Archives pour la catégorie Littérature américaine

Oldies : Shibumi de Trevanian

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anne Damour

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose de découvrir un roman culte, écrit par un auteur resté mystérieux. Et quel roman !

L’auteur :

Rodney William Whitaker, plus connu sous son nom de plume Trevanian, est un écrivain américain, né le 12 juin 1931 à Granville, dans l’État de New York, et mort le 14 décembre 2005 dans le West Country, en Angleterre. Il a aussi utilisé son vrai nom ainsi que d’autres pseudonymes : Beñat Le Cagot, Jean-Paul Morin et Nicholas Seare.

Rodney Whitaker est né dans une famille qui doit lutter contre la pauvreté. Dans sa jeunesse, il vit plusieurs années dans la ville d’Albany, capitale de l’État de New York, une période qu’il raconte dans The Crazy ladies of Pearl Street, son dernier ouvrage publié.

Il sert dans la Marine américaine de 1949 à 1953, pendant la guerre de Corée. À son retour, il entreprend des études supérieures et obtient une maîtrise de théâtre à l’université de Washington et un doctorat en communication et cinéma à l’université North western, sise en banlieue de Chicago. Il enseigne ensuite la mise en scène au Nebraska. Plus tard, il reçoit une bourse Fulbright pour étudier en Angleterre.

Il devient ensuite professeur, puis directeur du département des communications de l’université du Texas à Austin pendant de nombreuses années. Quand le succès littéraire le lui permet, il quitte ce poste et vit pour de longues périodes, avec sa famille, dans la campagne basque française.

Dans les années 1970, il amorce une carrière d’écrivain et choisit le pseudonyme de Trevanian en l’honneur de l’historien britannique George Macaulay Trevelyan (1876-1962). Il a 40 ans quand paraît son premier roman La Sanction (The Eiger Sanction, 1972), un récit d’espionnage parodique dont le héros est l’arrogant, snob et insupportable professeur d’histoire de l’art Jonathan Hemlock. Alpiniste émérite et tueur à gages pour les services du renseignement américain, il doit tuer un des membres de sa cordée pendant l’ascension de la face nord de l’Eiger, en Suisse. Pour ce personnage, chaque mission est une « sanction » qui, une fois accomplie, lui permet d’acheter des tableaux impressionnistes pour compléter sa riche collection. Le roman est adapté au cinéma en 1975 sous le même titre par Clint Eastwood avec le réalisateur dans le rôle de Jonathan Hemlock et Rodney Whitaker comme co-scénariste. L’espion Hemlock revient dans le roman L’Expert (The Loo Sanction, 1973) avant que Trevanian ne l’abandonne.

Le Flic de Montreal (The Main, 1976), d’abord publié sous le pseudonyme de Jean-Paul Morin, puis sous celui de Trevanian, est un roman policier de procédure policière situé dans un quartier pauvre de Montréal. Il a pour héros le lieutenant de police quinquagénaire, solitaire et désabusé Claude LaPointe.

Shibumi (1979) est un thriller d’espionnage qui met en scène Nicholaï Hel, à la fois maître du jeu de go, adepte des arts martiaux et tueur professionnel, où le récit s’intéresse moins à sa mission qu’à la jeunesse du héros à Shanghai et au Japon pendant la Seconde Guerre mondiale.

En 1983, Trevanian signe L’Été de Katya (The Summer of Katya), un roman d’horreur psychologique. En 1998, il revisite le roman western avec Incident à Twenty-Mile (Incident at Twenty-Mile). Cette diversité dans les genres abordés a longtemps laissé croire que le pseudonyme Trevanian était en fait le nom de plume d’un groupe d’écrivains. Sous le nom de Nicolas Seare, Trevanian a également publié des contes se déroulant à l’époque médiévale.

Professeur d’université, il passe une grande partie de sa vie reclus avec sa famille dans les Pyrénées basques de France, refusant tout entretien et toute photographie. En 1979, lors de la sortie du livre Shibumi, il accorde toutefois une première interview par téléphone sans livrer son identité. Celle-ci sera dévoilée en 1983 mais confirmée seulement en 19982.

Ses livres sont traduits en quatorze langues, plusieurs d’entre eux étant des best-sellers : entre 1972 et 1983, cinq de ses livres se sont vendus à plus d’un million d’exemplaires chacun.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Nicholaï Hel est l’homme le plus recherché du monde. Né à Shanghai en plein chaos de la Première Guerre mondiale, fils d’une aristocrate russe et protégé d’un maître de go japonais, il a survécu à la destruction d’Hiroshima pour en émerger comme l’assassin le plus doué de son époque. Son secret réside dans sa détermination à atteindre une forme rare d’excellence personnelle : le shibumi. Désormais retiré dans sa forteresse du Pays basque en compagnie de sa délicieuse maîtresse, Nicholaï accueille une jeune étrangère venue lui demander son aide. Il se retrouve alors traqué par une organisation internationale de terreur et d’anéantissement, la Mother Company, et doit se préparer à un ultime affrontement.

Shibumi, le chef-d’œuvre de Trevanian, est un formidable roman d’espionnage et une critique acerbe de l’Amérique. Avec, toujours, l’intelligence et l’humour noir qui sont la marque de fabrique de cet auteur exceptionnel.

Mon avis :

A vrai dire, je n’avais pas lu d’avis détaillé sur ce roman, et j’ai juste suivi sa réputation de livre culte. Et j’ai été totalement surpris et enchanté par ce roman. Le personnage Nicholaï Hel est une sorte de personnage dénué d’émotions, qui atteint l’ultime état de sagesse de l’esprit, l’apaisement total et la communion avec la nature. Depuis sa retraite, il vit reclus dans son château du pays basque.

En parallèle, l’auteur nous montre l’état géopolitique du monde, et une organisation nommée la Mother Company qui, en restant totalement secrète, a accès à toutes les informations et manipulent les gouvernements et les organisations secrètes (comme la CIA ou le MI5) sans que personne ne la soupçonne.

A la suite de l’assassinat des sportifs israéliens à Munich en 1972, un groupe de tueurs nommé les septembristes se donne rendez-vous à l’aéroport de Rome pour joindre Londres et assassiner les coupables. Une fusillade se déclenche et ils sont tous tués sauf une jeune femme, Hannah Stern, la fille d’un ami de Nicholaï qui va lui demander de l’aide.

Organisé comme les étapes d’un jeu de Go, ce roman va passer en revue la biographie de Nicholaï : né à Shanghai d’une mère russe et d’un père américain, il se retrouve sans nationalité et est recueilli par un général japonais qui l’initie au jeu de Go. Doué en langues, il en parle rapidement cinq, et se retrouve à nouveau seul pendant la deuxième guerre mondiale. Après la défaite japonaise, il se fait embaucher par les services secrets américains en tant que traducteur.

D’une construction implacable, d’un style très détaillé et littéraire, Trevanian nous offre tout un pan du monde moderne, à travers le destin de ce jeune homme appelé à devenir le tueur le plus habile, capable de tuer avec une feuille de papier. On y trouvera que peu d’action, tout étant condensé dans les 150 dernières pages. Tout le roman va s’attarder sur d’un coté Nicholaï et ce qu’il a vécu et de l’autre sur la Mother Company et son pouvoir néfaste.

Alors qu’il fait preuve d’un humour noir féroce, Trevanian va nous démontrer la décadence de la société continentale, en opposant l’inutile société matérialiste et capitaliste à la société orientale spirituelle. Tout le monde en prend pour son grade, les Etats-Unis, bien sur, mais aussi la Russie, la France, l’Italie, l’Allemagne et bien d’autres. Trevanian nous montre qu’il y a une autre possibilité de vivre que la consommation à outrance ; et que les pays industrialisés, sous couvert de vouloir donner le pouvoir au peuple en imposant la démocratie, ne servent que l’intérêt de certains. S’approchant d’un brûlot, Trevanian accuse donc les pays industrialisés d’exploiter les plus pauvres et de vouloir imposer leur mode de vie, à l’aide de ruses très élaborées ne prenant aucun cas de la vie humaine.

Ce roman, étonnant de modernité, fait encore écho à la situation actuelle, ce qui démontre que rien n’a changé en 40 ans. Même si sa lecture est dense et nécessite de l’attention, on y plonge avec un plaisir gigantesque et on quitte le roman à regret. Après, on n’a plus qu’une seule envie : parler à tout le monde de ce roman pour que tout le monde le lise. Ce roman est juste fantastique, fascinant, drôle, cynique, féroce, puissant.

Harry Bosch 4 : Le dernier coyote de Michael Connelly

Editeur : Seuil &Calmann Levy (Grand format) ; Points& Livre de poche (Format poche)

Traducteur : Jean Esch

Après Les égouts de Los Angeles, La glace noire et la Blonde en béton, voici donc la quatrième enquête de Hieronymus Bosch, dit Harry, qui va permettre de revenir sur le passé de Harry. C’est avec cet opus que la série atteint ses lettres de noblesse.

Harry Bosch a reçu trop de mauvaises nouvelles en même temps, ce qui a eu pour conséquence de lui faire perdre ses nerfs. D’un point de vue personnel, Sylvia sa compagne a décidé d’accepter un poste en Italie et donc de le quitter. Et suite à un tremblement de terre, sa maison, située sur les collines de Los Angeles, a été déclarée inhabitable. Il a donc décidé de continuer à y vive en toute clandestinité.

Lors de l’interrogatoire d’un suspect, le lieutenant Harvey Pounds, a fait capoter la stratégie de Bosch. Il s’en est suivi une altercation pendant laquelle Bosch a fait passer son chef à travers une vitre. Bosch se retrouve donc suspendu de ses fonctions avec une obligation de suivre des séances chez une psychologue, Carmen Hinijos, afin de mieux maitriser son agressivité.

Lors d’une de ses séances, la psychologue lui demande de lui expliquer ce qui s’est passé. Harry Bosch lui narre son « exploit » et sa philosophie : « Tout le monde compte ou personne ne compte ». Cela lui permet de revenir sur le meurtre non élucidé d’une prostituée, Marjorie Lowe, le 28 octobre 1961. Bosch va mettre à profit sa mise à pied pour enquêter en toute illégalité sur cette affaire et remonter le fil jusque dans les hautes sphères de la justice et de l’état.

Le roman s’ouvre sur un Harry Bosch fatigué, énervé, et désabusé par tous les désagréments qu’il a connus en même temps. Sûr de son bon droit, il voit d’un mauvais œil l’obligation de réaliser des séances chez sa psychologue. Le début va donc nous montrer un personnage qui tourne en rond, et l’apparition d’un coyote lui confirme qu’il devrait peut-être jeter l’éponge, jusqu’à ce qu’il se trouve une nouvelle motivation.

A partir de ce moment-là, on retrouve l’enquêteur pugnace, intuitif et entêté qui va petit à petit accumuler les indices jusqu’à la conclusion de cette affaire. Outre toutes les qualités de l’écriture de Michael Connelly, et en particulier cette faculté de nous faire vivre cette affaire comme si on faisait le chemin avec Harry Bosch à ses côtés, cette enquête se révèle plus personnelle que les autres. On sent la rage et l’obsession du résultat à chaque page.

On voit aussi un Harry Bosch à bout, quasiment suicidaire au moins pour sa carrière professionnelle, prêt à provoquer les politiques sur leur terrain alors qu’il ne possède que des intuitions ou de maigres pistes. On a surtout l’impression de lire une histoire qui est improvisée, qui se suit au fil de l’eau comme dans la vraie vie, sans jamais avoir l’impression que Michael Connelly sache où il veut nous emmener … alors que c’est tout le contraire.

Et c’est tout le contraire bien entendu, grâce à cette conclusion des dernières pages, qui nous confirme que Michael Connelly est un auteur incontournable, capable de nous faire suivre une piste avant de nous dévoiler la solution formidablement trouvée. Il nous dévoile les luttes de pouvoir, les compromissions, les chantages et les exactions que les hauts dignitaires sont prêts à faire pour atteindre le Graal du pouvoir. Le dernier coyote est le meilleur roman de la série (que je viens de commencer) pour moi pour le moment, un grand moment du polar.

Oldies : Fay de Larry Brown

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Daniel Lemoine

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose de poursuivre la découverte des romans de Larry Brown, avec ce roman qui est la suite de Joe, chroniqué ici avec un coup de cœur.

Quatrième de couverture :

À dix-sept ans à peine, Fay fuit une vie de misère. Elle s’élance sur les routes du Mississippi pour gagner la mer et un autre avenir. Elle n’a pas mis les pieds à l’école depuis longtemps, ignore beaucoup des règles de la vie en société et ne sait pas vraiment ce que les hommes attendent des femmes. Belle, lumineuse et parfois inconsciente, elle trace sa destinée au hasard de ses rencontres, s’abandonnant aussi facilement qu’elle prend la fuite. Mais cette femme-enfant, qui ne réalise qu’à demi l’emprise qu’elle exerce sur ceux qui croisent son chemin, laissera dans son sillage une traînée de cendres et de sang.

Mon avis :

Ayant décidé de fuir sa famille et en particulier son père alcoolique, fainéant, violeur et violent, Fay Jones, du haut de ses 17 ans, va parcourir le Mississipi pour rejoindre Biloxi et ses plages paradisiaques vers une vie de rêve. A la fois naïve et belle comme un cœur, elle va apprendre la vie à travers différentes expériences et devenir une femme fatale à qui aucun homme ne peut résister. Elle va trouver un lit dans un camping auprès de jeunes gens vivant d’alcool et de drogue avant de rencontrer Sam, un policier de la route.

Sam et sa femme ont du mal à surmonter la mort de leur fille. Ils accueillent donc les bras ouverts Fay qui va découvrir cette nouvelle vie comme un paradis. Jusqu’à ce qu’elle se rende compte que Sam trompe sa femme devenue alcoolique. C’est d’ailleurs à cause de l’alcool qu’elle trouvera la mort et que Fay la remplacera … jusqu’à un nouveau drame qui l’obligera à reprendre la route et à rencontrer Aaron, un videur de boite de nuit violent tombé fou amoureux d’elle.

Ecrit dans un style littéraire et méticuleux, Larry Brown continue à nous montrer la société américaine, en s’écartant des miséreux pour détailler la vie des ouvriers. Il montre des gens qui dépensent leur argent en alcool ou en drogues dans un monde sans pitié, un monde sauvage ne respectant que la loi du plus fort. Il est d’ailleurs intéressant de voir que l’auteur oppose Sam à Aaron, comme deux faces d’une même pièce de monnaie, le Bien et le Mal. Pour autant, chacun de ces deux mâles vont succomber aux charmes de Fay et avoir une psychologie complexe et bien plus nuancée qu’une simple opposition Bien/Mal.

On voit aussi Fay, une femme fatale moderne, qui va devenir consciente de son pouvoir d’attraction envers les hommes, et sa capacité à les utiliser. De jeune femme victime, elle va orchestrer les événements à son profit et devenir femme manipulatrice. Personnage éminemment complexe, semblant parfois rechercher une sécurité, parfois prenant des décisions, elle démontre une sacrée faculté à obtenir ce qu’elle veut avec un beau machiavélisme.

De ce personnage féminin d’une force remarquable, de cette peinture de la société sans concession, de ce style si détaillé, de cette intrigue suivant l’itinéraire d’une adolescente, nous garderons cette image bien noire des Etats-Unis brossée par Larry Brown, avec la sensation d’avoir parcouru un sacré chemin et avoir abordé des thèmes divers qui font réfléchir. De la grande littérature, tout simplement.

Le baiser des Crazy Mountains de Keith McCafferty

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Marc Boulet

Après Meurtres sur la Madison, Les morts de Bear Creek et La Venus de Botticelli Creek, ce roman est la quatrième enquête de la série Sean Stranahan, détective en dilettante et professeur de pêche à la mouche, et Martha Ettinger, shérif du comté de Hyalite. En ce qui me concerne, je parlerai plutôt de découverte.

Max Gallagher, auteur de romans à succès, a connu des déconvenues lors de ses dernières parutions. Il loue donc un chalet perdu dans les montagnes du Montana pour se concentrer sur son prochain opus qui doit lui permettre de retrouver le devant de la scène. Suffisamment isolé de potentielles tentations, équipé de bouteilles de bourbon, tous les ingrédients sont réunis pour qu’il travaille sérieusement.

Alors que la température plonge, Max veut faire un feu dans la cheminée, et s’aperçoit que la fumée s’évacue mal. En sortant dehors, il voit des corbeaux et pense à un nid mal placé. Après avoir récupéré une échelle, il grimpe et éloigne les oiseaux noirs, mais ne voit pas de nid. En regardant attentivement, il aperçoit plus bas dans la conduit un corps dont la tête est tournée vers lui ; les yeux ont été dévorés par les corbeaux.

La shérif Martha Ettinger est appelée sur les lieux et la question qui se pose est : comment faire sortir le corps coincé dans le conduit. Après moult possibilités, le corps d’une jeune femme tombe dans les bras de son adjoint. Or la disparition de Cindy Huntington a été signalée six mois auparavant. Max connaissant Sean Stranahan, il le contacte et Martha Ettinger s’arrange pour que Stranahan soit engagé par la famille de Cindy Huntington. Ils pourront être deux à enquêter sur cette affaire.

Malgré le fait que je n’aie pas lu les précédentes enquêtes, je n’ai ressenti aucune gêne dans la compréhension des personnages et leurs relations. J’irai même plus loin : cela m’a donné envie de lire les autres romans. Car ce roman, qui est à classer dans le genre roman policier, est du pur plaisir de lecture. Et en premier lieu, on peut placer l’intrigue, qui avance selon deux aspects en parallèle, qui présente moult fausses pistes, rebondissements et revirements de situation.

Keith McCafferty nous présente le Montana et le décor est un personnage à part entière. Les tableaux sont d’une beauté passionnante et il nous fait découvrir des lieux que l’on n’aurait pas pu imaginer. De même, les psychologies des personnages bénéficient d’une vraie complexité, les relations familiales obscures et cela contribue à donner à ce roman et cette intrigue une vraie épaisseur.

Enfin, nos deux enquêteurs sont deux personnages bien particuliers et participent au plaisir de la lecture. Jouant au jeu du chat et de la souris, ils sont aussi opposés que le feu et la glace mais sont attirés l’un par l’autre comme des aimants. Et les dialogues ajoutent une sorte de légèreté et d’humour surtout grâce à des réparties décalées qui finissent par nous convaincre du haut niveau de divertissement. N’hésitez pas à ajouter Le baiser des Crazy Mountains dans vos bagages de vacances.

Oldies : Joe de Larry Brown

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Lili Sztajn

Attention, Coup de Cœur !

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose de découvrir, si vous ne le connaissez pas, l’un des meilleurs auteurs américains, injustement considéré et méconnu chez nous, Larry Brown.

L’auteur :

Larry Brown, né le 19 juillet 1951 à Oxford dans le Mississippi aux États-Unis et décédé le 24 novembre 2004 à Oxford dans le Mississippi aux États-Unis d’une crise cardiaque, est un écrivain américain.

Il fréquenta brièvement l’université du Mississipi sans en être diplômé. Après avoir servi dans l’US Marine et exercé de multiples petits boulots : bûcheron, charpentier, peintre, nettoyeur de moquette, tailleur de haies, il fut pompier pendant seize ans. Un éditeur remarque un jour une de ses nouvelles dans un magazine et, enthousiasmé par son écriture forte, décide de prendre contact avec lui : il lui demande s’il aurait d’autres nouvelles à publier.

L’écrivain lui répond qu’il en a des centaines. En quelques années, Larry Brown est reconnu comme un grand romancier, par la critique qui lui décerne de nombreux prix tel le Southern Book Critics Circle Award for Fiction, comme par les lecteurs.

Il décède d’une crise cardiaque en 2004 à l’âge de cinquante-trois ans, laissant une œuvre forte et inachevée de six romans, deux recueils de nouvelles, une autobiographie et un essai. Deux nouvelles et le roman Joe ont été adaptés au cinéma. Il fait un caméo dans le film Big Bad Love d’Arliss Howard en 2001.

Quatrième de couverture :

C’est dans les forêts du nord du Mississippi que Joe Ramson, quadragénaire alcoolique et désabusé, va rencontrer Gary Jones, un gamin de quinze ans, illettré, ne connaissant ni sa date ni son lieu de naissance. Une fleur poussée sur le fumier ou l’absolue misère croisant le chemin d’un homme marginal et violent mais profondément humain. Joe dirige une équipe de journaliers noirs chargée d’empoisonner les arbres inutiles et de les remplacer par des pins qui seront utilisés comme bois d’abattage par les grosses compagnies forestières.

Gary est venu à pied depuis la Californie avec ses parents et ses deux sœurs. Ils se nourrissent en fouillant les poubelles et se sont installés au fond des bois dans une vieille cabane en rondins inhabitée depuis longtemps. Wade, le père, est un ivrogne, fainéant, mauvais et puant jusqu’au bout des ongles, exploitant et volant son fils pour quelques canettes de bière. Ce dernier réussit à se faire embaucher par Joe et il devient son ami. Du fond de son ignorance, Gary sent que son salut viendra de cet homme à l’avenir incertain.

Larry Brown offre aux lecteurs une histoire dans la grande tradition du roman américain. Histoire de Blancs pauvres et de Noirs indigents avec l’alcool et les coups pour unique langage. Une histoire tragique où le dénuement et le désespoir entraînent pour ces hommes la perte de leur humanité. Un récit terrifiant et émouvant. Claude Mesplède

Mon avis :

Relire ce roman permet de relativiser sur le niveau littéraire de beaucoup de romans actuels et je me demande si on ne devrait pas parler plus souvent des œuvres essentielles. Joe de Larry Brown est à classer comme un classique de la littérature américaine et le fait qu’il soit si peu connu chez nous est juste incompréhensible. Les mots me manquent pour qualifier ce livre, et un seul mot me vient à l’esprit : Monument. Au même titre que Père et Fils, d’ailleurs, autre roman de cet auteur.

S’appuyant sur trois personnages forts, Larry Brown ne se contente pas d’analyser l’illusion du rêve américain, mais situe son roman au niveau de l’Homme et de son envie ou besoin de liberté. Construit comme une rencontre entre Gary, un jeune adolescent illettré mais travailleur vivant dans une famille extrêmement pauvre et Joe, un bucheron alcoolique et foncièrement indépendant, libre et indépendant, le roman fait partie de ces témoignages sur la vie de ceux qui sont oubliés par le rêve Américain.

Le personnage qui marque le lecteur est bien entendu Wade Jones, le père de Gary, un fainéant alcoolique, violent, qui martyrise sa famille pour justifier sa position de Chef. Les Jones n’ont pas de maison, et errent à la recherche de travail pour payer l’alcool du père. Gary veut travailler pour gagner de l’argent et partir loin de cet enfer. Il rencontre Joe qui place sa liberté au-dessus de tout et de tous, ayant abandonné sa famille et même ses relations avec les autres, au profit de l’assouvissement de ses envies.

Roman d’émancipation, d’éducation et de rédemption, ce roman présente l’avantage de ne pas opposer des gentils avec des méchants. Tous les personnages ont leurs propres motivations et sont tous blâmables, dans une société « normale ». Larry Brown nous montre la société des libertés qui pousse chacun à ne penser qu’à lui avant tout, et à renier sa responsabilité collective, quitte à payer les conséquences de ses actes.

Avec une plume brutale mais formidablement évocatrice, cette histoire faire d’alcool et de bagarres, de sueur et de haine nous montre que même avec des personnages extrêmes, l’espoir d’une vie en société peut exister ; et qu’avec de l’éducation, on peut aboutir à une société vivable. Joe est un hymne littéraire à l’humanisme, sans concession, et d’une formidable force. On n’est pas prêt d’oublier ni ces personnages, ni ces forêts, ni cette intrigue terrible.

Coup de Cœur !

Ce roman est doté d’une suite, Fay, qui va nous montrer la vie de la jeune sœur de Gary qui a décidé de quitter sa famille. Nous en parlerons en septembre.

Oldies : Little bird de Craig Johnson

Editeur : Gallmeister (Grand format) ; Gallmeister / Points (Format Poche)

Traducteur :

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose un roman particulier pour moi, je vous en dis plus un peu plus loin …

L’auteur :

Craig Johnson, né le 12 janvier 1961 à Huntington dans l’État de la Virginie-Occidentale, est un écrivain américain, auteur d’une série de romans policiers consacrés aux enquêtes du shérif Walt Longmire.

Craig Johnson fait des études de littérature classique et obtient un doctorat en art dramatique.

Avant d’être écrivain, il exerce différents métiers : policier à New York, professeur d’université, cow-boy, charpentier, pêcheur professionnel, ainsi que conducteur de camion. Il a aussi ramassé des fraises. Tous ces métiers lui ont permis de financer ses déplacements à travers les États-Unis, notamment dans les États de l’Ouest. Il finit par s’installer dans le Wyoming où il vit actuellement. Toutes ces expériences professionnelles lui ont servi d’inspiration pour écrire ses livres et donner ainsi une certaine crédibilité à ses personnages.

Il est l’auteur d’une série policière ayant pour héros de shérif Walt Longmire. Les aventures du shérif se déroulent dans le comté fictif d’Absaroka, dans le Wyoming, aux Etats-Unis, le long d’une branche des montagnes rocheuses, la Chaîne Absaroka. Par son cadre géographique, la série lorgne vers le genre du western. Elle a été adaptée à la télévision américaine sous le titre Longmire, avec l’acteur australien Robert Taylor dans le rôle-titre.

Craig Johnson vit avec sa femme Judy dans son ranch près de Ucross (25 habitants) sur les contreforts des Monts Big Horn, dans le Wyoming, où il s’occupe de ses chevaux et de ses deux chiens. Son ranch est adjacent aux réserves indiennes Crow et Cheyenne où l’écrivain a de nombreux amis dont il s’inspire directement pour créer ses personnages amérindiens. Il trouve également son inspiration dans les paysages et différents lieux environnants son ranch et les décrit avec précision dans son œuvre. Bien que le comté d’Absaroka n’existe pas réellement, sa position géographique est bien réelle et ses caractéristiques reprennent celles de lieux existants.

Craig Johnson est lauréat de nombreux prix littéraires, dont le Tony HillermanMystery Short Story Contest. Il est membre de l’association des MysteryWriters of America.

En France, les écrits de Johnson sont publiés par l’éditeur Gallmeister. Plusieurs nouvelles ont été offertes gratuitement en librairie et diffusés sur internet afin de promouvoir l’œuvre de l’auteur.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Après vingt-quatre années passées au bureau du shérif du comté d’Absaroka, dans le Wyoming, Walt Longmire aspire à finir sa carrière en paix. Ses espoirs s’envolent quand on découvre le corps de Cody Pritchard près de la réserve cheyenne. Deux années auparavant, Cody avait été un des quatre adolescents condamnés avec sursis pour le viol d’une jeune indienne, Melissa LittleBird, un jugement qui avait avivé les tensions entre les deux communautés. Aujourd’hui, il semble que quelqu’un cherche à se venger. Alors que se prépare un blizzard d’une rare violence, Walt devra parcourir les vastes espaces du Wyoming sur la piste d’un assassin déterminé à parvenir à ses fins.

Avec LittleBird, premier volet des aventures de Walt Longmire, Craig Johnson nous offre un éventail de personnages dotés d’assez de sens du tragique et d’humour pour remplir les grandes étendues glacées des Hautes Plaines.

Mon avis :

Cette série représente pour une série de romans particulière pour une raison bien simple. Quand LittleBird est sorti, on m’en a parlé en des termes si élogieux que je l’ai acheté peu après sa sortie. Puis, les tomes sortant à la fréquence d’un par an, je les ai tous acquis année après année, et je ne les ai jamais ouverts. J’attendais la bonne occasion pour entamer cette série dont la première enquête a totalement rempli les attentes.

Dès les premières lignes, Craig Johnson nous plonge dans un décor de western, dans une époque bien ancrée dans notre quotidien. Son style, très littéraire, fait des miracles en termes de descriptions à un point tel que l’on se retrouve face à des peintures représentant un paysage montagneux à perte de vue.

Craig Johnson évite les pièges de vouloir nous présenter le contexte et les personnages au début du roman. Il entre dans son intrigue comme si nous faisions déjà partie des habitants de cette région d’Absaroka. Petit à petit, il va nous présenter les protagonistes au travers de scènes simplissimes qui permettent de situer à la fois leur relation avec Walt Longmire et leur psychologie.

D’ailleurs, Walt Longmire, qui est le narrateur de cette histoire, prend toute la place ; et la narration est si naturelle (je vais éviter de dire fluide) qu’on a l’impression non seulement de le connaitre depuis longtemps mais de carrément vivre à ses côtés. On ne peut qu’adorer ses répliques toutes en dérision de la part d’un homme dont la femme vient de mourir et qui se retrouve en période électorale pour son poste de shérif.

L’histoire en elle-même est terrible : une jeune fille indienne attardée a été violée par quatre jeunes hommes dont on attend la peine de prison après la condamnation. Alors qu’ils sont en liberté surveillée, Walt est appelé pour constater le corps de l’un d’eux. Le rythme de ce roman va être lent, au rythme de la vie dans l’Ouest américain, et va nous présenter la vie de cette petite ville, bordée par une réserve indienne. On y appréciera aussi la diplomatie et le respect des gens dont fait montre Walt, qu’ils soient blancs ou amérindiens. Un premier tome qui donne envie de se plonger dans la suite de suite.

Oldies : Lucy in the sky de Pete Fromm

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laurent Bury

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose un roman qui bénéficie d’une aura impressionnante !

L’auteur :

Pete Fromm est un écrivain américain né le 29 septembre 1958 à Milwaukee dans le Wisconsin.

Romancier et nouvelliste, il a connu un important succès public et critique grâce à Indian Creek, roman autobiographique dans lequel il raconte son expérience de la solitude au cœur des montagnes Rocheuses lorsqu’il était adolescent.

Après des études secondaires à Milwaukee, Pete Fromm étudie la biologie animale à l’université de Montana. D’octobre 1978 à juin 1979, il est embauché par l’office de réglementation de la chasse et de la pêche de l’Idaho pour rester seul dans les montagnes, en plein cœur de l’aire naturelle protégée de Selway-Bitterroot, à surveiller l’éclosion d’œufs de saumon.

C’est sur les conseils de Bill Kittredge, dont il a suivi un cours d’écriture créative à la seule fin de décrocher son diplôme universitaire, puis de Rick DeMarini, qui anime un atelier d’écriture auquel Pete Fromm assiste clandestinement, qu’il envisage d’écrire en profitant de son expérience des grands espaces et de la vie au grand air.

Il cumule plusieurs petits boulots, dont celui de maître-nageur à Lake Mead (Nevada), puis de Ranger dans le parc national de Grand Teton, au Wyoming avant de rencontrer un modeste succès avec son recueil de nouvelles The Tall Uncut (1992). La reconnaissance médiatique vient avec ses chroniques d’Un hiver au cœur des Rocheuses (1993), où il relate son expérience de l’hiver 1978-79.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Lucy Diamond, quatorze ans, file à toute allure vers l’âge adulte. Prise entre l’urgence de vivre et la crainte de devoir abandonner ses manières de garçon manqué, Lucy se cherche et joue avec l’amour. Elle découvre par la même occasion que le mariage de ses parents n’est pas aussi solide qu’enfant, elle l’a cru. Son père, bûcheron, est toujours absent. Sa mère, encore jeune, rêve d’une autre vie. Et Lucy entre eux semble soudain un ciment bien fragile. Armée d’une solide dose de culot, elle s’apprête à sortir pour toujours de l’enfance et à décider qui elle est. Quitte à remettre en question l’équilibre de sa vie et à en faire voir de toutes les couleurs à ceux qui l’aiment.

Dans un Montana balayé par les vents, c’est la peur au ventre et la joie au cœur que Lucy, pleine de vie, se lance à corps perdu dans des aventures inoubliables.

Mon avis :

Quand on a 14 ans, un nouveau monde s’ouvre avec ce qu’il comporte de découvertes, de joies et de déceptions. Parce qu’ils habitent proches l’un de l’autre, Kenny et Lucy sont les meilleurs amis. Heureux dans leur vie de famille, ils vont vivre leur passage à l’âge adulte et découvrir ce que leurs parents cachent derrière leur insouciance de façade.

Pour ce faire, l’auteur a créé une famille d’Américains moyens, Chuck le père étant bucheron et donc souvent absent pour de longues périodes de la maison, Lainee la mère venant de trouver un travail. Lucy se distingue par son physique, ses airs de garçon manqué avec son crâne rasé ; cela lui permet de mieux se distinguer des autres au lycée. L’ambiance à la maison est à la fête, surtout quand le père est de retour et les blagues fusent ; il y règne une insouciance qui laisse flotter des passages fort drôles.

Puis lors d’une après-midi, Lucy découvre son premier baiser et ses relations avec Kenny vont s’infléchir vers un horizon qu’elle ne comprend pas, dont elle ne veut pas, préférant garder la douceur de l’enfance. En parallèle, elle s’aperçoit que ses parents qui étaient son modèle de bonne humeur, cachent des secrets qu’elle met à jour petit à petit. Elle se rend compte que le monde des adultes est tortueux et rempli de mensonges.

Rares sont les romans capables de nous emporter dans l’intimité d’une famille avec autant de facilité ! Les personnages ainsi que le ton, volontairement légers et sensibles, y sont pour beaucoup dans l’adoption de cette histoire et de son contexte. Le rythme et les événements vont au fur et à mesure montrer l’évolution de Lucy et placent ce roman sur le haut de la pile en termes de roman d’apprentissage. J’ai trouvé en particulier remarquable les descriptions des relations familiales et leur évolution.

Il serait dommage de réduire ce roman à une bluette d’adolescente qui découvre l’amour. Le personnage de Lucy occupe le devant de la scène, et ce personnage féminin est si fort, si franc, si réaliste qu’il en devient obsédant, inoubliable. Elle a un humour décalé, hérité de ses parents, qui se transforme rapidement en réparties cyniques puis en répliques cinglantes. Le caractère de Lucy se révèle suffisamment complexe pour qu’on s’y attache, tout en contradiction, entre sa volonté de grandir et celle de rester une enfant.

Si par moments, on sent poindre une certaine réflexion puritaine, l’auteur s’efforce tout de même de rester neutre, dans la peau de Lucy. Il n’en reste pas moins que l’on voit poindre un exemple de lutte pour la liberté, pour l’émancipation de la femme et pour le droit à vivre sa vie comme on l’entend, sans juger les autres. D’autant plus, que l’espoir renait grâce à certains autres personnages qui sortent du lot des moutons. Un roman formidable.

Les somnambules de Chuck Wendig

Editeur : Sonatine

Traducteur : Paul Simon Bouffartigue

Se lancer dans un roman de plus de 1000 pages, ici 1160 exactement, demande du temps, du souffle, et des muscles. Croyez-moi, si ce roman s’était avéré moyen, je ne l’aurais pas fini. Et je l’ai commencé en espérant lui décerner un coup de cœur. Ce n’est pas le cas bien que ce roman soit bien fait.

Quand elle se réveille, sous le soleil de Pennsylvanie, Shana aperçoit le lit de Nessie, sa sœur vide. A tous les coups, elle a encore fugué ! Elle fouille alors la maison, mais chaque pièce est vide. Elle ne va sûrement pas prévenir leur père, qui est à la ferme, sinon, Nessie risque de se faire méchamment gronder. Puis, par la fenêtre, elle aperçoit quelqu’un qui marche. Elle se précipite dehors et rejoins Nessie, qui avance d’un pas mécanique, le regard fixe, les yeux morts. Nessie est la première somnambule recensée.

Shana appelle le père, qui débarque avec sa vieille Chevy. L’idée même d’essayer de bloquer Nessie est effrayante, cette dernière commençant à crier et monter en température, comme si elle bouillait de l’intérieur. Remuer les mains devant les yeux ne change rien. Puis un deuxième somnambule apparut et vient s’aligner sur la trajectoire de Nessie : M.Blamire, son professeur de géométrie.

En provenance de Kailua-Kona, l’avion atterit à Atlanta avec à son bord Benjamin Ray. Il est attendu par Sadie Emeka, qui lui annonce avoir mis au point une intelligence artificielle nommée Black Swan. Black Swan a demandé que Benji participe aux recherches concernant les somnambules.

Alors que la campagne pour les élections présidentielles fait rage, Ed Creel, de la branche extrémiste du parti républicain obtient l’investiture de son parti. Il affrontera donc la présidente Hunt.

Pendant ce temps-là, le nombre de somnambules augmente, les gens qui les accompagnent aussi. On dirait un troupeau, accompagné de bergers.

Il faut avoir une sacrée endurance pour envisager d’entamer ce pavé de plus de 1160 pages. Et ce volume est bien le premier argument qui m’a fait me pencher sur cette histoire, en prévision de mes vacances. Honnêtement, je ne serai pas allé jusqu’au bout si ce roman avait été, ne serait-ce que moyen. Il m’aura fallu huit jours pour avaler ce récit, porté principalement par ses personnages formidablement bien construits.

Chuck Wendig a pris son temps pour les installer, et il a fait preuve d’une remarquable intelligence pour y aller doucement, et présenter différentes facettes de la société américaine. Il aborde évidemment la question de la technologie, de cette science qui rend certaines personnes folles et d’autres méfiantes. Et quand on ne comprend pas quelque chose, souvent, cela se transforme en violence …

Shana et son père vont donc représenter les citoyens moyens qui subissent une situation inextricable et incompréhensible. A côté, Benji est la pierre angulaire de la science, aidé en cela par une intelligence artificielle omnipotente mais communiquant par des lumières verte ou rouge. L’aspect politique est abordé par le duel Creel / Hunt, illustré par les factions que l’on observe aujourd’hui, démocrates contre républicains, hommes contre femmes, modérés contre extrémistes.

Chuck Wendig aborde aussi l’aspect religieux via son formidable personnage de pasteur Matthew Bird et même les réseaux sociaux dont il invente des messages en chaque début de chapitre. S’il dénonce beaucoup de travers, Chuck Wendig ne se fait pas revendicateur mais plutôt témoin de cette société sans en rajouter une miette. Certes, on y trouve des méchants et des gentils mais il les présente naturellement dans le récit.

Chuck Wendig se révèle donc un sacré conteur menant son intrigue comme il le veut, nous surprenant au détour d’un chapitre par un rebondissement totalement inattendu (et certains sont d’une extrême violence), à l’image de cette société abreuvée d’images sanglantes, qui s’en plaint mais qui en demande toujours plus. Il conduit son récit sans un style fluide, que j’ai trouvé parfois plat (et c’est pour cela que je ne lui mats pas un coup de cœur) et abusant de comparaisons commençant par « comme … » qui m’ont agacé.

Malgré cela, ce roman, écrit avant la pandémie, montre tout le talent et l’imagination d’un auteur, capable de partir d’une situation inimaginable pour autopsier les maux de la société moderne. Tout le monde en prend pour son grade et rien que pour cela, il vous faut lire ce roman, maintenant ou pendant vos vacances à venir, car il a l’art de pointer des aspects importants et le mérite de nous rendre un peu moins con.

Un conseil : ne comparez pas Le Fléau de Stephen King avec ce roman.

Deuxième conseil : appréciez à leur juste valeur ces quelques phrases piochées au gré du livre. C’est écrit simplement, mais ça fait du bien de les voir écrites.

« Personne dans le monde ne fabrique un vaccin universel contre la grippe parce que derrière, il n’y a pas d’argent. Personne ne fabrique de nouveaux antibiotiques parce que … on ne se fait pas d’argent avec un comprimé bon marché qu’on ne prescrit pas longtemps. »

« Il y a des gens qui ne sont que des déchets, alors ils rencontrent d’autres déchets et commencent à constituer une décharge. Et c’est encore plus facile avec Internet. »

« Je pense que ce que nous regardons en ce moment même doit être notre pré carré et que c’est à nous de régler le problème. C’est pas des mecs avec des flingues qui vont le régler. Les mecs avec des flingues, ça ne règle jamais rien. »

« Reste qu’il existait quantité d’armes dont l’utilisation n’exigeait pas des facultés mentales particulièrement développées. Presser une détente ne nécessitait qu’une minuscule impulsion électrique née des profondeurs du cerveau reptilien. »

« Les humains étaient une maladie.

La Terre était le corps.

Le changement climatique était la fièvre. »

Oldies : Hot spot de Charles Williams

Editeur : Gallmeister

Traductrice : Laura Derajinski

Attention, coup de cœur !

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisées dans la littérature anglo-saxonne. Je vous propose un roman écrit par un auteur culte, toujours au sommet de son art comme il le démontre ici.

La biographie de l’auteur est disponible ici.

Harry Madox débarque de la grande ville dans une bourgade de campagne. Il ne tarde pas à trouver un travail de vendeur de voitures dans concession automobile de George Harshaw. A l’image de son nouveau patron, Madox a un franc parler et une attitude hautaine qui n’attire pas la sympathie mais il a le bagout suffisant pour qu’il excelle dans son travail. Rapidement, il va faire connaissance avec les autres employés, Gullitt vendeur comme lui et Gloria Harper, jeune femme d’une vingtaine d’années chargée des emprunts aux clients.

Alors que la température devient étouffante en cette journée d’été texane, Madox se rend à la banque pour ouvrir un compte et est surpris par le vacarme des sirènes des pompiers. Quand il entre dans l’agence, la salle est désertée de ses employés qui sont aussi pompiers volontaires. Cette situation anodine et inhabituelle lui donne une idée et le pousse à réfléchir à un plan machiavélique pour récupérer de l’argent facilement.

La femme de George Harshaw, Dolores, lui demande un service, d’emporter des cartons de papiers dans une remise non loin de la concession. Agée d’une quarantaine d’années, Dolores est une blonde incandescente en mal de sensations. Un peu plus tard, il est chargé de récupérer une voiture impayée en compagnie de Gloria, auprès de Sutton, un vieil homme et Madox s’aperçoit que Sutton exerce un chantage auprès de Gloria. Madox va devoir monter son coup, tout en étant écartelé entre ces deux femmes.

Ce roman bénéficie d’un scénario en béton, du début à la fin. D’un personnage hautain, provenant de la ville, et considérant que les ploucs de la campagne lui sont inférieurs, l’auteur va dérouler son intrigue en refermant petit à petit le piège sur cet homme qui se croyait plus fort que tout le monde. A partir d’une situation présentée en deux chapitres, les situations et les retournements de situation vont se suivre rapidement jusqu’à une conclusion bien noire, et cynique à souhait.

Ecrit à la première personne du singulier, Madox va se contenter de présenter les événements, et présenter les différents personnages dans une démarche béhavioriste. Le point de vue choisi permet surtout de nous montrer les protagonistes de la façon dont Madox les comprend et les interprète. Madox étant un personnage factuel, il va chercher des solutions aux problèmes qui lui sont posés. Et plus l’intrigue avance, plus le piège se resserre autour de ses secrets et ses mensonges. J’ai particulièrement aimé cette description psychologique d’un personnage à la fois factuel et sensible puisqu’il va tomber amoureux de Gloria.

Le roman vaut aussi et surtout pour son style, en plus de son histoire, remarquablement fluide, formidablement expressif, et extraordinairement traduit. Malgré le fait qu’il ait été écrit en 1953, l’écriture grandement expressive n’a pas vieilli d’un iota et pourrait rendre jaloux beaucoup d’auteurs contemporains tant elle est intemporelle. Hot spot fait partie de ces polars américains qui en disent beaucoup en en découvrant peu et s’avère un indispensable pour tout amateur de roman décrivant la vie des petites villes américaines. Un roman parfait de bout en bout.

Coup de cœur !

Oldies : Homesman de Glendon Swarthout

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laura Derajinski

Afin de fêter ses 15 années d’existence, les chroniques Oldies de cette année seront consacrées aux éditions Gallmeister, spécialisée dans la littérature anglo-saxonne. Mais pas que, puisque Gallmeister va éditer à partir du mois de mars des romans italiens … et on y reviendra bientôt.

Ce roman sorti en format poche en début d’année faisait dès son annonce partie de ma liste de livres à lire. Devancé par de nombreux avis très positifs, mon avis ne tient pas compte du film tiré de cette histoire, puisque je ne l’ai pas vu.

L’auteur :

Glendon Swarthout, né le 8 avril 1918 à Pinckney, Michigan (en), dans le Michigan, et mort le 23 septembre 1992 à Scottsdale, en Arizona, est un écrivain américain, auteur de westerns et de romans policiers. Sa première activité professionnelle est un job d’été dans un resort du lac Michigan, où il joue de l’accordéon dans un orchestre pour dix dollars la semaine.

Diplômé de l’université du Michigan à Ann Arbor, Glendon Swarthout commence par écrire des publicités pour Cadillac. Après une année de cette activité, il se lance dans le journalisme puis dans la rédaction de ses premiers romans. Il publie son premier roman, Willow run, en 1943.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est envoyé en Europe et participe à un seul combat dans le sud de la France avant d’être renvoyé aux États-Unis. À son retour, il enseigne à l’université du Michigan et écrit de nouveaux romans. C’est après la première adaptation cinématographique en 1958 de l’une de ses œuvres, Ceux de Cordura, qu’il peut se consacrer pleinement à l’écriture.

Swarthout devient un auteur prolifique et s’illustre dans quasiment tous les genres littéraires de fiction à l’exception de la science-fiction. Il laisse derrière lui une œuvre foisonnante et inclassable. Il est néanmoins surtout reconnu comme un des plus grands spécialistes de l’Ouest américain et du western.

Il est l’auteur de seize romans, dont plusieurs best-sellers. Neuf d’entre eux ont été portés à l’écran, dont Le Tireur, qui fut le dernier film de John Wayne et The Homesman, second film de Tommy Lee Jones. Deux fois nommé pour le prix Pulitzer, lauréat de nombreux prix littéraires, Glendon Swarthout meurt le 23 septembre 1992 en Arizonad’un emphysème pulmonaire.

(Source : Wikipedia & Gallmeister.fr)

Quatrième de couverture :

Au cœur des grandes plaines de l’Ouest, au milieu du XIXe siècle, Mary Bee Cuddy est une ancienne institutrice solitaire qui a appris à cultiver sa terre et à toujours laisser sa porte ouverte. Cette année-là, quatre femmes, brisées par l’hiver impitoyable et les conditions de vie extrêmes sur la Frontière, ont perdu la raison. Aux yeux de la communauté des colons, il n’y a qu’une seule solution : il faut rapatrier les démentes vers l’Est, vers leurs familles et leurs terres d’origine. Mary Bee accepte d’effectuer ce voyage de plusieurs semaines à travers le continent américain. Pour la seconder, Briggs, un bon à rien, voleur de concession voué à la pendaison, devra endosser le rôle de protecteur et l’accompagner dans son périple.

Inoubliable portrait d’une femme hors du commun et de son compagnon taciturne, aventure et quête à rebours, Homesman se dévore de la première à la dernière page.

Mon avis :

Homesman bénéficie d’un scénario hors pair, mené tel que son auteur l’a voulu : une première partie qui présente les personnages, la deuxième raconte le périple du Kentucky en Iowa, la troisième vient clore cette histoire hallucinante (Tiens, je n’utilise pas souvent ce terme !), forte et dramatique. Si on peut envisager de le classer dans une catégorie Western, je le situerai plutôt comme un roman d’aventures, et franchement dans le haut de gamme.

Car l’écriture de Glendon Homesman est redoutablement précise, tantôt behavioriste, tantôt détaillée, mais toujours terriblement juste quand il s’agit de montrer les relations entre Briggs et Mary Bee, leurs forces et surtout leurs faiblesses. Et elle bénéficie de la force de l’imagination de l’auteur, qui nous offre des scènes que l’on n’est pas prêt d’oublier. Imaginez un charriot transformé en fourgon, qui prend la route de terre avec quatre femmes devenues folles qui, tout le long du chemin, vont gémir.

Je vous mets au défi de rester insensible envers le sort de ces pauvres femmes, qui ne savaient pas ce quel sort elles allaient subir en s’installant dans l’Ouest sauvage. Je parie que vous tremblerez (ou hurlerez) pendant les rencontres (des Indiens, de nouveaux immigrants ou même des enfoirés profiteurs qui leur refusent une chambre d’hôtel …) qu’ils vont faire grâce à des scènes bien stressantes. Je suis sûr que vous crierez de rage devant tant d’injustice et d’incompréhension, devant cette fin si triste. Après avoir tourné la dernière page, je ne veux faire qu’une chose : voir à quoi ressemble l’adaptation cinématographique. Et je vous donne un conseil : lisez ce livre avant !

Ne ratez pas non plus l’avis de Jean-Marc