dommage de passer au travers de ce roman, de cette nouvelle voix du polar, qu’il va falloir suivre à l’avenir. Il y a une vraie personnalité, un vrai ton, une vraie originalité en même temps qu’une véracité dans ce qu’il raconte, sans en rajouter. Et dans la description de l’environnement, les personnages secondaires y sont pour beaucoup et ils sont tous très réussis. D’ailleurs, le seul reproche que l’on pourrait lui faire, c’est la longueur du roman. En tournant la dernière page, on regrette aussitôt que ce soit déjà fini. C’est un très bon signe.

Dans la gueule de l’ours de James A. McLaughlin

Editeur : Rue de l’Echiquier

Traducteur : Brice Matthieussent

Quand j’ai lu la quatrième de couverture de ce roman, je me suis dit qu’il fallait que je le lise. Parce que cela parle de la nature, de la relation de l’Homme avec elle. Parce que c’est un premier roman. Et c’est un superbe roman, beau et profond.

Rice Moore, après un passage par la case prison, a réussi à décrocher un poste de garde forestier dans une réserve animale proche de Turk Mountain, dans les Appalaches. Ce matin-là, il se retrouve aux prises avec un essaim d’abeilles qui s’est installé dans les murs d’un des bâtiments qu’il doit entretenir. Sans équipement particulier, il arrive tant bien que mal à s’en sortir au prix de quelques piqûres mais arrive à mettre l’essaim à nu.

Alors qu’il est en train de se nettoyer après ce combat numériquement inégal, un homme vient le voir et lui demande de le suivre. Alors qu’il était en train de ramasser des champignons, il a découvert le corps d’un ours massacré : le corps a été ouvert et on a coupé les pattes. Rice a d’abord cru que c’était le corps d’une femme. Rice se renseigne et apprend que la vésicule des ours est prélevée et vendue aux asiatiques car elle entre dans la confection de médicaments.

Rice décide donc d’enquêter pour savoir qui massacre les ours, malgré les risques pour lui. Entre les chasseurs et les braconniers, les animaux dangereux et les trafiquants de drogues du coin, Rice doit faire très attention. D’autant qu’il a caché un pan de son passé. Quand il rencontre sa prédécesseuse, Sara Birkeland, il apprend que les braconniers l’ont enlevée, tabassée et violée, ce qui a entraîné sa démission. Indubitablement, il a atterri dans un coin de sauvages.

On peut lire sur la quatrième de couverture : « Dans la gueule de l’ours » a été classé par le New York Times comme l’un des dix meilleurs « Crime Fiction » de l’année 2018 et a reçu le prix Edgar Allan Poe 2019 du premier roman. Si je préfère me faire ma propre opinion et accorde peu d’importance à ce genre de compliments, je ne peux que plussoyer après avoir dévoré ce premier roman.

Ce roman déborde de qualités, à commencer par son écriture, à la fois fluide et détaillée, respectueuse et passionnée, profonde, belle et introvertie, avec très peu de dialogues. Ceux qui cherchent des romans rapides au style haché et efficace devront passer leur chemin. Les adeptes de belle littérature, eux, vont être comblés. Il y a des descriptions d’une beauté fascinante, il transpire de ces phrases une admiration pour la nature ; on y lit dans ces chapitres toute la passion de l’auteur pour la défense de la nature.

Et il y a aussi une histoire, et quelle histoire ! Rice Moore est un ancien délinquant, mais on ne va découvrir que petit à petit son passé, et ses exactions avec sa partenaire Apryl. Et on ressent une menace planante au-dessus de la tête de Rice, de la même façon que la nature qui est décrite peut s’avérer mystérieuse, étrange, pleine d’une aura impénétrable, réservée à ceux qu’elle accepte. Ce qui fait planer au dessus de ces pages une tension sourde, toujours cachée derrière les mots.

Outre ses qualités littéraires, c’est un roman qui pose la question de la place de l’Homme sur Terre, au milieu de la nature. Et on se demande qui de l’Homme ou de la Nature est le plus dangereux. Ceci dit, l’Homme détruit tout ce qu’on lui offre, car il est incapable de savourer les cadeaux. C’est un fantastique et magnifique premier roman, qui rend hommage à la nature, un roman de passionné, incroyablement maîtrisé autant dans la forme que dans le fond, un beau moment de littérature qu’il ne faut pas rater.

J’aimerais ajouter un dernier mot : Le travail du traducteur a été remarquable, car jamais je n’ai ressenti de faute. Au contraire, j’ai l’impression qu’il s’est mis au diapason avec la plume de l’auteur. Chapeau !

 

Oldies : La bête de miséricorde de Fredric Brown

Editeur : Moisson rouge (Grand format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : Emmanuel Pailler

Nouvelle année, nouveau défi. Après avoir consacré mon année Oldies à Rivages en 2018, à la Série Noire de Gallimard en 2019, c’est au tour des éditions Points pour 2020. C’est aussi l’occasion de fêter les 50 années d’existence de cette collection, et les 40 ans de Points Policier.

L’auteur :

Fredric Brown, né le 29 octobre 1906 à Cincinnati en Ohio et mort le 11 mars 1972 à Tucson en Arizona, est un écrivain américain de science-fiction célèbre pour ses nouvelles au parfum humoristique. Il a également publié des romans policiers ou de science-fiction, souvent dans un registre burlesque, comme dans son roman Martiens, Go Home !

Il commence à travailler à l’âge de seize ans, exerçant divers métiers (employé de cirque, plongeur, détective privé, bibliothécaire, correcteur pour des journaux, etc), après avoir perdu sa mère et son père, respectivement un et deux ans plus tôt. En 1926, il tente d’entrer à l’université de Hanover dans l’Indiana, mais il abandonne rapidement.

Brown a été édité toute sa vie dans des pulps, ces magazines populaires et bon marché qui regroupent des histoires policières ou de science-fiction. Il commence sa carrière d’écrivain en 1937, à l’âge de 31 ans, alors qu’il travaille comme correcteur pour le Milwaukee Journal. Sa première fiction, The Moon for a Nickel a été publiée dans la revue Detective Story en mars 1938.

Il écrit par la suite beaucoup de nouvelles, notamment des short-shorts, nouvelles de quelques centaines de mots se concluant par une chute époustouflante, comique ou tragique. Dans les années 1960, il fut publié dans Playboy et d’autres magazines pour hommes, où ses histoires très courtes et souvent drôles avec une chute inattendue faisaient merveille. Il est même considéré comme le maître de la micro-nouvelle (short short-story) et de la nouvelle brève, dont le recueil en français, Fantômes et Farfafouilles (traduit de l’américain par Jean Sendy : Denoël, « Présence du futur » n°65) donne un saisissant aperçu. Il est d’ailleurs principalement connu en France pour ses nouvelles de science fiction, alors qu’il a surtout offert beaucoup à la littérature policière, par ses innombrables nouvelles ou ses romans, où, de son style percutant et épuré, il propose des intrigues à la fois simples et originales, dans un décor reflétant les réflexes, les modes et les angoisses de l’Amérique des années 1960.

L’humour est très présent chez Fredric Brown, au point parfois d’être le point de départ, sinon la raison, de ses textes. L’Univers en folie (What Mad Universe) écrit en 1949 joue avec les clichés du genre, racontant l’histoire d’un éditeur de magazine envoyé dans un monde parallèle et reprenant une vision enfantine des récits publiés dans la revue. Martiens, Go Home! (écrit en 1954) décrit une invasion martienne vue à travers les yeux d’un auteur de science-fiction, par d’insupportables petits hommes verts caricaturaux, sans gêne, malicieux et tourmenteurs d’une humanité qui va peut-être se ressouder contre eux.

L’une de ses nouvelles les plus connues, Arena, a servi pour un épisode de la série Star Trek.

Il meurt en 1972, alors que, alcoolique et atteint d’un emphysème pulmonaire, il avait arrêté d’écrire depuis neuf ans.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Est-ce un suicide ? Le mort, Kurt Stiffler, avait de bonnes raisons de vouloir en finir : rescapé d’Auschwitz, il venait de perdre toute sa famille dans un accident de voiture. Mais l’arme qui l’a tué reste introuvable, et l’unique témoin semble en savoir plus qu’il ne veut bien l’avouer. Pour l’inspecteur Frank Ramos, pas de doute : il s’agit d’un meurtre.

Fredric Brown, né le 29 octobre 1906 à Cincinnati, Ohio, est un écrivain américain de science fiction et de roman noir, célèbre pour ses nouvelles humoristiques, fantastiques et policières. Il est décédé en 1972. La bête de miséricorde a été publié en 1956 aux Etats-Unis.

Mon avis :

C’est un roman que je m’étais mis de coté, suite à un coup de cœur de Claude Le Nocher. Je ne savais pas de quoi il retournait ; cela s’appelle la confiance aveugle. Datant de 1956, ce roman policier pourrait aussi bien être écrit aujourd’hui, tant il est moderne dans son écriture et dans son analyse psychologique des personnages. Ce roman frise la perfection, menant son intrigue avec une force peu commune, et avec des dialogues parfaits.

John Medley va, un beau matin, faire ses courses. En revenant, il découvre un cadavre dans son jardin et appelle la police. Frank Ramos et Fern « Red » Cahan sont les deux inspecteurs qui vont s’occuper de l’affaire. L’homme a été abattu d’une balle par l’arrière du crâne et aucune arme n’est trouvée dans la jardin. Ils vont fouiller dans le passé de la victime mais aussi dans celui de Medley.

Si on ne lira pas ce roman pour son suspense, car on sait très vite qui a tué, par son attitude réservée et mystérieuse, on le lire indéniablement pour son approche psychologique. Fredric Brown choisit pour cela la forme d’un roman choral, adoptant le point de vue de chaque inspecteur, mais aussi de Medley, du capitaine de police Walter Pettijohn ou de la femme de Frank, Alice Ramos. Il va autant dérouler l’enquête que les vies personnelles des protagonistes, et démontrer sans en rajouter la vie d’une petite ville des Etats Unis.

On se retrouve donc avec un roman qui ressemble beaucoup à une enquête de Colombo, que j’adore, avec l’intervention de chaque personnage. Il est difficile de faire plus simple en étant génial, surtout avec cette fin qui montre la monotonie des vies et ses difficultés. Un petit joyau à ne pas oublier.

La crête des damnés de Joe Meno

Editeur : Agullo

Traductrice : Estelle Flory

Après Le blues de la Harpie que j’ai beaucoup aimé et Prodiges et miracles que j’ai zappé, ce roman là ne pouvait que passer entre mes mains. Les avis des blogs que je suis fidèlement étaient unanimes, la période évoquée (les années 90) me parle, les références musicales aussi. Bref, ce roman, il avait tout pour me plaire. Comme j’aime le suspense, il va vous falloir lire mon avis jusqu’au bout pour savoir ce que j’en pense.

Brian Oswald est un adolescent de 17 ans comme tous les autres. Il est affublé de grosses lunettes et n’est pas particulièrement beau. Il est amoureux de sa meilleure amie, Gretchen, qui est grosse mais a un esprit punk et non conformiste qui le séduit. Il passe tout son temps avec elle et ne souhaite qu’une chose : l’inviter au bal de fin d’année organisé par son lycée catholique de South Chicago.

Sauf que Gretchen est folle de Tony Degan, un suprémaciste dans toute sa splendeur (désolé, il fallait que je le fasse). Ce qui fait la différence entre Tony et Brian, c’est bien sa faculté à être à l’aise avec les autres et surtout les filles, enfin, les jeunes femmes. Car Brian se rend compte que grandir, cela veut dire passer de l’âge adolescent à l’âge adulte. Et cela veut dire que le monde apparaît tout de suite très compliqué.

Ce qui motive Brian, ce qui le fait vivre, c’est la musique. Il se lève en musique, chante de la musique dans sa tête, écoute de la musique dans la voiture de Gretchen. Il est persuadé qu’il la fera craquer en lui composant une cassette d’une compilation comprenant les meilleures chansons jamais écrites. Car c’est grâce à la musique, il en est persuadé, qu’il va réussir et grandir.

Que l’on soit clair, dès le début, ceci n’est pas un polar. Que l’on soit clair aussi, ce roman parle du début des années 90 et par ses références musicales, il parlera plus à un lecteur ayant dépassé la quarantaine qu’à un jeune d’aujourd’hui. Pour ceux-là, ce roman, par ses qualités de narration et surtout par son style parlé, honnête, vrai, il fera office de roman culte, comme c’est d’ores et déjà le cas pour moi.

Est-ce une autobiographie ? Est-ce une volonté de replonger dans cette époque mouvementée de la musique ? En tous cas, Joe Meno atteint son but : parler à la fois de la société américaine d’alors (mais a-t-elle réellement changée ?) très carrée, figée dans un modèle ultra conformiste, entre religion et respect des règles, et de la difficulté d’un jeune homme de passer au stade d’adulte.

Il serait erroné de résumer le roman à la vie d’un adolescent cherchant à tout prix à perdre sa virginité. Il y a tous ces moments de la vie de Brian, qui semblent tellement vrais, si communs qu’on les a tous vécus. Qui construisent un paysage fascinant parce qu’on a l’impression d’avoir vécu la même chose.

Entre refus d’un destin tout tracé, difficultés familiales et besoin d’être aimé, reconnu, Joe Meno nous offre un roman universel sur la nécessité de trouver sa place dans la société, quelle qu’elle soit. Et il illustre parfaitement la contradiction du passage à l’âge adulte, où il faut choisir entre faire partie d’un groupe et s’affirmer comme être humain unique. Comment devenir adulte dans une société ouvertement raciste ?

Accompagné d’une bande son qui m’a fait rêver, entre punk et hard-rock, en passant par le jazz (avec les formidables passages chez son ami Rod), ce roman souffle une tempête de nostalgie en citant beaucoup de chansons qui ont tant compté pour moi (et qui comptent encore). Il est amusant de voir apparaître pêle-mêle les Smiths, Black Flag, Les Ramones, les Misfits, les Dead Kennedys ou les New York Dolls, aux cotés d’AC/DC ou Van Halen. J’en ai même découvert beaucoup ! J’ai adoré, c’est un roman qui m’a fait grandir, même encore aujourd’hui. A noter Roman Culte !

Au passage, je tire un grand coup de chapeau à la traductrice Estelle Flory.