Archives pour la catégorie Littérature américaine

Moisson rouge de Dashiell Hammett (Série noire Gallimard)

Voilà un livre que j’avais mis sur ma liste avant même de lire un quelconque avis sur la toile ou dans les revues. Car sa réputation est telle que, pour un fan de roman noir, il est indispensable à lire.

Elihu Willsson a créé la petite ville minière de Personville. Lors des grèves des miniers, il a été obligé de faire appel à la pègre locale pour étouffer ces mouvements sociaux. Mais, en contrepartie, il doit maintenant laisser prospérer les truands dans sa ville. Il installe son fils Donald à la tête des journaux locaux, et celui-ci décide de mener une croisade contre ceux qui gangrène la ville. Donald fait appel à une agence de détectives privés de San Francisco, qui envoie notre narrateur. Quand il arrive en ville, Donald se fait tuer, et notre détective privé va commencer à nettoyer la ville de tous ses hors-la-loi.

Donc je me suis attaqué à un monument du roman noir. Cet ouvrage est à peu près l’équivalent de Victor Hugo pour la littérature française, ou Emile Zola pour le roman social du XIXème siècle. Car effectivement, il ne s’agit pas que d’une histoire de truands ou de policiers pourris. J’avais une image pessimiste des romans des années 20, par rapport à tout ce que j’ai lu. J’avais peur d’une vision de la société que j’aurais trouvé datée. C’est pour cela que j’ai mis autant de temps à lire ce livre. Et je peux vous dire que finalement je l’ai avalé.

Evidemment, tous les fans de roman noir l’auront déjà lu, auront admiré le travail des traducteurs. J’avais lu un article dans Le Nouvel Observateur qui montrait la différence entre la première traduction et la nouvelle. Il n’y a pas photo ! Ce travail a manifestement été fait avant tout dans le respect de l’œuvre originale. Et là, je salue bien bas. C’est un travail d’orfèvre.

Car, le style est une des qualités essentielles de ce roman. Quelle efficacité !  J’ai été épaté par la façon qu’a, par exemple, Dashiell Hammett de décrire les personnages. Tout tient en une phrase. Deux grand maximum. Et tout de suite, on visualise le type, ou le lieu. Les dialogues sont du même tonneau : courts, percutants, efficaces. Voici un exemple pris au hasard :

« Dick Foley était un Canadien au visage pointu et irascible, de la taille d’un adolescent. Il mettait des talons pour se grandir, parfumait ses mouchoirs et se montrait extrèmement économe en paroles. »

Vous connaissez beaucoup d’auteurs aussi efficaces ? Moi pas. Ou très peu.

L’intrigue bénéficie d’un rythme effarant : Quand on prend le bouquin, ça va tellement vite, qu’on a du mal à le lâcher. Ça va dans tous les sens, ça tire à tout va. Et l’auteur n’oublie pas la psychologie du personnage, puisque, après avoir décidé d’être le bras de la justice, le narrateur va petit à petit tomber du coté obscur de la force (clin d’œil humoristique à destination des quelques fans de science fiction guerre des étoilesque qui se seraient égarés sur ce blog).

Certes, certaines scènes ou attitudes ou expressions sont clairement estampillées années 20. Mais je souhaite de tout cœur que cet article vous ait donné l’envie de lire ce roman, qui pour nous, amateurs de romans noirs, est l’équivalent de la bible. Le plaisir de lecture est garanti, la découverte d’un univers garantie.

Les liens du sang de Thomas H. Cook (Gallimard)

L’année dernière, j’avais été enthousiasmé par Les feuilles mortes de Thomas H. Cook, au point de la classer parmi les trois meilleurs livres que j’avais lus. Alors, évidemment, je ne pouvais pas rater celui-ci.

David Sears est un petit avocat civil de province. Il est marié à Abby, a une fille Patty. Il porte en lui le poids d’une éducation sévère et stricte que lui a donné son père, qui était paranoïaque et schizophrène. Mais il s’en est sorti, alors que sa sœur Diana présente les mêmes symptômes. Dans ce petit environnement familial, surgit un drame : Le fils de Diana, Jason, se noie dans un étang proche de leur maison. Diana voit son environnement exploser : Mark son mari la quitte et elle a du mal à faire face à ce deuil. Alors elle met en doute les conclusions du juge et pense que son fils a été assassiné. David qui est le narrateur de cette histoire va enquêter sur la mort de Jason, après que Diana commence à avoir une influence inquiétante sur sa fille.

A nouveau, Thomas H. Cook analyse les liens familiaux, les relations humaines, les actes, et les interprétations que l’on peut en faire. Mais par rapport à son précédent roman, il ajoute un thème qui est le poids de l’éducation sur la vie des gens. David doit-il avoir confiance en sa propre sœur ? Ou bien souffre-t-elle de la même maladie mentale que son père ? Et pendant tout le livre, on oscille entre ces deux questions. Car jamais, il ne nous donne de réponses. Cook est très doué pour distiller de petits indices pour nous emmener exactement où il veut. Et on ne sait jamais comment cela peut se terminer.

C’est aussi les liens entre le frère et la sœur. Elle est un génie qui a stoppé ses études pour garder leur père jusqu’à sa mort, lui s’est « permis » de finir ses études pour devenir avocat. Mais il n’est jamais devenu ni brillant, ni génial. Diana, elle, malgré son manque de diplômes , est toujours restée un cran au dessus de David. Le fait que Jason ait été considéré comme « arriéré » par son propre père a déclenché une tempête dans le cerveau de Diana.

La construction du roman aide à la progression de cette intrigue psychologique. Les chapitres alternent entre la narration de David à la première personne, et l’interrogatoire de David par un inspecteur de police. Cela nous donne l’impression d’avoir la déposition d’un témoin. Et plus on avance dans le roman, plus on se dit que l’on n’a qu’une seule version des événements. Ce choix de construction narrative est diabolique car il permet à Thomas H. Cook de nous manipuler.

N’attendez pas un roman d’action. C’est un roman d’ambiance poisseuse, où l’auteur s’amuse avec ses personnages. L’atmosphère est lourde, pesante, et comme c’est un témoignage, ou un interrogatoire, il n’y a pas de grandes descriptions, juste les impressions du narrateur. Le rythme est lent, comme les souvenirs qui vous reviennent les uns après les autres à la mémoire.

Voilà donc un très bon roman, que je pense être un cran en dessous des feuilles mortes, car il y avait une progression dans le doute qu’il n’y a pas ici. Ne faisons pas de comparaison entre les deux romans qui n’ont rien à voir. Le précédent était excellent, celui-ci est très bon. Thomas H. Cook, un auteur à part, assurément, avec un vrai univers à lui. Entrez donc le visiter, vous ne serez pas déçu.

Envoyez les couleurs de Donald Westlake (Rivages Thriller)

C’est un roman que j’ai lu quand il est sorti (donc en début d’année) car je lis des Westlake dès que je le peux.
Le jeune Olivier Abbott vient d’être nommé professeur d’anglais à l’école de Colfax que dirige son père. Mais dès le premier jour de classe, les élèves – 87 % sont des Noirs – se mettent en grève, lui reprochant d’avoir pris la place d’un professeur de race noire. Bravant cette contestation dirigée contre lui et son père, Olivier obtient la protection d’une ravissante collègue, Leona, qui appartient au groupe modéré des contestataires noirs. Mieux : il entreprend de la séduire, et Leona succombe peu à peu au charme du professeur, ce qui provoque la panique du père d’Olivier et la fureur de la communauté noire…
Donald Westlake est un GRAND, était un grand. Dans ce roman, il aborde le sujet du racisme, sujet oh combien ! difficle. Comme toujours, il part d’une situation classique, et déroule l’histoire avec logique. Et comme toujours, cela se suit avec beaucoup de plaisir. Son écriture est limpide, les descriptions simples et les dialogues brillants.
Les deux personnages, Olivier et Leona, sont immédiatement sympathiques et on ressent beaucoup de compassion envers ce qui leur arrive. Et on poursuit la lecture avec avidité en espérant que tout se finisse bien, parce qu’avec Westlake, on ne sait jamais. Il y a aussi un coté daté dans ce livre écrit en 1969 (cette édition a été re-traduite dans le cadre d’une ré-édition des oeuvres du maître). C’est pllutot agréable, on a l’impression de voir un film américain des années 50, comme le dit justement Actu du noir là.
Contrairement aux autres romans de Westlake, l’humour est moins présent (ou du moins je l’ai moins senti / ressenti). Il y a bien quelques passages hilarants mais ils sont situés vers le début du bouquin. J’ai eu l’impression que Westlake était un peu écrasé par la gravité du sujet, qu’il n’avait pas le détachement que l’on peut trouver dans ses autres romans. Par contre, il renvoie les deux parties dos à dos comme si on était dans un match de football (américain), que le match se terminait avec un score nul, pour montrer qu’au bout du compte c’est l’éducation qui compte et pas la couleur de la peau. La leçon de morale de la fin est tout de même un peu trop « premier degré » à mon gout.
Ce roman ne restera pas dans mes annales comme le meilleur de Westlake. Essayez donc les aventures de Dortmunder, ou même Un jumeau singulier ou Mort de trouille ou Aztèques dansants. Là, je vous garantis des éclats de rire à en avoir mal aux maxilaires.

Les fantômes de Saint Michel de Jake Lamar (Rivages)

Jake Lamar fait partie des auteurs dont je lis tous les livres, ou du moins dont j’achète les livres dès qu’ils sortent. Forcément, j’avais été conquis par La caméléon noir et surtout Nous avions un rêve. Voici donc le petit dernier.

Marva Dobbs est une sexagénaire, propriétaire d’un restaurant situé sur la butte de Montmartre. Sa vie est un succès, pour elle et son mari, Loïc Rose, célèbre avocat parisien. En cet été 2001, elle vit une aventure extraconjugale (pas mal le terme !) avec un jeune cuisinier qu’elle vient d’embaucher Hassan Mekachera. Alors qu’un attentat vient de frapper le WORTHEE, un organisme culturel américain, le petite vie de Marva est chamboulée. A tel point qu’après un accident de voiture, elle se retrouve à l’hôpital. Loïc, son mari appelle alors leur fille, Naima, qui fait des études de cinéma aux Etats Unis. Et Naima débarque en France quand sa mère est soit disant enlevée par Hassan, quand son père disparait sans laisser de traces, et quand Hassan est soupçonné d’être un terroriste.

Jake Lamar est américain d’origine, vivant depuis plus de quinze ans à Paris dans le 18ème arrondissement. Alors, forcément, il connait Paris et le présente avec ses yeux à lui. Et, quand il nous décrit une portion de l’histoire de France, c’est pour ses lecteurs américains mais surtout sa façon à lui de s’imprégner de notre culture.

Ici, le sujet est plutôt orienté espionnage, avec de nombreux personnages plutôt secondaires, car le vrai sujet, c’est Naima. Elle qui a vécu vingt ans avec ses parents se retrouve au milieu d’un tumulte, en ayant l’impression que finalement, elle ne connait rien d’eux. Alors, elle court (car il se passe pas mal de choses tout au long de ces 300 pages) en se raccrochant à l’image qu’elle a d’eux.

Et puis, c’est le roman de l’avant 11 septembre 2001. Le ton est désinvolte, l’écriture assez épurée et rapide. Les personnages vivent comme s’il ne pouvait rien arriver. Il y a bien Al Qaida, des attentats en Afrique, mais c’est trop loin pour qu’on s’en inquiète ! cela en fait un bon petit roman léger.

Après Rendez vous dans le 18ème, que je n’avais pas du tout apprécié car trop superficiel, Jake Lamar revient à un niveau acceptable (par rapport à ce que j’en attends). L’intrigue se suit facilement, ça se lit vite, c’est agréable. Donc Jake Lamar revient à un bon niveau avec un roman plus ironique qu’humoristique, sympatique finalement. Et je trouve qu’il retranscrit assez bien l’innocence qui était la nôtre avant l’attentat du World Trade Center, et qui, sans qu’on le veuille a bien changé notre façon de voir le monde.

Un pied au paradis de Ron Rash (Editions du Masque)

Ce roman est le premier de cette rentrée 2009, que l’on m’a prêté, et autant vous dire tout de suite qu’il faut vous jeter dessus. Mon coup de cœur de septembre.

A Jocassee, au fin fond des Appalaches, Holland Winchester, qui revient de la guerre en Corée, disparait. Le sheriff Alexander est chargé de l’enquête ; il est le seul dans ce village des Etats Unis à avoir fait des études à l’université. La mère de Holland est sure que son fils est mort, car elle a entendu un coup de feu chez le voisin Billy. Mais on ne retrouve aucun corps. Mais, détrompez vous, ce n’est pas une enquête que l’on suit mais cinq voix qui racontent tour à tour leur version de ce drame et leur vie.

Le point fort de ce roman noir, poignant et sensible est sa narration et son écriture. Jamais il fait une démonstration de ce que fut la vie des champs dans les années cinquante. Cela se fait par petites touches, par les actions des protagonistes, par leurs remarques, leurs réactions. Il montre aussi comment les fermiers sont laminés par le progrès, leurs terres étant réquisitionnées pour créer un lac artificiel.

Mais ce n’est pas le sujet principal du livre. Ron Rash fait la part belle à ses personnages, avec une bonté et une humanité que je n’avais pas lues depuis longtemps. Il ne les juge jamais et creuse leur psychologie par petites touches, aidé en cela par son choix de la narration. Et là encore, il fait fort ; il choisit d’adapter son écriture et son style au personnage, avec une poésie simple, qui vient de la terre :

Le sheriff qui est le seul à avoir fait des études et donc qui a le respect de ses citoyens, précis, analytique, obstiné, persévérant mais avec des a priori

La femme du voisin qui est romantique, torturée par son envie de devenir mère, courageuse, toute en retenue, superstitieuse

Le voisin qui est un vrai fermier honnête, travailleur, foncièrement bon et croyant, et défenseur de son foyer

Le fils du voisin qui voit son éducation remise en cause

L’adjoint du sheriff qui clôt magistralement cette fresque du sud des Etats Unis.

Ce roman, qui aurait eu sa place dans le rayon Littérature est une grande découverte d’un auteur qu’il faudra suivre. Son amour pour ses personnages transparait dans chacune de ses phrases. On est loin des histoires contemporaines, violentes et sanglantes. Ici, tout se passe au rythme de la nature, du lever au coucher du soleil car l’électricité n’existe pas encore dans le sud des Appalaches. « Jocassee, c’était pas un coin pour les gens qui avaient un foyer. Ici, c’était un coin pour les disparus ». Il faut absolument que vous lisiez ce voyage dans un passé si proche mais qui vous paraitra si lointain. Mon coup de cœur du mois de septembre 2009.

Les jardins de la mort de George Pelecanos (Points Seuil)

Je vous ai déjà parlé de Vincent ? Nous étions en train de boire une seize (la pub est interdite !), à discuter de nos dernières lectures. A propos de l’une d’elles, je ne me rappelle plus laquelle (ça doit être l’age), il a fini par me dire (excusez son langage) :

– Pourquoi tu te fais chier avec ce genre d’auteurs ? Lis donc du Pelecanos !

Cet été, donc, je venais de finir mon stock de livres que j’avais emmené (voir les articles précédents), et il me fallait un livre. Notez, j’achète toujours un livre en vacances, cela me permet de ramener un souvenir … utile.

Je me pointe donc chez un marchand de journaux, qui fait aussi soit disant office de libraire. Dans les stations balnéaires, vous ne trouvez que rarement de vrais libraires. Et me voilà donc obligé d’arpenter les 2,50 mètres de linéaires à chercher quelque chose d’intéressant, que je n’ai pas encore lu. En gros et pour résumer, tout sauf Millenium. Et je suis tombé sur Les jardins de la mort de Pelecanos.

L’histoire : en 1985, sévit un serial killer à Washington, appelé le tueur aux palindromes, car il ne tue que les enfants dont les prénoms peuvent se lire de gauche à droite et de droite à gauche. Cook, Holiday et Ramone ont travaillé sur cette affaire, mais ne l’ont jamais résolue. Vingt ans plus tard, le petit Asa est retrouvé mort, tué et violé de la même façon. Nos trois policiers vont reprendre l’enquête chacun de leur coté car Cook est à la retraite et Holiday a quitté la police avant d’être accusé à tort de corruption.

Autant le dire tout de suite, Les jardins de la mort (le titre français est un peu trop racoleur à mon goût) est un super roman policier car il y a tout ce qu’on attend d’un bon polar :

1- Les personnages principaux sont superbement décrits, et leur psychologie n’est pas triviale. Ils sont sympathiques, passionnés par leur métier, et Pelecanos arrive à leur donner du corps. Cook , le retraité qui est obsédé par cette affaire non résolue. Holiday, ancien flic, mais qui est resté flic dans l’âme, probablement le plus doué des trois. Enfin, Ramone, celui qui me touche le plus, qui est flic car à son niveau il veut améliorer le monde pour ses enfants : il passe ses journées dans le département des crimes violents, et cherche à protéger sa famille de la réalité, par sa présence, sa communication, son attention vis-à-vis de ses enfants et de sa femme. Beau !

2- Le roman foisonne de personnages secondaires qui vont et qui viennent. Tout est tellement bien fait, qu’on arrive tout de suite à les replacer dans l’histoire.

3- L’intrigue est très bien menée et se suit sans problèmes. Cela se lit bien, super vite, les chapitres sont courts (une dizaine de pages). Le petit reproche que je ferais à la limite est que ça sent le livre bien calibré par moments.

4- Le contexte est à mon avis le point fort du roman. La description de Washington, l’évolution de la vie des quartiers, la vie des habitants, tout cela est placé de façon subtile dans l’histoire. Et là, on touche à la grosse qualité de Pelecanos. Et les sujets évoqués dans le livre sont nombreux de la vie des ghettos au racisme ambiant, de la politique de la ville à ses transformations qui vont expulser les pauvres à la périphérie des quartiers aisés ou appelés à devenir aisés. Jamais l’auteur ne se permet de juger, il montre ce qui est fait depuis 1985, et les conséquences que cela a eu sur le quotidien des habitants de Washington.

La semaine dernière, j’ai revu Vincent pour lui dire tout ça. Sa réponse a été :

– Ah ouais. Il est bien celui-là. Mais c’est un policier classique. T’aurais du lire le cycle Strange et Quinn. C’est super quand il décrit la vie des quartiers.

Voilà ! Les jardins de la mort, c’est un très bon roman policier, mais il parait qu’il y a mieux.. Donc, je vais devoir en lire d’autres.

TOUT EST SOUS CONTROLE de Hugh LAURIE (Points)

Génial Desperate Housewives ! Pourquoi ? Ben, parce que je peux disposer de l’ordinateur ! Voici donc le bouquin de M. Docteur House. Après avoir lu plein de critiques positives et appréciant le docteur en question, il fallait que je teste la chose.

Thomas Lang est détective privé à Londres. Alors qu’on lui propose de tuer un riche homme d’affaires, Mr Woolf, pour la modique somme de 100 000 dollars, il décide non seulement de ne pas le faire mais en plus de prévenir sa future présumée victime. C’est là qu’il tombe sur sa fille Sarah Woolf et en tombe amoureux. Mais l’histoire serait trop simple si Thomas Lang ne se retrouvait pas entre les mains de terroristes tchèques, du ministère de la défense britannique et d’espions américains.

Autant vous dire qu’il se passe plein de choses dans ce livre et que le rythme va vite, aussi vite que l’esprit et le sens de la répartie du personnage principal. Car de situations rocambolesques en quiproquos absurdes, cela se lit assez bien. Surtout les 150 premières pages, où on ne comprend rien à ce qui arrive au personnage, ballotté qu’il est entre les uns et les autres, mais où on rie bien grâce à ses réflexions et ses dialogues.

Ne cherchons pas le style, assez quelconque, ce livre est écrit avec de l’humour pour l’humour. Donc les dialogues sont assez bien trouvés, et souvent très drôles. Pas de phrases extraordinaires, pas de descriptions exacerbées, pas de psychologies compliquées. Tout cela n’est que du divertissement pour le plaisir comique du lecteur.

Mais là où le roman pêche, c’est qu’on ne se mesure pas aux maîtres du genre (Donald Westlake ou PG Wodehouse) aussi facilement. En particulier, le plus dur est de tenir la distance. Et effectivement, à la moitié du livre, les événements se transforment en histoire compliquée à suivre, la narration s’essouffle, les remarques sont moins cyniques, les dialogues plus rares. Et à force d’en rajouter dans ce petit monde absurde, Hugh Laurie finit par s’étrangler dans cette histoire politico-historico-espionno-compliquée.

Bref, si vous êtes un fan du Docteur House, comme moi, oubliez ce livre et refaites vous une saison en DVD. Ou alors, pointez vous deux heures dans une grande surface et lisez les 100 premières pages. Si vous cherchez un roman bourré d’humour, allez plutôt prendre un Donald Westlake.

AU DELA DU MAL De Shane STEVENS (Pocket)

C’est l’histoire de Thomas Bishop dont il est question dans ce pavé (760 pages), l’un des plus incroyables et sanglants serial killer que l’Amérique ait connus. Tout commence par son enfance, puis son internement dans un asile psychiatrique expérimental dès l’age de dix ans, après qu’il eut assassiné sa propre mère. Quinze années plus tard, il s’évade et c’est donc son parcours que nous allons suivre dans un contexte social et politique explosif puisque cela se passe dans les années 1972 et 1973.

Car il serait injuste de limiter ce roman à un parcours de serial killer. C’est foisonnant de personnages, tous aussi bien croqués les uns que les autres, du simple shérif au président des Etats-Unis lui-même (ou du moins ses plus proches conseillers). Et la force de ce roman est bien de montrer comment en 1973, tout le monde finit par être impliqué dans la traque de ce tueur fou, mais génial. De la police locale et nationale, de la presse bien sur, des politiciens locaux à la pègre, tous ont un intérêt dans cette histoire.

Tout se déroule selon une narration chronologique, passant d’un personnage à l’autre, sans géométrie ou logique autre que le déroulement du temps. Il aura fallu un sacré travail à l’auteur (Shane Stevens, auteur inconnu, probablement un pseudonyme, lit-on sur la couverture) pour agencer les personnages dans cette gigantesque histoire.

Le style se lit très bien, avec des descriptions très détaillées, dans un style romanesque un peu daté à mon goût, pas très personnel, qui avoisine parfois avec une description clinique des caractères et des lieux. On sent bien que l’auteur privilégie son histoire au style, et il a raison tant elle est prenante et passionnante.

Mes quelques bémols sur ce roman sont liés à la psychologie des personnages, un peu trop simpliste, un peu trop évidente. Les bons sont gentils, les méchants sont mauvais, les politiciens sont corrompus, les policiers sont passionnés par leur métier ; et un seul personnage arrive à démêler cette histoire, un génial journaliste dont les doutes sont surtout là pour faire une histoire un peu moins lisse.

Le début de l’histoire aussi est un peu « téléphonée » : Pourquoi avoir fait de Thomas Bishop un garçon maltraité par sa mère ? Un peu trop facile, à mon goût, et inutile vis-à-vis de la puissance de l’histoire qui suit.

Evidemment, on pense aux autres auteurs de serial killer en lisant ce livre de Ellroy à Thomas Harris. Par son contexte politique associé, je le situerais entre les deux. Mais Ellroy reste pour moi un cran au dessus avec sa psychologie des personnages et le fait qu’il ne sacrifie jamais son style à son histoire.

Ceci dit, cela reste l’une des histoires de serial killer les plus intéressantes que j’ai lues et je vous le conseille fortement, si vous êtes du genre à lire des pavés en rentrant de vacances. Et puis, c’est une très bonne façons d’attendre le prochain Ellroy, qui va lui aussi se dérouler (si j’ai bien compris) pendant la présidence de Richard Nixon.

LE DERNIER BAISER de James CRUMLEY (Folio Policier)

Si vous ne connaissez pas ce roman, alors courez l’acheter.

C.W. Sughrue est un détective privé qui vit de petites enquêtes, essentiellement des recherches de personnes disparues, mais aussi des enquêtes pour des divorces. Tout commence quand il est engagé pour retrouver un écrivain célèbre Abraham Trahearne, par sa femme Catherine. Il le retrouve dans un bar en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique (vous avez bien lu !) nommé Fireball. La propriétaire du bar, Rosie, lui demande de retrouver sa fille Betty Sue Flowers, dont le charme fait tomber les hommes … à la renverse. Elle a disparu depuis dix ans.

Que dire d’un chef d’œuvre, d’une des pierres fondatrices du roman noir moderne ? Imaginez ! A part l’absence de téléphones portables, cette histoire n’a pas pris une ride. Et elle a été éditée en 1978 ! Tout y est évident :

–         l’histoire qui se lit d’une traite, tellement brillante, sur un sujet somme toute classique.

–         les personnages tellement vrais, tellement humains dans leurs blessures, pas du tout caricaturaux

–         la description de ce monde (dois-je dire univers ?) si glauque , si impitoyable, si déshumanisé

–         les personnages secondaires, qui ne le sont pas, tant ils ont la part belle, tant l’auteur efface son héros face à leurs personnalités

–         les dialogues si évidents, si réalistes. Une centaine de phrases ou répliques mériteraient une place dans un dictionnaire de citations

–         le style, enfin, si décalé, si romantique sans pathos , si poétique, si direct sans concession, si humoristique sans ridicule (et même dans sa traduction française)

Je n’aime pas citer de passages de livres mais je vous en livre un seul : « Le ciel bleu régnait comme un idiot, les montagnes vertes scintillaient comme des mirages et le soleil se levait tous les matins pour me regarder sous le nez avec les yeux vides mais touchants d’un débile mental. » ; ça se passe de commentaires.

L’influence de ce roman / polar est si évidente dans les romans actuels (les bons je veux dire) que je ne peux / veux pas les citer. GENIAL je vous dis, FONDATEUR.

Sur la quatrième de couverture il est dit que c’est « ce livre culte de James Crumley qui fit entendre pour la première fois en France la voix de l’un des plus grands auteurs contemporains de polar ». Pour une fois, c’est vrai.

GENIAL ! Jetez vous sur ce roman, il va vous changer la vie, votre vision du Noir et même votre philosophie du quotidien.

Nota Bene : James Crumley est mort en 2009, mais tous ses livres étant édités en France, cela me promet du plaisir en perspective. Enfin, merci à Jean Marc Lahérrère de Actu du Noir pour ce conseil avisé.